12.02.2010
Patients si vous saviez… qui vous représente au sommet de l’Etat….
Patients si vous saviez… qui vous représente au sommet de l’Etat….
par Christian Lehmann et Bruno-Pascal Chevalier
Diviser pour régner.
Dresser les uns contre les autres, afin de briser toute possibilité de prise de conscience commune, afin de défaire les solidarités essentielles.
Débaucher dans le "camp adverse" des individualités qu'on pourra couvrir d'honneurs, et qui insensiblement serviront le pouvoir.

Lorsqu'on est incompétent, nuisible, ce sont probablement les seuls moyens d'éviter d'avoir à faire face à une véritable opposition. Le sarkozysme l'a compris, qui utilise largement ces techniques.
Sur les questions de santé, le pouvoir UMP a longtemps choisi, parmi les représentants syndicaux des médecins, les plus conservateurs. Certains syndicalistes ne représentant quasiment qu'eux-mêmes se voyaient récompensés d'une signature conventionnelle par honneurs et subsides. Et en 2006, Xavier Bertrand fit passer un amendement sénatorial ( l'amendement Vasselle) pour évincer de la représentativité syndicale les vainqueurs des élections professionnelles des représentants des médecins libéraux, pour garder en selle ses "partenaires". Une grande partie des médecins n'a donc pu que retenir sa colère pendant des années, s'arrachant les cheveux lorsque les représentants syndicaux adoubés et bichonnés par le pouvoir venaient squatter les médias en alignant tous les poncifs caricaturaux attendus."Quelle représentation donnent-ils de la profession? Quelle image donnent-ils des médecins à nos patients?", ce sont les questions que se posent les médecins spoliés.
Aujourd'hui, le pouvoir fait fort, en étendant son champ de compétence vers la représentation des patients. Politiquement, dans les coulisses, deux entités ont tenté d'occuper cette place symbolique. La Mutualité Française, incarnée par jean-Pierre Davant, et le CISS, incarné par Christian Saout. Ce dernier fut président d'Aides avant de devenir président du Collectif Interassociatif sur la Santé. Il fut peu de temps après nommé par le Ministère à la Conférence Nationale de Santé, élu président. ( * cf en bas d'article)

Au fil des ans, Christian Saout s'est singularisé par des attaques en règle contre la médecine libérale. Ces attaques étaient toujours brutales, souvent infondées. Sur le ton du badinage, l'ancien magistrat dégoisait sur les médecins, lâchant de petites vacheries, qu'ensuite, en privé, il tournait en dérision. Les aléas du direct, ce genre de choses... Son ironie vis-à-vis du corps médical est liée à sa totale méconnaissance de la médecine générale. Pour le président du CISS, les généralistes ne servent à rien, ne coordonnent rien : il a coutume de dire ( le comique de répétition est son fort) que ce sont aujourd’hui les patients qui coordonnent leurs soins. Adepte de l’éducation thérapeutique des patients ( une fort noble idée, à condition qu’à terme ni les firmes pharmaceutiques ni les assurances privées ne la prennent en charge… ce qui est pourtant dans les cartons…), il entérine la mort de la médecine générale.
Et les années passent. Christian Saout s'est révélé un soutien efficace à la loi HPST de Roselyne Bachelot. Christian Saout a moins parlé des sujets qui fâchent, des franchises sur les soins que la Ministre avait imposées aux plus faibles.
Pendant l'épisode H1N1, la Conférence Nationale de Santé qu'il préside s'est signalée par son mutisme absolu sur la gestion de la pandémie.
Et récemment, sur le sujet de la télétransmission des feuilles de soins, Christian Saout, sur France-Info, a lâché une de ces saouteries poujadistes dont il a le secret, expliquant que les médecins avaient utilisé une prime à la télétransmission octroyée par l'état en 1996 pour acheter des sacs à leur femme ou des Playmobil à leurs enfants. Sur le ton de la boutade, il s'agit, une énième fois, de faire passer les médecins pour des escrocs médiocres, irresponsables, tricheurs, plus occupés à détourner l'argent de l'Assurance-Maladie qu'à soigner leurs patients. L'accusation ne repose sur rien, elle est fausse, mensongère, pathétique même, si on prend le temps de décortiquer le dossier. Qui plus est, sur son site, le CISS enfonce le clou:
« C’est la Cour des comptes qui vient d’annoncer cette triste nouvelle. En effet, une feuille de soins manuscrite coûte 1,74 € à gérer pour l’Assurance maladie. La même feuille de soins coûte 8 fois moins cher par traitement électronique : 0,21 €.
C’est une affaire à 200 millions d’€. Un beau gisement d’économie qui aurait pu nous permettre d’éviter les derniers déremboursements, par exemple.
Comment en est-on arrivé là ? On se le demande car les médecins ont reçu une dotation financière pour leur équipement informatique. Pour en faire quoi ? Pour contempler le clavier. Et, en plus, l’Assurance maladie leur fait un petit geste « commercial » pour appuyer sur la touche « Enter » : 7 centimes d’euro. Il est vrai que c’est un geste très fatiguant !!!!
Il faut maintenant changer d’échelle, et passer de l’invitation subventionnée à la sanction pour non-respect d’une obligation réglementaire. Ceci d’autant que les délais de remboursement occasionnés par le traitement administratif des feuilles de soins papier sont nettement plus longs que le temps nécessaire pour traiter un dossier télé-transmis. Les usagers sont donc les premiers à supporter les conséquences de pratiques dépassées.
Il avait ainsi été envisagé de taxer le refus de pratiquer la feuille de soins électronique (FSE) à hauteur de 50 centimes d’euros. On se demande d’ailleurs pourquoi la taxe ne correspond pas plutôt au différentiel entre le coût de traitement de la FSE et celui de la feuille papier, c'est-à-dire le triple de la taxe envisagée : 1,53 €.
Une fois encore, quand il est question de sauver l’Assurance maladie solidaire, on a le sentiment que les médecins ne se voient pas imposer les contraintes avec le même zèle que les usagers … qui n’ont quant à eux jamais eu à discuter l’augmentation des forfaits, la création des franchises ni le montant des déremboursements. Deux poids deux mesures, donc. Ça suffit ! »
La réalité est toute autre.
La télétransmission des feuilles de soin est un travail administratif, qui facilite le remboursement des assurés. L'Assurance-Maladie l'a externalisé sur les médecins, diminuant ainsi ses charges de personnel au prix d’une diminution de la masse salariale, et laissant ces derniers assumer seuls l'achat du matériel, sa maintenance, le coût des modifications successives du matériel et des logiciels.
Une aide à l'informatisation des médecins a été versée, en 1996... prise sur un fond monétaire issu de leurs propres cotisations!!!!! Seuls les médecins s'engageant alors à télétransmettre 90% de feuilles de soins en ont bénéficié. Cette aide s'est élevée à 9000 francs, soit 1400 euros aujourd'hui. Toute personne utilisant un poste informatique pourra réaliser à quel point cette somme est insuffisante à gérer un poste informatique et le coût d'un appareil de télétransmission sur une quinzaine d'années... La "rémunération" de chaque feuille télétransmise, 7 centimes d'euros, ne couvre pas sur l'année le simple coût de l'abonnement au service de télétransmission ( ne parlons pas du renouvellement matériel et logiciel). En gros, un médecin qui télétransmet une feuille de soins électronique aujourd'hui est rémunéré 7 centimes d'euros, alors qu'il subit les charges de ce travail administratif, et fait gagner aux caisses 1,53 euros... Le CISS s'étonne donc par la voix de son service de presse, cornaqué par son président, que la pénalité que l'on veut imposer en cas d'utilisation d'une feuille de soins papier ne soit que de 50 centimes d'euro... et pas de la totalité de la somme... que le médecin télétransmetteur fait économiser aux caisses... Les cons osent tout, c'est à ça qu'on les reconnaît.
A ce stade, et au-delà de la passe d'armes, nous voudrions demander aux patients de se poser la question que les médecins se posent quand, enragés, impuissants, ils voient dans les médias parader certains représentants syndicaux longtemps choyés par le pouvoir: ""Quelle représentation donnent-ils de la profession? Quelle image donnent-ils des médecins à nos patients?". En écho, nous demanderions à ces derniers: « Quelle représentation le président du CISS, amusant la galerie de bon mot en bon mot, donne t'il des patients? En dénigrant les médecins sous la houlette d’un pouvoir qui organise leur disparition en ville et la mise de l’hôpital sous coupe réglée, qui sert-il? »
A ces questions, nous en ajouterions d'autres: "Pourquoi la Conférence Nationale de Santé que préside Christian Saout ne s'est-elle pas intéressée à la gestion de la "pandémie H1N1", alors qu'il est dans l'intitulé de sa mission de formuler des avis et propositions sur les plans et programmes prévus par le gouvernement ou en vue d’améliorer le système de santé en France ; de contribuer à l’organisation de débats publics sur les questions de santé?"
A ceux qui se poseraient la question, nous proposons les éléments de réflexion suivants:
Le budget du Collectif Interassociatif sur la Santé s'est établi en 2008 à hauteur de :
1 860 130 euros. Il a été financé de la manière suivante :
- Financement Direction Générale de Santé (Ministère) : 70,16%
- Financement CNAMTS ( Assurance-Maladie) : 11,99%
- Conseil régional et CDVA : 4,07%
- CNOP : 4,11%
- Malakoff-Médéric : 1,37%
- Fondation Pfizer : 0,83%
- Caisse nationale des Caisses d'Epargne (CNCE) : 1,10%
- Crédit Mutuel : 1,34%
- Produits financiers : 0,43%
- Cotisations associations : 0,32%
- Valorisation Bénévolat : 3,23%
- Dotation aux amortissements : 1,01
Christian Lehmann est médecin généraliste, écrivain. Il a été en 2007 à l’origine de la lutte contre les franchises sur les soins.
Bruno-Pascal Chevalier, qui en 2008 avait lancé une grève des soins pour alerter et protester contre les franchises, est co-fondateur de « Ensemble pour une santé solidaire », mouvement d’usagers, de professionnels de la santé, d’organismes et de travailleurs sociaux.
http://ensemblepourunesantesolidaire.fr/

(*) La Conférence nationale de santé (C.N.S.) a été adaptée par la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique. Lieu de concertation sur les orientations des politiques de santé, la Conférence nationale de santé permet aux acteurs du système de santé d’exprimer leurs points de vue sur les politiques de santé, relaie les demandes et les besoins de la population en termes d’état de santé, d’accès au système de santé, et favorise le dialogue entre les usagers, les professionnels, les autres acteurs et les responsables politiques.
La C.N.S. est consultée par le gouvernement lors de la préparation du projet de loi définissant les objectifs de la santé publique ; elle formule des avis et propositions sur les plans et programmes prévus par le gouvernement ou en vue d’améliorer le système de santé en France ; elle contribue à l’organisation de débats publics sur les questions de santé.
PS :
Face à la mauvaise foi et au mensonge, le docteur Dominique Dupagne a choisi l’arme de la dérision.
14:24 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : saout, bachelot, médecins, patients, ciss, franchises, cns, dgs, feuille de soins, télétransmission
17.10.2009
Comment Nagy-Bosca 1er terrassa les dépassements d'honoraires...
Il y aurait beaucoup à dire, sur la défense de Frédéric "le Thaï et l'argent du Thaï" Mitterrand, sur la nomination de J.W.Bosca à l'EPAD, et même sur le festival ininterrompu de conneries proférées par experts et ministère au sujet de la foireuse campagne vaccinale qui s'annonce sous les meilleurs auspices... mais ce sera pour une autre fois.

Juste un petit mot aujourd'hui pour commenter, très brièvement, ce que la Presse qui Ment a qualifié d'accord historique sur les dépassements d'honoraires. (J'utilise le terme générique rendu familier par le Plan B, le terme exact: "la Presse Qui Retranscrit des Communiqués de Presse Sans Enquêter un Instant Sur le Fond du Problème Surtout S'il S'agit de Social, le Social c'est Pas Très Sexy, hein Laurent?"... étant un peu long)
D'accord historique, il n'y a pas.
D'accord, il n'y a pas non plus.
Les deux syndicats médicaux les plus proches du pouvoir en place ( ne me cassez les burnes, chers confrères, les preuves sont légion...), les deux syndicats "médaillés" de la Légion d'Honneur pour service rendus ( à la France? à l'UMP? à vous de choisir ;-), ont donc signé jeudi 15 Octobre au soir, in extremis, un PROTOCOLE D'ACCORD alambiqué, totalement vide de sens, avec l'UNCAM (Union Nationale des Caisses d'Assurance-Maladie), personnifiée par son directeur, Frederic Van Roekeghem, ancien cadre d'AXA ( Putain, je ne me lasse pas de le répéter) placé là en Août 2004 par Jacques Chirac (ami dévoué et attentif de Claude Bebear, lui-même ancien PDG d'AXA, voyez comme petite est la planète, et bien humaniste la récolte de pièces jaunes par des sportifs cornaqués à front bas) en tant que proconsul ( celui qui dit EPAD prend une baffe).

Pourquoi cette signature? Parce que Nagy-Bosca 1er avait fait un caca nerveux en sommant ces larrons de s'entendre avant le 15 Octobre minuit... sans ça le Parlement légifèrerait.
Il faut comprendre qu'effectivement, l'explosion des dépassements d'honoraires ces dernières années fait désordre, et que sa Majesté sent bien que le peuple y rechigne, parce que ça devient trop voyant. Donc après les franchises sur les soins, les diverses autres ponctions dans la poche des malades, Nagy-Bosca 1er devait absolument FAIRE SEMBLANT de légiférer, de taper sur la table, de défendre les petits, les sans-grade qui comme lui n'ont que du saumon cellophané à manger, contre les pires abus.
Sauf que, pas de bol, tout ceci c'est du flanc.
Oui, les dépassements d'honoraires ont augmenté, et particulièrement depuis la convention signée en Janvier 2005 entre les compères d'aujourd'hui, convention qui a laminé la médecine générale ( qui ne s'en relève et ne s'en relèvera pas) et habitué même les spécialistes de secteur 1 à la pratique des dépassements, puisque ceux-ci, jusque là réservés aux seuls médecins du secteur 2, étaient autorisés en cas d'accès direct du patient. ( Rappelons à ceux qui feignent de l'ignorer que le fait d'appartenir au secteur 2 n'est pas en soi un gage de quoi que ce soit, les médecins avaient le droit de choisir leur secteur, bien cons ceux qui ont cru à la pérénnité d'une assurance-maladie solidaire et ont choisi le secteur 1 et se sont tenus au tarif Sécu pour faciliter l'accès aux soins de leurs patients... je le sais, j'en fais partie).
Ayant mis en place un parcours de soins labyrinthique d'une totale opacité tarifaire, les mêmes compères font aujourd'hui semblant de s'entendre sur un protocole d'accord tout en confiant en douce qu'il s'agit d'une signature sous pression politique ( ce dont ils ont l'habitude malgré leur refrain jamais périmé du libéralisme à visage humain ;-), et alors que l'UNCAM est infoutue d'assurer que les complémentaires ( mutuelles et assurances) joueront le jeu du remboursement partiel des dépassements dans ce secteur optionnel que Nagy-Bosca 1er appelle de ses voeux ( pieux).
Le problème reste entier, pour les chirurgiens de secteur 1, par exemple, le tarif de certains actes courants n'ayant pas été réévalué depuis des dizaines d'années et le progrès des techniques et les exigences justifiées d'asepsie et de personnel ne leur permettant pas de travailler sereinement. Dans un système cohérent, ce ne serait pas aux complémentaires d'intervenir, mais à l'assurance-maladie ( ex Sécurité Sociale) de négocier les tarifs avec les chirurgiens secteur 1 pour permettre un exercice cohérent. Mais il en est des chirurgiens du secteur 1 comme des généralistes: ces imbéciles dérangent, ils ne sont pas assez chers!
Car le but n'est PAS, soyons clair, d'améliorer l'accès aux soins des assurés, mais, brique par brique, de foutre en l'air l'idée même d'une assurance maladie solidaire et d'ouvrir le vaste champ de la santé aux complémentaires. Qui, pour nombre d'entre elles, tout en bêlant un credo mutualiste, ne désirent qu'une chose: régner sur un système assurantiel à l'américaine, dont seront exclus les gagne-petits.. Pourquoi croyez-vous que certaines mutuelles de la très noble Mutualité Française ( un parangon de vertu républicaine) remboursent les dépassements des spécialistes de secteur 2 mais rechignent à pratiquer le tiers-payant pour le généraliste ( alors qu'elles l'acceptent à l'hôpital, en pharmacie, bref... partout ailleurs)?
Les complémentaires vivent de et par les dépassements d'honoraires, qui peu à peu poussent les Français à considérer comme indispensable une couverture assurantielle complémentaire au fur et à mesure que la protection sociale solidaire s'étiole. Dans ce nouveau système qui se met en place, le con de généraliste secteur 1 à 22 euros qui gère en moyenne trois demandes médicales par consultation casse les prix, ne génère pas de flux. Ce qu'il faut aux actionnaires des assurances complémentaires, ce sont des dépassements suffisamment importants pour inciter les Français à s'assurer, mais dont le montant soit plafonné afin de connaître d'avance le ratio des profits à venir. C'est l'enjeu du secteur optionnel qu'ils cherchent à mettre en place dans cette gigantesque partie de bonneteau.
Pourquoi croyez-vous que lors de son discours annonçant son souhait de "confier aux complémentaires" de plus grandes tâches, Nagy-Bosca 1er a choisi de s'afficher aux côtés d'un Jean-Pierre Davant, de la Mutualité Française, ravi, sinon afin de s'entourer de "mutualistes" plus photogéniques que ne le sont les sbires des assurances privées. C'est sûr que faire la même annonce au côté de Claude Bébéar, ou de son frère Guillaume( de chez Médéric) aurait pu faire tousser.

PS: Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit. Il existe des mutualistes, des mutuelles, honnêtes, pénétrés de l'esprit de 1945, et désirant seulement apporter une protection complémentaire à leurs adhérents, plutôt que de régner sur le secteur Santé. Il en existe. Et pour eux comme pour la médecine générale, la messe est dite.
16:32 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, dépassements, honoraires, médecins, fossoyeurs, mutuelles, mutualité, davant, bébéar, van roekeghem, chassang, assurance maladie, sécurité sociale
16.11.2007
« C'était un vendeur d'assurances…donc, pour lui, tout est bon » : Xavier Bertrand et les syndicats
C’est un des puissants barons de Nicolas Sarkozy.
Passé à l’ «ennemi » en Décembre 2006 après avoir longtemps œuvré, dans le clan des juppéistes, à tenter d’éviter que les syndicats médicaux proches de l’UMP fassent allégeance à celui que détestait la chiraquie.
L’échec de cette manœuvre tacticienne étant patent, Xavier Bertrand rejoignit ( provoquant la colère et la surprise de Jacques Chirac) le candidat à la présidentielle.

Dans Le Monde, Rémi Barroux et Christophe Jakubyszyn notent : La force de Xavier Bertrand, qui fait de lui un vrai politique, c'est de ne pas s'attacher. Séguin, Juppé, Chirac, Raffarin, Sarkozy : il a pris appui sur chacun, l'un après l'autre. Sans ciller, il confirme : « Je ne suis pas proche de Juppé, je ne suis proche de personne. Certes, Juppé est la première personne qui m'a fait confiance et je m'en souviens. Raffarin aussi, je lui suis reconnaissant. Je suis fidèle par la reconnaissance. »
Non content de rejoindre le clan Sarkozy, Xavier Bertrand, à la différence de ralliés sans envergure ( au hasard, Philippe Douste-Blazy), occupe d’emblée une place de choix dans l’organigramme, en devenant porte-parole du candidat.
« Ce n’est pas trop dur de dire comme porte-parole l’inverse de ce que vous disiez comme ministre? » lui demandait Eric Favereau ( Libération).
A quoi Xavier Bertrand, qui longtemps et à juste titre combattit l’idée de franchises sur les soins avant de les défendre une fois passé dans le camp sarkozyste, répondait : « Ce n’est pas le cas. Car je ne suis pas du genre à changer de position, Je revendique la cohérence ».
Et effectivement, Xavier Bertrand est un homme intelligent et cohérent. Sa manière de gérer les relations syndicales ne varie pas, depuis des années. A l’heure où, Ministre du Travail, des Relations Sociales et de la Solidarité, il négocie avec les syndicats… en refusant apparemment d’envoyer à Sud-Rail la lettre de « proposition de méthode » concoctée avec Nicolas Sarkozy, il est intéressant de se souvenir de la manière dont, en tant que Ministre de la Santé, il tissa des liens très serrés avec… ceux des syndicats médicaux qui lui agréaient.
PETIT RAPPEL DES FAITS, EN VIDEO EDUCATIVE:
http://www.dailymotion.com/relevance/search/bertrand+%C3%...
ET DANS LE TEXTE:
(adapté de Les Fossoyeurs, ed Privé-Michel Lafon)
En Juin 2006, les médecins votent aux élections professionnelles, et ce vote a valeur de test sur leur adhésion à la réforme Douste-Blazy-Bertrand. Les syndicats signataires proches de l’UMP ( CSMF et SML) sont minoritaires chez les généralistes, qui votent à près de 60% pour les opposants à la convention.
Par un tour de passe-passe, Xavier Bertrand va alors confier au sénateur Vasselle le dépôt d’un amendement adopté en catimini au Sénat pour ôter tout pouvoir de nuisance aux syndicats que le pouvoir a décidé de considérer « non représentatifs » malgré leur succès électoral(*).
Ce déni démocratique contre lequel s’élèveront les députés et sénateurs de l’opposition (**) constitue le seul moyen pour Xavier Bertrand de sauvegarder l’axe UMP-CSMF bien mis à mal dans les urnes, car contrairement aux prévisions, MG France, Espace Généraliste et FMF se sont rejoint pour créer, au-delà de leurs divergences, une intersyndicale majoritaire qui, devant le refus de reconnaissance de sa représentativité issue des urnes, use d’un artifice juridique pour s’opposer aux avenants signés par la CSMF… même lorsque ceux-ci s’accompagnent de revalorisations financières pour les médecins.
« Les syndicats doivent être reconnus représentatifs parce qu’ils ont été élus, pas parce que le ministre l’a décidé ! » martèle le président de MG France. Bombardés de mails et de lettres par des généralistes furieux de voir le ministre de la santé s’asseoir ainsi sur le vote de 29.000 médecins pour continuer à privilégier la CSMF et le SML, les sénateurs réutilisent la bonne vieille technique du copier-coller pour renvoyer les généralistes à leur néant, paraphrasant Philippe Bas, ancien secrétaire général de l’Elysée, ubuesque ministre de la Sécurité Sociale, qui déclare qu’il n’est pas question de donner à des syndicats qu’il a décidé de considérer non-représentatifs « un pouvoir de nuisance qui ne s’accompagne pas d’un pouvoir constructif ».
Michel Chassang, président de la CSMF, botte en touche en assurant n’avoir rien demandé : « Je n’approuve ni ne désapprouve. Je constate simplement que le Parlement a décidé d’exprimer clairement l’esprit du législateur en corrigeant son erreur initiale. Mais c’est le problème de la représentation nationale, pas le mien ».
Son prédécesseur à la tête de la CSMF, le Dr Claude Maffioli, candidat UMP malheureux aux législatives de 2002 ( Investi par l’UMP, il se verra éliminé au premier tour par Catherine Vautrin, dissidente… tragiques aléas de la démocratie…), nommé à la HAS et président de l’Union Nationale des Professions Libérales, s’émeut de l’avis du Conseil économique sensible aux arguments des opposants : l’UNAPL « refuse de faire de l’élection un critère principal, voire unique, de mesure de la représentativité. »

Selon l’UNAPL, ce serait « une prime donnée à ceux qui n’ont pas de programme et qui ne sont que simplement contestataires ». Ah… délices de la démocratie… Entre l’UMP d’un côté et les représentants de la CSMF de l’autre, les opposants redécouvrent la stéréo.
L’intersyndicale majoritaire saisira le Conseil Constitutionnel, et l’opposition parlementaire fera de même, en vain. Mais la manœuvre laisse quand même de grosses traces de pneu dans la purée du petit, au moment où le gouvernement prône le dialogue social devant les syndicats de salariés ( lesquels demandent eux aussi, tout simplement, que la représentativité soit liée aux résultats électoraux).
Quelque temps plus tard, et dans le but louable de fluidifier les relations sociales, les présidents des syndicats signataires désavoués par la majorité des généralistes seront décorés de la Légion d’Honneur en Janvier 2007.
Le titre de cette chronique est une citation de François Chérèque

( qui n’est tout de même pas Emiliano Zapata)

dans Le Monde, 16/10/2007.
* Le Docteur Jean Leonetti, député-maire UMP d’Antibes et auteur de la loi sur le droit des malades et la fin de vie, donnera l’explication de cette manœuvre : « Le gouvernement a choisi la voie sénatoriale pour faire voter son texte, car chez les députés, à quelques mois des élections législatives, cet amendement ne serait jamais passé ».
** Le Sénateur Jean-Pierre Godefroy, représentant du groupe socialiste, fustigera cette manœuvre indigne : « Cela revient finalement à annuler autoritairement les résultats d’une élection contrôlée par l’Etat…Si votre conception du dialogue social, c’est de choisir vos interlocuteurs en évacuant tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, ce n’est plus du dialogue social, c’est se regarder dans le miroir !.. Et pourquoi ne pas changer demain le résultat de toutes les élections dans le pays en disant que tel corps électoral n’est pas représentatif ? Dans un texte comme celui-ci, oser un tel morceau de bravoure, c’est se moquer de l’opinion publique. »
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bertrand, Sarkozy, Chassang, syndicats, médecins, Chirac, UMP
05.11.2007
« Déserts médicaux » : la politique du bouc-émissaire
« Il existe pour chaque problème complexe une solution simple, directe… et fausse », écrivait l’humoriste américain H.L.Mencken.
En ces temps de sarkozysme à courte vue, la maxime peut servir. Ainsi de la récente « victoire » des internes concernant la liberté d’installation.
Une majorité d’ex ou futurs patients se dira qu’encore une fois, le corps médical exagère, imaginant avoir à faire à la réaction corporatiste de jeunes nantis ingrats qui, leurs études une fois payées par la collectivité, rêvent de se délocaliser en masse sur la Côte d’Azur pour y faire tourner la planche à billets, plutôt que d’aller secourir les déshérités et les malades au fin fond des Ardennes.
La réalité est plus complexe, et la proposition initiale de Roselyne Bachelot dans le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale de refuser le conventionnement des médecins s’ils ne s’installent pas dans des zones déficitaires, est l’aboutissement logique d’une politique désastreuse menée en dépit du bon sens depuis plus de vingt ans.
Chacun aura fait la constatation d’une diminution du nombre de médecins et d’infirmiers, du délai grandissant pour obtenir une consultation, même dans les zones apparemment encore bien pourvues en personnel soignant. Le numerus clausus, limitant le nombre d’étudiants réussissant à passer l’écueil de la première année de médecine, a été instauré et aggravé pour des raisons purement économiques : chaque médecin installé étant alors considéré comme une bactérie ou un virus dont la seule apparition dans un bassin de population antérieurement sain suffisait à générer des dépenses de santé supplémentaires pour assurer sa survie. Il fallait agir sur l’offre, pour diminuer la demande. Portée à son comble, cette mesure obtient aujourd’hui le résultat escompté : les générations du baby-boom, diplômées vers 1968, arrivent en fin de carrière…75.000 médecins vont prendre leur retraite dans les dix ans à venir et seuls 30.000 nouveaux arrivants seront disponibles pour les remplacer... alors même que l’allongement de la durée de vie de la population augmente le recours au médecin.
De prétendues « mesures incitatives » à l’installation en milieu rural, dont la Ministre est censée aujourd’hui constater l’échec, n’ont en fait jamais même été mises en place. Et la politique coercitive envisagée était surtout une manière, une fois encore, pour l’Etat, de se désengager du problème de la désertification du territoire rural, de refuser de mettre en place une vraie politique d’aménagement du territoire, qui consisterait à renforcer la présence des services publics, des services au public, pour l’ensemble de nos concitoyens, quand l’heure est au démantèlement de l’Etat et de ses prérogatives, et au basculement vers le privé.
« La réforme de l'Etat supposera que chacun d'entre vous accepte qu'il y ait moins de services, moins de personnels, moins d'Etat sur son territoire » claironne François Fillon mi-Octobre 2007.
Et les jeunes médecins, seulement munis de leur stéthoscope, devraient s’installer seuls là où l’Etat ferme crèches et écoles, hôpitaux et maternités de proximité ?
Ou être désignés comme des boucs-émissaires, alors qu’ils demandent avant tout la création de maisons médicales afin de ne pas exercer dans des conditions d’un autre âge ? Alors qu’ils font, comme leurs aînés, le constat de la désorganisation du système de santé, de l’absence de toute réflexion sur les moyens et les missions de chacun des acteurs ?
La menace de déconventionnement des jeunes médecins, dans un contexte de baisse démographique programmée, avait deux buts : passer sous silence le désengagement de l’Etat, et ouvrir un peu plus le champ aux assurances privées, trop contentes de voir se rapprocher le jackpot à portée de main.
Christian Lehmann
Pas d’angélisme : je sais bien que certains internes, certains chefs de clinique, aujourd’hui certains syndicats médicaux que ne défrisait pas hier la « responsabilisation » financière des patients, se sont drapés dans le manteau de l’assurance-maladie solidaire pour faire avancer certaines revendications corporatistes. Certains rêvaient même encore récemment de relancer le mouvement… afin de combattre les mesures d’encadrement des dépassements tarifaires contenues dans le PLFSS…
Mais ayant participé à nombre de manifestations ces dernières semaines, en tant qu’initiateur de l’Appel contre la franchise, je ne peux pas laisser dire que les jeunes internes, externes, kinésithérapeutes, orthophonistes, ont « utilisé » le thème de l’assurance-maladie solidaire. Certains d’entre eux étaient présents dans les manifestations contre les franchises, au gymnase Japy le 29 Septembre, puis avec la FNATH et l’ANDEVA le 13 Octobre. Et comme ces photographies le montrent (Nicolas S. Président de la République, Guillaume S. Assureur Privé...) , nombre d’entre eux ne sont pas dupes des tentatives de l’Etat de se désengager de l’assurance-maladie solidaire. Nouveaux David Vincent, ils ont compris eux aussi que les Fossoyeurs ont débarqué. Que le cauchemar a déjà commencé.
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médecins, santé, démographie, Sarkozy, Bachelot, internes




















