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22/01/2013

Media et scandales du médicament: "Une plainte sinon rien!!!"

La plainte déposée par une jeune femme, Marion Larat, victime d’un accident vasculaire cérébral, a été l’occasion de la prise de conscience du risque modéré mais réel des contraceptifs oraux. Elle a été aussi l’occasion de révéler le scandale des pilules de 3ème et 4èmegénération qui majorent le risque d’embolie pulmonaire sans bénéfice par ailleurs.

Les média s'emparent alors du "bon sujet" et les révélations pleuvent: techniques marketing des firmes, experts aux liens d'intérêt longs comme le bras, infantilisation des patientes, paresse et aveuglement coupable des agences sanitaires elles-mêmes engluées dans leurs conflits d'intérêt...

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Il y a deux ans déjà, le 4 Janvier 2011, dans MEDIAPART, j'alertais sur le prochain scandale sanitaire à venir, celui des Anti-Alzheimer. 

http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/archive/2011/01...

Le schema est similaire: médicaments inutiles, inefficaces, faisant vivre un secteur entier de la médecine dans lequel trop peu de soignants imaginent se passer de prescription médicamenteuse, quand bien même depuis des années il est avéré que ces médicaments, qui ne ralentissent pas la progression de la maladie, qui ne retardent pas l'entrée en établissement, dont les effets positifs, s'ils existent, sont modestes et transitoires, exposent les patients à de graves troubles du rythme cardiaque.

Les preuves sont là. Il suffit de se baisser, de lire la revue Prescrire, les revues internationales, de questionner les médecins indépendants, les lanceurs d'alerte, de colliger les informations et de les mettre en perspective, d'interviewer Philippe Nicot, le généraliste dont le remarquable travail à la HAS a permis (enfin!!!) de diminuer le niveau de Service Médical rendu de ces médicaments qui devraient être retirés du commerce si les habituelles voies de l'omerta médicale, les liens d'intérêts d'experts refusant de se déjuger, la tendance habituelle à préférer la lente diminution de prescription sans faire de vague au retrait pur et simple, décision politique courageuse de santé publique, ne contribuaient à leur survie.

Il n'y aura pas de Marion Larat de 84 ans pour porter plainte, parce qu' à cet âge là, monsieur, on ne porte pas plainte. Qu'à cet âge-là, les familles, déboussolées, épuisées, se rangeront aux explications qu'on leur donnera: "Elle avait bien vécu. A cet âge-là, ce sont des choses qui arrivent. " Etc... etc... Mais moi je sais. Mes collègues, à la Revue Prescrire, au Formindep, savent.

Que vous-faut il, messieurs et mesdames les journalistes, pour faire votre boulot, simplement? Plutôt que de reproduire les dépêches AFP sur le dernier discours du Directeur de l'ANSM, ou de la Ministre de la Santé, que vous faut-il pour agir?


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PS: Comme pour mieux illustrer mon propos, cet article de Damien Mascret publié dans le FIGARO du 21/01/2013 ( après la rédaction de ce post )

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/01/21/19723-alzhe...

qui prend prétexte d'une plainte de consommateurs américains pour aborder enfin la question de l'inutilité des Anti-Alzheimer ( sans même aborder leurs effets indésirables graves), et en ouvrant comme d'habitude sur les "perspectives thérapeutiques" prochaines que les zélateurs agitent à chaque fois devant les patients comme une nouvelle chimère, en insistant pour "une intervention la plus précoce possible", sans aucun mea culpa sur les faux espoirs passés. "Du passé faisons table rase...", en somme...

Cerise sur le gâteau, le journaliste précise qu'une nouvelle étude est en cours, et donne les coordonnées téléphoniques pour le recrutement. "Indispensable, si l'on veut imaginer des traitements précoces, voire préventifs"... Et tournez manège...


Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain.

13/01/2011

"Après le MEDIATOR, le scandale à venir est celui des médicaments anti-Alzheimer!"

  • La couverture de l'affaire du Mediator, ce médicament des laboratoires Servier rendu responsable de la mort de 500 à 2.000 personnes, explore l'univers opaque de l'industrie pharmaceutique, ses liens avec les agences de santé et le systèmede soins. Mais elle nous fait parfois oublier que la responsabilité de prescrire ou non du Mediator est avant tout celle des médecins face à leurs patients. D'où l'envie de demander son point de vue à un médecin généraliste qui fait l'effort de réfléchir sur sa pratique. Christian Lehmann exerce en grande banlieue parisienne depuis le milieu des années 1980. C'est son activité principale. Le reste du temps, il écrit des romans ou des essais sur la santé, parmi lesquels on peut citer Patients sivous saviez et LesFossoyeurs.Entretien.

    Avez-vous déjà eu l'occasion de prescrire du Mediator ?

     

    Christian Lehmann
    Christian Lehmann 
    Je suis médecin généraliste depuis 1984, et je suis lecteur de larevue Prescrire depuis cette même année 1984, ce qui fait que je n'ai jamais prescrit de Mediator – j'ai vérifié dans mon dossier médical informatique. Je n'ai jamais initié une prescription de Mediator, je me suis même battu avec deux patients pour essayer de leur faire arrêter ce traitement. Sans succès. Pour les autres, j'ai réussi à leur faire cesser la prise de ce médicament.

    Quand j'ai vu arriver l'ordonnance, au début des années 1990, je leur ai dit : «Ecoutez,c'est ce que vous preniez avant mais les informations dont nous disposons me font penser qu'il vaudrait mieux que je vous donne autre chose.» Cespatients-là ont accepté, sauf deux qui avaient des prescriptions débutées àl'hôpital, et qui ont pris du Mediator l'un pendant quatre mois, l'autre pendant cinq mois. Je ne parvenais pas à les convaincre, à l'époque déjà, du faible intérêt de la molécule. On ne connaissait pas encore bien les risques cardiaques. Il peut être difficile pour un médecin généraliste, s'il est jeune ou s'il n'est pasextrêmement rigoureux, d'arrêter une prescription hospitalière ou celle d'un spécialiste. Des collègues m'ont montré des lettres qu'ils ont reçues de spécialistes furieux parce qu'un médicament dangereux avait été arrêté.

    Quel regard portez-vous aujourd'hui sur cette nouvelle affaire ?

    L'affaire du Mediator est à la fois éclairante et terriblement frustrante pour un certain nombre de donneurs d'alerte. Il s'est passé la même chose avec le Vioxx, avecle Di-Antalvic, il se passera la même chose avec les médicaments contre la maladie d'Alzheimer qui sont le grand scandale des années à venir... Alors j'ai juste regardé dans ma base de données Prescrire, et j'ai devant moi quelques documents. Il y a un premier article sur le Mediator en 1986 dans la revue Prescrire.

    C'est un médecin qui écrit après le passage dans son cabinet d'un visiteur médical qui présentait le Mediator,et il pose la question: «Ce médicament m'est actuellement présenté comme aussi efficace que les autres médicaments pour le diabète, qu'en pensez-vous?» Prescrire répond qu'«il paraît abusif de créditer le Mediator d'une activité équivalente à celle des médicaments antidiabétiques», puis démonte rapidement l'étude avant de conclure qu'il est difficile d'en interpréter les résultats dans la mesure où elle n'a jamais été publiée dans une revue internationale à comité de lecture sélectif.

    Il y a donc un argument direct de suspicion sur l'étude qui a permis l'obtention de l'autorisation de mise sur le marché. A l'époque, en 1986,Mediator est considéré par les médecins qui font un peu attention comme ce qu'on peut appeler un «aimable placebo», un médicament qui n'aura pas d'activité positive chez le patient mais qui n'est pas dangereux. Plus tardivement, en 1997, Prescrire publie un nouvel article titré « Avec plus de recul », et constate qu'il ne s'agit pas d'un médicament contre le diabète. Il a quelques effets modestes et à court terme sur les paramètres biologiques, mais il n'y a aucun élément probant sur ce qui importe lorsqu'on traite un patient, c'est-à-dire la morbi-mortalité.

    Comment peut-on mettre sur le marché un médicament dont l'utilité n'est pasprouvée ?

    C'est une très grande force des laboratoires que de faire des études qui vont dans le sens qu'ils souhaitent, comme Philippe Pignarre l'a bien montré dans son livre,Le Grand Secret de l'industrie pharmaceutique : lorsqu'on a commencé à faire des essais cliniques pour mettre des molécules sur le marché après l'affaire de la thalidomide, les réformateurs thérapeutiques ont réussi à convaincre les responsables politiques qu'il fallait faire des essais cliniques. Mais le pouvoir politique n'a pas suivi au niveau financier et on a donc laissé la charge financière et la conduite de ces essais aux laboratoires.

    Du coup, les labos se débrouillent toujours pour poser des questions médicales de telle manière que leurs médicaments apportent des réponses positives. Pour le Mediator, l'une des questions qu'il fallait scientifiquement poser était par exemple : «Des patients traités sous Mediator pendant quatre ans connaissent-ils une diminution de leur morbidité et de leur mortalité ?» Au lieu de cela, le laboratoire a préféré celle-ci : «Au bout de trois mois, la glycémie et les triglycérides baissent-ils de façon statistiquement significative chez ces patients ?»

    A la première question, la réponse aurait été :«Non, il n'y a pas de modification, il y aurait peut-être même une surmortalité.» A la seconde, il ne leur était pas très difficile de répondre oui, il y a une petite diminution de la glycémie à jeun et de la triglycéridémie. Avec des agences de contrôle qui sont extrêmement conciliantes, le médicament peut alors être mis sur le marché et les représentants des firmes pharmaceutiques pourront influer sur les médecins qui n'ont pas conscience que le critère indirect qu'on leur donne, la baisse de la triglycéridémie, n'a aucun intérêt à long terme.

    Ce qu'il faut, ce sont des études sur les critères directs morbidité et mortalité sur le long terme. De la même manière, il y a des médicaments qui font baisser le cholestérol mais qui n'ont jamais sauvé un patient, ils font juste baisser le cholestérol. Je pense à certains médicaments du groupe Fournier, un groupe dont Elisabeth Hubert qui a été ministre de la santé a ensuite été directrice... Il n'y a pas que Servier en France...

  • Le Mediator est un médicament du groupe Servier: quelle est la réputation de ce laboratoire chez les médecins généralistes?

    Dans ces années 1980, il n'y a aucune autre bouée à laquelle s'accrocher pour les médecins un peu consciencieux que la revue Prescrire. Si je mets de côté cette revue, il ne reste que des représentants des firmes qui viennent cogner à la porte et une presse en grande partie payée par l'industrie... Servier m'apparaît alors comme le groupe qui embouteille ma boîte aux lettres avec plus d'un kilo de papier par mois, c'est l'estimation à laquelle était arrivé un collègue. Dans les années 1980 et 1990, ce laboratoire était connu comme disposant d'un réseau de visite médicale assez pléthorique et commercialement agressif, des gens qui faisaient du rentre-dedans pour obtenir plusieurs rendez-vous par trimestre...

    Quelle est votre attitude par rapport à ces représentants qu'on appelle « visiteurs médicaux » ?

    Très rapidement, j'ai arrêté de les recevoir. A un moment, je me suis rendu compte que le travail de fond sur la thérapeutique, le médicament, la réflexion doit se faire sur l'écrit, un écrit qui reste, qui est une analyse clinique. Lire un article de fond dans Prescrire sur Benfluorex prend à peu près sept minutes, pour le lire sérieusement, et avoir ensuite une conduite cohérente pour les années à venir. Voir un visiteur pharmaceutique prend le même temps pour juste bavarder et ne rien apprendre...

    Prescrire a poursuivi au fil du temps son travail sur le Mediator...

    Oui, en publiant notamment en 1999 une étude de l'union régionale des caisses d'assurance maladie de Bourgogne qui a analysé les données médicales sur la prescription du Mediator. A l'époque, l'assurance maladie ne sait peut-être pas que ce médicament peut être dangereux (quoique certaines alarmes aient été publiées) mais elle peut en revanche savoir qu'il ne sert à rien, et la revue se pose la question de savoir pourquoi elle remboursait autant de Mediator.

    En interrogeant les médecins, elle se rend alors compte que c'est prescrit comme un médicament de confort par les «obésologues» autoproclamés: évidemment comme c'est une amphétamine masquée ça fait maigrir un peu les patients. On se retrouve dans une situation qu'il ne faut jamais perdre de vue : la co-responsabilité de certains patients où le discours cohérent du bénéfice-risque passe parfois à la trappe devant une demande esthétique extrêmement forte. On l'a vu il y a deux ans encore avec le médicament pour maigrir Alli vendu sans ordonnance en pharmacie. Si le laboratoire l'a mis en vente libre, c'est que les médecins ne le prescrivaient pas assez sur ordonnance (sous le nom d'Orlistat) au vu de ses effets indésirables.

Ce à quoi il convient d'ajouter la responsabilité des médias, qui alimentent sans doute fortement cette demande...

Cette responsabilité est flagrante. Prenons l'exemple d'une autre amphétaminique, le Zyban, médicament pour arrêter de fumer. Le Zyban, c'est du Bupropion, un amphétaminique caché comme le Mediator. Lorsqu'il est sorti, le laboratoire avait exercé une forte pression sur la presse, considérant que beaucoup de journalistes fument. Le laboratoire avait donné du Zyban à des journalistes, qui ont fait des pleines pages en expliquant comment ça leur avait permis d'arrêter de fumer. Il y avait eu en particulier une journaliste de Libération qui avait fait deux pages sur ce sujet!

Cet article n'avait aucun recul, il ne s'agissait pas d'un texte scientifique mais simplement d'une personne qui prend un médicament et qui voit ce qui lui arrive à elle sur quinze jours, qui n'a aucune idée du fait qu'elle prend une amphétamine, qui n'a aucune idée du fait qu'il y a des accidents vasculaires et psychiques graves, et comme ils n'arrivent qu'une fois sur dix mille, elle ne va sans doute pas s'en rendre compte. Il y a donc une responsabilité croisée de désinformation ou de mal information.

Vous parliez d'une avant-garde de médecins attentifs à ces problèmes: combien sont-ils ? Le lectorat de la revue Prescrire peut-il renseigner sur la taille de ce groupe?

Prescrire doit avoir environ 25.000 abonnés, parmi lesquels on trouve 5.000 pharmaciens. Il y a donc à peu près 20.000 médecins qui sont lecteurs de Prescrire, une large majorité d'entre eux, autour de 15.000 à 18.000, sont des généralistes. Sachant qu'il y a environ 48.000 généralistes en France actuellement, un chiffre en nette diminution. Et environ 50.000 spécialistes, dont 3.000 à 4.000 lisent Prescrire. Il y a bien sûr d'autres publications, notamment le British Medical Journal qui est de très haute tenue, mais la barrière de la langue limite son lectorat en France, et ses lecteurs sont quasi toujours aussi des lecteurs de Prescrire.

Au-delà de ce groupe de médecins qui s'informent, la responsabilité ne doit-elle pas aussi être celle des dirigeants politiques ?

Ce qu'on voit là est un jeu de bonneteau. On voit Xavier Bertrand soudain oublier qu'il a été ministre et dire qu'il veut aller jusqu'en haut des plus hautes responsabilités, Nicolas Sarkozy pareil. Sans même parler des relations de proximité qui existaient entre l'UMP et Servier, ou du fait que Xavier Bertrand a sciemment participé à la mort du système de médecins référents dont la formation était indépendante de l'industrie pharmaceutique, je dois dire que je n'attends pas des ministres qu'ils me disent ce que je dois faire vis-à-vis des médicaments, Dieu soit loué !

Je le rappelle dans Les Fossoyeurs: quelques jours avant que le Vioxx ne soit retiré de la vente, Philippe Douste-Blazy se pavanait à la radio pour dire qu'il s'agissait d'un médicament formidable et que s'il y avait des problèmes, les agences les auraient bien sûr dépistés.

L'année dernière, Roselyne Bachelot nous expliquait qu'il fallait utiliser du Tamiflu hors indications avec le directeur de la DGS, Didier Houssin, qui poussait à la roue pour qu'on prescrive sur une simple fatigue avec rhume, ce qui sur le plan médical a conduit le Formindep (formindep.org), une association pour la formation indépendante des médecins, à demander sa démission.

Les agences sont d'une rare incompétence. L'Afssaps a tendance à faire totalement confiance aux laboratoires et à mettre de côté comme l'a montré Irène Frachon les alertes lancées par les whistleblowers.

Combien de fois je me suis retrouvé à la radio avec des gens qui me posaient des questions et auxquels j'expliquais que le troisième médicament le plus vendu en France à la sortie de l'hôpital est un antalgique retiré de la vente dans de nombreux pays européens depuis des années. Quand ils me demandaient son nom, je n'avais pas le courage d'aller jusqu'au bout et de dire que c'est un médicament qui s'appelle Di-Antalvic et qui n'avait jamais apporté la preuve de son efficacité et qui est peut être dangereux.

Parce que le pouvoir de rétorsion que pouvait avoir une firme dans ces années-là face aux donneurs d'alerte était énorme, on l'a vu avec le livre du docteur Irène Frachon qu'ils ont failli faire interdire. La question qui se pose, c'est la responsabilité des médias en général, dans le fait de ne pas prêter une oreille attentive, et ensuite d'offrir une véritable protection aux donneurs d'alerte.

Vous évoquiez le scandale à venir des médicaments anti-Alzheimer, de quoi s'agit-il ?

Ce sera un scandale sanitaire dans dix ans, et parceque les choses seront un petit peu plus faciles pour les donneurs d'alerte aujourd'hui, je dirai clairement ce qui apparaît en filigrane depuis au moins dix ans dans le British Medical Journal, dansle New England Journal of Medecine, dans la revue Prescrire : les médicaments anti-Alzheimer coûtent des sommes criminelles à la sécurité sociale, à côté desquelles le Mediator c'est du pipi de chat.

Ces médicaments ne retardent pas l'entrée en établissement spécialisé des patients atteints, ces médicaments n'arrêtent pasleur dégradation. A peine ont-ils permis à certains items sur certains tests d'être un peu meilleurs pendant un bref moment, et ils peuvent entraîner des accidents vasculaires cardiaques et cérébraux graves. On est devant une machine à côté de laquelle le Mediator, ce n'est pas grand-chose même si beaucoup de gens en ont pris.

Pour l'Alzheimer,on a des familles qui viennent voir des gérontologues et qui demandent ce qu'elles peuvent faire pour leurs grands-parents, et qui sont évidemment pieds et poings liés par ce qui leur est dit. On est donc en face de quelque chose de dramatique et on pourra dans quelques années, mais il faudra dix ans, décrypter le document de la Haute autorité de santé sur les anti-Alzheimer qui est sorti il y a un an et demi, un document qui a amené la revue Prescrire à attaquer violemment la Haute autorité de santé sur le conflit d'intérêts de ses experts.

Le document sur les anti-Alzheimer est obligé de reconnaître qu'ils ne ralentissent pas l'entrée en établissement, qu'ils n'améliorent pas les possibilités cognitives des patients mais, dit-il dans un langage extraordinaire, ils permettent de les mettre dans la filière gériatrique, et à cette filière de fonctionner. Autrement dit, pour que demain la dépendance puisse être un juteux marché pour les assurances privées surtout ne mettons pas en cause un médicament qui donne l'illusion aux gens d'être traités, quand ce qui importe autour d'un patient Alzheimer, c'est la qualité de l'accompagnement humain.

D'une part il y a la dangerosité, et d'autre part il y a la question des coûts pour la sécurité sociale des remboursements de médicaments qui ne servent à rien. Le cas du Mediator est intéressant parce que pendant longtemps on ne savait pasqu'il était dangereux mais on savait qu'il ne servait à rien. Ne paye-t-on pas là aussi le prix d'un système où l'on rembourse beaucoup de médicaments qui ne servent à rien ?

Le Mediator de 2010, un médicament qui ne sert à rien et qui peut donner des accidents, et qui est largement prescrit aujourd'hui, L'Express l'a pointé mais ça fait au moins quatre ou cinq ans que Prescrire nous alerte, c'est le Vastarel. C'est un médicament d'un laboratoire français aussi qui est censé améliorer l'oxygénation du cerveau chez les personnes âgées mais qui n'a jamais fait la preuve de la moindre efficacité. Voyant qu'il n'était pas prescrit par les cardiologues, qui ont déjà beaucoup de médicaments efficaces à leur disposition, le laboratoire l'a proposé aux ORL et aux ophtalmos. On voit passer beaucoup de prescriptions de Vastarel alors même qu'on sait qu'il n'a jamais fait la preuve de son efficacité mais qu'en plus on sait maintenant qu'il peut donner des maladies de Parkinson.

Dans cinq ans, dans dix ans, quand Vastarel aura été retiré du commerce, on ne trouvera plus un médecin qui reconnaîtra avoir initié des dizaines et des centaines de prescriptions, et tout le monde hochera la tête et le ministre de la santé de l'époque, qui sera peut-être socialiste, posera gravement ses coudes sur le bureau en disant : je veux faire toute la lumière sur cette affaire, comment se fait-il que l'argent de la collectivité ait été dilapidé pendant dix ans ? Rien ne changera.

Sauf si d'affaire en affaire, le Vioxx, le Mediator, etc., s'installe de manière intime chez les patients la question de la dangerosité d'utiliser des comprimés comme si c'était des bonbons. Mais notre responsabilité de médecins se pose aussi. Ily a une partie non négligeable de notre profession qui pense qu'il est tout à fait normal d'entretenir des relations avec les laboratoires. Il y a des syndicats comme la CSMF qui remercient sur leur site les laboratoires de leur aide financière, ce que je trouve juste pathétique. Il y a donc une responsabilité médicale, il y a une responsabilité des agences et du politique,il y a une responsabilité très importante des médias.

Comment d'un côté rembourser du placebo et de l'autre dérembourser des médicaments dont l'utilité est prouvée ?

On se base simplement sur le coût et sur une notion ridicule, la notion de « médicament de confort ». Par exemple, est-ce que les médicaments contre la diarrhée sont des médicaments de confort ? Quand on a la diarrhée, on ne trouve pas qu'il s'agisse de médicament de confort... Je me suis battu il y a trois ans lorsqu'on a voulu dérembourser les petits médicaments des patients en affection de longue durée. J'avais prouvé que cela allait conduire les patients qui suivent des chimios à prendre des médicaments encore plus chers.

On a un système schizophrène, qui protège les pseudo-innovations thérapeutiques qui sont parfois très chères et qui peuvent être dangereuses et qui laissent sur le marché des situations de rentes pour des médicaments qui ont été lancés à un moment où les autorisations de mise sur le marché étaient encore plus mollassonnes qu'aujourd'hui et on laisse le médicament vivre sa vie jusqu'à ce qu'on ne puisse plus en nier l'inefficacité ou la dangerosité. Il y avait par exemple un médicament pour personnes âgées qui s'appelait l'Hydergine en gouttes. L'Hydergine n'a jamais sauvé personne mais les types des laboratoires vous disaient : «Mais écoutez, 80% de vos collègues ne peuvent pas avoir tort...» Le système est conçu pour s'auto-entretenir.

 

Entretien publié sur MEDIAPART le 31/12/2010 par Sylvain Bourmeau, reproduit ici avec l'aimable autorisation de son auteur.

http://www.mediapart.fr/journal/france/311210/apres-le-me...

03/12/2007

AVANDIA® : 83.000 accidents cardiaques aux USA, une agence du médicament en coma dépassé, un plan orchestré pour intimider un expert récalcitrant, des médecins sous influence du marketing…bienvenue dans le monde de BIG PHARMA


 

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C’est le dernier épisode en date, lamentable, dans la saga sans fin de la compromission des agences du médicament avec les firmes pharmaceutiques(*).

 

En 2002, trois ans après les USA, la rosiglitazone est commercialisée en France sous le nom Avandia ® par la firme GSK, pour le traitement du diabète. Dès sa mise sur le marché, les revues pharmacologiques indépendantes notent l’absence préoccupante d’évaluation sur l’efficacité à long terme du médicament.(**)


 

En effet, si les études cliniques ont montré sous traitement une diminution de l’hyperglycémie et de l’hémoglobine glycosylée, données biologiques qui permettent de suivre l’évolution d’un diabète, il n’existe lors de la commercialisation aucune donnée sur la réduction éventuelle des complications du diabète et de la mortalité globale, et ceci alors que le médicament présente des effets indésirables nombreux. Ces incertitudes devraient inciter à la prudence, à la mise en route d’études de pharmacovigilance rigoureuses pour suivre les patients mis sous Avandia, et ce uniquement lorsque des thérapeutiques plus anciennes et mieux évaluées se révèlent inefficaces.

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C’est compter sans la pression marketing habituelle, qui martèle aux médecins qu’une nouvelle révolution dans le traitement du diabète a eu lieu, comme, quelques années auparavant, cela avait été le cas pour le Vioxx, anti-inflammatoire « magique » retiré du commerce en catastrophe au bout de quelques années. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, une commission sénatoriale américaine vient de mettre à jour un constat accablant : de nombreuses études concordantes pointent une augmentation du risque d’accident cardiaque sous rosiglitazone. On estime à 83.000 le nombre de crises cardiaques supplémentaires depuis l’homologation du médicament.(***)

Mais il y a pire : la commission sénatoriale a mis à jour les nombreuses tentatives d’intimidation de la firme à l’encontre d’un expert, le Dr John Buse, qui dès 1999 avait attiré l’attention lors de conférences publiques sur les risques cardio-vasculaires du médicament.

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Pressions financières, menaces de poursuites judiciaires, intimidations, « un plan orchestré » pour faire taire le Dr Buse a été conçu et mis en œuvre avec l’accord du PDG de la firme GSK, le Dr Jean-Pierre Garnier, amenant le Sénat à mettre en cause la « culture de direction » de cette firme.

 

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Et de son côté, l’Agence américaine du médicament… a elle aussi fait pression sur deux de ses propres experts dont les inquiétudes rejoignaient celles du Dr Buse, au point de pousser l’un d’entre eux à démissionner.

Il sera très instructif, dans les mois qui viennent, de suivre sur ce dossier le comportement des agences françaises du médicament, promptes à délivrer l’autorisation de mise sur le marché de médicaments n'ayant pas encore fait la preuve de leur efficacité clinique à long terme. Comme il sera instructif d’entendre ceux, parmi les responsables syndicaux des médecins, qui, affaire après affaire, martèlent que « Les médecins savent quand même distinguer l’information médicale de la pression marketing ». Après l’affaire Vioxx, après l’affaire Avandia, combien d’autres, avant qu’un plus grand nombre de médecins adopte une attitude responsable vis-à-vis de la communication commerciale des firmes pharmaceutiques ?

 

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(*) Un médicament de la firme GSK aurait provoqué des dizaines de milliers de crises cardiaques : excellent article de Elena Pasca, sur le site du Formindep, collectif pour une formation médicale indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients 

http://formindep.org/spip.php?article146

 

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 (**) Pour en savoir plus sur les glitazones et leur rapport bénéfices/risques négatif, sur le site de La Revue Prescrire :

http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierDiabeteGlitazones....  

http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierDiabeteRosiglitazo...

 

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(***) Ne cherchez pas à extrapoler à la France. Ce type d’étude n’existe pas en France. On n’a jamais estimé ou dénombré le nombre de morts cardio-vasculaires liées au Vioxx® en France. Et le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière. Circulez, il n’y a rien à voir.

 

 

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Ci-dessous, pour ceux qui voudraient aller plus loin, un court extrait de mon livre récent « Les Fossoyeurs, notre santé les intéresse… » aux éditions Privé-Michel Lafon.

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Dans un ouvrage récent basé sur un long entretien, « Le grand méchant loup pharmaceutique », cherchant à présenter systématiquement les agences du médicament sous un jour favorable en minimisant certains de leurs travers comme l’indépendance toute relative de certains experts vis-à-vis des firmes, Philippe Urfalino, sociologue, peu avare de qualificatifs désobligeants vis-à-vis des donneurs d’alerte qui dénoncent les travers des firmes, répond d’une manière très surprenante à l’interpellation de son intervieweur :

« Question : Les « relations » peuvent aussi prendre la forme de la collusion d’intérêts… On pense par exemple aux 20000 euros par médecin et par an que les firmes pharmaceutiques consacrent à la communication sur leurs produits.

 

Philippe Urfalino : C’est vrai, l’industrie pharmaceutique est le mécène du milieu médical… »

 

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J’ai cherché dans le Petit Robert la définition de mécène : « protecteur généreux des arts et des sciences ».

Cette définition d’une surprenante clémence contraste avec les qualificatifs employés pour les donneurs d’alerte, ces médecins, ces scientifiques, qui pointent depuis des années, en France et à l’étranger, les errances du secteur pharmaceutique : « je suis frappé par une certaine tendance à la diabolisation, qui confine ça et là au retour de la théorie du complot…( la revue Prescrire) plaide l’existence du camp des firmes et du profit d’un côté et du camp des malades de l’autre… ce que je voudrais mettre en cause ici, c’est une mauvaise information, des amalgames et une grille de lecture fautive…les visiteurs médicaux sont parmi les rares interlocuteurs qui se soucient des besoins du médecin ».

Cette défense de la visite médicale n’est pas neuve, comme n’est pas neuve la mise en cause des donneurs d’alerte.

 

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Comme je l’ai écrit dans « Patients si vous saviez », la Revue Prescrire, revue française indépendante d’information sur le médicament, est dans le collimateur des firmes depuis de nombreuses années. Membre d’un réseau international de revues thérapeutiques indépendantes, elle constitue pour le médecin soucieux d’une information scientifique débarrassée de l’argumentation marketing et économique, un outil majeur, voire indispensable. Mais sa critique argumentée des techniques de communication des firmes met mal à l’aise ceux des médecins qui continuent à voir dans ces dernières un simple « mécène ».

 

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A les en croire, l’implication de Big Pharma ( selon le vocable adopté par John Le Carré après son magistral roman « La constance du jardinier ») dans l’information du corps médical ne pose pas problème.

 

C’est la thèse défendue par la Confédération des Syndicats Médicaux Français, dans « Qu’est-ce que la CSMF ? », un petit ouvrage très informatif publié aux éditions l’Archipel :

 

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« Question : Les laboratoires et leurs campagnes de marketing auprès du corps médical et des malades ne risquent-ils pas d’exercer une influence abusive dans le domaine des prescriptions médicamenteuses ?

Michel Chassang : Toute dérive peut être dangereuse. Elle doit être dénoncée et combattue. Pour la visite médicale, il convient de veiller à améliorer le qualitatif et donc son contenu… Pour autant, il ne faut pas exagérer l’ « intoxication » supposée des médecins en matière de visite médicale, constamment mise en avant par le lobby anti-industrie pharmaceutique. Les médecins savent quand même distinguer l’information médicale de la pression « marketing »… »

 

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Est-ce si sûr ?

 

PS : Conformément à la législation(****) , j’affirme n’avoir aucun lien financier avec les firmes pharmaceutiques citées. Nous verrons si tous les médecins interrogés font de même…

(****) La loi sur la transparence de l’information médicale enfin en vigueur !, article de Philippe Foucras sur le site du Formindep

http://www.formindep.org/spip.php?article118

 

 

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30/10/2007

Pourquoi j’ai refusé une invitation à un séminaire organisé par une firme pharmaceutique

Cette traduction par le Formindep ( collectif pour une formation médicale indépendante au seul bénéfice des professionnels de santé et de leurs patients, www.formindep.org ) d’un article du British Medical Journal paru le 27 octobre 2007 (2007 ;335:887) est le témoignage du Professeur Murad Moosa KHAN, médecin psychiatre pakistanais.

Ce texte bouleversant redit avec le langage du bon sens et de la simple humanité les enjeux universels de ce que le docteur KHAN appelle par son nom : corruption.

 

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J’ai récemment été invité par une firme pharmaceutique à un séminaire dans un hôtel cinq étoiles au Pakistan, le pays où je vis et travaille. Le thème du séminaire portait sur la santé mentale, et la firme avait invité un “intervenant étranger” pour s’exprimer sur le sujet.

J’ai refusé cette invitation. Voici les raisons que j’ai données : « Merci de votre invitation que je suis amené à refuser pour des raisons éthiques. Je considère en effet comme non éthiques toutes les interactions entre les médecins et les firmes pharmaceutiques et sources de graves conflits d’intérêts. Je n’accepte non plus aucun cadeau, grand ou petit, de quelque nature, forme ou taille que ce soit, de la part d’une firme pharmaceutique. Je n’assiste à aucun séminaire sponsorisé par une firme pharmaceutique (tel que celui que vous organisez) et ne participe à aucun “lancement” de médicament, ni n’assiste à des conférences aux frais des firmes pharmaceutiques. Je considère en effet de telles activités comme une forme de corruption des médecins par les firmes pharmaceutiques.

Vous allez dépenser une énorme somme d’argent pour faire venir en avion votre "intervenant étranger" (probablement en classe affaires), l’héberger en hôtel cinq étoiles et lui verser de gros honoraires. Tout cela va coûter combien au total ? Et quel en sera le résultat ? Comment allez-vous récupérer ces dépenses ? Votre motivation est que les psychiatres prescrivent plus de vos médicaments et ainsi d’augmenter vos ventes, et de vous attribuer, à vous et à vos directeurs, des primes colossales.

Et qui va payer ces médicaments ? Les patients et leurs familles bien sûr, puisque la plupart des dépenses de santé au Pakistan viennent directement de leur poche.

Je condamne fermement toutes ces activités dont la raison principale n’est que de promouvoir vos médicaments et d’inciter des praticiens avides à en prescrire davantage. Je dis “avides” car la tentation de déjeuner et dîner dans un hôtel 5 étoiles est quelque chose auquel peu de médecins sauront résister. Pourquoi n’organisez-vous pas ce séminaire sous un “shamiana” (chapiteau) dans un “katchi abadi” (un bidonville ou un endroit défavorisé), là où résident la plupart des patients atteints de dépression et de schizophrénie ?

Et que connaît votre firme des questions de santé mentale au Pakistan ? Que savez-vous de la dépression et de la schizophrénie au Pakistan, et des graves problèmes liés à ces situations, tels que le dénuement, les degrés de pauvreté, la corruption, le manque d’accès à la justice et la condition particulièrement exposée des femmes dans notre société ? Que savez-vous de l’atroce organisation de la santé mentale de ce pays et de la façon dont elle affecte la prise en charge des maladies psychiatriques graves telles que la schizophrénie et la dépression ? Vous rendez-vous compte qu’il n’y a aucun budget pour la santé mentale au Pakistan ? Que de nombreuses familles sont contraintes de garder leur malade schizophrène enchaîné parce qu’elles ne peuvent pas se payer les médicaments de base ? Etes-vous conscients que de nombreux patients doivent parcourir des centaines de kilomètres depuis l’intérieur du pays, dans la chaleur et la poussière, pour consulter un psychiatre en ville ? Et que, à de rares exceptions près, la psychiatrie n’est ni enseignée ni évaluée comme discipline en tant que telle dans aucune école de médecine au Pakistan ? Et que des générations de médecins pakistanais ont accompli leurs études de médecine sans jamais avoir été confrontés aux questions de santé mentale ? »

« Pourquoi n’organisez-vous pas ce séminaire dans un katchi abadi (bidonville) où résident la plupart des patients atteints de dépression et de schizophrénie ? »

Signé : Murad Moosa Khan, professeur de psychiatrie, Aga Khan University, Karachi, Pakistan

 

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23/10/2007

Dealers d'opinion


 

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Je devrais avoir honte.Franchement.

 

Voici un mois et demi que j’ai débuté cette chronique, et j’ai omis de me conformer à la loi.

 

La loi dite « loi Kouchner » sur les droits des malades.

 

Alors voilà, après ce rapide mea-culpa, je me lance : « Je n’ai aucun lien avec aucune firme qui commercialise des médicaments, ni avec leurs entreprises de conseil ».Comme tout professionnel de santé, je suis censé faire cette déclaration d’absence (ou d’existence ) de conflit d’intérêt, avant toute adresse au public sur des thèmes pouvant toucher au médicament. Votée en mars 2002, cette loi n’a pas été appliquée pendant cinq ans. Et il a fallu un recours en Conseil d’Etat d’une association, le FORMINDEP*, « Pour une formation indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients », pour qu’enfin, bien tardivement, paraisse au Journal Officiel le décret d’application de cet « article 26 » de la loi du 4 mars 2002.

 

Son but : éviter ce que nous avons tous vu, lu, entendu, subi, trop longtemps : des avis d’experts bardés de leur seule intime conviction, retransmis dans les médias comme parole d’Evangile.

 

C’est ainsi qu’au début de la décennie, le Vioxx, un anti-inflammatoire réputé révolutionnaire, était vanté par nombre de rhumatologues dans les médias pour sa bonne tolérance… alors que les premières études mettant au jour les effets indésirables cardio-vasculaires de ce médicament étaient mises en doute par ces mêmes spécialistes… jusqu’ au jour où la firme retira le médicament du commerce, devant l’évidence grandissante d’un plus grand nombre de morts d’origine cardiaque chez les patients sous Vioxx.

 

Et à chaque fois, lorsque la parole des experts subit ce type de revers, la stratégie est la même : l’évitement, la fuite. Ceux qui hier vantaient les mérites du produits, vilipendaient les hésitants, conspuaient les résultats d’études indépendantes n’allant pas dans leur sens… disparaissent des écrans radar. Il n’y a jamais ni responsables, ni coupables. Le simple fait de reconnaître une erreur semble au-dessus de leur force. L’article 26 vient à point nommé pour enfin clarifier la raison de cette incapacité à reconnaître une erreur médicale.

 

Désormais, nous devrions être mieux informés, lorsqu’un expert parle d’un médicament dans les médias, sur les rapports financiers qu’il entretient avec l’industrie pharmaceutique. Si par la suite le médicament vanté était brutalement retiré du commerce, nous saurons s’il s’agissait d’une simple erreur d’appréciation, ou d’autre chose… Après tout, quelqu’un dans la salle croit-il vraiment que Bernard Laporte vante le Jambon Madrange par simple préférence gastronomique?

 

*www.formindep.org . L'association FORMINDEP accueille professionnels de santé et patients.

 

(publié dans Témoignage Chrétien en Septembre 2007) 

 
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