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07/11/2007

Séduire et insulter: Sarkozy en Tony Montana

C'était hier, comme tous les jours.

Le Sarko-show sur les routes de France, avant une tournée de gala aux USA.

Et cette vidéo, après d'autres.

 

http://www.dailymotion.com/video/x3em55_sarkozy-debut-de-...

 

 

Le Président Sarkozy, entouré de ses gardes du corps baraqués, se prenant le bec comme à la récré avec un syndicaliste, sur le mode "T'ar ta gueule à la récré". Le tout se concluant par un bégaiement de comptoir, comme si d'un coup les accus s'étaient vidés d'avoir été trop chargés, en un instant effrayant où l'on voit la mécanique se défaire, et apparaître un homme hagard, en bout de course, en roue libre.

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Cette posture de la fausse proximité, qui dérape du tutoiement à l’affrontement, est une marque de fabrique de la communication sarkozyste. Ce n’est pas la première fois, ce ne sera pas la dernière, et à chaque fois cela finit par se retourner contre lui.

 

Dans Libération en Juin 2006, Nanni Moretti parlait de Berlusconi, et de la manière dont l'Italie pouvait se reconstruire après avoir écarté cet affairiste gominé.

Voici ce que j’en écrivais à l’époque :

Etrangement, dans le propos de Moretti, je crois voir comme un écho de la société française.

Pour moi, Nicolas Sarkozy est le fils caché de Margaret Thatcher et de Berlusconi.

Thatcher, qui avant l'Alzheimer, avant même de se faire l'ambassadrice de Philip Morris pour aller inciter les petits jeunes des pays de l'Est à fumer, avait en une phrase résumé sa conception du monde: "Toute personne qui prend les transports en commun après trente ans est un raté."

Berlusconi, dont Nanni Moretti explicite ainsi les rouages:

"Berlusconi résumait la politique à deux attitudes antagoniques, binaires et primaires : séduire ou insulter. Ceux qu'il ne pouvait pas séduire, il les insultait...............Il faut toujours rappeler la gravité de ses actes et de ses mots, c'est une fonction première de la langue : ce qu'on dit veut vraiment dire quelque chose, ce qu'on fait a des conséquences. Y compris chez Berlusconi. Car ce qui m'a toujours le plus inquiété et scandalisé, c'est la manière dont beaucoup de gens, en Italie, se sont habitués à ses mots, à ses actes, même s'ils étaient parfois en désaccord avec lui. Comme si les mots et les actes de Berlusconi n'avaient pas de sens ni d'effets. Il avait réussi à transformer l'Italie en un pays virtuel, théorique, artificiel, et c'était lui qui en tirait les feux."

Vous voyez où je veux en venir? Remplacez Berlusconi par Sarkozy, Italie par France, et relisez la phrase.

Séduire ou insulter.

Relire les déclarations de Sarkozy à l'aune de cet éclairage. Les siennes, celles de ses proches.

Ce côté clanique, "t'es avec moi ou contre moi", cette volonté affichée d'aller au contact des opposants. Comme lorsque Sarkozy vient répondre à Kassovitz sur son blog ( blog que Kassovitz fermera très peu de temps plus tard). Comme lorsque ses affidés, rencontrant des opposants sur les plateaux télé ou radio, glissent à l'oreille hors-antenne, en apparté: "mais vous ne l'avez jamais rencontré?... " en une invitation subliminale, tant eux sont persuadés, comme leur chef, que le charisme seul fera oublier, face à face, la nature des propos et du projet politique).

Séduire ou insulter.

Et ce programme ne fonctionne pas, bien entendu, dès qu'il ne s'agit plus de conquérir des voix mais d'agir en politique. Les émeutes de Novembre 2005 sont aussi, en partie, nées de cela. De cette posture.

 

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Sarkozy a un temps cherché à jouer la complicité avec les "jeunes de banlieue", se caricaturant en Tony Montana du 9-3 lors de certaines de ses sorties dans les cités. Le tutoiement, la proximité forcée, le côté: "viens me parler en face si t'es un homme". Faire semblant d'être, lui aussi, au contact du réel. De parler comme les "vraies gens", manière de bien se désolidariser des autres politiciens, "pas cap" de descendre sur la dalle. Faire semblant que le comportement communautaire, le comportement de clan, est acceptable en cité comme en politique ( évidemment, quand on a grandi en politique dans le 9-2 de Charles Pasqua, ça aide...). Et puis, s'étant avancé sur ce terrain de la séduction, la brusque rupture de ton "Karcher", "racaille", etc... ; et en face, la réaction de violence d'autant plus forte que la phase de séduction a pu un temps laisser croire à une proximité.

Séduire ou insulter. Tony Montana, je vous dis...

 
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