11.02.2011
Taxation des feuilles de soins papier: "Mais dégagez-moi tous ces connards!!!"

Je télétransmets les feuilles de soins de mes patients depuis 2002 ( de mémoire).
A chaque fois que je télétransmets une feuille de soins, l'Assurance-maladie me rémunère royalement: 7 centimes d'euro.
Et économise 143 centimes d'euro, soit 1.43 euro, coût pour elle de la saisie d'une feuille de soins en papier par ses services.
Depuis 2002, j'ai donc fait économiser à l'Assurance-Maladie de l'argent, en faisant le travail de saisie des feuilles de soins à la place de ses agents, que le directeur de la dite Assurance-Maladie, issu, faut-il encore le rappeler, du directoire AXA, n'a donc pas eu besoin de remplacer.
Grâce aux médecins télétransmetteurs, les caisses ont économisé près de 300 millions d'euro par an depuis des années, et probablement à peu-près autant avec les autres professionnels de santé ( infirmiers, kinésithérapeutes, etc...)
En bon Français, j'ai donc payé un matériel de télétransmission, des mises à jour logicielles, une maintenance, etc... de ma poche ( car bien évidemment l'aumône versée ne couvre pas les frais, mais qui s'en soucie?...) et contribué à aggraver le chômage.

En bon directeur issu des assurances privées, Frédéric Van Roekeghem ( appelons-le Laurel, si vous le voulez bien) a donc externalisé sur ma pomme, et celle de mes confrères, un travail auparavant fait par ses services ( et qui lui incombe. Mon boulot c'est de soigner des patients, pas de gérer l'administration des caisses) et a réduit ses charges de personnel.
Mais cela ne suffit pas.
Il reste encore des feuilles de soins papier, et, quelle chance, l'Assemblée Nationale regorge de députés plus cons et abrutis les uns que les autres, prêts à donner du knout au médecin de base.
Oui, je sais, ce n'est pas ce que vous lisez à longueur de colonnes dans les journaux, qui vous rappellent le grand nombre de médecins à l'Assemblée, et l'existence d'un lobby médical. Comme me le disait un ancien politique UMP: "Est-ce que tu imagines vraiment qu'un excellent chirurgien ou un excellent médecin va se lancer dans la politique? A l'Assemblée, à le buvette, quand je les côtoie, j'ai l'impression d'être au café du coin... Ils ont fait de la politique pour échapper à leurs patients et à la réalité du quotidien."
Chaque année, les députés votent des textes aberrants cherchant à abaisser un peu plus la médecine générale, puis dans un jeu particulièrement pervers un Ministre nouvellement arrivé pointe ces nouvelles directives aussi connes qu'inapplicables, s'en émeut tout en expliquant que ce n'est pas de sa faute, pas de son ressort, ce sont les députés, fiers et indomptables, farouchement indépendants, etc... qui font les lois ( comme si lorsqu'il fallait voter les franchises les godillots UMP faisaient de l'obstruction...), et tente de s'amadouer les médecins en promettant, immense avancée pour la profession... de revoir à la marge les conneries pondues par les élus.

Ce qui s'appelle prendre les médecins pour des cons, mais à ce jeu-là, Xavier Bertrand ( surnommé XXB dans la profession, mais nous l'appelerons Hardy aujourd'hui, pour mieux comprendre) est passé maître. ( Pourquoi XXB? a demandé une collègue... Parce que XXL. )
Donc l'an dernier, les députés Yves Bur ( un Danube de la pensée à lui tout seul, les caries dentaires alsaciennes ne savent pas à quoi elles ont échappé...) et Jean-Pierre Door ont poussé les collègues à mettre en place cette fameuse taxe sur la télétransmission, au prétexte, que, quand même, les médecins devaient prendre sur eux afin de faire faire des économies à la collectivité.
Eh, connard!!!! A chaque feuille de soins électronique on fait économiser 10 francs ( je parle en anciens francs aux députés UMP, ça fait partie du plan Alzheimer) à l'Assurance-Maladie!
Mais non, c'est insuffisant. Il y a encore une marge d'amélioration à atteindre avant de pouvoir enfin filer l'Assurance-Maladie au privé. Donc les députés votent une taxe sur les feuilles de soins papier.
Et là, ça coince. Parce que les médecins qui ne télétransmettent pas gueulent, obligé. Mais parce que les médecins qui télétransmettent, comme moi, et se font déjà suffisamment entuber par Laurel et Hardy, les deux rejetons d'AXA, rechignent à être ponctionnés, en plus, de 50 centimes d'euro quand une feuille de soins électronique n'est rémunérée que 7 centimes d'euro.
Xavier Bertrand, avec le talent d'enfumeur professionnel qu'on lui connaît, explique que la taxe ne sera pas appliquée de manière imbécile ( noooon, pas avec lui et son autre compère, nooonnnn....) mais qu'elle a valeur éducative ( Prends-moi pour un con, mon gros!)
Les syndicats médicaux montent au créneau, interpellent les pouvoirs publics. Sur le mois de Janvier, les statistiques des confrères télétransmetteurs donnent le pourcentage suivant pour les feuilles de soins papier.
Feuilles de soins réalisées parce que le patient avait oublié sa carte: 7%
Feuilles de soins réalisées parce que l'Assurance-Maladie du patient ( que ce soit la CNAM, la MGEN, la calamiteuse CAMIEG ou autre...) n'a pas refait la carte à temps, ou étudie le dossier depuis six mois, etc...: 93%
Les patients s'émeuvent que le médecin répercute le prix de la taxe imposée par les députés UMP sur le tarif de la consultation, à la demande plus ou moins expresse de l'ancien assureur privé que Jacques Chirac a foutu à la tête de l'Assurance-Maladie.
Personnellement, j'ai le sentiment d'en avoir fait assez. Voici 11 ans que je paie de mes deniers pour faire le travail administratif des caisses. je n'accepte pas d'être pénalisé par un oubli du patient, ou par une défaillance des caisses.

Je conseille donc aux assurés de prendre exemple sur les manifestants Tunisiens et Egyptiens. Inscrivez-vous dans l'Histoire, les gars, comme l'autre bouffon à talonnettes y exhortait les Africains dans ce discours de Dakar qui restera le seul souvenir qu'il laissera. Investissez les Caisses d'Assurance-Maladie, elles vous appartiennent. Et exigez la démission des responsables.
Bur, Door, la clique de godillots somnolents, DEGAGEZ!
Et Laurel et Hardy, idem. Avec plumes et goudron en prime.

La franchise de Xavier Bertrand... à géométrie variable...
Dernière minute:
Apparemment, l'argumentaire de la "responsabilisation des patients", si cher à Nicolas Sarkozy pour faire passer ses franchises sur les soins, n'est pas arrivé aux oreilles de son sous-fifre.
Un confrère me signale que Xavier Bertrand, l'assureur de mobylettes, a osé déclarer: "Il n'est pas question que les assurés sociaux se fassent pénaliser de 50 centimes". Et mon confrère ajoute, très finement: "Pour piquer 50 cts sur chaque boite de médoc aux mêmes assurés sociaux, ça n'a posé aucun problème, ni soulevé aucune question à l'UMP!... Laurel et Hardy avaient au moins le mérite d'être drôles."
05.01.2011
Comment la santé devint rentable (16)
En 2012, la « redéfinition des critères d’affection longue durée », instaurée par Roselyne Bachelot en 2010, arriva à son terme sous l’égide de Xavier Bertrand.
Les pathologies chroniques ( diabète, hypertension, etc…) n’étant plus prises en charge avant le stade des complications, seuls les ménages les plus aisés pouvaient payer les soins, les malades les plus démunis renonçant à la prévention.

Dessin paru en 2008 sur le site www.alexiscartoon.com, lors de la précédente tentative menée par Frederic Van Roekeghem, ancien de chez AXA(R), de "redéfinir le champ des ALDs..."
© Alexis, reproduction avec l'accord de l'auteur.
( Le site d’un mec qui dessine parce qu’une infirmière gagne (au moins) 100 fois moins qu’un footballeur.)
12:24 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ald, frederic van roekeghem, xavier bertrand, axa, roselyne bachelot, santé, sécurité sociale
17.10.2009
Comment Nagy-Bosca 1er terrassa les dépassements d'honoraires...
Il y aurait beaucoup à dire, sur la défense de Frédéric "le Thaï et l'argent du Thaï" Mitterrand, sur la nomination de J.W.Bosca à l'EPAD, et même sur le festival ininterrompu de conneries proférées par experts et ministère au sujet de la foireuse campagne vaccinale qui s'annonce sous les meilleurs auspices... mais ce sera pour une autre fois.

Juste un petit mot aujourd'hui pour commenter, très brièvement, ce que la Presse qui Ment a qualifié d'accord historique sur les dépassements d'honoraires. (J'utilise le terme générique rendu familier par le Plan B, le terme exact: "la Presse Qui Retranscrit des Communiqués de Presse Sans Enquêter un Instant Sur le Fond du Problème Surtout S'il S'agit de Social, le Social c'est Pas Très Sexy, hein Laurent?"... étant un peu long)
D'accord historique, il n'y a pas.
D'accord, il n'y a pas non plus.
Les deux syndicats médicaux les plus proches du pouvoir en place ( ne me cassez les burnes, chers confrères, les preuves sont légion...), les deux syndicats "médaillés" de la Légion d'Honneur pour service rendus ( à la France? à l'UMP? à vous de choisir ;-), ont donc signé jeudi 15 Octobre au soir, in extremis, un PROTOCOLE D'ACCORD alambiqué, totalement vide de sens, avec l'UNCAM (Union Nationale des Caisses d'Assurance-Maladie), personnifiée par son directeur, Frederic Van Roekeghem, ancien cadre d'AXA ( Putain, je ne me lasse pas de le répéter) placé là en Août 2004 par Jacques Chirac (ami dévoué et attentif de Claude Bebear, lui-même ancien PDG d'AXA, voyez comme petite est la planète, et bien humaniste la récolte de pièces jaunes par des sportifs cornaqués à front bas) en tant que proconsul ( celui qui dit EPAD prend une baffe).

Pourquoi cette signature? Parce que Nagy-Bosca 1er avait fait un caca nerveux en sommant ces larrons de s'entendre avant le 15 Octobre minuit... sans ça le Parlement légifèrerait.
Il faut comprendre qu'effectivement, l'explosion des dépassements d'honoraires ces dernières années fait désordre, et que sa Majesté sent bien que le peuple y rechigne, parce que ça devient trop voyant. Donc après les franchises sur les soins, les diverses autres ponctions dans la poche des malades, Nagy-Bosca 1er devait absolument FAIRE SEMBLANT de légiférer, de taper sur la table, de défendre les petits, les sans-grade qui comme lui n'ont que du saumon cellophané à manger, contre les pires abus.
Sauf que, pas de bol, tout ceci c'est du flanc.
Oui, les dépassements d'honoraires ont augmenté, et particulièrement depuis la convention signée en Janvier 2005 entre les compères d'aujourd'hui, convention qui a laminé la médecine générale ( qui ne s'en relève et ne s'en relèvera pas) et habitué même les spécialistes de secteur 1 à la pratique des dépassements, puisque ceux-ci, jusque là réservés aux seuls médecins du secteur 2, étaient autorisés en cas d'accès direct du patient. ( Rappelons à ceux qui feignent de l'ignorer que le fait d'appartenir au secteur 2 n'est pas en soi un gage de quoi que ce soit, les médecins avaient le droit de choisir leur secteur, bien cons ceux qui ont cru à la pérénnité d'une assurance-maladie solidaire et ont choisi le secteur 1 et se sont tenus au tarif Sécu pour faciliter l'accès aux soins de leurs patients... je le sais, j'en fais partie).
Ayant mis en place un parcours de soins labyrinthique d'une totale opacité tarifaire, les mêmes compères font aujourd'hui semblant de s'entendre sur un protocole d'accord tout en confiant en douce qu'il s'agit d'une signature sous pression politique ( ce dont ils ont l'habitude malgré leur refrain jamais périmé du libéralisme à visage humain ;-), et alors que l'UNCAM est infoutue d'assurer que les complémentaires ( mutuelles et assurances) joueront le jeu du remboursement partiel des dépassements dans ce secteur optionnel que Nagy-Bosca 1er appelle de ses voeux ( pieux).
Le problème reste entier, pour les chirurgiens de secteur 1, par exemple, le tarif de certains actes courants n'ayant pas été réévalué depuis des dizaines d'années et le progrès des techniques et les exigences justifiées d'asepsie et de personnel ne leur permettant pas de travailler sereinement. Dans un système cohérent, ce ne serait pas aux complémentaires d'intervenir, mais à l'assurance-maladie ( ex Sécurité Sociale) de négocier les tarifs avec les chirurgiens secteur 1 pour permettre un exercice cohérent. Mais il en est des chirurgiens du secteur 1 comme des généralistes: ces imbéciles dérangent, ils ne sont pas assez chers!
Car le but n'est PAS, soyons clair, d'améliorer l'accès aux soins des assurés, mais, brique par brique, de foutre en l'air l'idée même d'une assurance maladie solidaire et d'ouvrir le vaste champ de la santé aux complémentaires. Qui, pour nombre d'entre elles, tout en bêlant un credo mutualiste, ne désirent qu'une chose: régner sur un système assurantiel à l'américaine, dont seront exclus les gagne-petits.. Pourquoi croyez-vous que certaines mutuelles de la très noble Mutualité Française ( un parangon de vertu républicaine) remboursent les dépassements des spécialistes de secteur 2 mais rechignent à pratiquer le tiers-payant pour le généraliste ( alors qu'elles l'acceptent à l'hôpital, en pharmacie, bref... partout ailleurs)?
Les complémentaires vivent de et par les dépassements d'honoraires, qui peu à peu poussent les Français à considérer comme indispensable une couverture assurantielle complémentaire au fur et à mesure que la protection sociale solidaire s'étiole. Dans ce nouveau système qui se met en place, le con de généraliste secteur 1 à 22 euros qui gère en moyenne trois demandes médicales par consultation casse les prix, ne génère pas de flux. Ce qu'il faut aux actionnaires des assurances complémentaires, ce sont des dépassements suffisamment importants pour inciter les Français à s'assurer, mais dont le montant soit plafonné afin de connaître d'avance le ratio des profits à venir. C'est l'enjeu du secteur optionnel qu'ils cherchent à mettre en place dans cette gigantesque partie de bonneteau.
Pourquoi croyez-vous que lors de son discours annonçant son souhait de "confier aux complémentaires" de plus grandes tâches, Nagy-Bosca 1er a choisi de s'afficher aux côtés d'un Jean-Pierre Davant, de la Mutualité Française, ravi, sinon afin de s'entourer de "mutualistes" plus photogéniques que ne le sont les sbires des assurances privées. C'est sûr que faire la même annonce au côté de Claude Bébéar, ou de son frère Guillaume( de chez Médéric) aurait pu faire tousser.

PS: Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit. Il existe des mutualistes, des mutuelles, honnêtes, pénétrés de l'esprit de 1945, et désirant seulement apporter une protection complémentaire à leurs adhérents, plutôt que de régner sur le secteur Santé. Il en existe. Et pour eux comme pour la médecine générale, la messe est dite.
16:32 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, dépassements, honoraires, médecins, fossoyeurs, mutuelles, mutualité, davant, bébéar, van roekeghem, chassang, assurance maladie, sécurité sociale











