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03/12/2007

AVANDIA® : 83.000 accidents cardiaques aux USA, une agence du médicament en coma dépassé, un plan orchestré pour intimider un expert récalcitrant, des médecins sous influence du marketing…bienvenue dans le monde de BIG PHARMA


 

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C’est le dernier épisode en date, lamentable, dans la saga sans fin de la compromission des agences du médicament avec les firmes pharmaceutiques(*).

 

En 2002, trois ans après les USA, la rosiglitazone est commercialisée en France sous le nom Avandia ® par la firme GSK, pour le traitement du diabète. Dès sa mise sur le marché, les revues pharmacologiques indépendantes notent l’absence préoccupante d’évaluation sur l’efficacité à long terme du médicament.(**)


 

En effet, si les études cliniques ont montré sous traitement une diminution de l’hyperglycémie et de l’hémoglobine glycosylée, données biologiques qui permettent de suivre l’évolution d’un diabète, il n’existe lors de la commercialisation aucune donnée sur la réduction éventuelle des complications du diabète et de la mortalité globale, et ceci alors que le médicament présente des effets indésirables nombreux. Ces incertitudes devraient inciter à la prudence, à la mise en route d’études de pharmacovigilance rigoureuses pour suivre les patients mis sous Avandia, et ce uniquement lorsque des thérapeutiques plus anciennes et mieux évaluées se révèlent inefficaces.

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C’est compter sans la pression marketing habituelle, qui martèle aux médecins qu’une nouvelle révolution dans le traitement du diabète a eu lieu, comme, quelques années auparavant, cela avait été le cas pour le Vioxx, anti-inflammatoire « magique » retiré du commerce en catastrophe au bout de quelques années. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, une commission sénatoriale américaine vient de mettre à jour un constat accablant : de nombreuses études concordantes pointent une augmentation du risque d’accident cardiaque sous rosiglitazone. On estime à 83.000 le nombre de crises cardiaques supplémentaires depuis l’homologation du médicament.(***)

Mais il y a pire : la commission sénatoriale a mis à jour les nombreuses tentatives d’intimidation de la firme à l’encontre d’un expert, le Dr John Buse, qui dès 1999 avait attiré l’attention lors de conférences publiques sur les risques cardio-vasculaires du médicament.

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Pressions financières, menaces de poursuites judiciaires, intimidations, « un plan orchestré » pour faire taire le Dr Buse a été conçu et mis en œuvre avec l’accord du PDG de la firme GSK, le Dr Jean-Pierre Garnier, amenant le Sénat à mettre en cause la « culture de direction » de cette firme.

 

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Et de son côté, l’Agence américaine du médicament… a elle aussi fait pression sur deux de ses propres experts dont les inquiétudes rejoignaient celles du Dr Buse, au point de pousser l’un d’entre eux à démissionner.

Il sera très instructif, dans les mois qui viennent, de suivre sur ce dossier le comportement des agences françaises du médicament, promptes à délivrer l’autorisation de mise sur le marché de médicaments n'ayant pas encore fait la preuve de leur efficacité clinique à long terme. Comme il sera instructif d’entendre ceux, parmi les responsables syndicaux des médecins, qui, affaire après affaire, martèlent que « Les médecins savent quand même distinguer l’information médicale de la pression marketing ». Après l’affaire Vioxx, après l’affaire Avandia, combien d’autres, avant qu’un plus grand nombre de médecins adopte une attitude responsable vis-à-vis de la communication commerciale des firmes pharmaceutiques ?

 

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(*) Un médicament de la firme GSK aurait provoqué des dizaines de milliers de crises cardiaques : excellent article de Elena Pasca, sur le site du Formindep, collectif pour une formation médicale indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients 

http://formindep.org/spip.php?article146

 

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 (**) Pour en savoir plus sur les glitazones et leur rapport bénéfices/risques négatif, sur le site de La Revue Prescrire :

http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierDiabeteGlitazones....  

http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierDiabeteRosiglitazo...

 

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(***) Ne cherchez pas à extrapoler à la France. Ce type d’étude n’existe pas en France. On n’a jamais estimé ou dénombré le nombre de morts cardio-vasculaires liées au Vioxx® en France. Et le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière. Circulez, il n’y a rien à voir.

 

 

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Ci-dessous, pour ceux qui voudraient aller plus loin, un court extrait de mon livre récent « Les Fossoyeurs, notre santé les intéresse… » aux éditions Privé-Michel Lafon.

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Dans un ouvrage récent basé sur un long entretien, « Le grand méchant loup pharmaceutique », cherchant à présenter systématiquement les agences du médicament sous un jour favorable en minimisant certains de leurs travers comme l’indépendance toute relative de certains experts vis-à-vis des firmes, Philippe Urfalino, sociologue, peu avare de qualificatifs désobligeants vis-à-vis des donneurs d’alerte qui dénoncent les travers des firmes, répond d’une manière très surprenante à l’interpellation de son intervieweur :

« Question : Les « relations » peuvent aussi prendre la forme de la collusion d’intérêts… On pense par exemple aux 20000 euros par médecin et par an que les firmes pharmaceutiques consacrent à la communication sur leurs produits.

 

Philippe Urfalino : C’est vrai, l’industrie pharmaceutique est le mécène du milieu médical… »

 

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J’ai cherché dans le Petit Robert la définition de mécène : « protecteur généreux des arts et des sciences ».

Cette définition d’une surprenante clémence contraste avec les qualificatifs employés pour les donneurs d’alerte, ces médecins, ces scientifiques, qui pointent depuis des années, en France et à l’étranger, les errances du secteur pharmaceutique : « je suis frappé par une certaine tendance à la diabolisation, qui confine ça et là au retour de la théorie du complot…( la revue Prescrire) plaide l’existence du camp des firmes et du profit d’un côté et du camp des malades de l’autre… ce que je voudrais mettre en cause ici, c’est une mauvaise information, des amalgames et une grille de lecture fautive…les visiteurs médicaux sont parmi les rares interlocuteurs qui se soucient des besoins du médecin ».

Cette défense de la visite médicale n’est pas neuve, comme n’est pas neuve la mise en cause des donneurs d’alerte.

 

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Comme je l’ai écrit dans « Patients si vous saviez », la Revue Prescrire, revue française indépendante d’information sur le médicament, est dans le collimateur des firmes depuis de nombreuses années. Membre d’un réseau international de revues thérapeutiques indépendantes, elle constitue pour le médecin soucieux d’une information scientifique débarrassée de l’argumentation marketing et économique, un outil majeur, voire indispensable. Mais sa critique argumentée des techniques de communication des firmes met mal à l’aise ceux des médecins qui continuent à voir dans ces dernières un simple « mécène ».

 

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A les en croire, l’implication de Big Pharma ( selon le vocable adopté par John Le Carré après son magistral roman « La constance du jardinier ») dans l’information du corps médical ne pose pas problème.

 

C’est la thèse défendue par la Confédération des Syndicats Médicaux Français, dans « Qu’est-ce que la CSMF ? », un petit ouvrage très informatif publié aux éditions l’Archipel :

 

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« Question : Les laboratoires et leurs campagnes de marketing auprès du corps médical et des malades ne risquent-ils pas d’exercer une influence abusive dans le domaine des prescriptions médicamenteuses ?

Michel Chassang : Toute dérive peut être dangereuse. Elle doit être dénoncée et combattue. Pour la visite médicale, il convient de veiller à améliorer le qualitatif et donc son contenu… Pour autant, il ne faut pas exagérer l’ « intoxication » supposée des médecins en matière de visite médicale, constamment mise en avant par le lobby anti-industrie pharmaceutique. Les médecins savent quand même distinguer l’information médicale de la pression « marketing »… »

 

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Est-ce si sûr ?

 

PS : Conformément à la législation(****) , j’affirme n’avoir aucun lien financier avec les firmes pharmaceutiques citées. Nous verrons si tous les médecins interrogés font de même…

(****) La loi sur la transparence de l’information médicale enfin en vigueur !, article de Philippe Foucras sur le site du Formindep

http://www.formindep.org/spip.php?article118

 

 

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