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06/11/2012

« Il est passé minuit, docteur Hollande » : Lettre Ouverte d'un médecin généraliste à un Président que j’appelais de mes vœux

 

« Il est passé minuit, docteur Hollande » : Lettre Ouverte d'un médecin généraliste à un Président que j’appelais de mes vœux

 

Monsieur le Président,

Je te fais une lettre que tu liras peut-être si tu en trouves le temps.

Apparemment, tu étais occupé courant Avril dernier ( je sais ce que c’est, j’ai moi aussi un boulot très prenant), et la missive que je t’avais adressée dans LIBERATION (1) n’a pas dû te parvenir.

Pour mémoire, je me permets de t’en citer la conclusion :

« Le président qui vient aura le choix : accompagner le mouvement largement entamé par les fossoyeurs, instrumentaliser les dépassements pour pénaliser l’ensemble des professionnels en invoquant les «défaillances» d’une médecine de proximité exsangue, saupoudrer quelques maisons médicales pour faire branché, ou tendre la main aux médecins et infirmiers de terrain pour reconstruire avec eux une politique de santé solidaire. Il est minuit, docteur Hollande. »

Si je me permets de te tutoyer, c’est en souvenir de cette heure passée à discuter du système de santé en France, il y a sept ans, rue de Solferino. Tu avais plein de soucis à l’époque, il te fallait gérer le parti, les courants, les ambitions démesurées des unes et des autres ( je sais ce que c’est, j’ai moi aussi un boulot très prenant). Pourtant, de tous les politiques qu’il m’avait été donné d’alerter sur la situation préoccupante du système de santé, tu m’avais semblé l’un des plus curieux, l’un des plus attentifs.

 

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Ensuite on ne s’est pas beaucoup vus, pendant des années. Pourtant ça m’aurait fait rudement plaisir d’avoir ta visite, quand avec Bruno-Pascal Chevalier, qui à l’époque avait arrêté ses traitements pour dénoncer les franchises sur les soins de ton prédécesseur, on enchaînait manifestation sur manifestation devant le Ministère de la Santé pour dénoncer le recul de l’accès aux soins (2). Nous étions là, mois après mois, avec les mêmes patients courageux, les mêmes médecins engagés, les mêmes militants d’Act-Up qui se faisaient embarquer.

 

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Enfin tu as été en position d’accéder aux responsabilités suprêmes, et j’ai voté pour toi. J’ai voté aux primaires, j’ai voté à la présidentielle, j’ai même accepté une procuration, un copain étant en vacances ( moi je ne pouvais pas, j’ai un boulot très prenant).

 

Un peu avant l’élection, un hebdomadaire médical m’avait appelé pour poser une question aux deux candidats en lice. J’étais un peu le gaucho de service, le trublion, il en faut dans toute bonne émission. « Le Dr Christian Lehmann est installé à Poissy (Yvelines) avec une associée. Fer de lance de l’opposition aux franchises médicales, il est aussi écrivain. » annonçait  Le Généraliste. J’ai posé ma question :

« Ces dernières années, des franchises sur les soins, qui n’ont rien de médicales, ont été inventées dans le but de « responsabiliser » le patient avec, pour conséquence, le recul de l’accès aux soins. Dans le même temps, on a décrété que certaines maladies ne l’étaient plus, comme l’HTA, HyperTension Artérielle sévère, sortie des Affections de Longue Durée… Le président qui viendra continuera t-il dans cette direction ? »

 Sarkozy a récité, comme d’habitude, des éléments de langage à tonalité comptable : « Les dépenses de santé augmentent, mais il ne faut jamais oublier que la santé est financée par la solidarité nationale. Cela justifie une nécessaire responsabilité de chaque acteur, patients, professionnels de santé et responsables politiques. Depuis 2007, le taux de prise en charge par l’Assurance-maladie n’a pas varié, se maintenant à 75%. Notre système demeure l’un des plus généreux du monde. Sur les deux dernières années, nous avons respecté l’objectif national des dépenses de santé. Ce n’était jamais arrivé. Sous le gouvernement socialiste, on votait des ONDAM(3) à 3,5% et on faisait 7-8% de dépenses en creusant les déficits. J’assume notre politique. Si nous voulons conserver un système solidaire et continuer à financer notre système de santé, il faut faire des choix. Le nôtre repose sur l’efficience, chaque euro doit être bien utilisé. »

 

Toi, mon futur Président que j’appelais de mes vœux, tu m’as répondu : « J’ai toujours exprimé ma ferme opposition à cette idée de soi-disant responsabilisation, qui est en réalité une sanction et une culpabilisation du malade. Ce concept a par ailleurs démontré sa totale inefficacité pour rétablir les comptes de l’assurance-maladie. Ainsi, la suppression de l’HTA de la liste des ALD me semble aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique. Si les Français me font confiance, je prends l’engagement de réexaminer cette décision. Par ailleurs, il faudra revoir l’ensemble de la question du reste à charge : ma première mesure concernera le plafonnement des dépassements d’honoraires. Je veux par ailleurs revoir la définition des contrats des complémentaires, et supprimer la taxe sur les contrats solidaires des mutuelles. Tout cela aura un impact direct pour les Français. »

 

Le Généraliste, c’est assez rare dans la presse pour le signaler, nous a donné un droit de suite, permettant aux six médecins qui avaient posé des questions de conclure, ce que j’ai fait : « Nicolas Sarkozy n’a pas du tout répondu à ma question sur la sortie de l’HTA des Affections de Longue Durée. Nous sommes toujours dans un pseudo-discours sur la responsabilisation et la crise de la dette qu’apprécierait fortement l’agence de notation Standard and Poors. Bravo à François Hollande pour la réponse sur l’HTA sur laquelle il a dit qu’il allait revenir, mais sur les franchises, on ne sait toujours pas ce qu’il va faire ».

 

Sur les franchises, j’ai vite été renseigné, remarque. Tu n’as touché à rien.

Pas de marge de manœuvre financière, ai-je cru comprendre. Dommage. Philippe Seguin, en son temps, avait fait le calcul : les franchises sur les soins piquaient 850 millions d’euros par an dans la poche des malades, une taxation des stock-options à hauteur de la taxation des salaires rapporterait 3.5 millards par an. Sarkozy avait fait un choix, tu ne le remettais pas en cause, soit…

 

Sur l’hypertension artérielle sévère, j’ai attendu six mois.

J’avais confiance. Revenir sur l’absurde décision sarkozyste était simple, cohérent, et enverrait aux patients et aux médecins un signal fort : finies les manipulations purement comptables, place à une vraie politique de santé, respectueuse de l’humain.

Au bout de six mois, le verdict du Conseil d’Etat est tombé, confirmant l’exclusion de l’HTA sévère du champ des affections prises en charge à 100%. En pratique, cela signifiait que dans un pays où l’espérance de vie d’un ouvrier est inférieure de sept ans à celle d’un cadre, l’Assurance-Maladie attendrait le stade des graves complications de l’hypertension ( infarctus, accident vasculaire cérébral, etc…) pour prendre en charge cette pathologie. Tant pis pour les populations fragilisées, pour les démunis, pour les personnes âgées avec des petites retraites, dont la cotisation pour une complémentaire peut atteindre 10% de leur pension mensuelle(4). La requête des associations de patients était rejetée, l’Etat ( c’est-à-dire toi, François, personne d’autre) ayant maintenu son opposition. La mesure que, candidat, tu avais trouvé « aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique », ne te gênait apparemment plus, une fois aux affaires. Elle ne gênait pas non plus ta ministre.

Parlons-en, de ta ministre…

Depuis son arrivée aux affaires, Marisol Touraine martelait qu’elle entrait en croisade contre les dépassements d’honoraires. Soit. C’était un angle comme un autre pour réformer le système de santé, exsangue, à condition de tirer les constats de la situation actuelle et de ne pas se cantonner à l’affichage politique.

 

Je ne pratique pas de dépassement, ce qui signifie que ma rémunération est tributaire du tarif fixé par l’Assurance-Maladie, un tarif en gros de 50% inférieur au tarif moyen de la consultation médicale d’un généraliste européen. Freiner les dépassements d’honoraires, c’était aussi, me semblait-il, poser la question des tarifs opposables, de leur grandissante inadéquation avec la réalité économique d’une petite entreprise comme peut l’être un cabinet médical. Que nenni ! Ayant monté en épingle les dépassements de quelques pontes hospitaliers, Marisol Touraine réalisa, un peu tard, que se posait soudain la question cruciale : « Mais que rembourse l’Assurance-Maladie ? Quelle valeur accorde t’elle à la consultation d’un médecin ? »

 

Pour éviter de voir la réalité en face, d’admettre que certains « petits dépasseurs » utilisaient ce complément d’honoraires pour maintenir la viabilité de leur cabinet et payer leurs charges, il fallut alors à Marisol Touraine forcer le trait, asséner sur tous les plateaux que contrairement à la réalité qui affleurait jusque dans les colonnes de journaux guère tendres habituellement avec la gent médicale, les médecins en secteur 1, à tarif opposable, n’étaient guère à plaindre. « Pour arriver à une rémunération correcte, les généralistes travaillent beaucoup, près de soixante heures par semaine », lui signalait une journaliste à la télévision. « Certains d’entre eux travaillent beaucoup… pas tous ! Pas tous ! », ironisait la Ministre, qu’on soupçonnait alors de tenir prête dans sa poche une liste de branleurs généralistes habitués des terrains de golf. Un autre intervenant, dans une autre émission, lui signalait que le généraliste français se situait dans la moyenne basse européenne. « Ils sont dans la moyenne, ils sont dans la moyenne ! » scandait-elle alors, hautaine. Comment dire sans trop vexer la mal-calculante, François ?Par rapport à ses confrères allemands ou anglais, les moyens dont dispose le généraliste français sont deux à trois fois moindres…Et au tarif du secteur 1, mêmes les centres de santé mutualistes menacent de mettre la clé sous la porte, malgré les subventions qui leur sont allouées, et auxquelles bien entendu le médecin libéral en ville ne saurait prétendre…

 

Je mets en parallèle ces deux observations, ta non-intervention sur la remise en cause de la prise en charge de l’hypertension artérielle sévère, et ton soutien à la politique d’une ministre qui refuse systématiquement de comprendre que la désertification médicale et la grève d’installation des jeunes diplômés ( seuls 8% des arrivants s’installent en médecine de ville ) sont essentiellement liées à la déconnexion des tarifs opposables de toute réalité économique. Je mets ces deux observations en parallèle parce qu’elles pointent vers une unique, et terrible, conclusion : Le changement, c’est pas demain la veille.

 

Tu as décidé, ton gouvernement a décidé, ta ministre a décidé, de poursuivre l’entreprise de démolition du système de santé français largement entamée par tes prédécesseurs.

 

J’en veux pour preuve que Frederic Van Roekeghem, le très libéral directeur de l’Assurance-maladie , l’homme qui en 2004 a détruit l’option médecin-référent avec l’aide des syndicalistes les plus réactionnaires de la profession ( que le pouvoir UMP a ensuite médaillé pour services rendus), l’homme qui a mis en place sans sourciller les franchises sur les soins ( contre lesquelles s’élevaient avec vigueur les parlementaires socialistes… avant d’arriver aux affaires), l’homme qui en 2008 proposait de ne plus rembourser les médicaments dits « de confort » aux cancéreux, l’homme qui organise la chasse aux arrêts de travail prétendument injustifiés en harcelant les médecins généralistes et en falsifiant les chiffres, l’homme venu du directoire d’AXA qui utilise les techniques de management du privé au sein même de ce qui fut la « Sécurité Sociale »… cet homme, ancien directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy, est aujourd’hui considéré par une députée socialiste ( et pas la plus bête) comme » un grand serviteur de l'Etat, avec qui il est très agréable de travailler », et par les journalistes du sérail,  très clairement, comme « le véritable ministre délégué à la Santé »…(5)

 

 

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 Quand deux assureurs se rencontrent, de quoi discutent-ils? D'histoires d'assureurs.

( merci à l'UCDF)

 

Cela ne choque pas Marisol Touraine, et cela ne te choque pas, toi qui nous as fait le coup de Jaurès s’opposant au monde de la finance. J’imagine que ça ne choque guère non plus ton ami de toujours, Henri de Castries, président d’AXA et accessoirement du Bilderberg Group. Mais moi cela m’embête un peu. Parce qu’à chaque fois que Marisol Touraine entame son refrain sur les médecins qui, même en secteur 1, n’ont vraiment pas à se plaindre, je me demande si vous ne vous moquez pas un peu de moi, en fait (6). Je me demande si je ne suis pas voué, pendant encore des années, à tenir le fort en entendant de belles paroles sur « le généraliste, pivot du système de santé », pendant que la ministre se rend aux dîners du Siècle avec vos amis assureurs.

 

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Car, j’oubliais de le dire, s’il y a un changement dans la politique menée, c’est une accélération, une accélération de l’entrée des complémentaires dans le système de santé français. Je dis « complémentaires » pour que les Français comprennent bien, parce qu’en général, Marisol Touraine et toi, comme Sarkozy avant vous, vous parlez de « mutuelles ». C’est au congrès de la Mutualité Française que vous vous rendez pour annoncer fièrement que vous allez donner plus de poids aux complémentaires dans le management du système. C’est sûr, faire ce genre d’annonce au congrès d’AXA, de Groupama ou de Mederic aurait peut-être fait jaser. Déjà, j’avais tiqué comme beaucoup de confrères sur l’annonce proprement hallucinante faite par Marisol Touraine à ce même congrès, du report d’un an de l’obligation de publication des frais de gestion pour les complémentaires. Une obligation de publication des comptes « dont nous connaissons les difficultés qu’elle créait pour vous », dit-elle avec dans sa voix une compassion larmoyante que je ne lui avais jamais entendue auparavant quand elle s’adressait aux médecins…

 

Alors si le changement, maintenant, François, c’est d’enterrer le système de sécurité sociale né de 1945 en intégrant clairement les complémentaires dans la gestion du système, comme cela s’est longtemps fait aux USA du fait de l’absence d’une assurance maladie solidaire, pourquoi pas ? Si les caisses sont à sec, si l’Assurance-Maladie sous gouvernance est incapable de financer correctement le système, pourquoi pas ? Mais dans ce cas, pour un Président de gauche, le courage serait de le dire franchement aux citoyens, ceux qui t’ont élu, et les autres. Que les premiers sachent qu’ils se sont fait berner, et que certains des autres puissent poser leur réservation au Fouquet’s.

 

Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain

 

(1) http://www.liberation.fr/societe/2012/04/19/cinq-ans-de-sarkozysme-et-un-systeme-de-sante-a-terre_812941

 

(2) http://www.dailymotion.com/video/x43jng_franchises-sur-les-soins-interview_news?search_algo=2

 

(3) Objectif National de Dépenses d’Assurance-Maladie

 

(4) Notons que ton prédécesseur, ne souhaitant pas gêner un électorat globalement âgé qu’il estimait lui être favorable, a réussi ce tour de force de décréter que les renouvellements d’affection longue durée échapperaient à ce couperet, créant ainsi une discrimination entre français : ceux dont l’HTA sévère a été constatée et reconnue avant juin 2011 sont pris en charge, ceux qui présentent les mêmes symptômes et les mêmes risques après juin 2011 ne sont pas exonérés. Ca s’appelle comment, en droit, ce différentiel entre citoyens français ? La discrimination rétroactive ?

 

 

(5) http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/10/08/rocky-le-ministre-bis-de-la-sante_1771640_1651302.html

 

(6) Dans l’avenant à la convention médicale que Marisol Touraine qualifie d’historique, ( alors qu’il entérine les dépassements d’honoraires jusqu’à 250% du tarif opposable, révélant bien qu’Assurance-Maladie et gouvernement considèrent que celui-ci n’est plus tenable), une obole de cinq euros par an et par patient est accordée sous condition au généraliste secteur 1 pour une partie de sa patientèle. Avec ces cinq euros, le généraliste est sensé coordonner un système qui dépense 3600 euros par an et par patient. Rien que ça. Touchez ma bosse, Monseigneur…

17/10/2009

Comment Nagy-Bosca 1er terrassa les dépassements d'honoraires...

Il y aurait beaucoup à dire, sur la défense de Frédéric "le Thaï et l'argent du Thaï" Mitterrand, sur la nomination de J.W.Bosca à l'EPAD, et même sur le festival ininterrompu de conneries proférées par experts et ministère au sujet de la foireuse campagne vaccinale qui s'annonce sous les meilleurs auspices... mais ce sera pour une autre fois.

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Juste un petit mot aujourd'hui pour commenter, très brièvement, ce que la Presse qui Ment a qualifié d'accord historique sur les dépassements d'honoraires. (J'utilise le terme générique rendu familier par le Plan B, le terme exact: "la Presse Qui Retranscrit des Communiqués de Presse Sans Enquêter un Instant Sur le Fond du Problème Surtout S'il S'agit de Social, le Social c'est Pas Très Sexy, hein Laurent?"... étant un peu long)

D'accord historique, il n'y a pas.

D'accord, il n'y a pas non plus.

Les deux syndicats médicaux les plus proches du pouvoir en place ( ne me cassez les burnes, chers confrères, les preuves sont légion...), les deux syndicats "médaillés" de la Légion d'Honneur pour service rendus ( à la France? à l'UMP? à vous de choisir ;-), ont donc signé jeudi 15 Octobre au soir, in extremis, un PROTOCOLE D'ACCORD alambiqué, totalement vide de sens, avec l'UNCAM (Union Nationale des Caisses d'Assurance-Maladie), personnifiée par son directeur, Frederic Van Roekeghem, ancien cadre d'AXA ( Putain, je ne me lasse pas de le répéter) placé là en Août 2004 par Jacques Chirac (ami dévoué et attentif de Claude Bebear, lui-même ancien PDG d'AXA, voyez comme petite est la planète, et bien humaniste la récolte de pièces jaunes par des sportifs cornaqués à front bas) en tant que proconsul ( celui qui dit EPAD prend une baffe).

 

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Pourquoi cette signature? Parce que Nagy-Bosca 1er avait fait un caca nerveux en sommant ces larrons de s'entendre avant le 15 Octobre minuit... sans ça le Parlement légifèrerait.

Il faut comprendre qu'effectivement, l'explosion des dépassements d'honoraires ces dernières années fait désordre, et que sa Majesté sent bien que le peuple y rechigne, parce que ça devient trop voyant. Donc après les franchises sur les soins, les diverses autres ponctions dans la poche des malades, Nagy-Bosca 1er devait absolument FAIRE SEMBLANT de légiférer, de taper sur la table, de défendre les petits, les sans-grade qui comme lui n'ont que du saumon cellophané à manger, contre les pires abus.

Sauf que, pas de bol, tout ceci c'est du flanc.

Oui, les dépassements d'honoraires ont augmenté, et particulièrement depuis la convention signée en Janvier 2005 entre les compères d'aujourd'hui, convention qui a laminé la médecine générale ( qui ne s'en relève et ne s'en relèvera pas) et habitué même les spécialistes de secteur 1 à la pratique des dépassements, puisque ceux-ci, jusque là réservés aux seuls médecins du secteur 2, étaient autorisés en cas d'accès direct du patient. ( Rappelons à ceux qui feignent de l'ignorer que le fait d'appartenir au secteur 2 n'est pas en soi un gage de quoi que ce soit, les médecins avaient le droit de choisir leur secteur, bien cons ceux qui ont cru à la pérénnité d'une assurance-maladie solidaire et ont choisi le secteur 1 et se sont tenus au tarif Sécu pour faciliter l'accès aux soins de leurs patients... je le sais, j'en fais partie).

Ayant mis en place un parcours de soins labyrinthique d'une totale opacité tarifaire, les mêmes compères font aujourd'hui semblant de s'entendre sur un protocole d'accord tout en confiant en douce qu'il s'agit d'une signature sous pression politique ( ce dont ils ont l'habitude malgré leur refrain jamais périmé du libéralisme à visage humain ;-), et alors que l'UNCAM est infoutue d'assurer que les complémentaires ( mutuelles et assurances) joueront le jeu du remboursement partiel des dépassements dans ce secteur optionnel que Nagy-Bosca 1er appelle de ses voeux ( pieux).

Le problème reste entier, pour les chirurgiens de secteur 1, par exemple, le tarif de certains actes courants n'ayant pas été réévalué depuis des dizaines d'années et le progrès des techniques et les exigences justifiées d'asepsie et de personnel ne leur permettant pas de travailler sereinement. Dans un système cohérent, ce ne serait pas aux complémentaires d'intervenir, mais à l'assurance-maladie ( ex Sécurité Sociale) de négocier les tarifs avec les chirurgiens secteur 1 pour permettre un exercice cohérent. Mais il en est des chirurgiens du secteur 1 comme des généralistes: ces imbéciles dérangent, ils ne sont pas assez chers!

Car le but n'est PAS, soyons clair, d'améliorer l'accès aux soins des assurés, mais, brique par brique, de foutre en l'air l'idée même d'une assurance maladie solidaire et d'ouvrir le vaste champ de la santé aux complémentaires. Qui, pour nombre d'entre elles, tout en bêlant un credo mutualiste, ne désirent qu'une chose: régner sur un système assurantiel à l'américaine, dont seront exclus les gagne-petits.. Pourquoi croyez-vous que certaines mutuelles de la très noble Mutualité Française ( un parangon de vertu républicaine) remboursent les dépassements des spécialistes de secteur 2 mais rechignent à pratiquer le tiers-payant pour le généraliste ( alors qu'elles l'acceptent à l'hôpital, en pharmacie, bref... partout ailleurs)?

Les complémentaires vivent de et par les dépassements d'honoraires, qui peu à peu poussent les Français à considérer comme indispensable une couverture assurantielle complémentaire au fur et à mesure que la protection sociale solidaire s'étiole. Dans ce nouveau système qui se met en place, le con de généraliste secteur 1 à 22 euros qui gère en moyenne trois demandes médicales par consultation casse les prix, ne génère pas de flux. Ce qu'il faut aux actionnaires des assurances complémentaires, ce sont des dépassements suffisamment importants pour inciter les Français à s'assurer, mais dont le montant soit plafonné afin de connaître d'avance le ratio des profits à venir. C'est l'enjeu du secteur optionnel qu'ils cherchent à mettre en place dans cette gigantesque partie de bonneteau.

Pourquoi croyez-vous que lors de son discours annonçant son souhait de "confier aux complémentaires" de plus grandes tâches, Nagy-Bosca 1er a choisi de s'afficher aux côtés d'un Jean-Pierre Davant, de la Mutualité Française, ravi, sinon afin de s'entourer de "mutualistes" plus photogéniques que ne le sont les sbires des assurances privées. C'est sûr que faire la même annonce au côté de Claude Bébéar, ou de son frère Guillaume( de chez Médéric) aurait pu faire tousser.

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PS: Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit. Il existe des mutualistes, des mutuelles, honnêtes, pénétrés de l'esprit de 1945, et désirant seulement apporter une protection complémentaire à leurs adhérents, plutôt que de régner sur le secteur Santé. Il en existe. Et pour eux comme pour la médecine générale, la messe est dite.

 

 

 
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