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29/09/2011

Octobre rose: vous reprendrez bien un peu de désinformation, comme chaque année?

Chaque année nous y avons droit.

Dans certains pays, le Royaume-Uni pour ne pas le citer, on informe les femmes honnêtement sur les avantages et les inconvénients, les bénéfices éventuels et les risques potentiels, du dépistage du cancer du sein par mammographie.

En France, non.

 

Pensez... En France, on est contre le cancer. Contre ce qui est mal, pour ce qui est bien. On ne va pas, en plus, réfléchir, ou informer.

Alors chaque année, au lieu d'informations complètes et complexes ( fort bien résumées en sept lignes - en gras- plus bas dans cet article), on a droit à des demi-mondaines semi-stars de télévision ou ex-épouses de rocker millionnaire sarkozyste domicilé à l'étranger ( excusez l'avalanche de pléonasmes) dévoilant un sein en "cover" de magazines féminins soudain tout émoustillés de se prêter à cette merveilleuse campagne de santé publique, imaginant peut-être ainsi s'absoudre du contenu indécent de leurs usuels articles à la gloire des anroexiques et des recettes amaigrissantes de grands spécialistes du régime incidemment pourvoyeurs de Mediator...


Et derrière ça, Frédéric Van Roekeghem et Hubert Allemand, à la Caisse Nationale d'Assurance Maladie, sont ravis de payer les médecins à la performance en fonction du pourcentage de leurs patientes s'étant soumises au dépistage. ( A noter que certains confrères naïfs qui ont tenté d'infléchir cette politique en arguant que la "performance" ne devait pas être jugée au nombre de mamographies mais éventuellement au nombre de femmes ayant été complètement informées et laissées libres de leur choix.... se sont vus expliquer clairement par la Caisse Nationale d'Assurance Maladie qu'il n'en était pas question. Comme d'habitude, comme avec H1N1, l'information honnête du public passe après le benchmarking et les belles courbes des évaluateurs psychorigides et autres control-freaks de la CNAM)

Parfois le post d'un confrère, ou d'un ami, ou les deux, est juste parfait. Et justifie ma flemme. Vous pouvez aller lire "Octobre rose" sur le blog de Jean-Claude Grange,  et laisser des commentaires

http://docteurdu16.blogspot.com/2011/09/david-elia-nest-pas-un-sein.html

ou directement ici, sans rien laisser du tout.

jeudi 29 septembre 2011

David Elia n'est pas un sein.

 


J'écoute hier matin David Elia sur Europe 1, il est consultant de la station, et il fait l'apologie de la mammographie à l'occasion de l'opération (que le terme est bien choisi) Octobre Rose qui est annoncée ainsi sur Doctissimo.



Je suis effondré : est-ce que David Elia a un cerveau ?



Après donc une apologie sans nuances de la mammographie notre gynécologue émérite évoque les contre-arguments qu'il entend dans son cabinet de la part des femmes qui viennent consulter. Il les résume ainsi : A quoi bon ? La mammographie fait mal, Je n'ai pas envie de savoir la vérité. Et notre bon Samaritain de les rassurer, de leur dire que la mammographie permet de détecter des cancers dès les plus petites cellules (double mensonge), et d'affirmer que 75 % des cancers du sein sont désormais guéris avec des traitements de moins en moins invasifs...



A ce stade de l'écoute, je me demande si David Elia, conscient du surdiagnostic, ne se dit pas en son for intérieur qu'il a peu de temps pour communiquer et qu'il ne vaut mieux pas semer le doute dans les esprits, que le dépistage, selon lui et après avoir pesé le pour et le contre, vaut mieux que pas de dépistage du tout et que, donc, soyons positifs.



Je ne me le demande pas longtemps.



Je ne veux pas faire un procès en sorcellerie mais il faut rappeler qui est David Elia, quels sont ses antécédents et quels sont ses risques de récidive.



David Elia, gynécologue mondain, est membre de l'AFEM (l'Association Française d'Etude de la Menopause), de la SFG (Société Française de Gynécologie), et l'on trouve sur le site Carevox une DPI (Déclaration Personnelle d'intérêt) indiquant ceci : Il assure, ou a assuré par le passé, des actions d’expertise, d’assistance et de conseil pour la plupart des laboratoires pharmaceutiques impliqués dans le domaine gynécologique : Aventis, Arkopharma, Besins International, CCD, Codepharma, Ethicon, Fournier, GlaxoSmithKline, Innothera, Janssen Cilag, Lilly, Novo Nordisk, Organon, Orion, Parke Davis, Proteika Nestlé, Procter & Gamble, Pierre Fabre Santé, Roussel Uclaff, Sanofi Pasteur, Schering SA, Servier, Solvay Pharma, Theramex, Wyeth, Zambon.



David Elia a été un fort propagandiste du traitement hormonal de la ménopause (THS) et, à la suite de la publication de la Women Health Initiative Study, a fait un sec virage sur l'aile alors que les données étaient connues depuis belle lurette (ICI).



Puis il s'est lancé à corps perdu dans la défense des phyto-estrogènes (avec un livre : 50 ans au naturel. La vérité sur la révolution des phyto-estrogènes), dans la visite médicale pour la tibolone (ICI dans Doctissimo) et, plus généralement, il n'est qu'à aller le voir sur les sites féminins et sur les sites de ventes de livres sur Internet, il n'a cessé d'écrire des livres sur le bonheur de la femme après 50 ans.






Au moment où de nombreuses interrogations se font jour dans des pays démocratiques sur la pertinence du dépistage du cancer du sein (voir l'avis de Iona Heath, présidente du Royal College of General Practitioners, qui refuse le dépistage : ICI), dans des pays civilisés où il est possible de discuter médecine, santé publique et science (pardon du gros mot) et d'évoquer le surdiagnostic des cancers du sein et ses conséquences, sur les problèmes aigus de la prise en charge des cancers in situ, Monsieur le docteur David Elia ne se pose aucune question.



Droit dans ses étriers de gynécologue, lui qui favorisait le THS qui entraîne un surcroît de cancer du sein, il favorise désormais le surdiagnostic des cancers du sein.



Monsieur David Elia n'a pas d'états d'âme.



Il n'a pas lu la littérature.



Il ne connaît pas les controverses anglosaxonnes.



Il ne sait pas ce qu'est la collaboration Cochrane.



Il ne lit pas la Revue Prescrire.



Ou, pire : il n'y croit pas.



Monsieur David Elia est pourtant un grand écrivain qui aime les femmes, nous l'avons vu. Mais dans le cas précis il ne les aime pas assez pour les prévenir des éventuelles conséquences néfastes des excès de la mammographie.



L'entend-on parler de surdiagnostics ?



L'entend-on parler de tumorectomies inutiles ?



L'entend-on parler d'amputations de sein inutiles ?



L'entend-on parler de radiothérapie inutile ?



L'entend-on parler de chimiothérapie inutile ?



Non, cet amoureux des femmes ne dit rien de tout cela. Je rappelle ici les données actuelles concernant le dépistage du cancer du sein chez les femmes entre 50 et 65 ans :



"Pour 2000 femmes invitées au dépistage pendant dix ans, un décès dû au cancer du sein sera évité mais dix femmes en bonne santé seront surdiagnostiquées. Ce diagnostic par excès conduira à 6 tumorectomies inutiles et à 4 mastectomies non justifiées et placera 200 femmes dans une situation de troubles psychologiques liés aux investigations suivantes. Ainsi, le pourcentage de femmes survivantes à 10 ans sera de 90,2 % si elles ne se sont pas prêtées au dépistage et de 90,25 % dans le cas contraire."



Que faut-il encore faire pour que David Elia apprenne à lire ?



Mais il est possible qu'il ne faille pas désespérer les oncologues.



Car, sur la même station, Europe 1, le président de la Société Française de sénologie et de pathologie mammaire, un certain Richard Villet, dont on ne trouve pas la DPI sur le site (ou j'ai mal cherché), interrogé par un journaliste un plus incisif, esquive, ne répond pas, répond à côté et on finit par comprendre que les tumeurs méchantes, il vaut mieux les opérer... Le journaliste parle de bénéfices / risques, il balaie et il termine en proposant la comparaison suivante : les controverses sur le cancer du sein c'est comme pour le cancer de la prostate. Fin de partie.



Mes amis, il y a encore du boulot : du boulot pour informer sur les liens d'intérêt (il n'y a pas une loi pour cela ?), pour que les experts médiatiques apprennent à lire, pour que les grands media comprennent que le journalisme est autre chose que la répétition d'âneries...


(Photographie : David Elia - Crédit : rmc.fr)

 

 

 

 

 

 
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