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10/05/2010

Du Martin Hirsch Circus au plagiaire servile Alain Minc, les Bouvard et Pécuchet du bouclier sanitaire

Du Martin Hirsch Circus au plagiaire servile Alain Minc, les Bouvard et Pécuchet du bouclier sanitaire

 

 

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J’aurais pu vous parler de la crise financière, de la manière dont elle s’étend, mais ce sera pour une autre fois. Remarquez simplement que même Obama s’est inquiété de la situation en Europe. Pas parce que les Etats-Unis en ont quelque chose à foutre, bien entendu, mais parce que c’est l’arroseur arrosé. Le petit jeu pervers des agences de notations anglo-saxonnes tentant de miner la zone euro pour passer sous silence encore quelque temps la catastrophique situation économique de la Grande-Bretagne et des USA n’a pas fonctionné. Ou, au contraire, elle a trop bien fonctionné, lémarchés prenant peur aussi bien de la situation aussi bien sur le Vieux Continent que, par contagion panurgiste, aux Etats-Unis.


Mais ce n’est pas le sujet du jour. Le sujet du jour, c’est la collusion d’élites corrompues, c’est la rencontre au dessus du corps agonisant de notre protection sociale d’un plagiaire servile et d’un spécialiste du charity-business, j’ai nommé Alain Minc et Martin Hirsch.

 

Alors je n’ai pas vraiment du temps à perdre avec ces deux lascars, parce qu’à la différence des éditorialistes qui « analysent » depuis quarante-huit heures les propositions iconoclastes de ces deux Fossoyeurs, j’ai des malades à m’occuper ;-)

 

Mais quand même, quand même, brièvement :

 

Alain Minc, le plagiaire servile, c’est quand même le genre d’esprit fulgurant et indépendant qui de tout temps conseille les puissants, pour expliquer à quel point le pays doit quitter les vieilles chaînes de 1945 et se lancer tout nu, tout fringant dans la grande bataille ultralibérale, qui profitera à tout le monde because lémarchés s’autorégulent toujours à la plus grande joie de tous. Alain Minc, quand tu veux le retrouver, tu fais une analyse d’ADN sur la salive au fondement du pantalon de notre bien-aimé Président.

 

Martin Hirsch, c’est le type qui a profité de l’aura de l’Abbé Pierre pour aller bosser chez Sarkozy en tant que Haut Commissaire aux Solidarités Actives ( regarde-moi juste cet intitulé et demande toi combien de temps encore ces imbéciles vont nous amuser avec de tels hochets ?) et mettre en place le RSA, permettant de consolider le travail précaire dans ce pays sous couvert de charité chrétienne. C’est le type qui expliquait que Sarko allait voir ce qu’il allait voir, qu’il démissionnerait si on ne provisionnait pas le RSA à hauteur de 6 milliards par an, et a gardé son maroquin quand on lui a jeté 1,5 milliards. C’est sûr, on ne peut pas à la fois sauver le système bancaire et financer la solidarité : la politique, c’est savoir faire des choix.

 

 

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C’est surtout, surtout, souvenez-vous en, le type qui, en mai 2007, questionné par un auditeur de France Inter, déclare son opposition à la franchise sur les soins : « Est-ce que j'approuverai cette mesure? La réponse est non… J'ai dit il y a quinze jours, un mois, deux mois, trois mois que ça ne me paraissait pas une bonne mesure.»

Martin Hirsch, fidèle à sa dénomination, laisse quand même une « ouverture » après cette prise de position ferme et droite dans ses bottes, en concluant : «Je peux être convaincu mais je pense vraiment que ce n'est pas ce qu'il faut faire»

Xavier Bertrand, Ministre du Travail, va calmer le jeu sur I-Télé, avec cette manière pateline qui évoque irrésistiblement la voix du serpent Kaa dans le Livre de la Jungle : « Un gouvernement, ce n'est pas un régiment. Ce que l'on demande aux membres  du gouvernement, ce n'est pas de renier leurs idées, leur convictions, ni même  leurs amitiés, mais d'apporter ce qu'ils ont et ce qu'ils sont… Sur la franchise sur les soins, on ne lui demande pas de  changer de position aussitôt du jour au lendemain parce qu'il rentre au gouvernement. Par  contre, il y aura un travail de pédagogie, qui sera à faire pour tout le monde  sur cette question des franchises ».

Le talent pédagogique de Xavier Bertrand fera une fois de plus merveille. Car « aussitôt du jour au lendemain », Martin Hirsch, au terme d’une héroïque résistance de 24 heures, va se rétracter entièrement, « pleinement rassuré » par les précisions de Roselyne Bachelot et de Xavier Bertrand : en effet, il a obtenu l’assurance que la mesure « sera accompagnée des exonérations nécessaires pour tenir compte des situations sociales très dégradées ». Autrement dit, que les pauvres, cœur de cible du Martin Hirsch Circus, seront épargnés. Les dames patronnesses, les épouses des maîtres de forges, gagnaient jadis leur paradis en distribuant pain rassis et étoles trouées à leurs pauvres. Aujourd’hui, à défaut de paradis, on garde son maroquin.

 

Alors que s’est-il passé ce week-end, pour réunir ces Bouvard et Pécuchet du capitalisme financier ? Je te le résume : Alain Minc, le plagiaire servile, a été invité dans un de ces média qui invitent des plagiaires serviles ( il a l’embarras du choix, note-bien) et a raconté une bien belle histoire, comme quoi son papounet, au plagiaire servile, un vieux monsieur de 101 ans, il avait été bien malade et avait coûté 100.000 euros à la collectivité. Et donc, le Minc, il se demandait, comme ça, tout seul dans sa petite tête ( parce qu’il réfléchit, le mec, c’est pas le genre à colporter pour le compte du Medef et des assureurs des « concepts » décoiffants pour savonner la planche de la protection sociale, que nenni !), si ça serait pas une bien belle idée ma foi que l’Etat se paie sur la bête, euh, pardon, que l’Etat se rembourse sur les sous du papounet. En plagiaire servile, ça donne : que l’Etat récupère les dépenses de santé des très vieux riches. Question de pouvoir mieux financer la Sécu, tu vois, une fois qu’elle n’aura plus rien de solidaire ou de sécurisant…

 

Cette proposition à la con, tu l’as déjà lue, tu l’as déjà vue. C’est celle que portait le Danube de la Pensée, Jean-Marc Sylvestre, dans son pathétique ouvrage sur sa maladie à lui qu’il avait eu « Une petite douleur à l’épaule gauche », c’est l’idée qu’il martelait dans ce colloque où pour la première fois je l’avais rencontré, et où j’avais pris conscience de l’existence des Fossoyeurs ( c’est aux éditions Privé, Michel Lafon, et c’est de la bonne, tu y trouveras des cons de compétition et des salopards itou).

 

Et comme par hasard, un soudard sarkozyste n’intervenant jamais seul, c’est Martin Hirsch, de l’autre côté du court, qui monte au filet et explique que, ah tiens il est vachement surpris parce qu’il ne s’y attendait pas, mais qu’elle est vraiment ébouriffante cette proposition et que justement ça lui rappelle un truc qu’il avait dans ses cartons, le bouclier sanitaire, et que ce serait sûrement bien d’en parler à Nicolas Sarkozy pour lui donner de bonnes idées parce qu’il a tellement de travail en ce moment, ce pauvre homme, à juguler avec ses petits bras la crise financière née des concepts foireux qu’il a de tout temps soutenu, que ça serait bien de lui donner un coup de main.

 

Et dans l’ombre Claude Bébéar ( ex PDG d’AXA, ex et actuel milliardaire) d’applaudir, lui qui à ce fameux colloque était venu expliquer qu’il était pris en charge en affection longue durée et ne comprenait pas, pas plus que Jean-Marc Sylvestre, pourquoi on ne le faisait pas payer !

 

A ce stade, la plupart des défenseurs de la Sécurité Sociale hurleront au loup : « Ce sont nos vieux qu’on assassine, ce sont les dépenses de santé de la toute fin de vie qui sont en ligne de mire, continuez comme ça et poussez carrément les médecins à euthanasier les vieux ! » SAUF QUE… SAUF QUE…

Sauf que ( je sais que ça ne se dit pas, et s’écrit encore moins)… sauf que AXA, le Medef, et Bouvard et Pécuchet ont prévu le coup, et que leur réponse est déjà prête : « Meuh non…. Meuh non….. comment vous vous emballez, les gars ! C’est pas du tout notre pensée de faire payer les vieux, mais juste les vieux… riches ! Vous allez quand même pas critiquer quand on demande, un peu comme un Bakounine de jardin, de faire payer la classe possédante ? »

Et là il y a du flottement en face. Faire payer les riches, ça l’fait….


SAUF QUE… SAUF QUE… Ne croyez pas une seconde que le but du bouclier sanitaire soit de mieux répartir la charge de la protection sociale. Le but, le but du bouclier sanitaire de Hirsch, le but poursuivi par les assureurs depuis longtemps, le but de Nicolas Sarkozy quand il a tenté en 2007 d’instaurer une franchise de 50 euros sèche sur les dépenses de santé, le but est de discriminer entre les populations et, petit à petit, de détruire l’idée même de cotisations solidaires. « Faire payer les riches malades », c’est avant tout faire payer des malades, et rendre le discours des assureurs encore plus tentant à une partie de la population : «
Regardez-donc, la Sécu ne vous rembourse plus rien….pourquoi continuer à cotiser pour toutes ces feignasses, alors que nous….
»

 

Le bouclier sanitaire que tentent de faire avancer, à peine masqués, le plagiaire servile et l’adepte du charity-business, c’est un appel à briser la solidarité en vidant la Sécurité Sociale de son sens. Les « riches » paient déjà pour leurs soins, en cotisant sur les revenus de leur travail. A chacun selon ses besoins, à chacun selon ses moyens.

 

La proposition de Bouvard et Pécuchet a pour seul but de confondre encore les termes du conflit en cours, de détourner l’attention du rapt commis depuis un quart de siècle, pendant lequel 10% du PIB a été détourné des salaires vers les profits des actionnaires, avec pour résultat inéluctable le déficit de financement actuel.

 

 

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PS : Si tu veux en savoir plus, t’as le choix. Tu peux lire « Les Fossoyeurs », ou tu peux t’acheter en kiosque le dernier numéro de FAKIR, trois euros je crois, avec un bien bel article sur la manière dont les « élites » détruisent le programme du Conseil National de la Résistance, et une bien belle enquête chez Emmaüs, avec Là-bas si j’y suis, pour y voir comment Martin Hirsch reconstruit sa légende. « Martin Hirsch, Et si c’était le pire ? » ça s’appelle. Et ce point d’interrogation, tu te demandes s’il a pas l’impression d’avoir été posé-là pour la forme, alors qu’il pourrait tranquillement aller pointer au RSA devant une CAF fermée.

 

http://www.fakirpresse.info/

25/10/2007

Du bon usage de la pauvreté

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Les dames patronnesses, les épouses des maîtres de forges, gagnaient jadis leur paradis en distribuant pain rassis et étoles trouées à leurs pauvres. Aujourd’hui, cette rédemption opère de manière plus administrative. J’en veux pour preuve le minime ( très minime) esclandre provoqué en Mai dernier par Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Interrogé sur France-Inter par un auditeur, il déclare son opposition à la franchise sur les soins, avant de se rétracter après 24 heures d’homérique résistance, « pleinement rassuré » par les précisions de Roselyne Bachelot et de Xavier Bertrand : en effet, la mesure « sera accompagnée des exonérations nécessaires pour tenir compte des situations sociales très dégradées ».

 

Logique très particulière du sarkozysme en action, préférant à la justice sociale la charité, qui fait le tri entre les « très pauvres » et les « un peu moins pauvres que les plus pauvres », au risque, on le voit hélas trop souvent, de favoriser une lutte des classes interne, désignant aux ménages modestes comme premiers coupables de leurs difficultés les bénéficiaires de la CMU « qui eux, Docteur, peuvent se soigner les dents gratis ! » Rien ne se perd, tout se recycle, même la charité, qui sert ainsi à conforter l’idée d’un Autre coupable, responsable de tous les maux.

 

Comment, d’ailleurs, ne pas faire le parallèle avec un phénomène troublant, qui eût du attirer l’attention de Martin Hirsch : les refus croissants opposés par certains professionnels de santé aux patients en CMU. Au-delà des réelles difficultés administratives de paiement que peuvent rencontrer certains praticiens, c’est bien le discours de dénonciation constante de l’assuré irresponsable qui a permis ce lent glissement, car il est plus facile d’envoyer paître un patient démuni ( « Allez à l’hôpital public, on ne prend pas les gens comme vous ici ») si l’on peut voir en lui la source de tous les maux du système.

 

Nous voici en Octobre, cinq mois plus tard. Les franchises sur les soins arrivent en discussion au Parlement, et Roselyne Bachelot a beau jeu de déclarer que les franchises « ne priveront pas de soins les plus vulnérables », puisque « les plus démunis (les bénéficiaires de la CMU) en seront exonérés ».

 

Pour mémoire, rappelons que le plafond de la CMU est à 606 euros par mois, et le seuil de pauvreté en France à 817 euros. Qu’un handicapé, qu’un malade incapable de travailler, touche une allocation adulte handicapé à peine supérieure au plafond de la CMU, et devra donc payer les franchises, qui s’ajouteront aux forfaits déjà existants sur les consultations médicales, au forfait hospitalier journalier qui dissuade déjà certaines personnes en affection longue durée de recourir à l’hospitalisation.

 

Ne crachez pas sur les pauvres.

 

Pour le pouvoir, ils ont leur utilité.

 

Les ministres d’ouverture aussi.

 

( publié le 25 Octobre 2007 dans Témoignage Chrétien) 

 

 
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