22/02/2013
"Mon adversaire, c'est le monde de la finance": François Normal, fils caché de Mitterrand

J’ai succédé à l’autre agité.
J’avais bien saisi que les Français en avaient marre, j’ai joué l’apaisement, la tranquillité. Pendant la campagne, j’ai juste élevé la voix deux ou trois fois, en choisissant bien mes cibles.
« Mon adversaire, c’est le monde de la finance… » Gros succès d’orateur.
Les éditorialistes proches du manche ont bien couiné un peu, mais je suis vite allé en Angleterre expliquer au Guardian qu’il ne fallait pas me prendre au mot, que la finance, je m’en arrangerai, comme s’en était arrangé François Mitterrand, sous le règne de qui la part de la richesse nationale dédiée aux revenus du travail à commencé à dévisser pour perdre en vingt-cinq ans dix pour cent par rapport aux revenus financiers.
Un quart de siècle, et personne ou presque ne dénonce la manip. Comme quoi le vieillard aux dents limées avait raison : « Il faut donner du temps au temps. »
Comme dit Henri de Castries, mon ami de trente ans, accessoirement directeur des Assurances AXA : « Il faut une génération pour changer un système de santé »
Hollande: le sarkozysme à visage humain...
J’ai succédé à l’autre agité.
Mon but premier : rassurer les marchés, ne rien changer à l’ordre du monde, à la répartition des richesses entre les puissants et les autres. Et avant tout, tenir les critères de la dette, afin de conforter le système bancaire, afin d’éviter que les spéculateurs n’attaquent le pays comme ils l’avaient fait en Grèce et en Espagne. Pour cela, il faut couper. Mais ce n’est pas dans mon tempérament de passer en force alors je joue sur deux tableaux. En parole, je la joue normal, apaisé, protecteur. En actes, je continue la politique de l’agité, l’air de rien. Je fais du Sarko, mais sous anesthésie. Hollande : le sarkozysme à visage humain, en quelque sorte.
Sur le plan économique, j’ai ainsi réussi à faire passer sans coup férir l’augmentation de TVA que, du temps de l’agité, je fustigeais comme inégalitaire et scélérate. Tout ce que le PS compte de sycophantes, de lèche-culs ( et Dieu sait que j’ai eu la raie humide, ces derniers temps), a expliqué que c’était une bonne mesure, une sorte de TVA sociale. Mais ce ne sera pas suffisant : il va me falloir mener une politique d’austérité, en évitant les manifestations de colère qui pourraient embraser le pays. Je ne sais pas comment fait Rajoy en Espagne pour éviter les massacres, parce qu’ici en France, je ne tiendrai pas quinze jours sans des émeutes sanglantes. Il faut donc jouer en douceur.
Toutes les mesures ineptes que j'ai dénoncé, je les maintiens...
Comme toute dépense de protection sociale, les dépenses de santé nuisent à l’image du pays aux yeux des spéculateurs et des financiers. Il me faut les réduire, sans que cela se voie trop. Ca commence par conforter l’existant. Toutes les mesures médicalement ineptes et socialement dangereuses de mon prédécesseur, toutes ces mesures que, candidat, j’ai dénoncé : les franchises sur les soins, la restriction de la prise en charge des hypertendus sévères… toutes ces mesures, je les maintiens. Ce sont des mesures purement comptables, mais un sou c’est un sou. Les franchises rapportent 850 millions d’euros par an, que l’agité est allé chercher dans la poche même des plus malades, des plus faibles. C’est toujours ça de pris, sans avoir à me salir les mains. Coup de bol, à part quelques agitateurs, personne ne se souvient qu’en 2007 Philippe Seguin à la Cour des Comptes avait suggéré de taxer les stock-options à l’égal des salaires pour récupérer 3.5 milliards par an. « Mon ennemi, c’est la finance ». Je me surprends, parfois. J’arrive maintenant à la dire devant la glace sans qu’un muscle de mon visage normal ne tressaille. Des années de préparation. Il ne faut pas croire que ça a été facile.
Mais au final, franchises, restrictions de remboursement, ça ne va pas chercher loin. Il y a une autre voie à privilégier pour améliorer les comptes publics dans le domaine de la santé : la privatiser. En douceur. C’est un énorme secteur, il y a du blé à se faire, pour les assureurs, pour les fonds d’investissement. Comme le disait François Fillon, la caution sociale de l’agité : « Dans le cas de la santé nous ne devrions pas hésiter à considérer l’augmentation des dépenses, pour peu qu’elles soient rationalisées, comme le signe d’un progrès et comme l’un des moteurs principaux de notre économie. Le corollaire de cette attitude nouvelle est la responsabilisation des patients qui doivent prendre eux-mêmes en charge la partie des dépenses de santé qu’on appelle de confort ou qui sont générées par des comportements irrationnels dans les limites de leurs capacités contributives. » Moi j’applaudis. Ca a de la gueule. Arriver à enrober comme ça les choses, c’est le signe du talent. Parce que dit crûment, ça serait moins bien passé. Imagine… « Il y a du pognon à se faire dans le secteur santé pour les assureurs, de plus en plus de pognon au fur et à mesure que la Sécurité Sociale se désengagera. Et du moment que ce pognon n’impacte plus les comptes publics, c’est toujours ça de gagné pour moi, pour tenir mes 3% de déficit aux yeux des agences de notation. » Ca ne passerait jamais.
Mutuelles, mutualiste, j'adore ces mots-valise de la gauche...
Ce qui a coincé, du côté de l’agité, c’était la méthode. Trop rapide, trop brutal, trop directement en lien avec le monde de l’assurance… Quand tu nommes à la direction de la vieille Sécu un ancien directeur d’AXA, quand ton ministre de la Santé ( deux fois !) est un ancien assureur d’AXA, quand ton frère est directeur chez Méderic… comment veux-tu que ça ne se voie pas au moins un peu ? A mi-parcours, l’agité a eu une idée de génie : il est venu faire un discours d’intention dans lequel il expliquait clairement son idée de passer la Santé aux assureurs….mais il l’a fait au Congrès de la Mutualité Française, devant son Président d’alors, Jean-Pierre Davant. Il était ravi, le Jean-Pierre, un mitterrandolâtre qui se faisait conseiller en privé par les plus libéraux des médecins, dont le seul et unique médecin défenseur des franchises en France, le Professeur Guy Vallancien, de l’Institut Mutualiste Montsouris. Mutuelles, mutualiste, j’adore ces mots-valise de la gauche.
C’est là que j’ai eu le déclic. Les mutuelles. Le grand rêve solidaire des petites gens, la geste ouvrière des presque-rien qui ont monté des structures leur permettant d’assurer la protection sociale des malades, des handicapés. Un rêve de solidarité, d’humanisme basique. Le genre de truc gravement porteur dans l’imaginaire collectif, de ceux qui croient encore ( il paraît qu’il en reste), au collectif. Les mutuelles. C’était ça mon angle d’attaque.
J’ai commencé à promettre. Une mutuelle pour tous en 2014. Derrière moi, la clique de lèche-culs applaudissait : cet homme est grand, cet homme est bon, cet homme est normal. Et qui, dans la foule, aurait osé se lever pour dire : « Mais il existe beaucoup mieux qu’une mutuelle pour tous en 2014. Il existe une Sécurité Sociale solidaire, depuis 1945 ! C’est elle qu’il faut conforter, et pas faire l’inverse ! » ?
« Mon adversaire, c’est le monde de la finance. » Comme dit l’autre, qu’est-ce que ce serait si on était copains ? LOL.
Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain, auteur de "Patients si vous saviez...confessions d'un médecin généraliste"
Yvon Le Flohic est médecin généraliste, élu MG France aux Unions Régionales des Professionnels de Santé de Bretagne
15:18 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mitterrand, hollande, mutuelles, argent, fossoyeurs, franchises, sécurité sociale, sarkozy, finance, déficit, dette, goldman-sachs
17/12/2012
Bruno-Pascal Chevalier (1963-2012)
Militant inlassable et sans concession, Bruno-Pascal Chevalier, compagnon dans la lutte contre les franchises sur les soins, est décédé ce jour.

"Je cherche la région cruciale de l'âme, où le mal absolu s'oppose à la fraternité"
André Malraux
15:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bruno-pascal chevalier, franchises, franchises médicales, sarkozy, bachelot, fossoyeurs, hollande, bande de crevards
26/04/2012
Hollande, le dangereux bolchévique
Jamais à court d'arguments pour agiter la menace socialiste, THE ECONOMIST, l'hebdomadaire de la City de Londres, toujours prêt à soutenir les courageuses réformes d'un David Cameron qui enfonce son pays dans la récession et sa population dans la pauvreté, THE ECONOMIST, donc, titre sur:

Et oui, pour THE ECONOMIST, et son lectorat de banquiers à stock-options et autres libéraux à compte offshore, Hollande est "plutôt" dangereux. Dangereux car il semble ne pas suivre aveuglément le diktat d'austérité à tout prix que veulent imposer aux peuples les tenants de l'orthodoxie libérale.
En même temps, lorsqu'on se souvient que THE ECONOMIST votait Valls en 2011, militait pour Sarkozy en 2007, on se dit que leur lucidité sur la situation sociale et économique du pays laisse quelque peu à désirer.
Et lorsqu'on rapproche leur couverture de cette semaine, de celle-ci, en 2002, on se dit

1/que leur graphiste a de la suite dans les idées
2/qu'ils peuvent garder leurs analyses pourries.
04/01/2012
Ca vous choque? Et bien cassez-vous, pauvres cons!
La clique pathétique des habituels tocards de l'UMP monte sur ses grands chevaux pour tenter de créer une "affaire" au motif que François Hollande aurait insulté leur bon maître, Nicolas Sarkozy, le célèbre humaniste hegelien qui rêvait de pendre Villepin à un "crochet de boucher"...
Morano exige des excuses publiques. Laurent Wauquiez, lâchant une minute la grappe des malades et sa sébille pleine de piécettes lancées par les banquiers de la City, accuse Hollande d'avoir la critique pour seul programme. Gérard Longuet, le mari de l'autre ( c'est une longue histoire, un jour peut-être...) lance "C'est un mauvais candidat parce que s'il démarre ainsi la campagne il la rend médiocre". Jean-François Copé, l'anguille qui soutient Sarkozy comme la corde le pendu, se dit "profondément choqué". Bon, j'arrête, je vous évite le tableau complet, la liste de troisièmes couteaux qui se roulent sur le terrain comme un footballeur italien à l'agonie.
Tous ces petits marquis, tous ces courtisans d'un régime naufragé, habitués aux colères et à la violence verbale de leur patron, se découvrent des pudeurs de vierge effarouchée, parce qu'Hollande avait expliqué aux journalistes que Sarkozy allait se présenter comme un "président de l'échec, un sale mec" mais incontournable.
Ca vous choque? Et bien cassez-vous, pauvres cons.

15:27 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : morano, poissonnière, copé, longuet, wauquiez, faux-culs et compagnie, hollande, sale mec, insulte











