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27/02/2013

Stéphane Hessel ( in memoriam)

Tout le monde respecte Stéphane Hessel.

 

Toute le monde l’aime, tout le monde le kiffe, tout le monde l’invite.

 

Depuis le succès de son petit opus « Indignez-vous », il est la coqueluche des médias.

 

 

 

Les mêmes médias qui avaient totalement zappé il y a quelques années, lorsque cela eût pu se révéler intéressant, lorsque cela aurait été indispensable, l’Appel du Conseil National de la Résistance auquel il avait participé avec Lucie et Raymond Aubrac,  Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

 

 

 

Appel du Conseil National de la Résistance ( 2004)

 

 

 

Je cite chacun de ces noms avec le respect dû aux Anciens de la Résistance, mais aussi avec colère, une colère froide qui ne m’a pas quitté depuis 2004. Car ce que dénonçaient ces hommes et ces femmes, soixante ans après les réalisations du Conseil National de la Résistance, c’est le risque grandissant de la mise à bas de ces acquis par le libéralisme financier, comme Nicolas Sarkozy devait ensuite l’incarner, pour le plus grand plaisir de Denis Kessler et de tous les autres fossoyeurs des acquis de 1944.


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 ( photo de Raymond Aubrac tirée de la vidéo de Thomas Lacoste)

Et à l’époque, hormis le journal l’Humanité, aucun grand media, aucun journal, aucune télévision, ne relaya cet appel. En le revoyant sur le net, on comprend mieux pourquoi. Ce que rappellent ces vieillards ( le terme n’est pas péjoratif), c’est qu’il fut un temps où on rêva un monde meilleur, un monde entre autre où la presse ne serait pas au service et à la botte des marchands d’armes…

 

 

 

Toujours est-il qu’une fois la catastrophe enclenchée, une fois Sarkozy élu pour accélérer la destruction entamée par ses prédécesseurs, Stéphane Hessel réussit le tour de force de passer outre le désintérêt médiatique ( Les résistants, coco ? C’est de l’histoire ancienne, ça n’intéresse plus personne. Dis-moi, pour le papier d’ouverture, c’est quoi déjà le nom du type de Secret Story 3 qui s’est suicidé ?) en s’adressant directement aux Français par le biais d’ « Indignez-vous ».

 

Mais c’est moins le succès du livre, ou les prises de position de son auteur, parfois en faveur de Dominique Strauss-Kahn, parfois en faveur de Nicolas Hulot, qui lui valurent l’inimitié d’une partie des médiacrates, que son soutien à la cause palestinienne.

 

Là, tous les coups furent permis. Sur nombre de sites arabophobes, on n’eut de cesse de vilipender, de dénoncer, selon des procédés si éculés qu’on est affligés pour leurs auteurs, ce renégat, cet ennemi, ce mauvais Juif, ce Juif honteux, atteint de la haine de soi, etc, etc, etc, ad nauseam…

 

Je ne me prononcerai pas ici sur le sujet des droits des Palestiniens, du droit à l’existence d’Israël, du sionisme, mais sur un procédé, un procédé particulièrement abject, d’avilissement.

 

D’abord, le texte, qui tourne sur les sites qui ont pour credo de confondre défense des Palestiniens et antisémitisme, et que reproduit Marianne sur son site. J’ai presque honte de déposer ce lien ici, mais il faut le lire pour le croire, donc…

 

Stephane-Hessel, résistant... Certes, mais...

 

Sous la prose de Taguieff, qui s’était il y a un an déjà illustré sur Facebook en insultant de manière particulièrement nauséabonde Stéphane Hessel et en le comparant à un serpent... (Traiterait-on un Pierre-André Taguieff de cloporte?)

 

Quand Pierre-André Taguieff insulte Stéphane Hessel

On découvre que l’ancien résistant ne l’était pas tout à fait assez. Pas assez assidu sur le terrain, pas assez longtemps.

 

Trois mois et neuf jours en mission sur le sol français, note avec précision Taguieff, dont on ne sait si les sphincters auraient tenu aussi longtemps dans un pays sous la botte nazie…

 

Sur certain site, « l’icône des ennemis d’Israël » ( ne faisons pas dans la demi-mesure, surtout ! « Qui n’est pas avec moi est contre moi », Matthieu, chapitre 12, verset 30. ) est dénoncée comme… un résistant de bureau

 

Stéphane Hessel, un résistant de bureau

 

Terme qui fleure bon… le révisionnisme, puisque le tristement célèbre Maurice Papon fut accusé de « crime de bureau » ( et avec lui on pourrait aligner dans le box pas mal de grandes pointures, comme René Bousquet…). Utiliser ce terme ainsi pour qualifier le passé de résistant de Hessel dans le seul but de le discréditer au vu de ses positions politiques actuelles est ignoble.

 

Mais revenons à Taguieff, car nous tenons là un magnifique exemple, non pas de crime de bureau, mais de fiente de clavier. Comme le souligne l’ami Sébastien Fontenelle sur son blog...

 

Faut pas exagérer, après tout. Stéphane Hessel n'a été qu'un tout petit peu arrêté par la Gestapo, et un tout petit peu torturé...

 

Taguieff omet juste de préciser que Stéphane Hessel fut arrêté par la Gestapo, torturé, et déporté vers Buchenwald puis Dora.

 

Sur sa notice Wikipedia, entre autres horreurs, on peut lire ceci :

 

« À la suite d'une tentative d'évasion manquée, il est transféré en janvier 1945 à Dora pour être versé aux commandos dont les membres, le plus souvent sans être nourris, travaillent à la construction d'infrastructures ou de pièces pour les V2. Sa connaissance de l'allemand lui permet d'obtenir d'être choisi pour une tâche particulière, en échange d'une tranche de saucisson comme ration journalière. La tâche en question s'avérera être le transport des masses de cadavres dans les fosses communes, rendant le choix du saucisson plus désespérant que la faim »

 

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Alors, Taguieff, Pierre-André... ( tu permets que je t'appelle Pierre-André?) Selon toi, Hessel, Stéphane, résistant de bureau, résistant à deux balles…

 

Pas torturé assez longtemps dans la baignoire?

 

Pas déporté assez loin?

 

Mais, pauvre type, sais-tu même ce qu’est la honte ?

 

 ( texte publié sur ce blog le 03/10/2011)

12/02/2013

Tout serait à vendre? Tout serait marchandise? Dites non. Signez la pétition.

À l'attention : M. Hollande, Président de la république , Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes

A l 'heure où le gouvernement étudie la pénalisation des comportements et propos sur les réseaux sociaux, nous constatons qu'à une heure de grande audience et sur une radio nationale, des «propos injurieux, misogynes, attentatoires à la dignité de la personne et à connotation raciste» ont été tenus selon le CSA.

Ces propos n’ont pas été tenus par des auditeurs, mais par Sophie De Menthon, un temps membre du comité éthique du MEDEF, qui exerce des responsabilités au Conseil Economique Social et Environnemental, qui a été nommée Officier de la Légion d'Honneur et Commandeur de l'Ordre National du Mérite; ainsi que par Franck Tanguy.

Au sujet de l’accord financier conclu entre Nafissatou Diallo et Dominique Strauss-Kahn, mettant un terme à des poursuites pour agression sexuelle, ces deux « chroniqueurs » ont accumulé des propos dont la bêtise le dispute à l’ignominie.

- Sophie de Menthon : « Tu veux que je sois politiquement totalement incorrecte ? [...] Je me demande, c’est horrible à dire, si c’est pas ce qui lui est arrivé de mieux. »

- Sophie de Menthon : « Moi je pense que l’argent qu’elle a gagné, qui lui permet d’élever sa fille, elle ne l’aurait jamais eu dans toute son existence et j’espère qu’elle oubliera ce moment extrêmement désagréable [...] Il y a des femmes dans la rue, je suis sûre qu’elles ont pensé ça, en disant "j’aimerais moi aussi être femme de chambre dans un hôtel et que ça m’arrive."

- Franck Tanguy : « Elle n’a rien pour elle, elle ne sait pas lire pas écrire, elle est moche comme un cul, et elle gagne 1,5 million, c’est quand même extraordinaire cette histoire. »

- Franck Tanguy : « C’est un horrible événement dans sa vie dont certainement elle se rétablira, mais pour elle c’est quand même… ça va quoi ! »


Sophie de Menthon s’était déjà illustrée sur la même antenne en défendant, au nom du « pragmatisme » le travail des enfants.

De tels propos déshonorent notre nation, déshonorent les ordres et institutions qui acceptent ce type de discours. Sans dédouaner la station de radio ou ses animateurs, nous demandons que ces propos fassent l'objet de poursuites pénales, et que les institutions auxquelles participe Sophie de Menthon tirent les conséquences de tels comportements.

Plus d'infos sur ce sujet : Cliquez ici

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La pétition que je reproduis ici, initiée par un ami, fait référence à un incident grave lors d'une émission de RMC diffusée il y a quelques jours. Cette émission a donné lieu à un tollé médiatique, après quoi Franck Tanguy s'est excusé auprès de la station, Sophie de Menthon a refusé de le faire et a été exclue, prélude à une tournée des plateaux pour expliquer qu'elle était une victime du "politiquement correct", que, d'énormité en énormité, elle se fait gloire de combattre. Puis le cirque habituel a repris.

Si vous pensez que tout est marchandise, que tout se monnaye, passez votre chemin. dans le cas contraire, comme moi, signez cette pétition:

Pour signer, c'est ici:

 ( ET N'OUBLIEZ PAS ENSUITE DE VALIDER L'EMAIL DE CONFIRMATION DE VOTRE SIGNATURE)

La photo qui illustre ce billet est tirée du magnifique film d'Abdellatif Kechiche, LA VENUS NOIRE, avec Yahima Torres et Olivier Gourmet.

18/10/2007

Feuille de route

 

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Je suis un idéologue.

 

L’accusation portée à la suite d’une chronique sur les arrêts de travail, par un(e) représentant(e) du patronat, m’a fait sourire.

 

Car le MEDEF s’enorgueillit, comme la droite bling-bling Sarkozy, de ne pas se soucier d’idéologie, mais d’oeuvrer les deux pieds dans la glaise, avec un épais bon sens, loin de prises de tête forcément bolchévico-marxistes.

 

C’est le Président, avant un long discours devant les Journalistes de l’Information Sociale, martelant : « Je ne suis pas un idéologue ».

 

C’est sa ministre de l’Economie enfonçant le clou : « La France est un pays qui pense. J’aimerais vous dire: assez pensé maintenant, retroussons nos manches ».

 

C’est Brice Hortefeux, fidèle zélateur de l’Identité Nationale et caution du vote FN, qui entonne : « J’écoute d’abord le peuple, pas les élites ».

 

Ils brossent ainsi, chacun à leur manière, le portrait de rudes travailleurs, proches du terrain, bien loin d’arrières pensées idéologiques malsaines.

 

Pour les avoir combattus dans le domaine que je connais le mieux, celui de la santé, pour m’être longtemps posé, devant le désastre sanitaire qu’ils ont contribué à mettre en place, la terrible question de l’intentionnalité ( en clair, étaient-ils, selon la formule désormais célèbre d’Arnaud Lagardère, malhonnêtes, incompétents, ou, au choix,  les deux ?), j’ai été amené à conclure, dans le livre que j’ai consacré à cette question, « Les Fossoyeurs », que la droite UMP était victime d’une réelle schizophrénie, tiraillée entre son adhésion aux règles d’un marché libre et sans contraintes, et le souvenir toujours vivace du socle du pacte républicain né du Conseil national de la Résistance en 1945.


 

Imaginez donc ma surprise en découvrant récemment, dans les colonnes du magazine Challenges, sous la plume de Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF, ancien directeur général d’AXA,  la feuille de route que la droite Sarkozy planque sous la table depuis des années.

 

Sous le titre « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde », l’idéologue du patronat financier, totalement décomplexé, salue la « profonde unité du programme ambitieux » de Nicolas Sarkozy qui consiste « à défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. » Programme qui instaurait une sécurité sociale, un droit du travail, la libération de la presse des intérêts financiers…

 

On se frotte les yeux, on croit rêver. Mais non, c’est bien là, devant nos yeux, ces lignes méphitiques qui tirent un trait sur l’héritage de la Résistance, ces lignes qui arracheraient des larmes au gouvernement de Vichy. Et on comprend mieux pourquoi l’appel des résistants aux jeunes, co-signé par Lucie et Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Germaine Tillion et bien d’autres, eut si peu d’écho en 2004 dans des média majoritairement aux mains de ces « Fossoyeurs ».

 

(publié dans Témoignage Chrétien le 18 Octobre 2007)

11/10/2007

Je vous demande de vous arrêter

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Il faut que la presse cesse d’insinuer que notre Ministre de l’Economie, brillante habituée des conseils d’administration, se serait discréditée auprès du Président en annonçant, il y a quelques semaines, un « plan de rigueur » pour la fonction publique.

Apparemment le terme a été jugé trop polémique.

Moi, avec le recul, je la trouve plutôt soft, Christine Lagarde.

Qualifier de simple « plan de rigueur » une stratégie de casse sociale comme le pays n’en a jamais connu, c’était plutôt habile.

Mais le Président n’aurait pas apprécié.

Pourtant, à part Rachida « J’en abats 7 d’un coup » Dati, je ne vois nulle Ministre qui porte mieux la parole sarkozienne que Christine L : « La France est un pays qui pense. J’aimerais vous dire: assez pensé maintenant, retroussons nos manches ».

« Pourquoi penser ? » dit le Président. Tout le sarkozysme est là, cette insistance sur le fait que l’on n’est pas des idéologues, mais des gens simples, pleins de lourd bon sens, qui font fi des écoles de pensée et appliquent «  ce qui marche », c’est-à-dire les lois du marché, lois naturelles.

Ainsi, quoi de plus sarkozyste que cet hommage émouvant à Phillipe Jaffré, ex-patron d’Elf-Aquitaine bordé de stock-options ayant choisi la Belgique pour éviter les assommantes paperasses du fisc : « Le parcours de Philippe Jaffré s’est inscrit dans la tradition des grands serviteurs de l’Etat. Major de l’ENA, Inspecteur des Finances, habitué des cabinets ministériels, il a notamment contribué à mener à bien les privatisations des années 1986-1988. Sa disparition prématurée prive la France d’un industriel de grand talent, doublé d’un homme fin et chaleureux, honnête et profondément humain. »

La dernière fois que j’ai entendu Philippe Jaffré, c’était en Octobre 2006 sur RMC. Il était venu expliquer que la France allait faire faillite si on n’améliorait pas la productivité afin de combler les déficits. Déficits dûs aux avantages acquis des Français, bien sûr, tous ces feignants qui rechignent à travailler plus pour gagner plus, pendant que d'autres engrangent les stock-options. D'ailleurs, avait-il poursuivi, il ne faut pas légiférer sur ce dernier sujet, mais faire confiance aux conseils d'administration des grandes firmes, qui vivent très mal d'être pointés du doigt dans les journaux. Puis il se moqua longuement d’un jeune auditeur, patron et citoyen, intervenu à l’antenne pour expliquer que, gagnant très correctement sa vie, il payait des impôts pour le bien de la collectivité sans rechigner.

Décidément, si Christine L. n’existait pas, il faudrait l’inventer.

(publié dans l'Humanité le 26 Septembre 2007) 

 
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