06/11/2012
« Il est passé minuit, docteur Hollande » : Lettre Ouverte d'un médecin généraliste à un Président que j’appelais de mes vœux
« Il est passé minuit, docteur Hollande » : Lettre Ouverte d'un médecin généraliste à un Président que j’appelais de mes vœux
Monsieur le Président,
Je te fais une lettre que tu liras peut-être si tu en trouves le temps.
Apparemment, tu étais occupé courant Avril dernier ( je sais ce que c’est, j’ai moi aussi un boulot très prenant), et la missive que je t’avais adressée dans LIBERATION (1) n’a pas dû te parvenir.
Pour mémoire, je me permets de t’en citer la conclusion :
« Le président qui vient aura le choix : accompagner le mouvement largement entamé par les fossoyeurs, instrumentaliser les dépassements pour pénaliser l’ensemble des professionnels en invoquant les «défaillances» d’une médecine de proximité exsangue, saupoudrer quelques maisons médicales pour faire branché, ou tendre la main aux médecins et infirmiers de terrain pour reconstruire avec eux une politique de santé solidaire. Il est minuit, docteur Hollande. »
Si je me permets de te tutoyer, c’est en souvenir de cette heure passée à discuter du système de santé en France, il y a sept ans, rue de Solferino. Tu avais plein de soucis à l’époque, il te fallait gérer le parti, les courants, les ambitions démesurées des unes et des autres ( je sais ce que c’est, j’ai moi aussi un boulot très prenant). Pourtant, de tous les politiques qu’il m’avait été donné d’alerter sur la situation préoccupante du système de santé, tu m’avais semblé l’un des plus curieux, l’un des plus attentifs.

Ensuite on ne s’est pas beaucoup vus, pendant des années. Pourtant ça m’aurait fait rudement plaisir d’avoir ta visite, quand avec Bruno-Pascal Chevalier, qui à l’époque avait arrêté ses traitements pour dénoncer les franchises sur les soins de ton prédécesseur, on enchaînait manifestation sur manifestation devant le Ministère de la Santé pour dénoncer le recul de l’accès aux soins (2). Nous étions là, mois après mois, avec les mêmes patients courageux, les mêmes médecins engagés, les mêmes militants d’Act-Up qui se faisaient embarquer.

Enfin tu as été en position d’accéder aux responsabilités suprêmes, et j’ai voté pour toi. J’ai voté aux primaires, j’ai voté à la présidentielle, j’ai même accepté une procuration, un copain étant en vacances ( moi je ne pouvais pas, j’ai un boulot très prenant).
Un peu avant l’élection, un hebdomadaire médical m’avait appelé pour poser une question aux deux candidats en lice. J’étais un peu le gaucho de service, le trublion, il en faut dans toute bonne émission. « Le Dr Christian Lehmann est installé à Poissy (Yvelines) avec une associée. Fer de lance de l’opposition aux franchises médicales, il est aussi écrivain. » annonçait Le Généraliste. J’ai posé ma question :
« Ces dernières années, des franchises sur les soins, qui n’ont rien de médicales, ont été inventées dans le but de « responsabiliser » le patient avec, pour conséquence, le recul de l’accès aux soins. Dans le même temps, on a décrété que certaines maladies ne l’étaient plus, comme l’HTA, HyperTension Artérielle sévère, sortie des Affections de Longue Durée… Le président qui viendra continuera t-il dans cette direction ? »
Sarkozy a récité, comme d’habitude, des éléments de langage à tonalité comptable : « Les dépenses de santé augmentent, mais il ne faut jamais oublier que la santé est financée par la solidarité nationale. Cela justifie une nécessaire responsabilité de chaque acteur, patients, professionnels de santé et responsables politiques. Depuis 2007, le taux de prise en charge par l’Assurance-maladie n’a pas varié, se maintenant à 75%. Notre système demeure l’un des plus généreux du monde. Sur les deux dernières années, nous avons respecté l’objectif national des dépenses de santé. Ce n’était jamais arrivé. Sous le gouvernement socialiste, on votait des ONDAM(3) à 3,5% et on faisait 7-8% de dépenses en creusant les déficits. J’assume notre politique. Si nous voulons conserver un système solidaire et continuer à financer notre système de santé, il faut faire des choix. Le nôtre repose sur l’efficience, chaque euro doit être bien utilisé. »
Toi, mon futur Président que j’appelais de mes vœux, tu m’as répondu : « J’ai toujours exprimé ma ferme opposition à cette idée de soi-disant responsabilisation, qui est en réalité une sanction et une culpabilisation du malade. Ce concept a par ailleurs démontré sa totale inefficacité pour rétablir les comptes de l’assurance-maladie. Ainsi, la suppression de l’HTA de la liste des ALD me semble aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique. Si les Français me font confiance, je prends l’engagement de réexaminer cette décision. Par ailleurs, il faudra revoir l’ensemble de la question du reste à charge : ma première mesure concernera le plafonnement des dépassements d’honoraires. Je veux par ailleurs revoir la définition des contrats des complémentaires, et supprimer la taxe sur les contrats solidaires des mutuelles. Tout cela aura un impact direct pour les Français. »
Le Généraliste, c’est assez rare dans la presse pour le signaler, nous a donné un droit de suite, permettant aux six médecins qui avaient posé des questions de conclure, ce que j’ai fait : « Nicolas Sarkozy n’a pas du tout répondu à ma question sur la sortie de l’HTA des Affections de Longue Durée. Nous sommes toujours dans un pseudo-discours sur la responsabilisation et la crise de la dette qu’apprécierait fortement l’agence de notation Standard and Poors. Bravo à François Hollande pour la réponse sur l’HTA sur laquelle il a dit qu’il allait revenir, mais sur les franchises, on ne sait toujours pas ce qu’il va faire ».
Sur les franchises, j’ai vite été renseigné, remarque. Tu n’as touché à rien.
Pas de marge de manœuvre financière, ai-je cru comprendre. Dommage. Philippe Seguin, en son temps, avait fait le calcul : les franchises sur les soins piquaient 850 millions d’euros par an dans la poche des malades, une taxation des stock-options à hauteur de la taxation des salaires rapporterait 3.5 millards par an. Sarkozy avait fait un choix, tu ne le remettais pas en cause, soit…
Sur l’hypertension artérielle sévère, j’ai attendu six mois.
J’avais confiance. Revenir sur l’absurde décision sarkozyste était simple, cohérent, et enverrait aux patients et aux médecins un signal fort : finies les manipulations purement comptables, place à une vraie politique de santé, respectueuse de l’humain.
Au bout de six mois, le verdict du Conseil d’Etat est tombé, confirmant l’exclusion de l’HTA sévère du champ des affections prises en charge à 100%. En pratique, cela signifiait que dans un pays où l’espérance de vie d’un ouvrier est inférieure de sept ans à celle d’un cadre, l’Assurance-Maladie attendrait le stade des graves complications de l’hypertension ( infarctus, accident vasculaire cérébral, etc…) pour prendre en charge cette pathologie. Tant pis pour les populations fragilisées, pour les démunis, pour les personnes âgées avec des petites retraites, dont la cotisation pour une complémentaire peut atteindre 10% de leur pension mensuelle(4). La requête des associations de patients était rejetée, l’Etat ( c’est-à-dire toi, François, personne d’autre) ayant maintenu son opposition. La mesure que, candidat, tu avais trouvé « aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique », ne te gênait apparemment plus, une fois aux affaires. Elle ne gênait pas non plus ta ministre.
Parlons-en, de ta ministre…
Depuis son arrivée aux affaires, Marisol Touraine martelait qu’elle entrait en croisade contre les dépassements d’honoraires. Soit. C’était un angle comme un autre pour réformer le système de santé, exsangue, à condition de tirer les constats de la situation actuelle et de ne pas se cantonner à l’affichage politique.
Je ne pratique pas de dépassement, ce qui signifie que ma rémunération est tributaire du tarif fixé par l’Assurance-Maladie, un tarif en gros de 50% inférieur au tarif moyen de la consultation médicale d’un généraliste européen. Freiner les dépassements d’honoraires, c’était aussi, me semblait-il, poser la question des tarifs opposables, de leur grandissante inadéquation avec la réalité économique d’une petite entreprise comme peut l’être un cabinet médical. Que nenni ! Ayant monté en épingle les dépassements de quelques pontes hospitaliers, Marisol Touraine réalisa, un peu tard, que se posait soudain la question cruciale : « Mais que rembourse l’Assurance-Maladie ? Quelle valeur accorde t’elle à la consultation d’un médecin ? »
Pour éviter de voir la réalité en face, d’admettre que certains « petits dépasseurs » utilisaient ce complément d’honoraires pour maintenir la viabilité de leur cabinet et payer leurs charges, il fallut alors à Marisol Touraine forcer le trait, asséner sur tous les plateaux que contrairement à la réalité qui affleurait jusque dans les colonnes de journaux guère tendres habituellement avec la gent médicale, les médecins en secteur 1, à tarif opposable, n’étaient guère à plaindre. « Pour arriver à une rémunération correcte, les généralistes travaillent beaucoup, près de soixante heures par semaine », lui signalait une journaliste à la télévision. « Certains d’entre eux travaillent beaucoup… pas tous ! Pas tous ! », ironisait la Ministre, qu’on soupçonnait alors de tenir prête dans sa poche une liste de branleurs généralistes habitués des terrains de golf. Un autre intervenant, dans une autre émission, lui signalait que le généraliste français se situait dans la moyenne basse européenne. « Ils sont dans la moyenne, ils sont dans la moyenne ! » scandait-elle alors, hautaine. Comment dire sans trop vexer la mal-calculante, François ?Par rapport à ses confrères allemands ou anglais, les moyens dont dispose le généraliste français sont deux à trois fois moindres…Et au tarif du secteur 1, mêmes les centres de santé mutualistes menacent de mettre la clé sous la porte, malgré les subventions qui leur sont allouées, et auxquelles bien entendu le médecin libéral en ville ne saurait prétendre…
Je mets en parallèle ces deux observations, ta non-intervention sur la remise en cause de la prise en charge de l’hypertension artérielle sévère, et ton soutien à la politique d’une ministre qui refuse systématiquement de comprendre que la désertification médicale et la grève d’installation des jeunes diplômés ( seuls 8% des arrivants s’installent en médecine de ville ) sont essentiellement liées à la déconnexion des tarifs opposables de toute réalité économique. Je mets ces deux observations en parallèle parce qu’elles pointent vers une unique, et terrible, conclusion : Le changement, c’est pas demain la veille.
Tu as décidé, ton gouvernement a décidé, ta ministre a décidé, de poursuivre l’entreprise de démolition du système de santé français largement entamée par tes prédécesseurs.
J’en veux pour preuve que Frederic Van Roekeghem, le très libéral directeur de l’Assurance-maladie , l’homme qui en 2004 a détruit l’option médecin-référent avec l’aide des syndicalistes les plus réactionnaires de la profession ( que le pouvoir UMP a ensuite médaillé pour services rendus), l’homme qui a mis en place sans sourciller les franchises sur les soins ( contre lesquelles s’élevaient avec vigueur les parlementaires socialistes… avant d’arriver aux affaires), l’homme qui en 2008 proposait de ne plus rembourser les médicaments dits « de confort » aux cancéreux, l’homme qui organise la chasse aux arrêts de travail prétendument injustifiés en harcelant les médecins généralistes et en falsifiant les chiffres, l’homme venu du directoire d’AXA qui utilise les techniques de management du privé au sein même de ce qui fut la « Sécurité Sociale »… cet homme, ancien directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy, est aujourd’hui considéré par une députée socialiste ( et pas la plus bête) comme » un grand serviteur de l'Etat, avec qui il est très agréable de travailler », et par les journalistes du sérail, très clairement, comme « le véritable ministre délégué à la Santé »…(5)

Quand deux assureurs se rencontrent, de quoi discutent-ils? D'histoires d'assureurs.
( merci à l'UCDF)
Cela ne choque pas Marisol Touraine, et cela ne te choque pas, toi qui nous as fait le coup de Jaurès s’opposant au monde de la finance. J’imagine que ça ne choque guère non plus ton ami de toujours, Henri de Castries, président d’AXA et accessoirement du Bilderberg Group. Mais moi cela m’embête un peu. Parce qu’à chaque fois que Marisol Touraine entame son refrain sur les médecins qui, même en secteur 1, n’ont vraiment pas à se plaindre, je me demande si vous ne vous moquez pas un peu de moi, en fait (6). Je me demande si je ne suis pas voué, pendant encore des années, à tenir le fort en entendant de belles paroles sur « le généraliste, pivot du système de santé », pendant que la ministre se rend aux dîners du Siècle avec vos amis assureurs.

Car, j’oubliais de le dire, s’il y a un changement dans la politique menée, c’est une accélération, une accélération de l’entrée des complémentaires dans le système de santé français. Je dis « complémentaires » pour que les Français comprennent bien, parce qu’en général, Marisol Touraine et toi, comme Sarkozy avant vous, vous parlez de « mutuelles ». C’est au congrès de la Mutualité Française que vous vous rendez pour annoncer fièrement que vous allez donner plus de poids aux complémentaires dans le management du système. C’est sûr, faire ce genre d’annonce au congrès d’AXA, de Groupama ou de Mederic aurait peut-être fait jaser. Déjà, j’avais tiqué comme beaucoup de confrères sur l’annonce proprement hallucinante faite par Marisol Touraine à ce même congrès, du report d’un an de l’obligation de publication des frais de gestion pour les complémentaires. Une obligation de publication des comptes « dont nous connaissons les difficultés qu’elle créait pour vous », dit-elle avec dans sa voix une compassion larmoyante que je ne lui avais jamais entendue auparavant quand elle s’adressait aux médecins…
Alors si le changement, maintenant, François, c’est d’enterrer le système de sécurité sociale né de 1945 en intégrant clairement les complémentaires dans la gestion du système, comme cela s’est longtemps fait aux USA du fait de l’absence d’une assurance maladie solidaire, pourquoi pas ? Si les caisses sont à sec, si l’Assurance-Maladie sous gouvernance est incapable de financer correctement le système, pourquoi pas ? Mais dans ce cas, pour un Président de gauche, le courage serait de le dire franchement aux citoyens, ceux qui t’ont élu, et les autres. Que les premiers sachent qu’ils se sont fait berner, et que certains des autres puissent poser leur réservation au Fouquet’s.
Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain
(2) http://www.dailymotion.com/video/x43jng_franchises-sur-les-soins-interview_news?search_algo=2
(3) Objectif National de Dépenses d’Assurance-Maladie
(4) Notons que ton prédécesseur, ne souhaitant pas gêner un électorat globalement âgé qu’il estimait lui être favorable, a réussi ce tour de force de décréter que les renouvellements d’affection longue durée échapperaient à ce couperet, créant ainsi une discrimination entre français : ceux dont l’HTA sévère a été constatée et reconnue avant juin 2011 sont pris en charge, ceux qui présentent les mêmes symptômes et les mêmes risques après juin 2011 ne sont pas exonérés. Ca s’appelle comment, en droit, ce différentiel entre citoyens français ? La discrimination rétroactive ?
(6) Dans l’avenant à la convention médicale que Marisol Touraine qualifie d’historique, ( alors qu’il entérine les dépassements d’honoraires jusqu’à 250% du tarif opposable, révélant bien qu’Assurance-Maladie et gouvernement considèrent que celui-ci n’est plus tenable), une obole de cinq euros par an et par patient est accordée sous condition au généraliste secteur 1 pour une partie de sa patientèle. Avec ces cinq euros, le généraliste est sensé coordonner un système qui dépense 3600 euros par an et par patient. Rien que ça. Touchez ma bosse, Monseigneur…
14:56 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : françois hollande, franchises sur les soins, franchises médicales, frédéric van roekeghem, médecins, pigeons, secteur 1, honoraires, consultation, marisol touraine, bruno-pascal chevalier, christian lehmann, axa, mutualité française, mutuelles, assurances, complémentaires, hypertension artérielle sévère, affection longue durée, hta, ald
11/02/2011
Taxation des feuilles de soins papier: "Mais dégagez-moi tous ces connards!!!"

Je télétransmets les feuilles de soins de mes patients depuis 2002 ( de mémoire).
A chaque fois que je télétransmets une feuille de soins, l'Assurance-maladie me rémunère royalement: 7 centimes d'euro.
Et économise 143 centimes d'euro, soit 1.43 euro, coût pour elle de la saisie d'une feuille de soins en papier par ses services.
Depuis 2002, j'ai donc fait économiser à l'Assurance-Maladie de l'argent, en faisant le travail de saisie des feuilles de soins à la place de ses agents, que le directeur de la dite Assurance-Maladie, issu, faut-il encore le rappeler, du directoire AXA, n'a donc pas eu besoin de remplacer.
Grâce aux médecins télétransmetteurs, les caisses ont économisé près de 300 millions d'euro par an depuis des années, et probablement à peu-près autant avec les autres professionnels de santé ( infirmiers, kinésithérapeutes, etc...)
En bon Français, j'ai donc payé un matériel de télétransmission, des mises à jour logicielles, une maintenance, etc... de ma poche ( car bien évidemment l'aumône versée ne couvre pas les frais, mais qui s'en soucie?...) et contribué à aggraver le chômage.

En bon directeur issu des assurances privées, Frédéric Van Roekeghem ( appelons-le Laurel, si vous le voulez bien) a donc externalisé sur ma pomme, et celle de mes confrères, un travail auparavant fait par ses services ( et qui lui incombe. Mon boulot c'est de soigner des patients, pas de gérer l'administration des caisses) et a réduit ses charges de personnel.
Mais cela ne suffit pas.
Il reste encore des feuilles de soins papier, et, quelle chance, l'Assemblée Nationale regorge de députés plus cons et abrutis les uns que les autres, prêts à donner du knout au médecin de base.
Oui, je sais, ce n'est pas ce que vous lisez à longueur de colonnes dans les journaux, qui vous rappellent le grand nombre de médecins à l'Assemblée, et l'existence d'un lobby médical. Comme me le disait un ancien politique UMP: "Est-ce que tu imagines vraiment qu'un excellent chirurgien ou un excellent médecin va se lancer dans la politique? A l'Assemblée, à le buvette, quand je les côtoie, j'ai l'impression d'être au café du coin... Ils ont fait de la politique pour échapper à leurs patients et à la réalité du quotidien."
Chaque année, les députés votent des textes aberrants cherchant à abaisser un peu plus la médecine générale, puis dans un jeu particulièrement pervers un Ministre nouvellement arrivé pointe ces nouvelles directives aussi connes qu'inapplicables, s'en émeut tout en expliquant que ce n'est pas de sa faute, pas de son ressort, ce sont les députés, fiers et indomptables, farouchement indépendants, etc... qui font les lois ( comme si lorsqu'il fallait voter les franchises les godillots UMP faisaient de l'obstruction...), et tente de s'amadouer les médecins en promettant, immense avancée pour la profession... de revoir à la marge les conneries pondues par les élus.

Ce qui s'appelle prendre les médecins pour des cons, mais à ce jeu-là, Xavier Bertrand ( surnommé XXB dans la profession, mais nous l'appelerons Hardy aujourd'hui, pour mieux comprendre) est passé maître. ( Pourquoi XXB? a demandé une collègue... Parce que XXL. )
Donc l'an dernier, les députés Yves Bur ( un Danube de la pensée à lui tout seul, les caries dentaires alsaciennes ne savent pas à quoi elles ont échappé...) et Jean-Pierre Door ont poussé les collègues à mettre en place cette fameuse taxe sur la télétransmission, au prétexte, que, quand même, les médecins devaient prendre sur eux afin de faire faire des économies à la collectivité.
Eh, connard!!!! A chaque feuille de soins électronique on fait économiser 10 francs ( je parle en anciens francs aux députés UMP, ça fait partie du plan Alzheimer) à l'Assurance-Maladie!
Mais non, c'est insuffisant. Il y a encore une marge d'amélioration à atteindre avant de pouvoir enfin filer l'Assurance-Maladie au privé. Donc les députés votent une taxe sur les feuilles de soins papier.
Et là, ça coince. Parce que les médecins qui ne télétransmettent pas gueulent, obligé. Mais parce que les médecins qui télétransmettent, comme moi, et se font déjà suffisamment entuber par Laurel et Hardy, les deux rejetons d'AXA, rechignent à être ponctionnés, en plus, de 50 centimes d'euro quand une feuille de soins électronique n'est rémunérée que 7 centimes d'euro.
Xavier Bertrand, avec le talent d'enfumeur professionnel qu'on lui connaît, explique que la taxe ne sera pas appliquée de manière imbécile ( noooon, pas avec lui et son autre compère, nooonnnn....) mais qu'elle a valeur éducative ( Prends-moi pour un con, mon gros!)
Les syndicats médicaux montent au créneau, interpellent les pouvoirs publics. Sur le mois de Janvier, les statistiques des confrères télétransmetteurs donnent le pourcentage suivant pour les feuilles de soins papier.
Feuilles de soins réalisées parce que le patient avait oublié sa carte: 7%
Feuilles de soins réalisées parce que l'Assurance-Maladie du patient ( que ce soit la CNAM, la MGEN, la calamiteuse CAMIEG ou autre...) n'a pas refait la carte à temps, ou étudie le dossier depuis six mois, etc...: 93%
Les patients s'émeuvent que le médecin répercute le prix de la taxe imposée par les députés UMP sur le tarif de la consultation, à la demande plus ou moins expresse de l'ancien assureur privé que Jacques Chirac a foutu à la tête de l'Assurance-Maladie.
Personnellement, j'ai le sentiment d'en avoir fait assez. Voici 11 ans que je paie de mes deniers pour faire le travail administratif des caisses. je n'accepte pas d'être pénalisé par un oubli du patient, ou par une défaillance des caisses.

Je conseille donc aux assurés de prendre exemple sur les manifestants Tunisiens et Egyptiens. Inscrivez-vous dans l'Histoire, les gars, comme l'autre bouffon à talonnettes y exhortait les Africains dans ce discours de Dakar qui restera le seul souvenir qu'il laissera. Investissez les Caisses d'Assurance-Maladie, elles vous appartiennent. Et exigez la démission des responsables.
Bur, Door, la clique de godillots somnolents, DEGAGEZ!
Et Laurel et Hardy, idem. Avec plumes et goudron en prime.

La franchise de Xavier Bertrand... à géométrie variable...
Dernière minute:
Apparemment, l'argumentaire de la "responsabilisation des patients", si cher à Nicolas Sarkozy pour faire passer ses franchises sur les soins, n'est pas arrivé aux oreilles de son sous-fifre.
Un confrère me signale que Xavier Bertrand, l'assureur de mobylettes, a osé déclarer: "Il n'est pas question que les assurés sociaux se fassent pénaliser de 50 centimes". Et mon confrère ajoute, très finement: "Pour piquer 50 cts sur chaque boite de médoc aux mêmes assurés sociaux, ça n'a posé aucun problème, ni soulevé aucune question à l'UMP!... Laurel et Hardy avaient au moins le mérite d'être drôles."
28/01/2011
MEDIATOR: Faillite de l'expertise, et faux chevaliers blancs
L'affaire du MEDIATOR est dans tous les journaux.
Encore aujourd'hui je vois deux pleines pages sur La Revue Prescrire dans Libération.
Et chaque jour voit son lot de rebondissements. Hier c'était l'assureur AXA qui informe le laboratoire SERVIER que... "ah dommage c'est con les gars mais vous n'êtes pas assurés pour les risques liés aux anorexigènes... ". SERVIER qui a cru faire le malin en affirmant pendant des années que le MEDIATOR n'était pas un anorexigène ( c'est à dire un coupe-faim), mais un médicament contre le diabète, est pris à son propre piège. Et ça risque de lui coûter très très cher. Aujourd'hui, c'est apparemment le député Gérard Bapt, en charge de la mission d'enquête parlementaire sur le MEDIATOR, qui révèle que le professeur ACAR, qui vient de sortir une contre-expertise sur les chiffres de décès attribués au médicament, est... fondateur de l'association francophone de cardiologie dont les congrès sont financés par... SERVIER. Amusant, le matin même, j'avais reçu un mail de la revue Preuves et Pratiques ( qui en monte, des congrès sponsorisés...) pour m'informer:
AFFAIRE MEDIATOR : Un cardiologue de renom s'exprime
Après les journalistes, les politiques, les ministères et les agences de santé, le Professeur Jean ACAR, connu pour son intégrité et considéré comme un des « papes » de la valvulopathie mitrale, s'est exprimé.
www.cardiologie-francophone.com
Dans le contexte actuel il nous paraît important de relayer l'expression de spécialistes reconnus. Nous ferons suivre ces analyses sans esprit partisan avec le souci de transmettre des informations de qualité et indépendantes.
Bonne lecture.
La Rédaction.
Et pour être sûr que je comprenne bien, ils me le remettent en anglais
MEDIATOR AFFAIR : A renowned cardiologist's view
After words from the press, politicians, ministers and medical agencies, Professor Jean ACAR, who is known for his integrity and considered as one of the «Popes» of mitral valvulopathy, expressed himself.
www.cardiologie-francophone.com
In the present context we think it is important to relay the words of renowned spécialiste. We will make a neutral follow-up of these analysis with the concern of conveying quality and independent pieces of information.
Good reading
The Editorial team
Amusant, non? Personne n'a dit au rédacteur de ce mailing qu'on ne dit pas "MEDIATOR AFFAIR", à moins qu'en plus SERVIER ait couché avec son médicament, et que dans un pays anglo-saxon, être un "Pope" de la valvulopathie, ça ne veut pas dire grand-chose.
Ca ne veut pas dire grand-chose en Français non plus, de parler de "Pape", et "spécialiste reconnu", parce que ce que ces braves gens ne comprennent pas, ou comprennent trop bien, c'est que ce qui est en jeu, c'est LA FAILLITE DE L'EXPERTISE.
Par défaut d'indépendance, les experts ont failli. C'est pourtant simple à comprendre, non? Personne, à mon sens, ne l'a dit mieux et plus clairement que mon ami Philippe FOUCRAS, fondateur du FORMINDEP ( www.formindep.org ) :
« Regardons la réalité en face : ce sont les meilleurs, ces experts issus du système hospitalo-universitaire, qui ont autorisé le Mediator et n'ont pas vu qu'il y avait un problème, et ce sont les petits généralistes et les pharmaciens de rien du tout de Prescrire qui ont dénoncé ça. Peut-être faut-il revoir la définition de "meilleurs" car le vrai critère du meilleur ce n'est pas seulement les diplômes et les titres, mais l'indépendance. »
Depuis le temps que les lanceurs d'alerte indépendants le crient dans l'indifférence quasi-générale, et grâce entre autre aux affaires qui précédèrent celle-ci ( STALTOR, du labo Bayer, VIOXX, du labo MSD, H1N1, du labo Grosselime Bachelot and associates), les journalistes, et les Français, commencent à comprendre que le "grand professeur en blouse blanche nimbé de sa superbe" qui cause-dans-le-poste ne vaut pas mieux, et probablement beaucoup moins, que le généraliste à 23 euros qui lit Prescrire. Enfin! Il aura juste fallu quelques décennies, pendant lesquelles les rédacteurs de PRATIQUES ( la courageuse revue du SMG, dont je parlais il y a quelques jours), les rédacteurs de Prescrire, se sont vus vilipendés et traités d'ayatollahs, de pisse-froids, d'aigris, par ceux-là même dans la profession qui servaient la soupe au LEEM et acceptaient d'être financés par ces firmes pharmaceutiques...
L'affaire du MEDIATOR est dans tous les journaux, donc, et, franchement, ça me met un peu les glandes. Comme me mettent les glandes les centaines d'articles élogieux "découvrant" Stéphane Hessel, quand AUCUN grand média, à part l'Humanité, ne reprit lorsqu'il le fallait, c'est-à-dire avant la catastrophe nationale que constitua l'élection de Nicolas Sarkozy, l'Appel des Résistants aux jeunes générations, qui en 2004 rappelait l'héritage du Conseil National de la Résistance que Sarkozy et ses amis allait mettre à bas.
Tout ce qui est dans "INDIGNEZ-VOUS" était dans cet Appel, mais les média regardaient ailleurs.
Tout ce qui sort aujourd'hui sur le MEDIATOR, sur les firmes, était dans la Revue PRESCRIRE, dans PRATIQUES, dans "PATIENTS SI VOUS SAVIEZ", dans "LES FOSSOYEURS", depuis des années.
Mais, comme m'avait répondu un journaliste de Libération alors que j'essayais d'attirer en 2007 l'attention sur le programme santé de Nicolas Sarkozy et ses "franchises", "C'est vachement sympa, ton livre, mais c'est pas le sujet de l'élection. Le sujet, c'est l'identité nationale et le drapeau." Presse calamiteuse, presse de suivistes... L'identité nationale et le drapeau, les deux hochets qu'agitait Sarkozy et que, bonne fille du Poitou, Ségolène Royal s'était magistralement appropriée, combattant sur le terrain de l'adversaire en délaissant les questions sociales...
C'est en suivant ce fil de pensées, pensées ambivalentes parce que, même s'il est bien tard, je suis content que ces choses sortent enfin... que j'ai commencé à penser à ma Boîte Noire. A ce qu'il y a dedans. A ces gens qui pavanent aujourd'hui dans les média, s'inventent des armures de chevaliers blancs, "découvrant" l'ampleur du désastre sanitaire... qu'ils ont fortement contribué à mettre en place. Je pense à Xavier Bertrand, tiens, qui publie ses liens d'intérêt et ceux de Nora Berra pour les journalistes... Je vous en livre juste la conclusion:
Xavier Bertrand indique qu'il se consacre exclusivement à ses mandats politiques et électifs et qu'il a cessé son activité professionnelle dans le secteur de l'assurance en 2004 date à laquelle il est entré au gouvernement pour la première fois.
Pour sa part, Nora Berra rappelle que pour assumer pleinement son engagement politique, elle a cessé l'ensemble de ses activités professionnelles dès début 2009, en amont des élections européennes de juin 2009 auxquelles elle était candidate. Ses activités de praticien attaché au service d'immunologie clinique (spécialité VIH) de l'hôpital Edouard Herriot de Lyon qu'elle occupait depuis 1991 et de Médecin des affaires médicales de trois laboratoires pharmaceutiques (Boehringer Ingelheim de 1999 à 2001 - Bristol Myers Squibb de 2001 à 2006 - Sanofi Pasteur MSD Europe de 2006 à 2009) ont donc pris fin à cette date.
Xavier Bertrand et Nora Berra tiennent à remercier leurs collaborateurs qui se sont prêtés à l'exercice de déclaration d'intérêts alors que celui-ci n'est à ce jour ni prévu, ni encadré. Cette démarche dictée par la recherche de la plus grande transparence, dans un contexte où le Ministère chargé de la Santé a notamment la responsabilité de porter une réforme exemplaire de notre système du médicament, ne préjuge en rien les recommandations que la Commission de réflexion pour la prévention des conflits d'intérêt dans la vie publique, présidée par le vice-président du Conseil d'Etat, pourra être amenée à formuler.
Rappelons que Nora Berra s'était illustrée en Novembre dernier en mettant en doute l'imputabilité des décès attribués au MEDIATOR, puis, mise en cause, avait répliqué que c'était un atout pour elle d'avoir travaillé pour des laboratoires car elle connaissait donc d'autant mieux « les problématiques auxquels ils sont confrontés. » Ajoutant dans le Parisien, ce qui est la réplique HABITUELLE du service de communication du LEEM lorsqu'on pointe tel ou tel expert financé par les firmes: « Je ne pense pas qu'un brevet d'incompétence sur les sujets dont on a la charge soit la meilleure garantie pour répondre aux attentes des Français. » ENORME. Allez, moi je vous le dis, avec ces deux-là, on n'a pas fini de s'amuser. La suite? C'est ici. Pour bientôt.
12:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mediator, servier, axa, xavier bertrand, nora berra, roselyne bachelot, h1n1, prescrire, liberation, critique des medias
05/01/2011
Comment la santé devint rentable (16)
En 2012, la « redéfinition des critères d’affection longue durée », instaurée par Roselyne Bachelot en 2010, arriva à son terme sous l’égide de Xavier Bertrand.
Les pathologies chroniques ( diabète, hypertension, etc…) n’étant plus prises en charge avant le stade des complications, seuls les ménages les plus aisés pouvaient payer les soins, les malades les plus démunis renonçant à la prévention.

Dessin paru en 2008 sur le site www.alexiscartoon.com, lors de la précédente tentative menée par Frederic Van Roekeghem, ancien de chez AXA(R), de "redéfinir le champ des ALDs..."
© Alexis, reproduction avec l'accord de l'auteur.
( Le site d’un mec qui dessine parce qu’une infirmière gagne (au moins) 100 fois moins qu’un footballeur.)
12:24 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ald, frederic van roekeghem, xavier bertrand, axa, roselyne bachelot, santé, sécurité sociale
18/10/2007
Feuille de route
Je suis un idéologue.
L’accusation portée à la suite d’une chronique sur les arrêts de travail, par un(e) représentant(e) du patronat, m’a fait sourire.
Car le MEDEF s’enorgueillit, comme la droite bling-bling Sarkozy, de ne pas se soucier d’idéologie, mais d’oeuvrer les deux pieds dans la glaise, avec un épais bon sens, loin de prises de tête forcément bolchévico-marxistes.
C’est le Président, avant un long discours devant les Journalistes de l’Information Sociale, martelant : « Je ne suis pas un idéologue ».
C’est sa ministre de l’Economie enfonçant le clou : « La France est un pays qui pense. J’aimerais vous dire: assez pensé maintenant, retroussons nos manches ».
C’est Brice Hortefeux, fidèle zélateur de l’Identité Nationale et caution du vote FN, qui entonne : « J’écoute d’abord le peuple, pas les élites ».
Ils brossent ainsi, chacun à leur manière, le portrait de rudes travailleurs, proches du terrain, bien loin d’arrières pensées idéologiques malsaines.
Pour les avoir combattus dans le domaine que je connais le mieux, celui de la santé, pour m’être longtemps posé, devant le désastre sanitaire qu’ils ont contribué à mettre en place, la terrible question de l’intentionnalité ( en clair, étaient-ils, selon la formule désormais célèbre d’Arnaud Lagardère, malhonnêtes, incompétents, ou, au choix, les deux ?), j’ai été amené à conclure, dans le livre que j’ai consacré à cette question, « Les Fossoyeurs », que la droite UMP était victime d’une réelle schizophrénie, tiraillée entre son adhésion aux règles d’un marché libre et sans contraintes, et le souvenir toujours vivace du socle du pacte républicain né du Conseil national de la Résistance en 1945.
Imaginez donc ma surprise en découvrant récemment, dans les colonnes du magazine Challenges, sous la plume de Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF, ancien directeur général d’AXA, la feuille de route que la droite Sarkozy planque sous la table depuis des années.
Sous le titre « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde », l’idéologue du patronat financier, totalement décomplexé, salue la « profonde unité du programme ambitieux » de Nicolas Sarkozy qui consiste « à défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. » Programme qui instaurait une sécurité sociale, un droit du travail, la libération de la presse des intérêts financiers…
On se frotte les yeux, on croit rêver. Mais non, c’est bien là, devant nos yeux, ces lignes méphitiques qui tirent un trait sur l’héritage de la Résistance, ces lignes qui arracheraient des larmes au gouvernement de Vichy. Et on comprend mieux pourquoi l’appel des résistants aux jeunes, co-signé par Lucie et Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Germaine Tillion et bien d’autres, eut si peu d’écho en 2004 dans des média majoritairement aux mains de ces « Fossoyeurs ».
(publié dans Témoignage Chrétien le 18 Octobre 2007)
15:15 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Denis Kessler, MEDEF, Conseil national de la resistance, AXA












