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22/01/2013

Media et scandales du médicament: "Une plainte sinon rien!!!"

La plainte déposée par une jeune femme, Marion Larat, victime d’un accident vasculaire cérébral, a été l’occasion de la prise de conscience du risque modéré mais réel des contraceptifs oraux. Elle a été aussi l’occasion de révéler le scandale des pilules de 3ème et 4èmegénération qui majorent le risque d’embolie pulmonaire sans bénéfice par ailleurs.

Les média s'emparent alors du "bon sujet" et les révélations pleuvent: techniques marketing des firmes, experts aux liens d'intérêt longs comme le bras, infantilisation des patientes, paresse et aveuglement coupable des agences sanitaires elles-mêmes engluées dans leurs conflits d'intérêt...

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Il y a deux ans déjà, le 4 Janvier 2011, dans MEDIAPART, j'alertais sur le prochain scandale sanitaire à venir, celui des Anti-Alzheimer. 

http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/archive/2011/01...

Le schema est similaire: médicaments inutiles, inefficaces, faisant vivre un secteur entier de la médecine dans lequel trop peu de soignants imaginent se passer de prescription médicamenteuse, quand bien même depuis des années il est avéré que ces médicaments, qui ne ralentissent pas la progression de la maladie, qui ne retardent pas l'entrée en établissement, dont les effets positifs, s'ils existent, sont modestes et transitoires, exposent les patients à de graves troubles du rythme cardiaque.

Les preuves sont là. Il suffit de se baisser, de lire la revue Prescrire, les revues internationales, de questionner les médecins indépendants, les lanceurs d'alerte, de colliger les informations et de les mettre en perspective, d'interviewer Philippe Nicot, le généraliste dont le remarquable travail à la HAS a permis (enfin!!!) de diminuer le niveau de Service Médical rendu de ces médicaments qui devraient être retirés du commerce si les habituelles voies de l'omerta médicale, les liens d'intérêts d'experts refusant de se déjuger, la tendance habituelle à préférer la lente diminution de prescription sans faire de vague au retrait pur et simple, décision politique courageuse de santé publique, ne contribuaient à leur survie.

Il n'y aura pas de Marion Larat de 84 ans pour porter plainte, parce qu' à cet âge là, monsieur, on ne porte pas plainte. Qu'à cet âge-là, les familles, déboussolées, épuisées, se rangeront aux explications qu'on leur donnera: "Elle avait bien vécu. A cet âge-là, ce sont des choses qui arrivent. " Etc... etc... Mais moi je sais. Mes collègues, à la Revue Prescrire, au Formindep, savent.

Que vous-faut il, messieurs et mesdames les journalistes, pour faire votre boulot, simplement? Plutôt que de reproduire les dépêches AFP sur le dernier discours du Directeur de l'ANSM, ou de la Ministre de la Santé, que vous faut-il pour agir?


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PS: Comme pour mieux illustrer mon propos, cet article de Damien Mascret publié dans le FIGARO du 21/01/2013 ( après la rédaction de ce post )

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/01/21/19723-alzhe...

qui prend prétexte d'une plainte de consommateurs américains pour aborder enfin la question de l'inutilité des Anti-Alzheimer ( sans même aborder leurs effets indésirables graves), et en ouvrant comme d'habitude sur les "perspectives thérapeutiques" prochaines que les zélateurs agitent à chaque fois devant les patients comme une nouvelle chimère, en insistant pour "une intervention la plus précoce possible", sans aucun mea culpa sur les faux espoirs passés. "Du passé faisons table rase...", en somme...

Cerise sur le gâteau, le journaliste précise qu'une nouvelle étude est en cours, et donne les coordonnées téléphoniques pour le recrutement. "Indispensable, si l'on veut imaginer des traitements précoces, voire préventifs"... Et tournez manège...


Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain.

04/12/2012

Le MarisolGate, c'est maintenant!

 Le MarisolGate, c’est maintenant !

 

 

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Depuis des années, la Santé est aux mains d’incompétents et de cyniques. Avec Marisol Touraine, je crains que nous soyons arrivés à une synthèse parfaite entre les deux.

Nous avons eu droit à Philippe Douste-Blazy, le célébrissime inventeur du massage cardiaque assis, et à sa convention du médecin traitant, qui a consisté à écraser les médecins sous les contraintes administratives et a permis de ne pas rembourser les patients quand leur généraliste décède ou dévisse sa plaque. « C’est en changeant tous un peu qu’on peut tous vous baiser »

Nous avons eu droit à Xavier Bertrand, ex-assureur de mobylettes chez AXA. Xavier Bertrand, tout en rondeur et en promesses, l’homme qui expliquait dès 2005 que sa réforme redresserait les comptes de la Sécu, que le Dossier Médical Partagé était l’avenir de l’humanité, que la Tarification à l’Activité ne mettrait pas les soignants hospitaliers à genoux, et que les accords signés avec les chirurgiens ne resteraient pas, foi d’assureur, lettre morte.

Nous avons eu droit à Roselyne Bachelot, sa loi Hôpital-Patients-Santé-Territoire et ses Agences Régionales de Santé pleines d’administratifs improductifs pondant des wagons de textes inapplicables qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes. Roselyne sonnant le tocsin dans des vaccinodromes vides lors de l’épidémie de grippe en 2009, qui justifia l’achat de vaccins inefficaces en lot de dix pour des centaines de millions d’euros, par le fait que les généralistes, ces gueux, ces minables, étaient incapables de respecter la chaîne du froid. Aujourd’hui, sur D8, elle oscille sur des talons aiguille pour déclamer des passages porno sado-maso de « 50 nuances de Grey ». Après la chaîne du froid, Roselyne a les chaînes au fion.

Nous eûmes droit ensuite au retour de Xavier Bertrand, comme quoi la peste peut frapper deux fois au même endroit, qui continua à promettre beaucoup et à faire très peu, à part médailler les syndicalistes médicaux à qui le pouvoir politique, de renoncements en traitrise, devait beaucoup.

Puis arriva Marisol.

Sur les franchises sur les soins, combattues avec virulence par les socialistes quand Sarkozy était au pouvoir, elle ne fit RIEN

Sur la stupide sortie de l’HTA sévère du champ des affections longue durée, dénoncée par François Hollande pendant sa campagne, elle ne fit RIEN.

Car elle avait une tout autre croisade , Marie-Soledad, qui en catalan signifie « la fille très simple qui signe ses parapheurs dos à la cheminée ».

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Depuis son arrivée aux affaires, Marisol Touraine martelait qu’elle entrait en croisade contre les dépassements d’honoraires. Soit. C’était un angle comme un autre pour réformer le système de santé, exsangue, à condition de tirer les constats de la situation actuelle et de ne pas se cantonner à l’affichage politique.

 Je ne pratique pas de dépassement, ce qui signifie que ma rémunération est tributaire du tarif fixé par l’Assurance-Maladie, un tarif en gros de 50% inférieur au tarif moyen de la consultation médicale d’un généraliste européen. Freiner les dépassements d’honoraires, c’était aussi, me semblait-il, poser la question des tarifs opposables, de leur grandissante inadéquation avec la réalité économique d’une petite entreprise comme peut l’être un cabinet médical. Que nenni ! Ayant monté en épingle les dépassements de quelques pontes hospitaliers, Marisol Touraine réalisa, un peu tard, que se posait soudain la question cruciale : « Mais que rembourse l’Assurance-Maladie ? Quelle valeur accorde t’elle à la consultation d’un médecin ? »

Pour éviter de voir la réalité en face, d’admettre que certains « petits dépasseurs » utilisaient ce complément d’honoraires pour maintenir la viabilité de leur cabinet et payer leurs charges, il fallut alors à Marisol Touraine forcer le trait, asséner sur tous les plateaux que contrairement à la réalité qui affleurait jusque dans les colonnes de journaux guère tendres habituellement avec la gent médicale, les médecins en secteur 1, à tarif opposable, n’étaient guère à plaindre. « Pour arriver à une rémunération correcte, les généralistes travaillent beaucoup, près de soixante heures par semaine », lui signalait une journaliste à la télévision. « Certains d’entre eux travaillent beaucoup… pas tous ! Pas tous ! », ironisait la Ministre, qu’on soupçonnait alors de tenir prête dans sa poche une liste de branleurs généralistes habitués des terrains de golf. Un autre intervenant, dans une autre émission, lui signalait que le généraliste français se situait dans la moyenne basse européenne. « Ils sont dans la moyenne, ils sont dans la moyenne ! » scandait-elle alors, hautaine. Comment dire sans trop vexer la mal-calculante? Par rapport à ses confrères allemands ou anglais, les moyens dont dispose le généraliste français sont deux à trois fois moindres…Et au tarif du secteur 1, mêmes les centres de santé crèvent sur pied, malgré les subventions municipales, régionales ou mutualistes qui leur sont allouées, et auxquelles bien entendu le médecin libéral en ville ne saurait prétendre…

Au bout de 24 heures de garde à vue, il se trouva trois syndicalistes pour signer l’avenant numero 8 sous le regard bienveillant du greffier, Frederic Van Roekeghem, le très libéral directeur de l’Assurance-maladie , l’homme qui en 2004 a détruit l’option médecin-référent avec l’aide des syndicalistes les plus réactionnaires de la profession ( que le pouvoir UMP a ensuite médaillé pour services rendus), l’homme qui a mis en place sans sourciller les franchises sur les soins ( contre lesquelles s’élevaient avec vigueur les parlementaires socialistes… avant d’arriver aux affaires), l’homme qui en 2008 proposait de ne plus rembourser les médicaments dits « de confort » aux cancéreux, l’homme qui organise la chasse aux arrêts de travail prétendument injustifiés en harcelant les médecins généralistes et en falsifiant les chiffres, l’homme venu du directoire d’AXA qui utilise les techniques de management du privé au sein même de ce qui fut la « Sécurité Sociale »… Cet homme, ancien directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy, est aujourd’hui considéré par Catherine Lemorton, députée socialiste comme » un grand serviteur de l'Etat, avec qui il est très agréable de travailler », et par les journalistes du sérail,  très clairement, comme « le véritable ministre délégué à la Santé »… 

Trois syndicalistes, donc, ont signé. Michel Chassang, l’homme à la poitrine chargée de médailles, qu’on ne présente plus, et qui expliquerait dès le lendemain que l’accord protégeait le secteur 2. Son frère ennemi de MGFrance, bien destiné à se venger de la perte de la convention spécifique des généralistes et à faire fonctionner les tribunaux de l’UNCAM. Et au milieu, le ravi de la crèche, Christian Jeambrun, bientôt démissionnaire, dont je voudrais rappeler la compétence médicale et syndicale par ses fortes paroles prononcées pendant la grippe H1N1 : « Nous allons vivre un état de guerre. Les libéraux ne sauraient exprimer le moindre état d’âme personnel sur le vaccin. Compte tenu de l’exemplarité qui doit être la leur, les médecins qui refusent personnellement le vaccin devront avoir à cœur de ne pas en faire état auprès de leurs patients. » Je sais, c’est comme l’eau ferrugineuse de Bourvil, on ne s’en lasse pas…

Et dans la foulée, Marie-Soledad fit passer à l'Assemblée la loi sur les réseaux mutualistes, loi portée par des députés eux-mêmes anciens administrateurs de mutuelles dont la fameuse LMDE, Mutuelle Des Etudiants, que le journal Le Monde et la revue Que Choisir épinglaient ainsi il y a deux mois: "Opacité, pratiques commerciales douteuses, qualité de service dégradée: pour la première association de consommateurs, ce système est aussi "défavorable aux étudiants qu'onéreux pour la collectivité."

 

Les députés socialistes volèrent au secours de la rapporteuse, démontrant une fois de plus que l’on peut batailler pour que les médecins intervenant dans le domaine du médicament déclarent leurs liens d’intérêt ( ce qui est tout à fait normal), mais que pointer un évident lien d’intérêt chez un homme politique serait une faute morale !

A gauche, la députée Jacqueline Fraysse, cardiologue (Front de Gauche, Hauts-de-Seine), a émis des réserves sur le texte, redoutant qu'il organise "un véritable glissement du principe de prise en charge socialisée et universelle par l'assurance maladie vers une logique contractuelle et individuelle, sur le modèle assuranciel, marquant un pas de plus vers la privatisation rampante de la sécurité sociale".

La loi passa, en pleine nuit, comme souvent les forfaitures les plus dégueulasses. Demain assureurs et mutuelles vont pouvoir faire leur marché, chez les médecins, et chez les patients. Car soyons clair, il y a une parfaite continuité entre l’avenant 8 et la loi sur les réseaux mutualistes.

Les complémentaires ont toujours eu besoin des dépassements d’honoraires pour exister. Si l’Assurance maladie remboursait les actes médicaux à leur juste valeur, il n’y aurait pas, ou très peu, de compléments d’honoraires, et les complémentaires crèveraient sur pied. Mais pour calculer leur marge bénéficiaire, les complémentaires ont besoin de pouvoir border les dépassements d’honoraires, afin de les utiliser pour ramener des clients captifs, sans risque excessif pour leur trésorerie. Les syndicalistes médicaux, comme Michel Chassang, qui ayant signé l’avenant 8 font semblant de combattre aujourd’hui les réseaux mutualistes, se foutent du monde. Comme en 2005 lorsque la médecine générale fut mise à bas par la CSMF, je vous dirais aujourd’hui : « La médecine a été poignardée une fois de plus dans le dos. Et il y a des empreintes sur le manche. »

En 2006, au moment de prendre la tête d’une complémentaire, un homme, un visionnaire, s’extasiait en ces termes : « Je suis fier de prendre la direction d’un acteur historique majeur de la protection sociale. Mon ambition est de relever les défis des réformes à venir qui transformeront profondément l'intervention des acteurs complémentaires, notamment dans le domaine de la santé, pour jouer un rôle de premier plan dans l'amélioration des services de protection sociale. »

Cet homme s’appelait Guillaume Sarkozy.

Et il peut remercier François Hollande

 

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Comme on le voit, avec François Hollande…

Le conventionnement sélectif des médecins, c’est maintenant

L’organisation du système de soins par des puissances financières, c’est maintenant

Les médecins mutualistes payés huit euros à la pièce, c’est maintenant

Les remboursements différenciés selon le parcours imposé par les complémentaires, c’est maintenant

L’opacité des comptes, c’est maintenant

L’explosion des coûts de la publicité à la charge des cotisants, c’est maintenant

Les maisons de santé déficitaires rachetées par les mutuelles et les assureurs, c’est maintenant

Les mutualistes solidaires possédant huit Porsche faisant la morale aux chirurgiens sur le tact et la mesure, c’est maintenant

Les conflits d’intérêts des députés socialistes, c’est maintenant

La privatisation du soin, c’est maintenant

Mais grâce à vous, médecins qui refusez d’être des pigeons :

Le MutuelleGate, c’est maintenant !

Le MarisolGate, c’est maintenant !

 

 

Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain, initiateur en 2007 du combat contre la franchise sur les soins.

http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/

Discours prononcé en clôture de la manifestation parisienne du 02/12/2012. (1700 selon la police, 4500 selon les organisateurs...)  Video en ligne:

https://www.youtube.com/watch?v=MHr102u5Aq0

 
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