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31/01/2008

Les franchises sur les soins ne sont pas une fatalité


 

 

Les franchises sur les soins ne sont pas une fatalité.

 

Les franchises sur les soins sont entrées en application le 1er janvier 2008.

 

Malgré l’appel lancé sur Internet dès le mois de Mars 2007, malgré le relai pris par un collectif d’organisations contre les franchises*, malgré le travail militant pour expliquer et dénoncer cette mesure, les franchises sur les soins que Nicolas Sarkozy appelait de ses vœux depuis de nombreuses années sont entrées en vigueur après que le principe en ait été voté le 26 octobre à l’Assemblée par les députés UMP, qui choisirent ainsi de « responsabiliser » les cancéreux, les dialysés, les diabétiques et les accidentés du travail.

 

Tout juste notera t’on que le projet initial de franchise sèche sur les 50 ou 100 premiers euros de dépenses annuelles, qui aurait exclu de tout remboursement 27% des assurés sociaux ( les plus jeunes, les moins malades ) avait été finalement abandonné par Nicolas Sarkozy, au grand dam des assureurs privés** qui attendaient ce signal pour fragiliser encore vis-à-vis de ce public le système solidaire.

Le principe des franchises : une retenue de 50 centimes d’euros sur chaque boîte de médicaments, sur chaque acte infirmier ou de kinésithérapie, sur chaque prise de sang, et une retenue de 2 euros sur chaque transport sanitaire, à concurrence de 50 euros par an, pour l’instant***. ( en supplément des forfaits de 50 euros par an sur les consultations médicales,  déjà en vigueur depuis la réforme Douste-Blazy de 2005)

Au prétexte de « responsabiliser » les malades, puis de financer l’Alzheimer ( en taxant en priorité les patients les plus fragiles et dépendants), le gouvernement a choisi de mettre à mal encore une fois le principe d’assurance-maladie solidaire hérité du pacte de 1945.

Pourtant, au moment où cette mesure entre en application, le réel se rappelle au bon souvenir du Président. Des patients fragilisés découvrent au jour le jour la réalité des franchises. Contrairement à ce qui a longtemps été claironné par le Ministère de la Santé, les pauvres paient les franchises sur les soins. Le seuil de pauvreté en France est de 817 euros, et seuls sont exemptés ( hormis les femmes enceintes et les enfants), les personnes subsistant avec moins de 610 euros par mois.

Dans ce contexte de détresse et de colère, la grève de soins de Bruno-Pascal Chevalier****, travailleur social de 45 ans, atteint du SIDA, représente hélas l’aboutissement inéluctable d’une logique purement financière, d’une lubie présidentielle. Les médias se tournent alors vers lui en masse, s’intéressent à la question des franchises, certains pour la première fois. Et de nombreux Français découvrent aujourd’hui, bien tardivement, la question des franchises sur les soins, qui met en difficulté de nombreuses personnes âgées, invalides, atteintes d'affections de longue durée, mais aussi de plus en plus de personnes et de familles à faibles revenus qui ne peuvent déjà plus faire face aux dépenses de santé et ne se soignent plus qu'en repoussant à plus tard leurs démarches de soins.



L’appel contre la franchise a ainsi engrangé au courant du mois de Janvier plus de 5000 signatures en une après-midi après un sujet au Journal télévisé de France 2, et près de 30.000 signatures supplémentaires en quinze jours.

L’appel contre la franchise, ainsi que les initiatives locales et nationales, restent d’actualité. Signez la pétition, faites la signer.

Les franchises sur les soins ne sont pas une fatalité.

Inutiles économiquement, dangereuses médicalement, injustes moralement, elles témoignent d’une étrange politique de civilisation, qu’il nous revient de combattre, et de sanctionner.

Christian Lehmann

www.appelcontrelafranchise.org

* Un collectif national regroupant partis politiques, associations, syndicats, s’est créé pour amplifier le mouvement initié par la pétition, à l’adresse : www.contre-les-franchises.org

** « Sarkozy a tué l’idée de mettre en place une vraie franchise, qui aurait consisté à ne pas prendre en charge du tout les 50 ou 100 premiers euros de dépense, puis à faire varier ce seuil en fonction des besoins de financement de la Sécu. A présent, la grogne est telle que cette mesure ne verra jamais le jour» soupire un courageux expert  anonyme, artisan de ces réformes. L’Expansion, Novembre 2007, Stéphanie Benz.

 

*** Seul le principe des franchises a été voté par les parlementaires. Le montant en a été fixé par décret, et peut être révisé à tout moment par le fait du Prince. Comme le disait Nicolas Sarkozy en Juin 2006 : « Si les dépenses augmentent, et donc le déficit augmente, on pourrait alors augmenter le montant de la franchise. »

 

**** www.grevedesoins.fr

 

NOTE IMPORTANTE AU NIVEAU DES LISTES DE SIGNATAIRES ET DES PETITIONS PAPIER :

 

1-Toutes les signatures sont comptabilisées. Beaucoup aimeraient pouvoir retrouver facilement leur nom sur la liste mais le nombre de signataires rend ceci très difficile.

2-Sur le site, vous trouverez un modèle de pétition papier à signer. Il n’existe pas d’adresse postale où envoyer cette liste… pour une bonne raison. Nous n’avons pas les moyens matériels d’entrer à la main des milliers de signatures. Nous vous demandons donc d’aller au bout de votre geste militant et d’intégrer ces signatures à la liste, en notant éventuellement *.* si vous n’avez pas l’adresse mail du signataire.

 

Pour les initiateurs de l’Appel contre la Franchise
Christian Lehmann et Martin Winckler

16/10/2007

Les larmes aux yeux

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« Qui va oser venir me dire que face aux défis que représentent l’Alzheimer, les soins palliatifs et la lutte contre le cancer, on ne peut pas donner 4 € par mois ? »


Nicolas Sarkozy, ce mardi 31 juillet, était sur son terrain de prédilection, celui du bon sens et de l’émotion. Avant de s’envoler vers les États-Unis pour des vacances destinées à tenir le bon peuple en haleine, le président de la République, accompagné d’une ministre de la Santé étrangement muette, avait concocté un petit déplacement à Dax, dans un centre d’accueil de jour en gériatrie, puis dans une maison de retraite médicalisée. Et entouré de la caution médiatique que représentaient ces patients âgés dépendants, l’homme de la rupture nous resservait sa franchise sur les remboursements de soins, celle-là même que, d’après les sondages qui semblaient plébisciter l’action du gouvernement, plus de six Français sur dix refusaient.

« On a voté pour lui, docteur…, m’avait dit cette retraitée de 72 ans, peu après l’élection présidentielle, on a voté pour lui, mais pas pour ça ! » Hélas, avais-je répondu, avec Sarkozy, si une chose est sûre, c’est qu’il fait ce qu’il dit, et sa franchise, ça fait longtemps qu’il en parle. Ce n’est pas juste une lubie passagère, mais bien un des fondements idéologiques de son action. Dès 2001, dans Libre, il écrivait : « Je crois utile qu’un système de franchise soit mis en place comme pour tout processus d’assurance. Ainsi, les 500 premiers francs [76,22 €] de dépenses de santé annuelles des assurés sociaux ne seraient pas remboursés, afin de responsabiliser ceux-ci. »


Nulle question ici de financer la recherche sur l’Alzheimer ou d’améliorer la prise en charge de la fin de vie, la franchise est un mécanisme comptable basé sur l’idéologie selon laquelle le patient est un consommateur irresponsable, qu’il faut frapper au porte-monnaie.


En 2006, il va plus loin : « Si les dépenses augmentent, et donc le déficit, on pourrait alors augmenter le montant de la franchise », signifiant bien que cette dernière est considérée par son concepteur comme un pur artifice d’ajustement des dépenses, basé sur la culpabilisation des assurés.


Mais confronté au réel, et au rejet de ce grignotage permanent de l’assurance-maladie solidaire, il faut aujourd’hui aux spin doctors du Président faire passer la pilule du recul de la prise en charge des soins avec un peu de compassion sirupeuse. Dans Le Figaro, Roselyne Bachelot s’en charge : « Je vous assure que quand nous sommes allés à Zuydcoote avec le président de la République, c’était terriblement émouvant. Lui et moi avions les larmes aux yeux devant la dignité de ces familles et des personnels soignants. »
Pas au point d’expliquer aux patients visités à Dax que demain, grâce à la franchise qu’escompte mettre en place le gouvernement, ce seront eux qui paieront, à hauteur de 50 € annuels, la franchise de 0,50 € sur chaque boîte de médicament, sur chaque acte d’infirmier ou de kinésithérapeute, et 2 € par transport sanitaire. Aux uns les cadeaux fiscaux, aux autres la « responsabilisation ».

 

(publié dans Témoignage Chrétien le 30 Août 2007) 

13/10/2007

Dégage, Chabal...

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Xavier Bertrand force le respect.
 

En écoutant l’ex-Ministre de la Santé, cheville ouvrière de la réforme dite Douste-Blazy, aujourd’hui Ministre du Travail, légitimer l’introduction de la franchise sarkozyste ( cessons de parler, s’il vous plaît, de franchises médicales, elles n’ont rien de « médical », ce sont des franchises sur les soins, point-barre), je ne pouvais m’empêcher de penser que cet homme de talent est bien mal utilisé. A l’heure où l’équipe de France de rubgy craint de ne pas fouler le gazon de la finale, se priver d’un type qui promène de telles « cojones » de toro est une erreur stratégique lourde, qui devrait renvoyer Bernard Laporte exercer ses talents chez les minimes de l’ASPTT  de Peyrehorade. Car enfin, il en faut, lorsqu’on a mis en place la fausse réforme du médecin-traitant en prétextant que « c’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer », lorsqu’on a promis un Dossier Médical personnel à tous les français en 2007, lorsqu’on a juré ses grands dieux qu’on obtiendrait grâce au forfait de 1 euro sur les consultations et à la traque aux arrêts de travail l’équilibre des comptes la même année… pour venir annoncer que les comptes sociaux sont toujours aussi gravement déficitaires, et que l’organisation du système de santé est à revoir.

 

Pour les généralistes qui, comme moi, s’étaient engagés depuis 1997 dans le système du médecin-référent, un système incitatif, non pénalisant pour les patients, économiquement efficient, les mesures proposées ont un arrière-goût amer. Car annoncer aujourd’hui qu’il existe en France un problème de sur-prescription médicamenteuse, lorsqu’on a laminé ceux parmi les généralistes qui s’étaient le plus impliqués dans une formation indépendante des firmes, annoncer aujourd’hui qu’il faudrait mettre en place des expérimentations de paiement forfaitaire et de sortie du seul paiement à l’acte, lorsqu’on a sacrifié 8000 généralistes qui s’y étaient investis, et dont certains depuis, mis en difficulté financière, ont dévissé leur plaque, dans le contexte de pénurie médicale qu’on connaît, c’est vraiment imaginer que l’ensemble de la population française est frappée d’Alzheimer. Mais si l’option référent a été vilipendée, saccagée, trahie, c’était à la demande expresse des syndicats libéraux les plus conservateurs, les plus proches du pouvoir politique.

 

Qu’importait alors la cohérence des dispositifs mis en place ? Il s’agissait de s’assurer, en vue des élections présidentielles à venir, les bonnes grâces de ceux qui exigeaient une extension du droit au dépassement d’honoraires hors-parcours de soins, et méprisaient ces généralistes pelés, ces galeux, coupables de pratiquer le tiers-payant à leurs patients et de se méfier des représentants commerciaux des firmes.

 

Il y a un prix à payer pour ces petits arrangements entre amis. La franchise.

 

(publié dans l'Humanité le 28 Septembre 2007)

08/10/2007

Cinq ans de droite. J'ai besoin d'amour.


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« Cinq ans de droite. J’ai besoin d’amour ». Ce slogan d’Act-Up m’a arraché un sourire. A défaut d’amour, là, tout de suite, je me satisferais d’un peu de cohérence.

 

Parce que vous, je ne sais pas, mais moi, j’ai du mal à m’y faire, dès le matin. J’hésite à ouvrir la radio, à acheter les journaux, tant je sais ce qui m’attend. Un flot ininterrompu de déclarations hâtives, de contradictions foireuses, de clarifications ridicules.

 

Un jour, c’est Rama Yade à Aubervilliers, prétendant être venue là sur un coup de cœur, dans une posture émotionnelle dont elle n’a pas compris qu’elle est réservée à son Patron et à sa Femme, Cécilia « On ne m'empêchera jamais d'essayer d'aider ou de soulager la misère du monde, dans quelque pays que ce soit » Sarkozy. Et bien il y a du boulot, Mesdames. Pas besoin d’aller jusqu’à Tripoli, ça commence sur le tarmac de Roissy et d’Orly, lors des reconduites à la frontière dont Rama Yade apparemment n’a pas entendu parler. Un jour donc la Chargée des Droits de l’Homme débarque à Aubervilliers ( 40% de logements sociaux) « dans le but d'arranger les choses et d'entamer une amorce de dialogue, pas dans une démarche d'hostilité ». Tancée par ses supérieurs, elle rectifie, avouant le lendemain qu’elle s’était rendue sur place pour expliquer aux squatteurs que l’extrême-gauche n’avait pas le monopole du cœur. Belle justification, en effet, que d’avouer qu’il s’agissait uniquement d’instrumentaliser la souffrance humaine à des fins politiques.

 

Quelques jours plus tard, ce sera Bernard « Mais le pire c’est la guerre, Monsieur » Kouchner. Et le lendemain, un de ses collaborateurs précise : « Dire qu’il faut se préparer au pire ne signifie pas que l’on prépare le pire». Ah, d’accord, je suis rassuré. Enfin, pas vraiment. Je note quand même : nucléaire iranien-mauvais-pas bon-dangereux, nucléaire lybien-cool-sympa-no problemo-dassaultcompatible. Un pense-bête, pour plus tard, quand nos gouvernants, invoquant les mânes de La Fayette, emboîteront le pas à George Walker Bush, criminel de guerre ( oui, la connerie peut être criminelle).

 

Enfin le Président lui-même, continuant à pousser son projet de franchises médicales pour financer le plan Alzheimer, tout en annonçant, le même jour, dans le même discours, que « la dépendance des personnes âgées est le plus souvent un risque assurable qui peut être couvert en partie par des produits financiers innovants. » Ou comment utiliser deux fois l’Alzheimer dans le même discours, une première fois pour légitimer un déremboursement masqué, la seconde pour ouvrir le champ de la dépendance aux assurances privées.

 

Je ne sais pas, vous, mais moi à chaque fois qu’un membre du gouvernement l’ouvre, j’ai besoin d’amour.

 

( publié dans l'Humanité le 25 Septembre 2007) 

07/10/2007

Seul le prononcé fait foi

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Ca me dépasse.

 

Je ne sais pas comment font les journalistes.

 

Pour y aller, s’asseoir, recevoir des mains des assistantes de presse le texte du énième discours que va leur infliger le Président de la République. La semaine dernière, à une réunion d’Act-Up, le fameux discours de la méthode bling-bling Sarkozy  sur la nécessité de réformer à la hussarde m’est tombé sous les yeux. C’est un gros morceau, hein, à vue de nez une bonne douzaine de pages, du dense, y’a pas à dire, les scribes du Président, ils ne lésinent pas sur la quantité. Ce texte, tous les Journalistes de l’Information Sociale présents l’avaient reçu, et l’un d’entre eux en avait refilé un exemplaire aux trublions d’Act-Up.

 

Ce qui m’a frappé, moi, qui suis ignare en la matière, c’est la petite phrase inscrite au bas de chaque feuille, comme une annonce sybilline à décrypter. Un peu comme « La vérité est ailleurs » dans X-Files. « Seul le prononcé fait foi », voilà ce qui était gravé en bas de chaque page.

 

« Seul le prononcé fait foi », ai-je répété à voix basse, pour mieux m’en imprégner.

 

Cela signifie, apparemment, que le texte n’est donné aux journalistes que comme support, et qu’il leur est demandé de rapporter uniquement les propos effectivement tenus par le Président. Dès fois que soudain, tel Pinocchio échappant à la houlette de Gepetto pour vivre sa vraie vie de petit garçon, le Président décide d’envoyer paître Guaino, ses appels à Blum et Jaurès, sa France éternelle et ses Africains trop réticents à s’inscrire dans l’Histoire, et nous entretienne, comme Yasmina Reza, de sa passion pour les Rolex.

 

« Seul le prononcé fait foi ».

 

Evidemment, s’il s’agissait d’un autre homme, on pourrait comprendre que seul ce qui est prononcé a de la valeur, que les mots ont un sens, qu’ils engagent l’action du gouvernement, et s’inscrivent dans un véritable dessein. Mais nous parlons de Nicolas Sarkozy.

 

L’homme qui considérait les franchises comme « indispensables pour responsabiliser les Français » en Juin 2006, mais vient nous expliquer en Juillet 2007 que celles-ci n’ont rien de comptable, mais sont destinées à financer la prise en charge des cancers et de l’Alzheimer.

 

L’homme qui assurait, en Juin 2006, qu’il refusait l’idée d’une taxe sur chaque boîte de médicament « parce que cela pénaliserait les plus malades », et sort en Juillet 2007 de son veston une franchise de 50 centimes d’euro par boîte, que paieront en tout premier lieu les patients âgés dont il s’entoure.

 

Et les journalistes sont censés commenter ça, doctement, sans pouffer.

 

Je ne sais pas comment ils font.

 

( publié dans l'Humanité le 24 Septembre 2007)

 
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