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22/01/2013

Media et scandales du médicament: "Une plainte sinon rien!!!"

La plainte déposée par une jeune femme, Marion Larat, victime d’un accident vasculaire cérébral, a été l’occasion de la prise de conscience du risque modéré mais réel des contraceptifs oraux. Elle a été aussi l’occasion de révéler le scandale des pilules de 3ème et 4èmegénération qui majorent le risque d’embolie pulmonaire sans bénéfice par ailleurs.

Les média s'emparent alors du "bon sujet" et les révélations pleuvent: techniques marketing des firmes, experts aux liens d'intérêt longs comme le bras, infantilisation des patientes, paresse et aveuglement coupable des agences sanitaires elles-mêmes engluées dans leurs conflits d'intérêt...

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Il y a deux ans déjà, le 4 Janvier 2011, dans MEDIAPART, j'alertais sur le prochain scandale sanitaire à venir, celui des Anti-Alzheimer. 

http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/archive/2011/01...

Le schema est similaire: médicaments inutiles, inefficaces, faisant vivre un secteur entier de la médecine dans lequel trop peu de soignants imaginent se passer de prescription médicamenteuse, quand bien même depuis des années il est avéré que ces médicaments, qui ne ralentissent pas la progression de la maladie, qui ne retardent pas l'entrée en établissement, dont les effets positifs, s'ils existent, sont modestes et transitoires, exposent les patients à de graves troubles du rythme cardiaque.

Les preuves sont là. Il suffit de se baisser, de lire la revue Prescrire, les revues internationales, de questionner les médecins indépendants, les lanceurs d'alerte, de colliger les informations et de les mettre en perspective, d'interviewer Philippe Nicot, le généraliste dont le remarquable travail à la HAS a permis (enfin!!!) de diminuer le niveau de Service Médical rendu de ces médicaments qui devraient être retirés du commerce si les habituelles voies de l'omerta médicale, les liens d'intérêts d'experts refusant de se déjuger, la tendance habituelle à préférer la lente diminution de prescription sans faire de vague au retrait pur et simple, décision politique courageuse de santé publique, ne contribuaient à leur survie.

Il n'y aura pas de Marion Larat de 84 ans pour porter plainte, parce qu' à cet âge là, monsieur, on ne porte pas plainte. Qu'à cet âge-là, les familles, déboussolées, épuisées, se rangeront aux explications qu'on leur donnera: "Elle avait bien vécu. A cet âge-là, ce sont des choses qui arrivent. " Etc... etc... Mais moi je sais. Mes collègues, à la Revue Prescrire, au Formindep, savent.

Que vous-faut il, messieurs et mesdames les journalistes, pour faire votre boulot, simplement? Plutôt que de reproduire les dépêches AFP sur le dernier discours du Directeur de l'ANSM, ou de la Ministre de la Santé, que vous faut-il pour agir?


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PS: Comme pour mieux illustrer mon propos, cet article de Damien Mascret publié dans le FIGARO du 21/01/2013 ( après la rédaction de ce post )

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/01/21/19723-alzhe...

qui prend prétexte d'une plainte de consommateurs américains pour aborder enfin la question de l'inutilité des Anti-Alzheimer ( sans même aborder leurs effets indésirables graves), et en ouvrant comme d'habitude sur les "perspectives thérapeutiques" prochaines que les zélateurs agitent à chaque fois devant les patients comme une nouvelle chimère, en insistant pour "une intervention la plus précoce possible", sans aucun mea culpa sur les faux espoirs passés. "Du passé faisons table rase...", en somme...

Cerise sur le gâteau, le journaliste précise qu'une nouvelle étude est en cours, et donne les coordonnées téléphoniques pour le recrutement. "Indispensable, si l'on veut imaginer des traitements précoces, voire préventifs"... Et tournez manège...


Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain.

01/02/2011

"D'OU PARLES-TU?": le pouvoir dévoyé de la parole médicale

Toute la presse s'occupe du MEDIATOR.

C'est bien.

L'affaire suit son cours.


Dans les jours à venir vous allez beaucoup entendre parler du DI-ANTALVIC, vous allez voir dans les journaux une bonne partie des médecins qui le prescrivaient encore récemment râler contre son retrait ( nous y reviendrons...et analyserons ensemble cette dissonance cognitive). En 2002, le médicament le plus prescrit A L'HOPITAL était le DI-ANTALVIC( une association de paracetamol et de dextropropoxyphène), un antalgique qui n'a JAMAIS fait la preuve d'une efficacité supérieure au paracétamol seul..., et dont l'accumulation dans l'organisme en cas d'insuffisance rénale ou chez le sujet âgé,  ou en cas d'intoxication accidentelle, peut entraîner le décès. Le DI-ANTALVIC est retiré du commerce depuis de nombreuses années dans nombre de pays Européens.

Imaginez un instant l'embarras des médecins qui en ont prescrit ces dix dernières années, alors que comme pour le MEDIATOR les risques étaient connus... pour peu que le médecin reçoive plus souvent la revue Prescrire que les représentants commerciaux des firmes phamaceutiques ( Cette remarque est bien évidemment valable à l'hôpital comme en ville; notons ici le glissement incompréhensible de certains journalistes imaginant que seul un généraliste, forcément mal formé, forcément inculte, serait malléable et influençable par la visite médicale et le discours des firmes, quand spécialistes et-ou médecins hospitaliers y seraient impavides). Nous parlerons de ceci plus tard, voulez-vous.

Aujourd'hui nous allons nous intéresser, après avoir glosé de la faillite de l'expertise révélée par l'affaire MEDIATOR, des faux chevaliers blancs à la Xavier Bertrand... à une autre catégorie: le médecin qui cause dans le poste.

Et pour commencer, je reproduis ici cet article, paru dans la revue PRATIQUES il y a quelques années, et qui, ça c'est la BOITE NOIRE, a failli me valoir une plainte au Conseil de l'Ordre vers 2002. J'en avais fait lecture à un colloque à Paris où était présent un cacochyme représentant de l'Ordre des Médecins, qui avait claqué la porte de la salle devant tant d'insanités crypto-communistes, et était allé me dénoncer au Président de l'Ordre d'alors, le Dr Michel Ducloux. Par chance, j'avais croisé Ducloux à une autre réunion, sur la permanence des soins, et il avait stoppé l'ire vengeresse de son collègue immédiatement. J'avais évité de justesse le passage devant un tribunal d'exception, simplement parce que le Président m'avait à la bonne. je livre cette anecdote, conformément à l'esprit de la BOITE NOIRE, parce qu'elle éclaire assez bien, me semble-t'il, l'opacité du fonctionnement de l'Ordre. Mais venons en au fait, après une petite mise en garde:

 

 

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MEFIEZ-VOUS DES IMITATIONS

 

 

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L’AVIS D’EXPERT

Le pouvoir de la parole médicale.


D’où parles-tu ?

C’est l’injonction que se lançaient les étudiants en Mai 68.
Récemment, dans les travaux de Pierre Bourdieu et de Serge Halimi, cette question est réapparue, s’adressant, entre autres, aux journalistes, comme aux « experts »qui squattent nos écrans de télévision. D’où parles-tu ? Pourquoi devrions-nous subir ta glose ?

Depuis vingt ans, j’exerce la médecine générale.

L’un des clichés le plus fréquemment colporté, c’est qu’en vingt ans, la relation entre le médecin et le patient s’est profondément modifiée parce que les patients seraient devenus plus exigeants, car mieux informés.

Encore un autre cliché, celui de cette fracture, qui séparerait comme un abîme ceux qui ont accès à cette information et ceux qui n’y ont pas accès.

Pourtant ceux d’entre nous qui ont utilisé l’outil le savent: le problème majeur, aujourd’hui, n’est pas de trouver des informations médicales, mais de savoir quelle crédibilité attacher aux informations que l’on reçoit.


Dans les années 50, un Président du Conseil de l’Ordre a écrit que la relation médecin-patient, c’était la rencontre d’une confiance et d’une conscience. Définir ainsi la consultation, c’est poser que le médecin est doté de la conscience dont le patient serait dépourvu. Et que le patient, lui, n’a qu’à faire confiance.

Je pense qu’aujourd’hui, les choses ayant évolué, la relation médecin-patient doit devenir la rencontre de deux confiances et de deux consciences.

En tant que médecin, je dois pouvoir éveiller et nourrir la conscience du patient, mais je dois aussi pouvoir lui faire confiance.

Si je dois participer à l'« éducation » du patient, la vieille, sempiternelle question, va se poser à moi : « D’où tu parles ? ». Car se tromper, c’est embêtant, mais diffuser ses propres erreurs, c’est catastrophique. Le médecin qui se préoccupe d’éducation du patient se trouve donc confronté à une immense tâche, celle de sonder ses présupposés, de revenir sur ce qu’il a tenu pour acquis.

C’est peu dire, hélas, que de constater que nos études ne nous y préparent guère.


Le principe d’autorité nous est inculqué dès le début de nos études. Les cours magistraux proférés par des spécialistes hospitalo-universitaires dessinent pour nous au fil des années une vision de la médecine sans grand rapport avec le métier que nous exercerons plus tard pour peu que nous choisissions la médecine générale.

( BOITE NOIRE: C'est à ce stade de mon exposé que le représentant de l'Ordre a commencé à s'agiter. Il a quitté la salle moins de tois minutes plus tard   ;-)

Pendant mes études, je n’ai jamais entendu parler de « lecture critique » de l’information. Pour la bonne raison que ceux qui m’enseignaient n’avaient probablement pas grand intérêt à ce que je pose un regard critique sur ce qu’on m’apprenait. Je donnerai un exemple simple, entre mille. Au cours des années 80, plusieurs médicaments à base de fluor sont mis sur le marché pour prévenir les rechutes de tassements vertébraux chez la femme ménopausée. Rapidement, ces produits vont subir un élargissement d’indication, et être utilisés même chez des femmes n’ayant pas d’antécédent de tassement vertébral, conformément à l’adage selon lequel « qui peut le plus peut le moins »…  Pourtant, dès 1987, il sera fait état de la survenue de fractures spontanées chez les ostéoporotiques traités par le fluor.

En 1988, la revue Prescrire sera le théâtre d’une empoignade sur le sujet: s’est en effet déroulée à Paris cette année-là une journée baptisée « conférence de consensus sur les ostéoporoses » organisée par le Groupe de Recherche et d’Information sur les Ostéoporoses, alias GRIO, association fondée à l’initiative des laboratoires Merck-Clévenot. Rassemblant un groupe de spécialistes essentiellement hospitaliers, la conférence semble, selon la revue Prescrire, avoir peu à voir avec une vraie « conférence de consensus » . Elle a consisté en une suite d’interventions courtes, n’excédant pas un quart d’heure, sur un grand nombre de sujets. « Par ailleurs », note la revue Prescrire, « lorsque dans la salle un intervenant a soulevé la question du rapport bénéfices/risques du fluor, la discussion a été interrompue par le président de séance. On ne s’étonnera donc pas que les résultats soient à la hauteur de la méthode adoptée. Ainsi, dans les 24 lignes du document de synthèse consacrées au traitement curatif de l’ostéoporose, il n’est même pas fait allusion aux effets indésirables du fluor ! »

La charge est rude, car si elle s’avère juste, une aimable causerie entre spécialistes, sponsorisée par l’industrie pharmaceutique, et maquillée en « conférence de consensus » risque d’amener les médecins qui auront uniquement connaissance du document de synthèse final à estimer que le débat sur le fluor est tranché une fois pour toutes en faveur de celui-ci.

La réponse du GRIO dans le numéro suivant de la revue Prescrire ne s’embarrasse donc pas des précautions d’usage. Au sujet de la brièveté du document de synthèse, le GRIO affirme qu’il s’agit-là du principe même de ce type de document : « synthétique, volontairement concis, et ne retenant que les points d’accord indiscutables. D’ailleurs, s’il avait été plus long, l’auriez-vous lu jusqu’au bout ? S’il avait été plus complexe, l’auriez-vous compris ? ». Une telle manifestation de mépris, de la part d’experts auto désignés, envers un contradicteur isolé dont le seul tort est de ne pas appartenir au sérail, est symptomatique. La revue Prescrire répondra :

« 1-Il est bien évident que le but des traitements curatifs n’est pas d’augmenter la masse osseuse ; il est de prévenir l’apparition ou la récidive des fractures vertébrales ou des os longs.

2- Quand bien même l’efficacité thérapeutique du fluor pourrait être affirmée à partir des seuls critères non cliniques cités dans le compte-rendu de la séance, la justification de l’indication du fluor sur sa seule efficacité ainsi définie sans mention de ses effets indésirables laisse rêveur. Nous n’allons quand même pas faire aux membres du bureau du GRIO l’injure de supposer qu’ils ignorent que l’indication éventuelle de toute thérapeutique se fonde sur l’évaluation du rapport bénéfice/risques ( et non du seul bénéfice) ».

La polémique va enfler dans les années qui suivront, mais déjà, dans cet échange entre des experts soutenus par l’industrie, et des médecins se permettant de douter de la pertinence des informations qui leur sont communiquées, des points essentiels sont à noter: l’utilisation par l’industrie d’experts, de « leaders d’opinion », médecins hospitaliers reconnus, pour faire passer un message à diffusion large envers les confrères exerçant en ville, et la confusion entretenue entre des objectifs intermédiaires et des objectifs cliniques finaux, seuls déterminants réellement appréciables par médecin et malade. Comme l’énoncera plus tard assez sèchement une étude américaine : « Des os plus denses ne signifient pas forcément des os de meilleure qualité architecturale. »

La revue Prescrire préconise de n’utiliser le fluor que dans le cadre d’études rigoureuses. Cette étude clinique, mise en place par le Ministère de la Santé français en 1991 (mieux vaut tard que jamais), rendra ses conclusions en 1998 : « Le fluor n’a pas sa place actuellement dans le traitement de prévention secondaire des fractures ostéoporotiques. Il en est de même en prévention primaire… »

Dans le monde entier, au cours de ces années 90, des études de plus en plus nombreuses ont indiqué une probable augmentation des fractures des os longs chez les personnes traitées par le fluor… et révélé une nette augmentation des fractures du squelette périphérique ( mains, doigts, pieds…). Tout se passe en fait comme si le fluor entraînait une densification des vertèbres et des os longs au détriment des os courts, et qui plus est en détériorant la solidité architecturale des os longs !

Depuis 1990, note la revue Prescrire au moment du retrait des sels de fluor en 2002, les risques étaient connus. « Depuis, silence radio dans les milieux rhumatologiques et parmi les leaders d’opinion. Silence aussi du côté des autorités. Fallait-il donc laisser s’écouler les stocks pharmaceutiques ?»

Est il besoin de signaler que le GRIO ne publia jamais de mea culpa ? C’est un exemple, entre mille.

On pourrait en citer d’autres. Comme les prises de positions de l’AFU, Association Française d’Urologie, incitant fortement au dépistage systématique du cancer de la prostate, quand l’ANAES, agence française d’évaluation en santé, ne le recommande pas, et que les fondateurs même de la technique de recherche du PSA reviennent aujourd’hui sur son utilité. Aussi bien dans la presse professionnelle que grand-public, le dépistage du cancer de la prostate est présenté par l’AFU et ses représentants comme un enjeu de santé publique, une réalité prouvée et incontournable. La forte distorsion qui existe entre les recommandations de l’AFU et celles d’autres sociétés savantes ne devrait-elle pas conduire les pouvoirs publics à s’interroger sur les causes de ces différences ?

Ayant abordé cette question des avis d’experts, je m’en voudrais de ne pas citer l’exemple anglais. John Le Carré, dans un interview au Vancouver Sun, avait abordé le sujet avec une colère non feinte : « Aurions-nous l’idée de demander à notre médecin généraliste, quand il nous prescrit un médicament, s’il est payé par la compagnie pharmaceutique pour le prescrire ? Bien sûr que non. C’est notre enfant. Ou notre épouse. C’est notre cœur, notre rein, notre prostate. Et Dieu merci, la plupart des médecins ont refusé l’appât. Mais d’autres l’ont accepté, et la conséquence, dans le pire des cas, est que leur opinion médicale n’est plus adaptée pour leurs patients mais pour leurs sponsors. »

Que dire, dans ce cas, des « experts » et autres « leaders d’opinion » qui interviennent fréquemment, lors du lancement d’un produit (et parfois même avant) pour en tresser les louanges ? Un cardiologue anglais lève le voile sur l’utilisation de ces grands noms de la médecine dans une lettre au British Medical Journal : « Une compagnie pharmaceutique emploie plusieurs éminents cardiologues britanniques qui participent à un circuit itinérant de conférences sur l’ensemble du pays, afin de promouvoir les médicaments de la firme. Chacun des cardiologues de ce que les employés de la firme appellent « The Road Show » ( nda : qu’on pourrait traduire soit par « La Tournée » soit par « Le Cirque Ambulant ») reçoit entre 3 000 et 5 000 livres (soit 5 000 à 8 000 euros), selon la taille de l’audience, en sus des frais de déplacements, pour une conférence d’une heure. Les conférences à l’étranger, ainsi que les conférences plus longues, sont encore mieux payées…Le résultat est qu’ils reçoivent plus d’argent annuellement de cette seule compagnie pharmaceutique que ce qu’ils touchent en salaire à l’hôpital ou à l’université. »

Ces dernières années, de nombreux médecins se révélant plus rétifs à avaler sans sourciller ces « informations » en provenance directe ou indirecte des firmes pharmaceutiques, celles-ci se sont tournées vers le grand public. En feuilletant le New Yorker, magazine culturel de haute tenue, le lecteur peut tomber sur une double page couleur annonçant : « Pravachol aide à prévenir les crises cardiaques ». Depuis 1997, date à laquelle la publicité directe au consommateur a été facilitée par la FDA aux Etats-Unis, une étude publiée par l’American Medical Association révèle que 73% des patients qui demandent à leur médecin un médicament vu dans une publicité sont exhaucés. Plus besoin d’intermédiaires, les industriels du médicament remplacent ici les médecins…

Car l’intérêt financier en jeu est ici majeur : entre 1996 et 1999, le budget consacré par BIG PHARMA à la publicité directe a fait un bond de 500 millions de dollars à ….. 1.8 milliard de dollars, dépassant largement le budget alloué à la publicité dans la presse médicale…

Et même si l’on parle beaucoup, car c’est politiquement correct, d’ informer  le citoyen, de lui permettre de participer à la prise en charge de sa santé, le retour sur investissement, on s’en doute, est conséquent : entre 1998 et 1999, les prescriptions pour les 25 premiers médicaments bénéficiant de la DTCA augmentèrent de 34%, tandis que les autres prescriptions médicamenteuses n’augmentaient « que » de 5%....

En Europe, la bataille s’amorce. D’un côté les professionnels de santé informés, les revues scientifiques indépendantes, les quelques parlementaires qui ont saisi l’enjeu majeur de santé publique que représente la publicité directe. De l’autre, une industrie pharmaceutique qui comme aux USA plaide l’information du patient, explique qu’elle se bornera à communiquer sur de grandes pathologies méconnues : l’asthme, le diabète, le sida… Dans le but louable et désintéressé d’améliorer la prise en charge des malades qui s’ignorent, ou que les médecins dépistent ou traitent insuffisamment… Alors que ces contre-vérités cherchent souvent tout simplement à créer un marché là où il n’y en a pas, en culpabilisant les soignants, et en générant un besoin dans le public, au risque d’inventer de toutes pièces un concept de maladie pour vendre un produit.

Je passerai rapidement sur la DHEA, la melatonine, ou la papaye du pape. En France, au cours de l’été 2002, les lecteurs de plusieurs grands quotidiens nationaux ont pu découvrir un encart les « informant » de la nécessité d’échanger avec leur médecin au sujet de leurs troubles de l’érection.

Les pouvoirs publics ayant laissé faire, on a continué, avec l’incitation à faire doser le cholestérol, l’hba1c. Il y a de tout dans cette communication directe au patient engendrée et payée par les firmes, du bon et du très mauvais. Mais même si cela est contre-productif en terme de santé publique ou de maîtrise des dépenses, l’Etat laisse faire parce qu’intervenir l’obligerait à mettre en place une réelle politique de santé et d’information du public.


Alors que nous reste t’il à faire ? A nous médecins, continuer de travailler et d’acquérir notre savoir, sans cesse remis en cause, auprès des revues indépendantes de l’industrie, et auprès d’elles seules. Aux patients, d’acquérir cette conscience, que tout ce qui est véhiculé dans les médias n’est pas forcément innocent, que la parole du « grand patron vu à la télé », n’est pas pour autant parole d’évangile sanctifiée. Ce sera un long combat.


Christian Lehmann


( la suite, ici, bientôt...)

19/11/2009

VACCIN H1N1, LA FUITE EN AVANT: ROSELYNE BACHELOT INVOQUE LA CHAINE DU FROID POUR EVINCER LES GENERALISTES

 

 

H1N1, LA FUITE EN AVANT: ROSELYNE BACHELOT INVOQUE LA CHAINE DU FROID POUR EVINCER LES GENERALISTES

 

Où en sommes-nous de la pandémie H1N1, et du lourd plan de vaccination élaboré par la ministre et ses experts ?

 

 

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Le Principe de Peter est un principe satirique imaginé dans les années 60 par Laurence Peter et Raymond Hull, relatif à l’organisation hiérarchique.

 

Il stipule que « tout employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence », et il en découle, selon le corollaire de Peter, qu’ « avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d’en assumer la responsabilité. »

 

Enfant, je dévorais des livres, et j’ai volé le Principe de Peter dans la librairie proche de mon lycée pour le lire avidement, sans saisir l’ironie des deux auteurs. J’en ai expliqué les principes à mon père, qui en souriant m’a expliqué qu’il fallait prendre le livre au second degré, que Peter et Hull s’étaient livrés à un exercice de style certes réjouissant mais surtout destiné à faire rire.

 

Quarante ans plus tard, à chaque déclaration de la Ministre des Sports déléguée à la Santé, à chaque prise de position des ses principaux conseillers et experts, à chaque interview du Directeur Général de la Santé Didier Houssin, je repense à ce petit livre de Poche à couverture claire, et je mesure à quel point mon père s’est trompé.

 

 

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Où en sommes-nous de la pandémie H1N1, et du lourd plan de vaccination paramilitaire élaboré par la ministre et ses experts ?

 

Un échec, je l’ai déjà écrit.

« 200.000 personnes vaccinées sur l’ensemble du territoire »… « La vaccination s’accélère », affirme la ministre…

 

Un petit calcul effectué par le docteur Xavier Tarpin mérite d’être ici évoqué :

 

 

200.000 vaccinés, dont 50.000 hospitaliers, et 150.000 Français « à haut risque » sur les 9 millions concernés…

 

Pour 1080 centres.

 

Réquisitionnant médecins, infirmières et personnels administratifs dans des centres dont les mairies doivent assumer la logistique.

 

Soit 140 personnes par centre en une semaine.

 

Pour mémoire, un médecin généraliste, seul dans son cabinet, reçoit en moyenne 140 personnes par semaine…

 

 

« La vaccination s’accélère », explique Roselyne Bachelot. Espérant peut-être que la méthode Coué la protège du coût politique du fiasco dont elle portera, avec son entourage, la responsabilité…

En début de semaine, des voix « autorisées » se sont enfin élevées, bien tardives, pour demander que le plan de vaccination soit intégralement revu, qu’y soient enfin associés les médecins généralistes, dépositaires de la confiance des patients.

C’est ainsi qu’Antoine Flahault, épidémiologiste, directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique, est monté au créneau dans une interview au Figaro pour inciter la ministre à revoir sa copie.

Des parlementaires de tout bord ont fait de même, reconnaissant à mi-voix l’échec du plan gouvernemental.

Mais le même jour, alors que les journalistes s’emparaient du dossier, et, tels Monsieur Jourdain, se posaient enfin la question qui fâche : « Pourquoi les généralistes ne pourraient-ils pas vacciner dans leur cabinet ? Pourquoi serait-on obligé de les réquisitionner dans des gymnases déserts pour vacciner des patients dont ils ne connaissent pas les antécédents ? », Luc Chatel, le porte-parole que le monde entier nous envie, l’homme qui murmure à l’oreille des caddies, expliquait doctement dans un point-presse que l’éviction des généralistes était parfaitement cohérente : « Le gouvernement a fait un choix pragmatique, qui est de vacciner le plus grand nombre de Français dans un temps limité grâce à des vaccins multiples et à des centres de vaccination de proximité, qui permettent des vaccinations en grand nombre pendant une même journée" expliquait-il. « Si nous n'avons pas choisi les médecins généralistes et les cabinets médicaux privés pour procéder à la vaccination, c'est parce que nous avons un procédé de vaccination particulier qui sont des vaccins groupés", poursuit-il, "les flacons servent à plusieurs vaccinations, ils ne peuvent pas être utilisés au-delà de vingt-quatre heures (...) Si les vaccins multidoses étaient délivrés dans chaque cabinet médical (...) il y aurait eu un gâchis énorme de vaccins ».

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Ainsi que je l’avais révélé trois jours plus tôt sur ce blog, Luc Chatel dit vrai. Il omet certes de préciser que le « procédé de vaccination particulier qui sont des vaccins groupés » résulte uniquement des choix politiques et industriels de la ministre, et de sa soumission aux diktats des firmes pharmaceutiques.

 

Je renvoie ceux qui le désirent à la lecture de ce post :

http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/archive/2009/11...

dans lequel sont analysées les conséquences médicales de ces choix industriels ayant privilégié l’achat de vaccins contenant des adjuvants dont l’inocuité n’est pas démontrée, et dont le conditionnement en multidoses nécessite l’adjonction d’un conservateur au mercure dont l’utilisation avait été stoppée en vertu du principe de précaution depuis une dizaine d’années.

Quand au « gâchis énorme de vaccins…si les vaccins multidoses étaient délivrés dans chaque cabinet médical », il suffit de lire les compte-rendus des personnels présents dans les centres de vaccination pour savoir que l’organisation paramilitaire démente mise en place entraîne chaque jour un gâchis considérable…

Mais ce Lundi 16 Novembre, un malheur n’arrivant jamais seul pour la ministre, un nouveau vaccin recevait son autorisation de mise sur le marché. Il s’agissait du PANENZA, de Sanofi-Pasteur, « le vaccin des femmes enceintes et des enfants », ainsi que le présentait une grande partie de la presse. Plus prosaïquement, le PANENZA, que la Revue Prescrire conseille en cas de vaccination ciblée, est un vaccin fragmenté sans adjuvant, et dont le conditionnement existe en multidoses ET en unidoses, même si, faisant preuve de cette immense clairvoyance qui la caractérise, la ministre a privilégié le conditionnement multidoses, avec les conséquences déjà analysées.

Qu’importe… Si la ministre décidait enfin de revoir son plan vaccinal, si, comme l’espéraient certains commentateurs sans oser taxer Roselyne Bachelot d’incompétence notoire, elle observait « un virage à 180° du plan vaccinal », il était peut-être encore possible de sortir de la crise actuelle, et de mettre en place, en lieu d’une vaccination de masse dans les gymnases, une vaccination ciblée pour les personnes à risque qui le désireraient, auprès de leur médecin traitant. NON PAS POUR ECOULER LES STOCKS DE L’EX VISITEUSE MEDICALE… mais en choisissant, en fonction des données actuelles de la science, le vaccin qui semblerait au médecin et au patient informé, le plus adapté.

( Au sujet du passé de Roselyne Bachelot, qui certainement devrait militer pour le droit à l’oubli sur Internet, cette petite trouvaille dûe au docteur Dominique Dupagne ( www. atoute.org) qui montre comment le CV de la ministre a été nettoyé au Karcher...)

 

AVANT:

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APRES:

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Pendant quelques jours, le doute plana. Une réunion était mise en place ce jeudi 19 Novembre 2009 au ministère avec les représentants des syndicats médicaux.

Parmi ces représentants, on trouve de tout ( revoyez les épisodes précédents), des zélateurs du plan vaccinal, doigt sur la couture du pantalon, exhortant les médecins au « devoir de réserve » cher à Eric Raoult …

( pour mémoire : « Face à la pandémie, les médecins sont là pour prêter main-forte aux pouvoirs publics. Nous allons vivre un état de guerre. Les libéraux ne sauraient exprimer le moindre état d’âme personnel sur le vaccin, sauf à provoquer un effet démobilisateur sur les patients qui serait désastreux. Se faire vacciner est certes un choix individuel. Mais, compte tenu de l’exemplarité qui doit être la leur, les médecins qui refusent personnellement le vaccin devront avoir à cœur de ne pas en faire état auprès de leurs patients. »

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Christian Jeambrun, du SML

Vous, je ne sais pas, mais moi, c’est comme l’eau ferrugineuse, je ne m’en lasse pas…)

 

…et des syndicalistes d’emblée beaucoup plus critiques, demandant que les ministres respectent l’indépendance scientifique des médecins :

« Le vaccin contre H1N1 n’arrêtera pas l'épidémie, c’est trop tard et ce n’est pas la faute du gouvernement. ll n’est pas certain que le rapport bénéfice-risque d’une vaccination généralisée soit favorable et les pressions exercées pour amener les professionnels de santé à soutenir à tout prix le choix du gouvernement de vacciner un maximum de français doivent cesser et être remplacées par une information sereine.
Pour la vaccination, la France a mis en place un dispositif technocratique disproportionné et hasardeux, négligeant l'expérience des médecins-traitants et leur raisonnement scientifique. L'organisation laisse de côté les médecins généralistes tout en envisageant de les réquisitionner !
Les pays qui nous entourent s’appuient sur les médecins traitants pour vacciner raisonnablement la population.
».

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Claude Bronner et Jean-Paul Hamon, d’UNION GENERALISTE


Reste qu’au sein de la profession, les avis divergeaient, entre ceux qui y voyaient le moyen de pouvoir vacciner leurs patients à risque ( avec leur consentement) et ceux qui craignaient que la ministre ne fasse ensuite porter la responsabilité de son foirage vaccinal aux pelés, aux galeux dont elle n’avait pendant des mois écouté aucun conseil, aucune exhortation.

Avant même cette réunion du Jeudi 19 Novembre 2009, pourtant, la messe était dite. Car comme à leur habitude, ministre et conseillers ne convoquaient les représentants des généralistes que… pour leur annoncer les décisions qu’ils avaient prises seuls comme des grands, et sans aucune attention aux suggestions et retours du terrain.

Ainsi, sur le site web du JDD, d’Arnaud Lagardère ( le frère de l'Autre), le fond de la pensée gouvernementale était dévoilé avant même que la réunion ait eu lieu: « Roselyne Bachelot rembarre les médecins ».

Dans le Figaro, à la télévision, la sinistre Roselyne Bachelot livrait le fond de sa pensée, occasionnant probablement au cadavre de Laurence Peter une érection post-mortem du meilleur aloi. Car même mort, on aime voir validées des théories auxquelles on a consacré sa vie…

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Commençons donc cette analyse de la pensée Shadock par cette information dûe à l’AFP :

"La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a indiqué aujourd'hui qu'une fois achevée la vaccination contre la grippe H1N1 dans les centres spécialement mis en place, il serait possible que la vaccination se poursuive au printemps dans les cabinets médicaux"

 

Autrement dit: une fois la vaccination achevée elle se poursuivra.


C’est pas beau comme de l’antique ? C’est pas digne d’un Bernard Laporte, franchement ?

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Poursuivons, donc:

 

"Je reçois à mon cabinet, nous recevons des médecins généralistes, ou leurs syndicats représentatifs pour voir si dans une deuxième phase de la vaccination, en 2010, on pourrait passer le relai aux médecins généralistes... On verra avec eux, parce qu'il faut qu'ils nous donnent des garanties de sécurité évidemment de cette vaccination"

 

 

Evidemment, hein…. Après avoir acheté des vaccins multidoses avec adjuvants et conservateurs douteux en quantité industrielle à des firmes qui ont obtenu l’immunité juridique en cas de pépin, la ministre va insister pour que les généralistes qui se prêteraient à la vaccination pour protéger certains de leurs patients lui offrent des garanties de sécurité…

Mais de quelles garanties pourrait-il s’agir ? Quels problèmes insurmontables poserait donc cette vaccination en cabinet de ville ?

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" Nous sommes sur une campagne de vaccination en centres collectifs, parce que ce n'est pas possible autrement, ne serait-ce que la livraison des vaccins à 50.000 cabinets généralistes avec le respect de la chaîne du froid" a dit la ministre.

Ben oui. Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt, crétin que je suis... Ca se voit que j'ai pas fait l'ENA... "la chaîne du froid, mon cher Watson, la chaîne du froid..." C'est parce qu'on ne peut garantir le respect de la chaîne du froid en cabinet de ville que les médecins généralistes ne vaccinent pas les patients contre le tétanos.

La diphtérie.


La poliomyélite.


La rougeole.


Les oreillons.


La rubéole.


La typhoïde.


L'hépatite A.


La grippe saisonnière.



Et j'en passe...


C'est sûr, les choses seraient plus simples s'il existait des pharmacies dans ce pays. Ou si Carl Paul Gottfried Von Linde avait inventé le réfrigérateur en 1876 au lieu de devenir pianiste virtuose aux Jeux Olympiques d'Helsinki en 1903 et premier astronaute allemand sur la Lune en 1911.

La chaîne du froid...

 

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A ce stade, on ne sait plus ce qui domine, de la stupidité ou du cynisme.

 

Dans un cas comme dans l'autre, je ne peux que repenser au Principe de Peter de mes douze ans kleptomanes, qu'aujourd'hui j'énoncerai autrement:

" Voter pour des baltringues can be vachement dangerous to your health."

 

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