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01/11/2007

Franchises sur les soins : bal tragique à l’Assemblée

Ce fut une journée étrange, l’aboutissement temporaire d’un long combat.

 

Entre les consultations, j’ai suivi au cabinet médical, en direct sur Internet ce vendredi 26 Octobre, les discussions sur le Plan de Financement de la Sécurité Sociale.

 

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L’atmosphère dans l’hémicycle était bizarre, et rares les députés UMP, au point qu’en matinée la gauche était en supériorité numérique.

 

Jean-François Copé, présent malgré sa lourde charge de maire de Meaux et président de la Communauté d'agglomération, député de Seine-et-Marne et président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, et accessoirement avocat d’affaires, errait dans les couloirs de manière assez pathétique, aux dires du député PS Christian Paul, pour essayer de rameuter la galerie. S’il y avait si peu d’UMP présents, expliqua Copé, qui avait pourtant commis un opus intitulé « J’arrête la langue de bois » c’était… « pour toute une série de raisons pratiques ».

 

C’est qu’à quelques mois des municipales, nombre de députés-maires UMP n’étaient probablement pas très chaud pour voter le principe des franchises médicales, ayant quand même compris, comme 70% des Français, que cette mesure, simple fait du Prince, était aussi injuste socialement qu’inefficace économiquement. Et, surtout, qu’il y aurait un prix politique à payer pour cet énième alignement de la droite sur les lubies présidentielles. Après l’ouverture, l’ADN et Guy Môquet, l’UMP, droite dans ses godillots, avalait plus difficilement cette nouvelle couleuvre.

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Pas de quoi crier victoire, bien entendu, puisqu’en milieu de nuit les députés votèrent le principe des franchises. Tout juste notera t’on que le projet initial de franchise sèche sur les 50 ou 100 premiers euros de dépenses annuelles, qui aurait exclu de tout remboursement 27% des assurés sociaux ( les plus jeunes, les moins malades ) avait été abandonné par Sarkozy, au grand dam des assureurs privés * qui attendaient ce signal pour en remettre une couche vis-à-vis de ce public sur l’inanité du principe de solidarité.

 

Pas de quoi crier victoire, donc… juste l’occasion de voir, pendant des heures, les députés UMP et la Ministre subir les assauts concertés des députés de gauche les plus pertinents sur le sujet**. En face, mensonges, approximations, ce fut un vrai festival. Et au petit matin, la solidarité subit le sort de la chèvre de Monsieur Seguin*** : le loup la mangea.

 

Les députés UMP votèrent la responsabilisation des cancéreux, des diabétiques, des dialysés, des malades d'Alzheimer, des accidentés du travail, des handicapés, des victimes de l’amiante.


Et contrairement à ce qu’affirmaient les dépêches de presse, nulle part n’apparaissait dans le PLFSS le plafond des franchises à 50 euro.

Car les députés ne s’étaient prononcés que sur le principe des franchises, le plafond restant à déterminer par décret, par le fait du Prince****.

 

 

Christian Lehmann, médecin généraliste et écrivain

 

pour www.appelcontrelafranchise.org

 

 

* « Sarkozy a tué l’idée de mettre en place une vraie franchise, qui aurait consisté à ne pas prendre en charge du tout les 50 ou 100 premiers euros de dépense, puis à faire varier ce seuil en fonction des besoins de financement de la Sécu. A présent, la grogne est telle que cette mesure ne verra jamais le jour » soupire un courageux expert  anonyme, artisan de ces réformes. L’Expansion, Novembre 2007, Stéphanie Benz.

 

** Gérard Bapt, Martine Billard, Jérôme Cahuzac, Jacqueline Fraysse, Catherine Génisson, Jean-Marie Le Guen, Catherine Lemorton, Roland Muzeau, Christian Paul, Marisol Touraine…

http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2007-2008/200800...

 

***A propos de Monsieur Seguin, une précision…

Le Président de la Cour des Comptes ( découvrant probablement sur le tard les écrits du Sous-Commandant Marcos) avait déclaré récemment que taxer les stock-options à l’égal des salaires rapporterait 3.5 milliards dans les caisses de la Sécu, quand les franchises pénaliseraient les plus malades, et ne ramèneraient au mieux que 850 millions d’euros. En ce vendredi bizarre, les députés taxèrent les stock-options, à hauteur de… 250 millions d’euros par an. Monsieur Lagardère, empêché par ailleurs, apprécierait leur modération.

 

 

**** « Si les dépenses augmentent, et donc le déficit augmente, on pourrait alors augmenter le montant de la franchise. »

 http://www.viewontv.com/ump/convention_270606/index.php: discours de Nicolas Sarkozy, président de l’UMP, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de l’aménagement du territoire, Paris, le 27 Juin 2006. ( reproduit sur le site www.appelcontrelafranchise.org)

 

 

11/10/2007

Je vous demande de vous arrêter

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Il faut que la presse cesse d’insinuer que notre Ministre de l’Economie, brillante habituée des conseils d’administration, se serait discréditée auprès du Président en annonçant, il y a quelques semaines, un « plan de rigueur » pour la fonction publique.

Apparemment le terme a été jugé trop polémique.

Moi, avec le recul, je la trouve plutôt soft, Christine Lagarde.

Qualifier de simple « plan de rigueur » une stratégie de casse sociale comme le pays n’en a jamais connu, c’était plutôt habile.

Mais le Président n’aurait pas apprécié.

Pourtant, à part Rachida « J’en abats 7 d’un coup » Dati, je ne vois nulle Ministre qui porte mieux la parole sarkozienne que Christine L : « La France est un pays qui pense. J’aimerais vous dire: assez pensé maintenant, retroussons nos manches ».

« Pourquoi penser ? » dit le Président. Tout le sarkozysme est là, cette insistance sur le fait que l’on n’est pas des idéologues, mais des gens simples, pleins de lourd bon sens, qui font fi des écoles de pensée et appliquent «  ce qui marche », c’est-à-dire les lois du marché, lois naturelles.

Ainsi, quoi de plus sarkozyste que cet hommage émouvant à Phillipe Jaffré, ex-patron d’Elf-Aquitaine bordé de stock-options ayant choisi la Belgique pour éviter les assommantes paperasses du fisc : « Le parcours de Philippe Jaffré s’est inscrit dans la tradition des grands serviteurs de l’Etat. Major de l’ENA, Inspecteur des Finances, habitué des cabinets ministériels, il a notamment contribué à mener à bien les privatisations des années 1986-1988. Sa disparition prématurée prive la France d’un industriel de grand talent, doublé d’un homme fin et chaleureux, honnête et profondément humain. »

La dernière fois que j’ai entendu Philippe Jaffré, c’était en Octobre 2006 sur RMC. Il était venu expliquer que la France allait faire faillite si on n’améliorait pas la productivité afin de combler les déficits. Déficits dûs aux avantages acquis des Français, bien sûr, tous ces feignants qui rechignent à travailler plus pour gagner plus, pendant que d'autres engrangent les stock-options. D'ailleurs, avait-il poursuivi, il ne faut pas légiférer sur ce dernier sujet, mais faire confiance aux conseils d'administration des grandes firmes, qui vivent très mal d'être pointés du doigt dans les journaux. Puis il se moqua longuement d’un jeune auditeur, patron et citoyen, intervenu à l’antenne pour expliquer que, gagnant très correctement sa vie, il payait des impôts pour le bien de la collectivité sans rechigner.

Décidément, si Christine L. n’existait pas, il faudrait l’inventer.

(publié dans l'Humanité le 26 Septembre 2007) 

 
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