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14/02/2013

"C'est en changeant tous un peu qu'on peut tout changer": le prévisible fiasco d'une réforme mensongère

 

Huit ans après sa mise en place, la Cour des Comptes dénonce la réforme du médecin traitant de 2005 comme un échec. Elle pointe son inefficacité économique, sa mutation en labyrinthe tarifaire, le caractère virtuel du rôle confié au médecin généraliste.

(Seul satisfecit : le fort pourcentage de patients ayant « adhéré au système » alors que son refus entraîne une forte pénalisation des remboursements !!!)

 

Huit ans…. La France a le triste privilège d’empiler ainsi les rapports émis par les Hauts Comités, les Haut Commissaires, et autres Comités des Sages.

 

Dès Décembre 2004, alors que le précédent système optionnel et efficace du médecin référent était rayé d’un trait de plume, il n’avait pas fallu HUIT JOURS à six généralistes pour autopsier cette réforme de tous les mensonges, mort-née avant même d’avoir vu le jour.

 

A l’époque, leur manifeste avait été écrit dans la colère et l’indignation pour prendre date, pour notifier que l’échec du système était d’emblée prévisible à toute personne honnête dotée d’un minimum d’intelligence. En l’espace de quelques semaines il recueillit 30.000 signatures, de médecins, de patients. Mais la machine de communication du gouvernement et de la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie sous gouvernance d’un ancien dirigeant d’AXA s’était mise en marche, et rien ne pourrait l’arrêter, surtout pas six clampins de base criant au bord du cortège que le roi était nu. Souvenez-vous : « C’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer ! »

 

En voici le texte intégral :

 

La contre-réforme du système de santé est un tissu de mensonges

 

« A l’heure où le Ministre de la Santé va parader sur les ondes pour expliquer qu’il a présidé à la signature d’un accord historique sur le « médecin traitant », à l’heure où va se mettre en place une gigantesque campagne de communication de nature à persuader le public que le but poursuivi est la sauvegarde de l’Assurance-Maladie solidaire, que peuvent faire les acteurs de terrain que sont les généralistes pour alerter l’opinion et révéler que derrière les effets d’annonce dont ce gouvernement s’est fait le spécialiste en matière de cohésion sociale, la réalité nue est toute autre ?

 

Ce qui sera dit aux patients, c’est qu’un nouveau système de santé se met en place, un système vertueux qui les engage à choisir un médecin traitant, essentiellement un généraliste qui les soignera et les aidera à accéder de manière coordonnée aux avis des spécialistes si cela est nécessaire.

 

Ce qui sera dit aux patients, c’est que ce système mieux coordonné va générer des économies, et permettre de sauver la Sécu.

 

Ce qui sera caché aux patients, c’est que s’est déroulé lors de ce simulacre de négociation entre le proconsul nommé par le pouvoir en place et les syndicats médicaux les plus opposés à une vraie réforme du système de santé, le dépeçage en règle de la Sécu.

 

Ce qui sera caché aux patients, c’est que les économies virtuelles chiffrées et attendues ne seront jamais au rendez-vous, car aucun moyen n’a été donné aux généralistes pour s’acquitter de la fonction administrative supplémentaire qui leur est dévolue. Au point que le système du médecin référent, un système de coordinations de soins autofinancé, optionnel, volontaire, choisi depuis 1997 par près de 8000 médecins et de 1.5 millions de patients, associant rémunération forfaitaire pour les généralistes en échange d’une bonne tenue du dossier et d’une formation médicale indépendante des firmes pharmaceutiques, et tiers-payant pour les patients, a été volontairement détruit par les signataires de cette contre-réforme.

 

Ce qui sera caché aux patients, c’est que les « négociations » ont moins abordé les réelles difficultés de notre système de santé, que les augmentations tarifaires des spécialistes. Aussi justifiées qu’aient pu être les revalorisations des spécialistes de secteur 1 dont les honoraires étaient bloqués depuis de nombreuses années, on peut s’interroger sur le fait que les généralistes, dans leur ensemble, n’obtiennent rien, rien d’autre que la possibilité de pratiquer un abattage à la pièce en voyant disparaître les systèmes de rémunération forfaitaire qui pour la première fois valorisaient le travail fait hors-consultation ( coordination des soins, actions de prévention et d’éducation, formation médicale indépendante, mise à jour des dossiers et des bases de données informatiques, amélioration des pratiques…)

 

Ce qui sera caché aux patients, mais qu’ils découvriront rapidement, c’est que cet accord signé entre les syndicats de spécialistes et le porte-parole du gouvernement sous l’égide du Ministre de la Santé et de ses conseillers issus de ces mêmes syndicats de spécialistes,

ne met pas en place le système du médecin traitant, mais son contournement. Car une fois les généralistes, faute de moyens, mis dans l’impossibilité de faire fonctionner le système coordonné, l’accès direct au spécialiste sera facturé avec dépassement d’honoraires généralisé.

 

Au nom d’une mythique « unité du corps médical », le Ministre a déjà salué cet accord comme la première convention signée depuis dix ans. Alors qu’une convention médicale spécifique aux généralistes a existé pendant toutes ces années, qui les a vus s’investir massivement, malgré les difficultés, dans la maîtrise des outils informatiques, la formation continue, la prise en charge de pathologies complexes, la prescription en génériques puis en DCI, génératrice d’économies pour la Sécurité Sociale comme pour les mutuelles, et donc pour chaque patient, car l’augmentation des dépenses de prescription est l’une des causes majeures d’augmentation de tarif des mutuelles.

Mais cet accord ne concernait que les généralistes, les spécialistes de secteur 1 étant mal défendus, et les spécialistes à honoraires libres refusant de s’investir dans ces accords.

 

Ici le mépris des hommes politiques issus du sérail pyramidal de l’édifice médical rejoint la logique ultralibérale : le patient doit enfin comprendre que la santé est devenue une marchandise comme une autre ; il doit savoir, obsession des économistes libéraux « combien ça coûte ? », et sortir le chéquier doit devenir pour lui une habitude en passant dans la salle de consultation, quand certains rêvaient encore de prise en charge sanitaire solidaire, égale pour tous.

 

Cette contre-réforme libérale n’offre aux généralistes aucune perspective hormis la course à l’acte, nez sur le guidon. 

A l’heure où la médecine générale est enfin reconnue comme une spécialité à part entière à l’Université, cette contre réforme pose comme principe la supériorité de la médecine d’organe, de l’homme morcelé, sur la médecine générale, médecine de l’homme considéré dans sa globalité.

 

Aux jeunes généralistes, elle fera office de repoussoir. Confrontés à la difficulté de l’exercice quotidien, à la désertification des campagnes par tous les acteurs de santé ( généralistes, infirmières, kinésithérapeutes), à la disparition du système du médecin référent qui correspondait en partie à leurs attentes de sortie du seul paiement à l’acte, ils donneront la préférence à des postes salariés ou s’installeront ailleurs en Europe, dans des pays où les politiques savent quelle est la spécificité du médecin généraliste, la prise en charge du patient dans sa globalité, sur le long terme, et non la distribution de bons pour accès au spécialiste.

 

Aux patients, elle réserve toute sa cruauté, avec la mise en place d’un accès aux soins dépendant des revenus.

 

A l’industrie pharmaceutique, elle offre un boulevard : entre des généralistes pressurés dont tous les efforts de prescription raisonnée n’auront servi qu’à réévaluer les spécialistes, et des spécialistes à honoraires libres parmi les plus opposés à la prescription hors-marque ( DCI et génériques), le coût réel des médicaments va exploser.

 

Au final, il faudra constater l’échec de cette contre-réforme, en faire porter la responsabilité aux lampistes que sont les généralistes, et ouvrir la porte aux assurances privées, d’un air désolé, en disant que la Sécu, bien malade, n’a pu être sauvée.

 

Les communicants du Ministre sauront très bien faire.

 

Premiers signataires du Manifeste :

 

Sandrine Buscail est Président du Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes

Philippe Foucras est médecin généraliste, fondateur du Formindep, collectif   "pour une formation médicale indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients"

Christian Lehmann et Martin Winckler sont médecins généralistes et romanciers

Philippe Le Rouzo est Président du Syndicat Départemental des Médecins Généralistes du Morbihan MG56

Franck Wilmart est médecin généraliste en milieu rural »

 

 

Huit ans après cette mise en garde formulée dans l’urgence par des généralistes sur le terrain, le pouvoir politique s’émeut de l’échec prévisible de cette réforme. Cet échec est pourtant parfaitement explicable.

 

Courant 2004, Jacques Chirac, ami de trente ans du PDG d’AXA Claude Bébéar, nomme à la tête de l’Assurance-Maladie Frédéric Van Roekeghem, ancien cadre d’AXA qui vient de préparer les grandes lignes de la réforme de 2005 au sein du cabinet de Philippe Douste-Blazy. Cette réforme a pour objectif annoncé de mieux organiser le parcours de soins des patients en en confiant la gestion au médecin généraliste, comme dans nombre de pays européens.

 

Deux syndicalistes médicaux s’y opposent et vont plaider leur cause auprès des politiques : le Docteur Michel Chassang de la CSMF et le docteur Dinorino Cabrera du SML, bien en cours à l’UMP, menacent et tempêtent. A l’époque, avant le CPE, avant même l’annonce de la candidature Sarkozy, deux clans s’affrontent au sein de l’UMP, et les chiraquiens craignent que ces deux syndicats majoritairement acquis à la droite ne viennent se ranger du côté du trublion conçu comme un ultra-libéral par ces hommes qui se targuent encore de gaullisme social.

 

La CSMF et le SML acceptent de soutenir la réforme… à une seule condition : que la nouvelle convention médicale qui s’annonce entérine la mort d’un système optionnel de coordination des soins destiné aux médecins généralistes, l’option médecin référent. Cette option qui octroie au généraliste la somme de 45 euros par dossier patient en échange d’une formation médicale indépendante des firmes pharmaceutiques et du tiers-payant aux patients, ils la combattent depuis des années, voyant dans ce système les prémisses d’une montée en puissance des généralistes au sein de la médecine de ville. Le généraliste « médecin traitant », ils l’acceptent, à condition qu’il n’ait aucun moyen matériel d’organiser le parcours du patient. A l’UMP, personne ne tique sur cette exigence, ce point de détail qui pourtant enterre définitivement la réforme. Comme toujours dans ce domaine, les petits arrangements politiques entre amis priment sur la santé publique : patients et généralistes en feront les frais. Le clan chiraquien pourra ainsi se féliciter d’avoir torpillé la médecine générale en France et, en prime, d’avoir perdu les élections : Nicolas Sarkozy ralliera tous les suffrages à l’UMP, les syndicats médicaux se rangeront à ses côtés, et Xavier Bertrand lui-même, artisan en sous-main de la réforme et lui-même ancien cadre d’AXA, passera avec armes et bagages du côté de Nicolas Sarkozy, y gagnant le surnom de « traître sans couilles » décerné par Dominique De Villepin.

 

Huit ans après, sur les six généralistes qui ont signé le manifeste :

 

Martin Winckler a quitté la France pour le Canada

 

Sandrine Buscail, ancienne présidente du Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes, ne s’est pas installée et a choisi un poste salarié dans une agence sanitaire

 

Christian Lehmann, Philippe Foucras, Philippe Le Rouzo et Franck Wilmart, quinquagénaires, continuent à exercer malgré la mise en difficulté économique de leurs cabinets en secteur 1 suite à la perte de l’option référent.

 

 

Huit ans après, du côté des signataires de la « réforme » :

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Dinorino Cabrera coule une retraite  qu’on espère heureuse en République Dominicaine.

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Michel Chassang, médaillé de la Légion d’Honneur sous Nicolas Sarkozy, toujours Président de la CSMF, vient d’être élu Président de l’Union Nationale des Professions Libérales.

 

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Philippe Douste-Blazy est Président d’UNITAID et donne des cours d’économie de la santé.

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Xavier Bertrand, deux fois ministre de la Santé, juppéiste puis chiraquien puis sarkozyste puis filloniste, s’imagine un destin national.

 

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Frédéric Van Roekeghem est toujours Président de l’Union Nationale des Caisses d’Assurance-Maladie. Le taux d’installation des jeunes médecins généralistes à la sortie de leurs études est tombé à 5%, nombre de généralistes installés, dont l’âge moyen est de 54 ans,  dévissent leur plaque pour s’installer dans des postes salariés, parfois sans lien direct avec le soin, d’autres songent à quitter le secteur conventionnel. Le désert médical avance. L’Assurance-Maladie met en place des systèmes d’éducation thérapeutique coûteux, à l’évaluation indigente, dénoncés par la Cour des Comptes, et plus récemment des centres de coaching-santé. Cette dérive assurantielle lui vaut d’être conforté par le gouvernement socialiste, et considéré par une députée socialiste comme « un grand représentant de l’Etat ». Le Président de la République appelle de ses vœux « une complémentaire pour tous ».

 

Le dépeçage de la Sécurité Sociale est sur les rails.

 

 

Christian Lehmann est l’auteur du livre « Les Fossoyeurs, notre santé les intéresse »

Livre disponible sous forme électronique ( format Amazon Kindle):  3 euros

Livre disponible sous forme papier ( Lulu.com):   14,90 euros


10/01/2012

"Comment j'ai dévissé ma plaque pour sauver ma peau": ou "Les Fossoyeurs expliqués aux sourds et malentendants"

Une fois n’est pas coutume, l’article remarquable que je reproduis ici est tiré d’Egora, un site d’informations médicales. Il n'y est pas accessible au grand public , mais seulement aux professionnels de santé inscrits, à l’adresse


http://www.egora.fr/sante-societe/temoignage/142198-j%E2%80%99ai-devisse-ma-plaque-pour-sauver-ma-peau

et est signé Concepcion Alvarez. Sur le site d’origine, vous auriez accès à l’intégralité de l’entretien sous forme sonore.

Assurance maladie, frederic van roekeghem, le banchmarking à la con, la machine à broyer, va chialer sur les déserts médicaux camarade député socialiste tu me feras marrer

 


Si je reproduis l’article intégralement ici, c’est parce que j’espère qu’il touchera un public large hors du corps médical. Son protagoniste principal est un de mes amis, un de ces médecins qui font que je suis encore fier de faire ce métier, bien loin des représentants syndicaux médaillés qui frétillent à l’idée d’être reçus dans les antichambres ministérielles.

Ce que raconte mon ami Jérémie Caudin, c’est comment la machine a tenté de le broyer, et comment il a sauvé sa peau. Comment l’Assurance-Maladie aujourd’hui si fière de ses benchmarkings, de ses paiements à la performance et de ses indicateurs d’activités à la con, a réussi à pousser un généraliste de plus à dévisser sa plaque.

Total respect à Frédéric Van Roekeghem, ancien d’AXA placé à la tête de l’Assurance-Maladie par Chirac en 2004, pour sa créativité et ses résultats mirobolants : la médecine générale agonise, sous vos applaudissements. Il ne faudra pas venir pleurer.

 

Début de l'article original

En 2010, 903 médecins ont dévissé leur plaque avant l’heure, lassés par les charges financières devenues trop lourdes, le travail journalier trop important et les pressions des caisses toujours plus fortes. C’est aussi le choix du Dr Jérémie Caudin, médecin généraliste spécialisé en traumatologie du sport à Boulogne-sur-Mer, dans le Nord-Pas-de-Calais. Après avoir fait l’objet d’un contrôle, il a décidé de laisser tomber son activité libérale.
 
"Généraliste, urbain et âgé de 54 ans". Voici le profil-type du médecin qui choisit de plaquer son activité libérale selon le dernier Atlas démographique national dressé par le Conseil national de l’ordre des médecins. Jérémie Caudin y colle bien. Installé depuis 1989 à Boulogne-sur-Mer (62), la deuxième ville la plus peuplée du département, ce généraliste de 52 ans a dévissé sa plaque il y a deux mois pour rejoindre l’hôpital de Berck-sur-Mer, à une cinquantaine de kilomètres de là. "Il ne fallait plus grand-chose pour que je dévisse", jure-t-il.
 
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase : une mise sous tutelle de trois mois pour avoir prescrit trop d’actes de kinésithérapie. Il est important de re-préciser que le Dr Caudin est spécialisé en traumatologie du sport et très impliqué dans la vie associative sportive du coin. "Après 20 ans de bons et loyaux service, je reçois, la même semaine, deux lettres émanant du même ministère : la première me décerne une médaille pour mon activité dans le milieu du sport. La seconde m’épingle parce que je fais trop de kinésithérapies. Bah oui, forcément je vois beaucoup de sportifs !" Le revers de la médaille…
 
Il passe comme cela est prévu devant la commission des pénalités où il explique : "On a comparé mon activité avec celle de médecins généralistes purs ! C’est complètement illogique. Alors oui je suis au-dessus de la norme en kiné, mais en médicaments, en biologie ou en bons de transports, j’ai un délit statistique négatif par rapport à mes confrères. Alors pourquoi on ne m’attaque pas là-dessus ?"
 
"C’est devenu tellement difficile dehors"
 
Finalement, la commission le blanchit à l’unanimité mais le directeur de la caisse décide quand même de le sanctionner - les articles 162.1.14 et 15 du code de la sécurité sociale prévoient en effet que le directeur de la caisse ait le dernier mot quant à la pénalité prononcée à l’encontre du médecin. Jérémie Caudin est ainsi condamné à trois mois d’entente préalable. Au cours de cette période, toutes ses ordonnances, à l’exception de l’une d’entre elles, seront validées par le médecin-conseil alors qu’il ne change en rien sa pratique. Concernant la seule ordonnance refusée, le patient a finalement dû être opéré. Il a porté plainte et a obtenu gain de cause. "Elle est pas belle la vie ?!", conclut le généraliste désabusé. Quelques mois plus tard, il dévisse sa plaque et accepte une proposition pour exercer dans un service de rééducation fonctionnelle à l’hôpital.
 
 "Même si vous avez gagné, c’est une bagarre qui vous ronge. Vous vous demandez sans arrêt pourquoi tant de hargne, pourquoi tant de haine ?"
 
La décision n’a pourtant pas été facile à prendre. Parce que partir c’est aussi et surtout abandonner ses patients. Beaucoup n’ont toujours pas retrouvé de médecin et le local qui servait de cabinet ne va pas tarder à être transformé en studio ou en commerce.
 
"Les conditions en libéral sont telles que plus personne ne veut s’installer en médecine de ville, raconte encore le Dr Caudin. J’ai mis une annonce en précisant que je cédais gratuitement ma patientèle avec tout le matériel y compris du matériel consommable. Mais personne n’en a voulu alors que je suis quand même dans un quartier très sympa dans la vieille ville de Boulogne."
 
Même sort pour ses confrères partis à la retraite. Ils n’ont pas trouvé de successeur. Et c’est encore le cœur serré que Jérémie Caudin évoque les courriers envoyés par ses anciens patients lui souhaitant bon vent pour cette nouvelle aventure.
 
Mais il fallait qu’"il sauve sa peau", comme il dit, pour être aujourd’hui "heureux" et "serein".
 
 "Tout est fait actuellement pour faire fuir les libéraux"
 
Comme beaucoup, il porte un regard très pessimiste sur la médecine générale qui, selon lui, ne va pas aller en s’arrangeant. "La situation actuelle est gravissime et je pense que le tsunami que tout le monde s’attend à voir arriver va venir beaucoup plus vite que prévu. Tout est fait actuellement pour faire fuir les libéraux."
 
Pourquoi ne pas se reconvertir ? Il explose de rire avant de reprendre plus sérieusement : "D’abord si c’était à refaire, je referais médecine. Et puis, que voulez-vous que je fasse ? Je ne sais rien faire d’autre ! Enfin si ! Il y a un bien un métier que je pourrais faire et très bien, dit-il en plaisantant, c’est directeur de caisse. Ça, je saurai le faire avec beaucoup plus d’humanité et avec une vraie vision du terrain."

17/10/2009

Comment Nagy-Bosca 1er terrassa les dépassements d'honoraires...

Il y aurait beaucoup à dire, sur la défense de Frédéric "le Thaï et l'argent du Thaï" Mitterrand, sur la nomination de J.W.Bosca à l'EPAD, et même sur le festival ininterrompu de conneries proférées par experts et ministère au sujet de la foireuse campagne vaccinale qui s'annonce sous les meilleurs auspices... mais ce sera pour une autre fois.

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Juste un petit mot aujourd'hui pour commenter, très brièvement, ce que la Presse qui Ment a qualifié d'accord historique sur les dépassements d'honoraires. (J'utilise le terme générique rendu familier par le Plan B, le terme exact: "la Presse Qui Retranscrit des Communiqués de Presse Sans Enquêter un Instant Sur le Fond du Problème Surtout S'il S'agit de Social, le Social c'est Pas Très Sexy, hein Laurent?"... étant un peu long)

D'accord historique, il n'y a pas.

D'accord, il n'y a pas non plus.

Les deux syndicats médicaux les plus proches du pouvoir en place ( ne me cassez les burnes, chers confrères, les preuves sont légion...), les deux syndicats "médaillés" de la Légion d'Honneur pour service rendus ( à la France? à l'UMP? à vous de choisir ;-), ont donc signé jeudi 15 Octobre au soir, in extremis, un PROTOCOLE D'ACCORD alambiqué, totalement vide de sens, avec l'UNCAM (Union Nationale des Caisses d'Assurance-Maladie), personnifiée par son directeur, Frederic Van Roekeghem, ancien cadre d'AXA ( Putain, je ne me lasse pas de le répéter) placé là en Août 2004 par Jacques Chirac (ami dévoué et attentif de Claude Bebear, lui-même ancien PDG d'AXA, voyez comme petite est la planète, et bien humaniste la récolte de pièces jaunes par des sportifs cornaqués à front bas) en tant que proconsul ( celui qui dit EPAD prend une baffe).

 

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Pourquoi cette signature? Parce que Nagy-Bosca 1er avait fait un caca nerveux en sommant ces larrons de s'entendre avant le 15 Octobre minuit... sans ça le Parlement légifèrerait.

Il faut comprendre qu'effectivement, l'explosion des dépassements d'honoraires ces dernières années fait désordre, et que sa Majesté sent bien que le peuple y rechigne, parce que ça devient trop voyant. Donc après les franchises sur les soins, les diverses autres ponctions dans la poche des malades, Nagy-Bosca 1er devait absolument FAIRE SEMBLANT de légiférer, de taper sur la table, de défendre les petits, les sans-grade qui comme lui n'ont que du saumon cellophané à manger, contre les pires abus.

Sauf que, pas de bol, tout ceci c'est du flanc.

Oui, les dépassements d'honoraires ont augmenté, et particulièrement depuis la convention signée en Janvier 2005 entre les compères d'aujourd'hui, convention qui a laminé la médecine générale ( qui ne s'en relève et ne s'en relèvera pas) et habitué même les spécialistes de secteur 1 à la pratique des dépassements, puisque ceux-ci, jusque là réservés aux seuls médecins du secteur 2, étaient autorisés en cas d'accès direct du patient. ( Rappelons à ceux qui feignent de l'ignorer que le fait d'appartenir au secteur 2 n'est pas en soi un gage de quoi que ce soit, les médecins avaient le droit de choisir leur secteur, bien cons ceux qui ont cru à la pérénnité d'une assurance-maladie solidaire et ont choisi le secteur 1 et se sont tenus au tarif Sécu pour faciliter l'accès aux soins de leurs patients... je le sais, j'en fais partie).

Ayant mis en place un parcours de soins labyrinthique d'une totale opacité tarifaire, les mêmes compères font aujourd'hui semblant de s'entendre sur un protocole d'accord tout en confiant en douce qu'il s'agit d'une signature sous pression politique ( ce dont ils ont l'habitude malgré leur refrain jamais périmé du libéralisme à visage humain ;-), et alors que l'UNCAM est infoutue d'assurer que les complémentaires ( mutuelles et assurances) joueront le jeu du remboursement partiel des dépassements dans ce secteur optionnel que Nagy-Bosca 1er appelle de ses voeux ( pieux).

Le problème reste entier, pour les chirurgiens de secteur 1, par exemple, le tarif de certains actes courants n'ayant pas été réévalué depuis des dizaines d'années et le progrès des techniques et les exigences justifiées d'asepsie et de personnel ne leur permettant pas de travailler sereinement. Dans un système cohérent, ce ne serait pas aux complémentaires d'intervenir, mais à l'assurance-maladie ( ex Sécurité Sociale) de négocier les tarifs avec les chirurgiens secteur 1 pour permettre un exercice cohérent. Mais il en est des chirurgiens du secteur 1 comme des généralistes: ces imbéciles dérangent, ils ne sont pas assez chers!

Car le but n'est PAS, soyons clair, d'améliorer l'accès aux soins des assurés, mais, brique par brique, de foutre en l'air l'idée même d'une assurance maladie solidaire et d'ouvrir le vaste champ de la santé aux complémentaires. Qui, pour nombre d'entre elles, tout en bêlant un credo mutualiste, ne désirent qu'une chose: régner sur un système assurantiel à l'américaine, dont seront exclus les gagne-petits.. Pourquoi croyez-vous que certaines mutuelles de la très noble Mutualité Française ( un parangon de vertu républicaine) remboursent les dépassements des spécialistes de secteur 2 mais rechignent à pratiquer le tiers-payant pour le généraliste ( alors qu'elles l'acceptent à l'hôpital, en pharmacie, bref... partout ailleurs)?

Les complémentaires vivent de et par les dépassements d'honoraires, qui peu à peu poussent les Français à considérer comme indispensable une couverture assurantielle complémentaire au fur et à mesure que la protection sociale solidaire s'étiole. Dans ce nouveau système qui se met en place, le con de généraliste secteur 1 à 22 euros qui gère en moyenne trois demandes médicales par consultation casse les prix, ne génère pas de flux. Ce qu'il faut aux actionnaires des assurances complémentaires, ce sont des dépassements suffisamment importants pour inciter les Français à s'assurer, mais dont le montant soit plafonné afin de connaître d'avance le ratio des profits à venir. C'est l'enjeu du secteur optionnel qu'ils cherchent à mettre en place dans cette gigantesque partie de bonneteau.

Pourquoi croyez-vous que lors de son discours annonçant son souhait de "confier aux complémentaires" de plus grandes tâches, Nagy-Bosca 1er a choisi de s'afficher aux côtés d'un Jean-Pierre Davant, de la Mutualité Française, ravi, sinon afin de s'entourer de "mutualistes" plus photogéniques que ne le sont les sbires des assurances privées. C'est sûr que faire la même annonce au côté de Claude Bébéar, ou de son frère Guillaume( de chez Médéric) aurait pu faire tousser.

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PS: Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit. Il existe des mutualistes, des mutuelles, honnêtes, pénétrés de l'esprit de 1945, et désirant seulement apporter une protection complémentaire à leurs adhérents, plutôt que de régner sur le secteur Santé. Il en existe. Et pour eux comme pour la médecine générale, la messe est dite.

 

 

 
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