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24/02/2018

"Un minimum de dignité, est-ce trop demander aux fossoyeurs de la médecine générale?"

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C'est un courrier des lecteurs comme il y en a tant, s'offusquant du manque de médecins et de l'incapacité à trouver un médecin traitant, ou à obtenir une visite à domicile. A classer dans la catégorie bien connue des médecins encore en exercice #OnPeutMourir.

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Mais ce courrier-là n'est pas publié n'importe où, et pas par n'importe qui. Il est publié dans un hebdomadaire médical, Le Généraliste, par Dinorino Cabrera, ancien syndicaliste, Président du Syndicat de la Médecine Libérale de 1981 à 2008, qui coule aujourd'hui une retraite qu'on espère ensoleillée en République Dominicaine.

 

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Pour ceux d'entre nous, médecins généralistes, qui approchons de la fin de notre carrière, le nom de Dinorino Cabrera n'est pas inconnu. Nous l'avons subi pendant un quart de siècle. Mais en le lisant, il me semble injuste que la jeune génération médicale, qu'il fustige, ainsi que le grand public, ignore ce que lui doit le système de santé français. Ce n'est pas tous les jours qu'un des fossoyeurs de la médecine générale en France vient se plaindre du désastre qu'il a contribué à créer. Mais, comme le soulignait Michel Audiard: "Les cons, ça ose tout, c'est à ça qu'on les reconnaît"

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Longtemps la médecine générale a été le parent pauvre de la médecine de ville. Taillables et corvéables à merci, dénigrés par la nomenklatura médicale, les généralistes n'étaient alors bons à rien le jour, et soudain parés de toutes les vertus quand tombaient la nuit et les gardes obligatoires. Une génération de Français n'a vu de généraliste qu'à trois heures du matin, pauvre type blafard montant l'escalier avec sa mallette pour la fièvre du petit entre deux journées de travail sans repos compensateur. Au mi-temps des années 90, la Caisse Nationale d'Assurance-Maladie, pas encore sous la coupe des assureurs, mit en place un système innovant, le système du médecin référent. Sans refaire le match,rappelons que le référent respectait les tarifs conventionnels, pratiquait le tiers-payant ( tiers-payant simplifié car la Sécu se chargeait de le payer et d'obtenir ensuite remboursement auprès des complémentaires), tenait pour chaque patient un dossier informatisé et se formait indépendamment des firmes pharmaceutiques. En contrepartie, le généraliste recevait une somme de 45 euros par an et par patient optant ( car le référent était une option, pas une obligation) sensée lui permettre de mettre son outil de travail aux normes et rémunérer le travail de coordination hors-consultation. En 2004, seuls 15% des médecins avaient choisi l'option référent, en grande partie du fait du tir de barrage des opposants, menés par deux syndicats réactionnaires, la CSMF du Docteur Michel Chassang, et le SML du Docteur Dinorino Cabrera. Pour le faire simple, et court, la CSMF défendait les intérêts des médecins spécialistes, le SML défendait le secteur 2 avec dépassements d'honoraires. 

L'existence d'un corps de généralistes bien rémunérés, à même de coordonner peu à peu les soins de leurs patients optants, était pour ces deux syndicats une hérésie. 

En 2004, Jacques Chirac nomma à la tête de l'Assurance Maladie Frédéric Van Roekeghem. Ce proconsul, ancien directeur d'audit chez AXA ( et qui ses forfaits accomplis retournerait dans le giron de l'assurance-privée), avait tout pouvoir décisionnaire, placé comme il l'était au-dessus des représentants des syndicats médicaux et des syndicats de salariés. C'est sous sa présidence que Philippe Douste-Blazy ( tête de gondole à mèche juste bonne à passer dans les média et totalement ignorant de la médecine de ville) et son âme damnée d'alors, Xavier Bertrand ( lui-même ancien assureur chez AXA, promu à de hautes fonctions par la suite) mirent en place la réforme dite "du médecin traitant". Sur le papier, cette réforme obligeait chaque patient à désigner un médecin traitant afin que ses soins soient correctement remboursés. Dans la réalité, ce système présenté comme une simple extension du médecin référent à l'ensemble de la population souffrait d'une faille énorme: l'absence de toute rémunération forfaitaire. Michel Chassang et Dinorino Cabrera avaient longtemps bataillé sur ce point, et obtenu gain de cause. Pour Frédéric Van Roekeghem, c'était l'assurance ( ah ah) de dépenses en moins. Pour les deux syndicalistes, c'était une victoire à la Pyrrhus. 

Après avoir dissuadé, pendant des années, les généralistes de rejoindre un système optionnel, incitatif, rémunéré et non pénalisant pour les patients, Chassang et Cabrera avaient bataillé ferme pour le détruire, à la veille de mettre en place un système obligatoire, non rémunéré et pénalisant pour les patients.

Dans un éditorial de sa revue, "Médecin de France", Michel Chassang pérorait: "Jusqu'au dernier moment il a fallu batailler ferme pour que nos interlocuteurs acceptent de renoncer au médecin référent au profit du médecin traitant".

Dinorino Cabrera, dans une lettre à ses adhérents, n'était pas en reste: "Nous avons dû batailler ferme et tenir bon ( la collaboration CSMF-SML et Alliance a été efficace et sans faille, puisque nous n'avons pas cédé). Tout le monde doit prendre conscience que le médecin référent constituait une menace grave, dont nous devions nous débarrasser".

Je le répète tant la formulation est singulière, provenant d'un président de syndicat parlant de certains de ses collègues: "Une menace grave, dont nous devions nous débarrasser".

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                                                                      Dinorino Cabrera

 

Confrontés à la réforme de 2005, destinés à devenir "médecin traitant" sans rémunération adaptée à cette fonction, nombre de généralistes qui avaient aveuglément suivi les consignes de la CSMF et du SML pendant des années restaient quelque peu perplexes, réalisant, mais un peu tard, qu'on leur imposait gratuitement une fonction proche de celles que leurs syndicats avaient conspué pendant des années lors qu'elle était rémunérée, au prétexte fallacieux de ne pas aliéner leur statut libéral.

Qu'importe. La "menace" était éloignée. Sans rémunération adaptée, le système du médecin traitant était destiné à ne pas fonctionner, à devenir une simple usine à gaz de remboursement. La coordination des soins vantée en paroles avait été reléguée aux oubliettes.

Dans les années qui suivirent, j'ai vu nombre de mes confrères et consoeurs dévisser, déplaquer: ceux qui s'étaient investi dans le système référent, qui avaient opté pour une médecine différente, plus lente, moins dispendieuse ( sur  le seul poste pharmaceutique, l'Assurance Maladie économisait 20.000 euros par an par médecin référent, en tenant compte de la rémunération de celui-ci); ceux qui avaient cru et espéré exercer leur art différemment étaient relancés dans la course à l'acte et à la prescription. J'ai leurs noms. J'ai les noms de ceux qui économiquement n'ont pas survécu à cette grande première syndicale en France, comme le souligne Jean-Paul Hamon, Président de la Fédération des Médecins de France ( FMF) : "supprimer un avantage acquis sans contrepartie et léser des confrères". Philippe F... Pierre C... Bernard B...Catherine D... Jacques M... Patrice M... J'ai les noms de ceux qui ont abandonné la médecine de ville pour se recaser dans des postes administratifs. Je fais partie de ceux qui se sont adaptés à ce nouvel environnement, sans gloire. La médecine générale que je voulais exercer, celle à laquelle aspirait la jeune génération, ces fossoyeurs l'ont assassinée en 2005.

Chassang et Cabrera voulaient une médecine générale à genoux, des généralistes le nez sur le guidon, incapables de  coordonner l'accès aux soins des patients. Sans chef d'orchestre, pensaient-ils, la médecine spécialisée serait libérée de contraintes d'organisation du système de soins. Evidemment, l'inverse eût lieu.

La médecine générale, déjà peu attrayante de par la charge de travail et les horaires, gagna en complexité administrative. Sans les moyens de rémunérer un secrétariat, nombre de médecins âgés accélérèrent leur départ en retraite. Le manque d'attractivité de cette profession, dont les actes étaient moins rémunérés et la charge administrative plus lourde, dissuada les jeunes de s'installer comme généraliste. Ce qui était prévisible dès 2005 est aujourd'hui notre réalité quotidienne. Le nombre de généralistes diminue, rapidement. La moyenne d'âge est élevée, la pyramide des âges tient sur la pointe, en l'absence de renouvellement. Chaque année, dans des grandes villes comme à la campagne, des médecins partent sans remplaçant, aggravant la charge de travail de ceux qui restent, et qui pour beaucoup sont quinqua ou sexagénaires. 

Et dans ce désastre qu'il a contribué à créer, depuis sa retraite dorée en République Dominicaine, Dinorino Cabrera, ce fossoyeur tout droit sorti d'un sketch d'Audiard, interpelle les survivants: 

"Il n'est pas normal que la profession libérale ne s'organise pas pour suivre et prendre en charge les personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer. Les Yvelines ne sont pourtant pas un désert médical !"

L'homme qui a contribué à désorganiser la médecine générale et à dissuader les jeunes de s'installer vient nous faire la morale... Les Yvelines, j'y exerce. C'est un désert médical, dans l'un des départements les plus riches de France, à 20 kilomètres de Paris. Le Chesnay, ce n'est effectivement pas dans la Creuse. 

Et ce final, qui ne manque pas de panache: "J'ai envie de dire à la profession, il faut que vous vous réveilliez ! Organisez-vous au plus vite notamment par des délégations ou transfert de charges. (Peu importe l’expression). Ou il ne faudra pas s'étonner si les politiques cognent !"

L'homme qui a mis la médecine générale à terre menace les survivants de la schlague bien méritée. Imagine-t'on un coach sportif trancher les jarrets de ses joueurs puis leur reprocher de ne pas courir assez vite? On croit rêver, mais c'est un cauchemar. 

Si je m'adressais à Dinorino Cabrera ( mais ma réserve de métoclopramide est dangereusement basse), je lui dirais:

"Cher confrère,

Vous récoltez ce que vous avez semé. Vous vouliez des généralistes sans moyens, courant après l'acte sans jamais relever la tête. Vous pensiez que cela laisserait toute liberté aux médecins spécialistes, et aux dépassements d'honoraires. Vous avez mis la médecine générale à terre, et en l'absence de première ligne de soins en ville, la médecine spécialisée de ville a suivi, parce que la population s'est tournée vers l'hôpital, le surchargeant de demandes.

Dans le même temps, les jeunes ont fui la médecine libérale, optant pour un travail en maison de santé, sous la tutelle hélas d'agences administratives aujourd'hui, d'assureurs demain, qui imposeront leurs conditions, comme l'Assurance-maladie, grâce à vous, impose aux médecins une rémunération à la performance sur des indicateurs parfois médicalement ridicules. La dernière chance d'auto-organisation indépendante de la médecine de ville, vous l'avez étouffée dans l'oeuf.

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J'ai commencé avec Audiard, je finirai avec Ridley Scott, et le personnage de Maximus, interprété par Russel Crowe: "Ce que l'on fait dans sa vie résonne dans l'éternité". Oh, je sais que l'éternité est bien trop vaste pour un fossoyeur de votre espèce. Mais j'aurais été sincèrement peiné que vous n'ayez pas vous aussi votre quart d'heure de gloire warholien. Que les Français, et parmi eux mes jeunes collègues médecins, oublient ce qu'ils vous doivent:  la mise à genoux de la profession, la désorganisation du système de soins français, la main-mise progressive des assureurs sur la médecine, la désertification médicale et ses drames.

La médecine générale a été poignardée en 2005. Vos empreintes sont sur le manche. Est-ce trop vous demander de montrer un minimum de dignité au-dessus de son cadavre agonisant, et de vous taire?

Bien confraternellement"

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Docteur Christian Lehmann

01/10/2011

Martine Aubry sur la santé? Plus "primaire" que socialiste...

2012 approche, et la dernière chance d'éviter à nos enfants et au pays cinq années de plus d'un régime où l'abject l'a disputé au ridicule. 

Tout dépend donc, dans le rapport de forces actuel, du candidat "socialiste" qui émergera des primaires.

2012 approche, et la dernière chance d'éviter à nos enfants et au pays cinq années de plus d'un régime où l'abject l'a disputé au ridicule.

A cette heure, il n'est pas certain que l'actuel titulaire du poste ( le millionnaire coaché par Guaino et Guéant qui saluait la France des clochers en chaussant les bésicles de Jaurès, et commisérait sur la France des travailleurs pauvres en foulant du pied les cendres de Guy Moquet sur le chemin du Fouquet's) soit candidat, quoiqu'on imagine mal le ramassis de prébendaires qui l'ont mis en place avoir le cran, collectivement, de mettre à bas un homme à qui ils ont confié tous les pouvoirs...

Serait-il candidat, il n'est pas certain non plus qu'une Marine Le Pen, à qui lui et son clan ont servi d'idiots utiles, ne le devancerait pas au soir du premier tour.

Tout dépend donc, dans le rapport de forces actuel, du candidat "socialiste" qui émergera des primaires. 

Comme l’écrivent les supporters de Martine Aubry: «Les 9 et 16 octobre prochain se jouent non seulement le choix d'une personnalité mais aussi et surtout une stratégie et un projet politiques. La future majorité présidentielle n'aura ni le même périmètre ni le même contenu selon que telle ou tel sera élu(e) le 16 octobre. »

Ayant vécu une fois déjà le naufrage de la candidate des médias Ségolène Royal, je n'ai pas envie de me retrouver dans la même situation une deuxième fois ( même si avec une bravitude confondante l'impétrante répète benoîtement que François Mitterrand a échoué deux fois avant d'être élu, sous-entendant donc que nous devrions la choisir pour son échec passé, se manger à nouveau cinq ans de Sarkozy, pour enfin vivre dans le royaume joli des enfants polis, et des policières à pantoufle de vair raccompagnées en calèche après leur service...)

Et donc... Martine Aubry ne passera pas par moi.

Je vais faire de la peine, j'en ai conscience, au-delà des habituels hiérarques cumulards à gauche le temps d'une élection,  à des militants pour qui j'ai de l'estime, comme le courageux Gérard Filoche, inspecteur du travail; des militants qui voient en Martine Aubry une vraie socialiste, une vraie femme de gauche.

Je ne m'exprimerai pas ici sur ses prises de position dans des domaines que je ne maîtrise pas: la finance, les banques, l'éducation, mais dans mon seul domaine de prédilection, la santé. Et dans ce domaine, les annonces de Martine Aubry sont irrecevables, comme elles l'ont toujours été. 

Irrecevables pour le médecin généraliste que je suis, et irrecevables, en dehors de ma "corporation", pour ce qu'elles révèlent d'un prêt-à-penser d'un autre âge, totalement déconnecté du réel, continuellement véhiculé par la même classe dérivante "socialiste", trop heureuse de pouvoir taper, -comme le fit le sénateur Mélenchon pendant la grippe H1N1 avec le talent et la vision scientifique qu'on lui imagine "Devant les campagnes de santé publique, on fait d'abord la campagne, on discute après, pas l'inverse..."- sur un ennemi de classe désigné, le médecin de ville.

 

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Car chez ces gens-là, monsieur, si on aime et défend viscéralement ( ce qui est très bien) l'hôpital public ( et ses emplois ), il est de bon ton de fustiger la médiocrité présumée et l'absence de sens civique du médecin de ville, sa qualification de "libéral" conventionné aux ordres de l'Assurance-Maladie (dirigée depuis des années selon les normes du privé par un ancien cadre d'AXA)  lui permettant de cumuler à la fois les brimades, le bench-marking et l'opprobre. 

Au début des années 2000, alors Ministre aux Affaires Sociales, Martine Aubry, la dame des 35 heures, s'était illustrée, quelques années après s'être félicitée de la mise en place du repos compensateur à l'hôpital - permettant à un médecin ayant effectué une garde de 24 heures de ne pas travailler le lendemain-  en menaçant, aux côtés d'un aéropage de pontes du Conseil National de l'Ordre des Médecins, les généralistes qui refuseraient de travailler jour et nuit d'affilée. Ce qui aurait valu les prud'hommes ou la paille humide des cachots à un patron d'entreprise de transport était benoîtement assumé par la Ministre, droite dans ses bottes. Le généraliste étant un sous-homme, pourquoi aspirerait-il à des conditions de travail plus humaines, voire simplement normales?

Dix ans plus tard, Martine Aubry n'a pas changé. 

En visite de campagne dans un hôpital de Grenoble, elle lâche avec l'habileté, la sensibilité et l'exquis sens de la nuance qui la caractérisent quelques perles d'anthologie:

"On ne peut pas accepter que les urgences soient encombrées par des cas qui pourraient être traités par les médecins généralistes si le système de garde était mieux organisé."

" Les médecins ont la chance que les citoyens financent 11 ou 12 ans leurs études. Il y a des zones entières où il n'y a pas de professionnels de santé et le problème de réside pas seulement dans l'incitation financière."

Que du rude bon sens, on croirait entendre Nicolas Sarkozy... ( si ce n'est qu'à la rue, le locataire de l'Elysée fait actuellement moults moulinets de bras en direction de ceux qu'il considère à tort comme son électorat naturel parce qu'il compte de longue date sur les petits arrangements entre amis que concocte son "fidèle" Xavier Bertrand avec des syndicalistes médaillés qui feraient même honte à François Chérèque...)

Le même "bon sens", les mêmes platitudes démagogiques, la même inadéquation totale avec la réalité vécue par les acteurs sur le terrain.

Je passe, parce que je n'ai pas le verbatim exact, sur l'habituel couplet sur l'air de "Quand on fait médecine, ce n'est pas pour gagner de l'argent mais pour aider les gens", degré zéro de la réflexion, qui absoudrait les politiques de leurs erreurs répétées dans la gestion du système de santé en France en postulant un nécessaire et indispensable sacerdoce des professionnels. 

On sent bien dans les annonces de Martine Aubry la tentation de la schlague. Le système de garde "mieux organisé", c'est le fantasme du retour aux gardes de nuit obligatoires... alors que toutes les études montrent que 80% des personnes se présentant aux urgences le font... aux horaires d'ouverture usuels des cabinets médicaux de ville, et que 80% des cas traités aux urgences n'ont pas grand chose à y faire.

Le problème n'est donc pas celui de l'organisation de gardes de nuit d'autant plus impossibles à remettre en place qu'en médecine de ville, outre le veillissement "normal" de la population des généralistes, nous vivons une véritable hémorragie liée aux conditions de travail et au mépris des politiques et des institutions.

Le problème, c'est justement cette disparition accélérée des médecins généralistes, les jeunes refusant de s'installer dans les conditions actuelles ( on est passé en 5 ans de 14% d'installations en ville dans les nouvelles promotions issues de la faculté... à 9% sous la férule de Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand, qu'on applaudira bien fort) et les médecins plus âgés dévissant leur plaque avant l'heure de la retraite pour "fuir" vers des emplois salariés, moins contraignants en terme d'horaire et de pression.

La débâcle de la médecine de ville est en grande partie liée aux diverses conventions signées par les syndicats proches de l'UMP avec l'ancien dirigeant d'AXA mis à la tête de la vieille "Sécu" par Jacques Chirac en 2004. De celà, la gauche n'est pas responsable.

Elle est responsable, par contre, du mépris constamment affiché envers les généralistes, la même Martine Aubry s'étant illustrée par un cri du coeur dans les années 2000: "20 euros pour un généraliste, c'est beaucoup trop!" Elle est responsable de cette cécité volontaire, profondément pathologique, qui lui fait défendre l'hôpital, ses patrons -y compris les grands défenseurs du service public en public, adeptes des consultations privées en privé...-, et conchier complaisamment le clampin de base, jamais assez bien formé, jamais assez présent, et jamais installé "là où on a besoin d'eux". S'essuyer les pieds sur les médecins généralistes est un sport national chez les politiques.

Venons-en à cette tarte à la crème de la désertification médicale. La disparition de la médecine rurale est un corollaire du désengagement de l'Etat dans ces territoires. Dans ces conditions, imaginer qu'un professionnel de santé isolé pourra tenir le fort un peu comme le personnage joué par Kevin Costner dans "Danse avec les Loups", c'est se foutre du monde. Les adeptes de la coercition font montre d'une absence de sens politique consternante. En clair, ils ne veulent pas se poser la question du "pourquoi?" mais seulement imposer aux professionnels de santé des installations forcées dans des territoires que ceux-ci fuient parce que l'exercice tel qu'il est actuellement encadré et tarifé y est impossible.

Avec la petite remarque poujadiste sur ces médecins qui devraient déjà être bien contents que la collectivité finance leurs 11 ans d'étude, Martine Aubry se fout du monde.  A t'elle la moindre idée des sacrifices que représentent 11 ans d'études médicales, surtout de nos jours, vu la condition lamentable de nos universités? Amphis bondés lors des premières années d'études, préparations privées payantes devenues indispensables pour avoir une chance de passer le concours, puis des années et des années de troisième cycle pendant lesquelles les jeunes médecins "remboursent" largement l'Etat en travaillant dans les hôpitaux publics et en faisant tourner les services sur une base horaire inférieure au SMIC  pour 11 demi-journées hebdomadaires de temps de travail hors gardes, elles-mêmes rémunérées moins de 8,50 euros brut de l'heure ... 

Soyons clair. Après avoir consacré 11 ou 12 ans à ses études ( payées par la collectivité, comme le sont les traitements des cancéreux à l'hôpital, mais à part Nicolas Sarkozy et sa clique, personne ne pense que ceux-ci doivent donc en être redevables ou responsabilisés...) , un jeune diplômé en médecine, ayant dépassé la trentaine, et majoritairement de sexe féminin, a le droit de ne pas avoir envie de s'installer avec un conjoint qui y trouvera difficilement du travail ( à la différence des énarques ou normaliens que cite Martine Aubry... qui bénéficient eux du statut de fonctionnaire et d'une aide à la mobilité accordée au conjoint qui suit un agent déplacé...) sur un territoire où l'Etat a fermé les hôpitaux locaux, la Poste, les maternités, les crèches et les écoles.

La question de la désertification médicale rurale est donc avant tout une question de courage politique, d'aménagement global des territoires, et ne peut être résolue avec la fausse solution de faire porter le joug aux jeunes générations.

Aujourd'hui seuls 9% des jeunes diplômés s'installent en ville... Martine Aubry veut-elle voir ce pourcentage tangenter le zéro? Les postes salariés libérés chaque année ( y compris, et c'est là le comble de l'ubuesque, les postes non-soignants, les postes de médecin contrôleur, etc...) pourraient aisément absorber l'intégralité des nouvelles promotions. Donner de la schlague, je veux bien, mais sur qui? La fille de Jacques Delors ne sait-elle pas qu'il existe de nombreux pays en Europe qui traitent leurs généralistes avec plus de respect, et les problèmes des soins de premier recours avec moins de démagogie?

Dans la volonté affichée d'imposer un "service civique" de deux ans à des jeunes hommes ou femmes ayant déjà consacré 12 ans à leurs études, se lit aussi clairement pour qui sait ce qu'est la médecine générale la crasse nullité de nos élites dérivantes sur ces sujets. En clair, la médecine générale, c'est la prise en charge de tout individu, quelle que soit sa pathologie, sur le long terme. 

Quand je suis sur un point de garde locale un dimanche pour "rendre service" et "dépanner" les patients de la ville ou du secteur qui se retrouvent un dimanche ou un jour férié avec un enfant hyperfébrile ou une douleur abdominale ou une autre pathologie aigüe, je ne fais pas DE LA MEDECINE GENERALE, mais DES ACTES DE MEDECINE GENERALE.

La différence est essentielle, et ceux qui font le parallèle avec la prise en charge aux urgences et la prise en charge par les généralistes n'y prêtent jamais attention parce que cela les dépasse.

La médecine générale, c'est faire DES ACTES DE MEDECINE GENERALE, PENDANT DES ANNEES, sur une patientèle qui, malgré les déménagements, les malades perdus de vue  temporairement ou définitivement, reste assez stable, ce qui permet de mettre en place une relation individualisée durable aussi confortable que profitable aux deux parties, médecin et patient. Et les patients en milieu rural, en milieu "désertifié" ( car le désert avance même aujourd'hui à la périphérie des grandes villes et à l'intérieur de celles-ci quand les tarifs immobiliers rendent impossible l'installation dans le contexte tarifaire actuel) ont LE DROIT A UN MEDECIN, un médecin qui restera sur place des années parce qu'il aura des conditions de travail décentes, et pas à un "commis d'office" qui subirait sa servitude avant de partir vers des territoires moins difficiles.

Députés et sénateurs de droite et de gauche ont ainsi copieusement étalé leur méconnaissance de ce qu'est la médecine générale et de ce qu'elle apporte à un patient suivi sur le long terme, en tentant ces dernières années d'imposer aux médecins installés dans des zones surdenses - qui n'existent plus depuis longtemps que dans l'esprit des politiques-, de consulter deux jours par semaine hors de leur cabinet pour résorber la pénurie et contenter momentanément l'électeur... Ainsi plus aucun patient, ni en zone de densité "normale" ( c'est à dire faible) ni en zone de désertification, ne pourrait plus "compter" sur son médecin traitant...

 

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On me reprochera certainement de ne m'être intéressé qu'à un "infime" segment des propositions et annonces de la candidate Aubry. J'en conviens. A la différence des experts de plateaux-télé et autres Zemmour, je ne parle que de ce que je connais.

Dans le secteur santé, les prises de position de Martine Aubry sur la médecine de première ligne sont non seulement irrecevables et aptes à aggraver les  problèmes actuels plutôt qu'à les résoudre, mais caractéristiques, selon moi, d'un mode de pensée et de gestion des humains archaïque et condamné à l'échec. L'intransigeance, la démagogie, le populisme et la brutalité font bon ménage, et mauvaise politique.

Comme le disait l'humoriste américain H.L.Mencken: "Pour chaque problème complexe il existe une solution simple, évidente, et fausse"

Martine Aubry? Plus "primaire" que socialiste. Elle ne passera pas par moi.

 

 

Christian Lehmann.  

Médecin généraliste et écrivain, initiateur en 2007 de l'Appel contre la franchise sur les soins.

 

 

 

 

 

 

 

25/01/2011

L'Affaire Tarpin: un "règlement de comptes" à l'Ordre des Médecins

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Des membres de l'Association S.T.O. ( Sauvons Tarpin de l'Ordre) devant le siège du Conseil National de l'Ordre des Médecins

 

Parfaitement résumée sur le site Atoute.org par le Dr Dominique Dupagne (   http://www.atoute.org/n/article164.html ) , l'"affaire Tarpin" est emblématique des tentations qui agitent et ont toujours agité l'Ordre des Médecins.

 

Je l'avais écrit dans Libération en 2002 ( c'est reproduit ici:    http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/archive/2010/10... ): l'Ordre des médecins a longtemps utilisé de son pouvoir sur les seuls généralistes pour les contraindre à la garde de nuit, acceptant sans broncher que des hommes et des femmes qui avaient déjà travaillé onze à douze heures dans la journée enchaînent sur un travail de nuit. Le volontariat des gardes obtenu de haute lutte en 2002 avait pour but de forcer l'Etat à aménager des conditions simplement décentes pour la permanence de soins. Le Président de l'Ordre d'alors a tenté de passer outre cette loi, et cela lui a valu sa place.

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Neuf ans plus tard, les mentalités à l'Ordre ont commencé à changer, mais comme on va le voir, nombre de ses représentants semblent tétanisés par l'écart entre une position de principe: "on ne doit pas forcer à travailler de nuit un médecin qui a déjà travaillé de jour" et le principe de réalité: nombre de parlementaires de tout bord, unis par la même bêtise, n'ont rien à foutre de la durée de travail des généralistes ou de la sécurité des soins, du moment que la permanence des soins, même mal organisée, même invivable au quotidien, paraît assurée à leurs électeurs.

Les mêmes députés et sénateurs UMP et centristes qui ovationnaient François Fillon lorsqu'il promettait de sabrer les services publics en milieu rural, les mêmes députés et sénateurs UMP et centristes qui ont voté la franchise sur les soins pour responsabiliser les dialysés et les cancéreux ( on peut saluer ici Nicolas Sarkozy, qui aura au moins tenu UNE de ses promesses de campagne...), ces mêmes parlementaires, donc, ne rêvent que de remettre à la schlague les généralistes. Que ceci contribue à accélérer la désertification médicale ne les émeut guère: a chaque problème complexe, on le sait, il existe une solution simple, évidente, et fausse, et ils sont nombreux à s'y être ralliés.

Comme on le verra dans la vidéo qui suit, les représentants de l'Ordre tentent alors de jouer sur les deux tableaux: apparemment conscients que la situation est intenable, ils privilégient les petits arrangements, soutiennent du bout des lèvres les réquisitions, au principe que, s'ils n'organisent pas le bousin, oh mon Dieu les politiques s'en chargeront. Collaborer à une situation dégradante n'est pourtant jamais une solution...

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Blanchi par la Justice, condamné par l'Ordre: Xavier Tarpin, généraliste

 

Le cas de Xavier Tarpin est en ce sens exemplaire, et agit comme un formidable révélateur au sein de l'institution et chez les médecins.

Poursuivi par la vindicte du Conseil Départemental du Rhône, illégalement réquisitionné six années de suite le 1er Janvier pour le faire plier, Xavier Tarpin a obtenu gain de cause devant les tribunaux républicains. Qu'à cela ne tienne. La section disciplinaire du CDO du Rhône le condamne à une interdiction d'exercice de trois mois avec deux mois de sursis, espérant briser, financièrement et moralement, un individu isolé. Privant par là-même les patients de leur médecin traitant pendant un mois, au prétexte qu'il n'assurerait pas la permanence des soins la nuit du réveillon... Décision entérinée par la section disciplinaire du Conseil National..., Conseil national dont le Président du CDO du Rhône, comme c'est pratique, fait partie... Ajoutons que bousculé par de nombreux CDO d'autres départements soutenant le Dr Xavier Tarpin, le Président de l'Ordre des Médecins lui-même, Michel Legmann, a écrit une lettre soutenant cette décision, afin de faire taire les critiques. Interrogé à ce sujet dans les couloirs du Conseil de l'Ordre... il aura cette phrase incroyable, attestée par de nombreux témoins: "Mais cette lettre, on m'a forcé à la signer..."

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Président du CDO du Rhône, chargé de la Santé Publique au Conseil National de l'Ordre: Patrick Romestaing, chirurgien ORL

Réunis au sein de l'association S.T.O. ( Sauvons Tarpin de l'Ordre), les confrères du généraliste, venus de France entière, se sont invités le 11 Janvier 2011 à un colloque organisé à l'Ordre des Médecins en présence de l'habituel gratin ( Elisabeth Hubert, conseillère Santé pour l'Elysée) sur l'installation des jeunes médecins. Tandis que Jean-Paul Hamon, président d'Union Généraliste, intervenait en séance pour dénoncer la condamnation de Xavier Tarpin, gênant un moment le ronron habituel de ces grands-messes, une vingtaine de généralistes se réunissait face à deux membres du Conseil national de l'Ordre pour évoquer l'affaire et, au-delà du cas de Xavier Tarpin, l'attitude de l'Ordre face aux réquisitions de généralistes.

 


L'Association S.T.O. s'invite au Conseil de l'Ordre pour demander des comptes... Les réponses qui lui sont données témoignent du malaise de l'institution, et de l'imbroglio juridique et assurantiel de la permanence des soins en France. ( Film disponible en Haute Définition)


Jean-Paul Hamon, Président d'Union Généraliste, brise le train-train des réunions entre représentants de l'Ordre et de l'Etat.

 

La suite des évènements est à écrire. En cette dernière semaine de Janvier 2011, les patients du Docteur Xavier Tarpin sont toujours privés de leur médecin, et il y a le feu au Conseil de l'Ordre, aussi bien dans le Rhône qu'à Paris. ( A suivre...)

 

30/03/2010

Deux cons de piafs (9): santé publique

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23/03/2010

Deux cons de piafs (4)

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