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27/10/2016

Marisol Touraine et les anti-Alzheimer: l'incompétence à visage humain

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Jusqu’au bout, Marisol Touraine aura été à l’image du quinquennat de François Hollande: veule, stupide, consternante. Scrupuleusement attachée, comme ses prédécesseurs de droite, à faire de la santé publique une simple variable d’ajustement du politique.

 

#AlzheimerGate

Revenons rapidement sur le sujet des Anti-Alzheimer: ces médicaments coûteux sont inutiles. Ils n’ont aucune efficacité clinique démontrée, ne freinent pas l’évolution de la maladie, ne retardent pas l’entrée des patients dépendants en établissement.

Ces faits sont connus, de longue date. Ils sont dénoncés, par un nombre croissant de médecins. Mais le poids de l’évidence, les études scientifiques qui s’accumulent, ne sont rien par rapport à l’inertie du système, la frilosité des agences, et l’incompétence des politiques. Rien, enfin, vis à vis du pouvoir des firmes pharmaceutiques et des lobbies qu’elles génèrent et entretiennent.

En 2011, déjà, la Haute Autorité de Santé avait publié un avis négatif sur cette classe de médicaments, mais les tiraillements internes entre experts pas pressés de déjuger brusquement leur enthousiasme passé avait abouti, malgré le travail titanesque fourni par l’un des experts, le docteur Philippe Nicot, médecin généraliste, à une recommandation ambigüe: à mots couverts, tout en reconnaissant l’inutilité clinique de ces médicaments pour les malades, et leur risque, il n’a pas été recommandé de les dérembourser au motif ubuesque qu’ils permettaient à la filière gériatrique qui en dépendait… de survivre. Tout au plus était-il conseillé aux médecins généralistes… de ne pas initier de nouveaux traitements!!! D’éminents gériatres s’étaient exprimés dans les colonnes des journaux, plaidant pour leur chapelle. Traduisons le fond de leur pensée: « Si nous révélons que nous n’avons pas de traitement efficace, si nous cessons de prescrire des molécules inutiles voire potentiellement dangereuses, pourquoi les patients continueraient-ils à nous consulter, pourquoi les familles continueraient-elles à amener leurs proches malades aux consultations mémoire? » On peut y voir, au choix, du pur cynisme, ou cette forme de paternalisme médical qui consiste à mentir au patient pour son bien.

Cinq ans plus tard, la HAS publie un nouvel avis, et celui-ci est plus tranché. L’inutilité des traitements est reconnue, et le maintien de leur remboursement est considéré comme très problématique, dans un environnement financier contraint où la ministre fait semblant de courir après les économies, où l’antienne « chaque euro dépensé doit être un euro utile », est psalmodiée rituellement, après Xavier Bertrand et Roselyne Bachelot, par Marisol Touraine.

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L’avis de la HAS « fuite » dans Libération, ou un Eric Favereau très bien inspiré interviewe longuement Olivier Saint-Jean, membre de la Commission, et l’un des spécialistes les plus critiques sur ces traitements depuis longtemps. Celui-ci décrypte toute l’histoire, les manipulations des firmes, la très faible qualité scientifique des études de départ ayant amené à survendre ces produits inutiles, puis l’accumulation de preuves de leur inefficacité. Sans jamais dénoncer clairement le fonctionnement des agences, il explique que les temps ont changé, que les informations ont amené la HAS à revoir son avis. En français, cela signifie simplement que certains des experts ont, avec le temps, été obligés de constater l’évidence: leur position n’était plus tenable, d’autant que leurs liens d’intérêts avec les firmes avaient entre-temps été révélés. Dans cette affaire, comme dans plusieurs autres affaires touchant des médicaments soudain sur la sellette, il n’y a jamais de coupable. On attend, on tergiverse, on dilapide l’argent public, on fait courir des risques aux malades, et puis un jour du bout des lèvres on lâche le médicament en cause, en expliquant qu’il est maintenant obsolète, et que de toute façon on ne le prescrivait plus, depuis longtemps, ou si peu.

Rapidement, la contre-attaque s’organise. Le lobby se met en branle. Sur les réseaux sociaux, on fustige Olivier Saint-Jean, cet ayatollah opposé aux médicaments, ou bien encore les liens d’amitié supposés entre le journaliste et sa source. Relayant l’information après avoir déjà fréquemment bataillé sur ce dossier, j’ai la surprise de voir un confrère psychiatre ( dont les liens d’intérêts, éclairants, sont consultables sur transparence.sante.gouv.fr ) expliquer que je suis un écrivain de talent, mais certainement pas un pharmacologue. Sempiternelle ritournelle des experts de l’expertise, qui eux savent, mieux que le clampin moyen, même s’ils n’ont en main aucun élément scientifique, aucune étude, pour appuyer leurs dires.
Dans le flou persistant pendant quelques semaines, tandis que la HAS tarde à publier son avis, que le ministère fait le dos rond, voici qu’apparaît France-Alzheimer, qui s’inquiète du possible déremboursement de médicaments inutiles aux effets indésirables potentiels gravissimes. Avec des défenseurs de patients aussi zélés, les laboratoires ( qui, généreux mécènes, financent l’association) n’ont qu’à bien se tenir!

Le courage, c'est maintenant

La balle est maintenant dans le camp de l’intrépide, de la perspicace, de la courageuse Marisol Touraine. Celle qui porte le bilan sociââââââl de François Hollande, essentiellement un tiers-payant généralisé à la charge des médecins, pour le plus grand bien des assurances complémentaires. Tiers-payant totalement virtuel, d’ailleurs, puisque retoqué par le Conseil d’Etat, et pas prêt de s’appliquer en France, au grand dam des « mutuelles » qui avalent vos cotisations pour refaire la pelouse de leurs stades gigantesques, sponsoriser des catamarans, ou beurrer les épinards d’ex-comiques de répétition.

Marisol Touraine, donc, se retrouve devant un choix simple. Acter l’inutilité et la nocivité de ces médicaments, ordonner leur déremboursement ( dans un premier temps) puis les modalités de leur arrêt de commercialisation ( puisqu’il en va de la santé des malades). Ou bien satisfaire les lobbies, maintenir un statu-quo déclinant, ne pas faire de vague, surtout, ne pas ouvrir une nouvelle brèche dans le pédalo en voie de submersion de François Hollande.

Et Marisol Touraine tranche:  pas question de dérembourser ces médicaments, dans l’état actuel des choses. Pas tant que ne sera pas mis en place « un protocole de soins en accord avec les scientifiques et les associations de patients ». Traduisons-la: il n’est pas question, même en s’appuyant sur des données scientifiques accablantes, de désespérer Billancourt et de mettre un terme à une affaire qui marche. Pas question de dire la vérité aux malades, à leurs familles, ce qui nécessiterait du courage, ouvrirait la porte à des questionnements aussi légitimes que dangereux pour les pouvoirs en place: « Depuis combien de temps saviez-vous? Quels éléments nouveaux font basculer la décision? Qui a payé le prix de votre lâcheté, de votre malhonnêteté intellectuelle? » Non, rien de tout ça. On attendra un « protocole ». On se cachera encore pendant quelques années derrière les apparences, derrière un modèle obsolète, honteux, où on n’imagine pas un instant qu’un soignant a envers un patient et sa famille un devoir d’accompagnement, un devoir de vérité, plutôt qu’une obligation à prescrire, à prescrire n’importe quoi pour faire fonctionner la filière et cultiver des espoirs qui sont autant de supercheries.

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Cela coûtera au pays encore quelques centaines de millions d’euros( 180 millions par an en 2016, 300 millions par an à la grande époque). Encore quelques centaines ou milliers d’accidents vasculaires, de troubles du rythme cardiaque, de chutes, de fractures du col du fémur. Cet argent qui aurait pu, qui aurait du, financer depuis des années des milliers de postes d’aidants, d’aides-soignants, de kinésithérapeutes, d’orthophonistes, continuera d’être dilapidé en pure perte. Mais avec un peu de chance personne ne fera le lien avant longtemps. Et les ministres qui se sont succédés éviteront le box des accusés. Ou pas.

Mais puisque les politiques ont choisi la lâcheté, que les médecins qui hésitaient encore le comprennent bien: avec l'avis de la Haute Autorité de Santé, ils ont le droit d'arrêter des médicaments inutiles et dangereux. Certains diraient même, mais le concept fera sourire en ces temps, que c'est un devoir.

 

La Boîte Noire:

En  Septembre 2003, un groupe de médecins généralistes suédois m'avait demandé d'animer un séminaire indépendant sur le système de santé français. A la fin de celui-ci, gênés, à voix basse, certains d'entre eux étaient venus me demander: "Est-ce que vous aussi, en France, vous avez l'impression que les médicaments contre l'Alzheimer ne servent strictement à rien?"

Je n'ai aucun lien avec des firmes pharmaceutiques. Je n'ai jamais prescrit de médicaments anti-Alzheimer, je n'ai jamais accepté de renouveller une ordonnance de ces médicaments, arguant de ma responsabilité médicale, civile, éthique. C'était possible. Ca l'est aujourd'hui plus encore. Et dans ce combat, l'aide de revues indépendantes comme la Revue Prescrire, l'aide de confrères ou de consoeurs "droits dans leurs bottes", m'a été particuièrement précieuse. Je tiens à les en remercier.

22/12/2014

Loi Santé, Grèves des médecins: de quoi Marisol Touraine est-elle le nom?

 

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"Etre de gauche, c'est concilier réforme économique et progrès social..."

 

Inlassablement, à chaque apparition dans les média, Marisol Touraine répète qu’elle est de gauche. C’est sa petite litanie à elle, version cheap de la fameuse anaphore de François Hollande : « Moi président ». « Etre de gauche », martèle Marisol Touraine, c’est offrir de nouveaux droits aux patients. « Etre de gauche », c’est mettre en place le tiers-payant généralisé, car trop de personnes renoncent encore aux soins en France. « Etre de gauche », c'est concilier réforme économique et progrès social...« Etre de gauche », etc etc etc…

 

Au-delà de cet affichage, de quoi Marisol Touraine est-elle le nom ?

 

En quoi cette grande bourgeoise membre du club d’élite autoproclamée qu’est le Siècle, en quoi cette strauss-kahnienne qui s’enorgueillit de ne jamais avoir milité–« Je n'ai jamais collé d'affiches, je suis ce qu'on appelle un expert, au PS»- est-elle de gauche, et quelle est sa place dans le gouvernement de l’homme qui affirmait être l’ennemi de la Finance et, jour après jour, nous prouve le contraire, rognant le droit du travail, les congés parentaux, les retraites, augmentant les impôts des ménages au bénéfice des actionnaires des grandes entreprises, plaçant à Bercy Emmanuel Macron, un ancien banquier daffaires richissime membre de la dream-team du parvenu Jacques Attali ?

 

La loi de Santé pondue par les énarques et portée aujourd’hui par Marisol Touraine a un double but : mettre les professionnels de santé, et particulièrement les médecins de ville, sous la coupe d’administratifs ne connaissant rien au soin, mais tout à la gestion des coûts, et, sous couvert de faciliter l’accès aux soins, poursuivre le désengagement de la Sécurité Sociale solidaire vers les complémentaires, assurances et mutuelles alléchées par ce gigantesque marché.

 

Marisol Touraine répète inlassablement que le tiers-payant facilitera l’accès aux soins des plus démunis, quand le tiers-payant est déjà largement utilisé pour les patients en affection longue durée, et pour les patients couverts par la CMU. Elle répète que les Français renoncent aux soins pour des raisons financières… alors que c’est dans le domaine de l’optique et dans le domaine des soins dentaires, dont la Sécurité Sociale s’est désengagée, que le renoncement est le plus flagrant. Le tiers-payant n’y changera rien, parce que la Sécurité Sociale ne prend pas, ou très peu en charge ces soins. Le but de Marisol Touraine est double : brandir une mesure à caractère apparemment social, pour promulguer une Loi de Santé fourre-tout comportant des mesures profondément attentatoires à la qualité des soins aux patients et à l’indépendance des médecins.

 

Les limites techniques du tiers-payant sont liées au désengagement de la Sécurité Sociale

Je ne suis pas opposé au tiers-payant, comme je l’ai déjà expliqué longuement.

Tiers-payant  généralisé: ce que cache l'efet d'annonce de Marisol Touraine ( Juin 2014)

Mais le pratiquant depuis des années, j’en connais les difficultés et les limitations techniques. Le tiers-payant a été complexifié depuis une dizaine d’années suite à la mort du système du médecin référent et à la mise en place du système du médecin traitant, avec un système de pénalités pour les patients considérés comme consultant « hors-parcours de soins », une usine à gaz tarifaire, auxquels se sont greffées les fameuses franchises sur les soins de Nicolas Sarkozy, minable tour de passe-passe consistant à piocher dans la poche des cancéreux et des diabétiques, des cardiaques et des Alzheimer, pour les res-pon-sa-bi-li-ser. Notons que Marisol Touraine, « épidermiquement de gauche »pour paraphraser Carla Bruni, n’avait pas de mots assez durs pour fustiger les franchises quand elle était dans l’opposition. Comme François Hollande, Jean-Marc Ayrault, et toute une cohorte de députés prétendument « socialistes »qui s’accommodent parfaitement du maintien de cette « inique mesure de droite »maintenant qu’ils sont aux affaires, et au service de la Finance.

 

Marisol Touraine, une fausse générosité payée par d'autres

Dans les centres de santé, la gestion du tiers-payant a un coût moyen de 4.38 euro par acte, du fait de la complexité du système et du grand nombre de situations administratives entraînant des refus de paiement aux professionnels de santé. Marisol Touraine s’assied sur ce coût, le nie. En dame patronnesse, elle n’a cure des difficultés que causerait aux médecins un tiers-payant obligatoire. ELLE a décidé une mesure « généreuse », qui ne lui coûtera rien, mais dont D’AUTRES feront les frais. Preuve, s’il en est, qu’elle a parfaitement sa place dans le gouvernement de François Hollande.

 

Marisol Touraine prise en flagrant délit de mensonge, une fois de plus...

Devant la fronde médicale, la ministre de la Santé est obligée de lâcher du lest. Elle promet de nouvelles discussions, quand les palabres de l’an passé ont consisté à inviter les représentants des médecins et à leur asséner les vérités révélées des administratifs des ARS, sans tenir aucun compte de leur retour de terrain. Elle promet un système simple et efficace où le paiement aux médecins serait garanti. Un peu comme, en Juillet 2014, aux côtés de Michel Sapin et de Benoît Hamon, elle se portait garante des remboursements des soins aux étudiants par la calamiteuse LMDE ( La Mutuelle Des Etudiants) , rejeton de la MNEF qui nourrit grassement pendant de nombreuses années bien des hiérarques solfériniens. A ce jour, la LMDE est en pleine déroute financière, les témoignages des étudiants floués s’accumulent sur les réseaux sociaux, et la ministre fait profil bas. Quelle crédibilité ont ses garanties réitérées, quand on voit à quel point ces réassurances de Juillet 2014 ont conduit des étudiants dans le mur ?

 

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( merci à Xavier Gouyou-Beauchamps, de l'UCDF)

 

Retour sur investissement

Marisol Touraine réussit avec sa Loi de Santé un exploit inédit : lever la quasi-totalité des médecins du pays contre elle. Paraît alors dans Libération le 8 décembre 2014 un article écrit par la Présidente du CISS, collectif d’associations de patients. Sous le titre : « Santé : des patients soutiennent la loi Touraine », Danièle Desclerc-Dulac, ancienne directrice-adjointe de la Caissse Primaire du Loiret, et présidente du CISS ( financéà 80% par la DGS et la CNAM),  affirme son soutien résolu et personnel à la Loi Touraine. Elle défend avec justesse le tiers-payant des accusations de « surconsommation des soins », mais sans répondre à la question majeure de la faisabilité technique du dispositif ni de son coût global. Elle moque la crainte de perte d’indépendance des médecins, rappelant que la précédente loi HPST de Roselyne Bachelot avait donné lieu aux mêmes griefs, et que « ni la médecine libérale ni les établissements de soins privés n’ont disparu ». Elle ne rappelle pas le soutien affirmé du président du CISS de l’époque, Christian Saout, à cette loi qui a fragilisé un peu plus les hôpitaux comme la situation des médecins de ville, et ne commente pas non plus l’aggravation constante de la désertification médicale liée entre autre à cette accumulation de lois kafkaïennes qui jamais ne posent la question de la viabilité économique des cabinets médicaux dans un système où le tarif de remboursement des consultations stagne à un des plus bas niveaux de l’Union Européenne tandis que les charges continuent leur augmentation. Elle pointe certains éléments positifs de la Loi, comme la mise en place d’un service public d’information en santé similaire à celui du National Health Service anglais. C’est d’ailleurs une des forces de l’entourage de Marisol Touraine d’avoir amalgamé tant de mesures différentes dans la Loi Santé qu’il est toujours possible d’y trouver une petite avancée que l’on peut utiliser pour masquer le caractère globalement délétère de l’ensemble. Ainsi à l’époque où nous luttions contre les franchises, le ministère Bachelot avait-il tenté de faire miroiter à mon camarade Bruno-Pascal Chevalier ( militant contre les franchises ayant pratiqué une grève des soins pour alerter l’opinion)  et aux autres associations de patients qui participaient au mouvement leur projet d « éducation thérapeutique »sensé libérer les patients du magistère médical. A l’époque, ni Bruno-Pascal ni ses amis n’étaient tombés dans le panneau, refusant en vrais militants de l’accès aux soins de jouer les idiots utiles pour la ministre.

 

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Décédé le 17 Décembre 2012, Bruno-Pascal Chevalier était un militant, pas un Playmobil

 

Deux jours après publication de l’article passé relativement inaperçu parmi le cortège de prises de position négatives contre sa Loi, Marisol Touraine se retrouve obligée de signaler elle-même sur Twitter l’existence de l’article, non sans commettre un très gros mensonge (de plus) :

 

« 40 associations de patients publient une tribune dans @libe pour soutenir le projet de loi santé: http://bit.ly/1wgW6m4 « 

 

Le rapport à la réalité de Marisol Touraine se révélant apparemment fluctuant, il n’est pas possible d’affirmer qu’elle ment comme elle respire. Mais elle fait passer la tribune d’un individu pour une prise de position collective. Comme si elle ne connaissait pas la différence entre une tribune et une pétition. Comme si elle avait oublié ce 4 Mars 2009 où Bruno-Pascal Chevalier, décédé aujourd’hui, était venu symboliquement déposer à l’Assemblée Nationale les centaines de milliers de signatures contre les franchises sur les soins qu’elle se faisait un devoir de supprimer dès l’arrivée de la gauche aux affaires…

 Dans cette vidéo, Marisol Touraine, à 15'40", ment effrontément à Bruno-Pascal Chevalier

 

Comment privatiser la Sécu en loucedé...

 

Ce qui se joue dans la Loi Santé, c’est un pan crucial de l’exercice médical, l’indépendance du médecin par rapport au financeur. En fragilisant l’Assurance-Maladie solidaire depuis des années, en la livrant à un assureur d’AXA qui a réussi à désorganiser profondément la médecine de ville et à instaurer au sein de la CNAM les pires méthodes de management du privé au nom du slogan orwellien : « C’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer », la droite chiraquienne puis sarkozyste, sous Douste-Blazy, Bertrand et Bachelot, puis la gauche hollandaise, sous Touraine, poursuivent le même but : démanteler la protection sociale de manière plus ou moins occulte pour « plaire aux marchés »et « améliorer la compétitivité de la France ».

 

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Quatre ministres et un enterrement: celui de la Sécurité Sociale...

 

Pour se faire, un seul moyen : par glissements successifs, substituer à la prise en charge Sécu la prise en charge par les complémentaires. Les Français paieront alors deux fois pour un seul service. D’où ce cortège de louanges dans sa majorité l’an dernier quand François Hollande mit en place avec l’accord National Interentreprises, une « mutuelle pour tous »obligatoire. Qui pointa alors que cette pseudo-avancée était en fait un recul ? Que dans un pays où l’Assurance-maladie prendrait correctement en charge les soins, il ne serait pas besoin de complémentaire ?

 

 

D’autant que non content de forcer les citoyens à souscrire à une assurance au travers de leur employeur, le gouvernement socialiste ouvrait dans le même temps la possibilité pour les assureurs de mettre en place des réseaux de soins, comme aux Etats-Unis. Sous couvert de maîtriser les coûts, il s’agissait en fait d’assujettir les professionnels de santé aux assurances, ceux là-même que Jacques Attali désignait lors d’un colloque comme « les futurs maîtres »de la santé, auxquels dans son fameux rapport il désirait confier les campagnes de prévention…ainsi qu’aux firmes pharmaceutiques !

 

François Hollande sacrifie la santé au fondamentalisme de marché

Incapables de gérer le pays, obnubilés par la nécessité d’obéir au « fondamentalisme de marché »de l’Union Européenne, François Hollande et ses ministres sont prêts à brader le système de santé aux assureurs pour diminuer fictivement le coût de la protection sociale en France en le transférant sur les complémentaires, et donc sur chaque citoyen. Le  dogme européen « d’un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée »amène à sacrifier les droits acquis en matière de santé, de travail, de protection sociale, en individualisant leur prise en charge par chaque citoyen. L’Etat n’est plus garant de rien, mais fait semblant de gérer en imposant une pléthore de règles administratives aux effecteurs de terrain.

 

Obéir aux ordres plutôt que soigner des individus: le nouveau paradigme est en marche

Nulle part dans la Loi de Santé n’est abordée la question de la viabilité des tarifs actuels de remboursement de l’Assurance-Maladie, ce qu’on appelle le « tarif opposable ». Marisol Touraine ne cesse de répéter que les médecins sont correctement rémunérés, accumulant les mensonges sur les nouveaux modes de rémunération forfaitaire, le « paiement à la performance » instauré par l’ancien assureur qui a dirigé la Sécurité Sociale pendant dix ans. Outre que ce forfait ne couvre pas l’érosion monétaire de la valeur de la consultation, certains des items qui le composent sont scientifiquement très discutables. Mais peu importe à la ministre de la Santé : le dogme prime sur la science. Le dépistage systématique du cancer du sein par mammographie est remis en cause dans de nombreuses études à cause du risque de surdiagnostic pouvant conduire à la mutilation inutile de femmes dépistées par excès. La prescription systématique de statines chez le diabétique est remise en cause par des études pointant l’effet diabétogène de ces statines. Qu’importe ! Ce qui compte, pour les évaluateurs, pour les ARS, pour les énarques, et demain pour les assureurs, c’est que les médecins cochent les bonnes cases, qu’ils obéissent, qu’ils courbent l’échine. A l’autre bout de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon ne disait pas autrement, lorsqu’en plein fiasco vaccinal H1N1, il volait au secours de l’incompétente Roselyne Bachelot en fustigeant les médecins qui refusaient de vacciner sous contrainte en vaccinodrome : « Devant les campagnes de santé publique, on fait d’abord la campagne on discute après, pas l’inverse… »La haine et le mépris qu’éprouve le personnel politique pour le médecin, petit artisan de la santé, est liée àla confiance que lui accordent ses patients, citoyens-électeurs écoeurés et désabusés, et à son indépendance, qui peut encore, pour l’instant s’opposer aux mots d’ordre incohérents des ARS et des assureurs. Mais pour combien de temps ?

 

De Sarkozy à Hollande, la même vision purement comptable de la santé publique

Asphyxiés par les charges, assommés de contraintes administratives, les médecins de ville croulent sous le joug. Beaucoup de jeunes diplômés ne s’installent pas, préférant des postes administratifs moins exposés, et les médecins plus âgés ( la moyenne d’âge des médecins de ville est de 55 ans!!!) dévissent leur plaque ou burn-outent en silence. Le désert avance, et la marquise Touraine explique que « Tout va bien ». Alors que tous les audits des centres de santé pointent l’impossibilité de faire fonctionner sans subventions une structure au tarif actuel de la consultation, sans elle continue à claironner que la revalorisation des consultations des médecins n’est pas à l’ordre du jour. Demain, elle rasera gratis. Les consultations seront en tiers payant obligatoire…dans la limite des stocks de médecins disponibles. Sauvegarder l’accès aux soins des Français, ce n’est pas imposer un tiers-payant obligatoire techniquement impossible actuellement. C’est permettre aux médecins, de ville comme à l’hôpital, de travailler correctement. La Loi de Santé de Marisol Touraine prend un tout autre chemin : faire basculer la protection sociale de l’Assurance maladie solidaire vers les assurances privées, de manière occulte, pour obéir aux diktats de la finance. Gérer la santé publique « à la grecque »pour une population délibérément précarisée, mais, ministre « de gauche »oblige, sans que cela se voie. L’une des preuves les plus éclatantes du total mépris que portent Marisol Touraine et François Hollande aux questions de santé publique est leur refus de réintégrer l’hypertension artérielle sévère dans le cadre des affections de longue durée prises en charge à 100%. Sous Nicolas Sarkozy, l’assureur dirigeant la Sécu avait rayé l’HTA des affections de longue durée, dans le seul but de faire des économies. Les parlementaires de gauche, et François Hollande lui-même, avaient fustigé ce recul. Les patients « vasculaires »n’étaient dorénavant pris en charge à 100% qu’une fois atteint le seuil des complications quasiment inéluctables d’une hypertension négligée: accident vasculaire cérébral, infarctus, amputation…Dans un pays où l’espérance de vie d’un ouvrier est de sept ans inférieure àcelle d’un cadre, et où les maladies vasculaires sont la première cause de mortalité, leur renoncement aujourd’hui a valeur d’exemple. Derrière les déclarations de principe, l’économie prime sur la santé.

 

Ce qui se joue ici, c’est une certaine façon d’exercer la médecine. C’est la destruction d’une médecine de l’individu, au profit d’une industrie de santé adossée aux appétits des assureurs et des actionnaires. Il y a deux ans, l’énoncer clairement aurait soulevé l’incompréhension. Mais après deux ans de règne de François Hollande, de reniement en reniement, il n’est pas difficile de constater que l’ennemi de la finance est en fait son meilleur ami, et que pour passer sous les fourches caudines de la Commission Européenne, il est prêt à brader la santé et le système de protection sociale français en les livrant aux assureurs et aux financiers pour bien montrer sa capacité de « réformes »antisociales. Financiarisation du secteur santé, perte d’indépendance des professionnels…Si la finance n’a pas de visage, elle a un gouvernement.

 

Christian Lehmann

médecin généraliste, écrivain, initiateur de la pétition contre les franchises sur les soins

 

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PS: Je suis médecin généraliste depuis plus de trente ans. Trente années pendant lesquelles j’ai vu naître, grandir, vieillir, mourir, un grand nombre de patients. J’ai été le médecin généraliste de chacun d’entre eux, considéré comme un individu, et non pas une ligne de bilan comptable. Comme j’ai refusé hier d’être le larbin de l’industrie pharmaceutique, je refuserai demain d’être le larbin d’un assureur, fût-il caché sous le mot-valise « mutualiste ».

 

 

08/10/2013

"Comment pouvez-vous taxer les malades?"

Nous sommes le 3 Octobre 2007.

A l'Assemblée Nationale, une parlementaire socialiste interpelle le premier Ministre, François Fillon, au sujet des comptes de la Sécurité Sociale.

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"Monsieur le Premier ministre, la faillite que vous avez dénoncée est, pour une bonne part, celle des comptes sociaux. C'est la vôtre, celle des gouvernements qui se succèdent depuis 2002, puisque, depuis cette date, la sécurité sociale, année après année, bat des records de déficit.
Cet échec est aussi celui des plans d'austérité que vous avez mis en place, lesquels plombent le pouvoir d'achat des Français et des malades sans rien régler sur le fond : augmentation de la CSG et de la CRDS, non-remboursement d'un euro sur les consultations et de 18 euros sur les actes lourds, et ce en plus du forfait hospitalier, non remboursé, qui passe à 16 euros. Vous annonciez le sauvetage de la sécurité sociale, vous avez organisé son naufrage !
Et vous récidivez en instaurant une nouvelle taxe, la taxe sur les malades ! Il fallait y penser, vous avez osé le faire. Car les franchises, c'est bien cela : une énième taxe de 50 euros que vont devoir payer les malades pour se soigner ; une énième taxe qui ne marchera pas davantage que les précédentes, et que vous augmenterez évidemment aussitôt après les municipales. Mais aujourd'hui, monsieur le Premier ministre, vous vous préparez à un véritable choc de défiance. Les Français ne veulent pas de ces cadeaux fiscaux que l'on consent aux plus aisés, alors que l'on crée pour les autres des impôts et de nouvelles taxes.
Ma question est donc simple : alors qu'un Français sur huit et un jeune sur quatre renoncent à se soigner pour des raisons financières, comment pouvez-vous taxer les malades, l'inefficacité de ces franchises étant par ailleurs largement prouvée ?"

(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)

Nous sommes le 9 Octobre 2013, six ans plus tard.

Devenue ministre de la Santé, cette Pasionaria de 2007, comme ses camarades François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Christian Paul, Catherine Lemorton, s'accommode fort bien des franchises qu'elle jugeait hier insupportables. Lorsqu'il apparaît que son annonce d'une prochaine généralisation du tiers-payant va poser un problème logistique de récupération de ces franchises, elle reconnaît à demi-mots que "la question de la gestion des franchises est posée". Pas la question de leur suppression, notez-bien. La question de leur gestion.

Marisol Touraine, Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et des Reniements. Dans ses oeuvres.

11/07/2013

Marie-Chantal 2.0

Marisol Touraine: "Si des logiciels dysfonctionnent, ils seront evidemment retirés".

Impeccable.

Pas mieux.

Ca marche aussi pour les ministres?

 

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26/04/2013

Sous Hollande comme sous Sarkozy, les Fossoyeurs sont aux manoeuvres

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Les grandes manoeuvres sont engagées depuis longtemps dans le domaine de la santé pour privatiser les soins en ville et maximiser les profits des Fossoyeurs.

En médecine de ville, la sinistre Marisol Touraine a poursuivi, voire accéléré l'action de ses prédécesseurs. Confortant à la tête de ce qui fut la Sécurité Sociale l'ancien dirigeant d'AXA Frédéric Van Roekeghem et sa gestion manageriale, instrumentalisant les dépassements d'honoraires en ville sans jamais poser la question de la valeur réelle des actes ( dont certains sont de plus en plus déconnectés de la réalité économique et entraînent dévissage de plaque et désertification médicale) et tout en laissant perdurer les dépassements d'honoraires hospitaliers beaucoup plus élevés et problématiques, elle a tout fait, et son Président Normal avec elle, pour hâter le passage des soins de ville sous la coupe des complémentaires. L'argument "mutuelle pour tous" ne tient que pour les veaux incapables de saisir que c'est la Sécu qu'on assassine au profit des complémentaires.

En biologie, le regroupement des laboratoires d'analyse médicale ( ceux dans lesquels vous alliez jusqu'ici pratiquer la prise de sang ou l'examen d'urines prescrit par votre médecin) est en cours. Une réforme souterraine mise en route depuis des années, bien bordée par Roselyne H1N1-D8 Bachelot, force, en empilant les normes et les audits privés démentiels, ces petits laboratoires à la faillite... à moins d'être rachetés par de grands groupes qui fonctionnent alors comme des trusts. Le laboratoire de proximité devient alors un simple point de prélèvement, les tubes et échantillons sont convoyés à la maison-mère à distance et analysés dans de grosses usines au nom de la démarche qualité. En pratique, cela allonge les temps de réception des résultats, et le contact entre le médecin-prescripteur et le biologiste du laboratoire local  ( pour discuter d'un résultat ou d'une technique, demander une procédure en urgence) disparaît.

Tout le monde s'en fout, parce qu'on le sait, les médecins de ville sont des salauds qui ne pensent qu'au profit après avoir bénéficié pendant leurs études de gardes de 48 heures payées par la collectivité le prix de deux Big Mac avec portion moyenne de frites et maxiCoca. Quand aux biologistes, n'en parlons pas...

Au bout du compte, cependant, c'est vous qui vous faites baiser...

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Depuis quelque temps déjà un biologiste, syndicaliste, tente d'alerter sur ce qui se passe, allant jusqu'à la grève de la faim. Je reproduis ici son dernier communiqué de presse.

 

Un meurtre prémédité

Une collusion politico-financière très grave

 

Si l’on remonte aux prémices de la réforme de la Biologie Médicale qui a été approuvée par la Commission mixte paritaire le 10 avril dernier, on s’aperçoit qu’elle est le fruit d’une collusion politico-financière grave, dans une opacité totale.

 

D’abord, elle a été rédigée dans la confidentialité et promue par ordonnance pour passer au plus vite, en silence. Lors de sa rédaction, ceux qui la préparaient n’avaient pas le droit de communiquer des informations sur ce qui était en train d’être décidé.

 

Les révélations du journal l’Express du 24 avril 2013, évoquant un biologiste responsable syndical voulant garder son anonymat « Armand », révèle un peu plus cette collusion qui s’est étalée sur plusieurs dizaines d’années, aboutissant au projet de la réforme de la biologie en 2010.

Cet article montre le peu de démocratie dans la prise de décisions concernant une profession de santé : on y voit deux personnes liées à une structure privée jouer de façon confidentielle de leur influence mutuelle.

 

A ces informations explosives, nous pouvons ajouter des vérités qui se passent sur le terrain:

-          Certains biologistes enseignants de faculté, grands défenseurs de la réforme, ont créé de véritables empires, rachetant les laboratoires incapables de faire face aux nouvelles obligations. 

-          Certains décideurs de cette réforme n’hésitent pas à attribuer des fonctions à des personnes qui leur sont proches dans le cadre des nouvelles structures du COFRAC.

-          Certains syndicats, eux aussi grands défenseurs de la réforme sont intimement liés  à des organismes de formation proposant leurs coûteux services (3 000€/an), pour se mettre aux normes. 

-          Certains enseignants de faculté, eux aussi grands commanditaires de la réforme, proposent des formations lourdement facturées pour se mettre aux normes. (4600€/an)

-          Certains directeurs de laboratoires financiers avouent ostensiblement leurs entrées au ministère de la Santé. On peut rapprocher ces déclarations des décisions qui sont prises en leur faveur, comme celle qui reporte sur les petits laboratoires, des coûts que les laboratoires financiers prenaient en charge autrefois.

-          Dans certains cas, elle a aboutit à des structures illégales qui ont été validées par le COFRAC et les ARS.

En conclusion, Patrick Lepreux, Président du Syndicat des Biologistes Praticiens, vous rappelle que son combat ne relève pas d’un corporatisme narcissique, mais plutôt d’une mission de préserver la santé du patient.

Patrick Lepreux ne croit pas aux arguments -paravent – de la qualité qui ne sont là que pour donner bonne conscience et dissimuler le déroulement d’opérations à la limite de la légalité.

Pour ces raisons objectives et incontestables, il demande aux députés et sénateurs d’assister aux débats les 14 et 16 mai, respectivement à l’assemblée nationale et au Sénat ; et de ne pas valider cette réforme les afin de la réécrire dans un souci de transparence, de démocratie et de santé publique.


Sur son site, Patrick Lepreux en remet une couche sur le pouvoir actuel, et la main de Jérôme "Je vous le dis dans les yeux" Cahuzac


 
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