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17/12/2012

Bruno-Pascal Chevalier (1963-2012)

Militant inlassable et sans concession, Bruno-Pascal Chevalier, compagnon dans la lutte contre les franchises sur les soins, est décédé ce jour.


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"Je cherche la région cruciale de l'âme, où le mal absolu s'oppose à la fraternité" 

André Malraux

06/12/2012

Santé et mutuelles: quelques vérités...VROOM VRROOMMM VAVAVOOOOMMM

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Le combat actuel des professionnels de santé contre la proposition de loi socialiste sur les réseaux mutualistes n’est pas seulement, comme certains de leurs dirigeants tentent de le faire croire, un combat corporatiste, c’est un combat qui pointe les immenses contradictions dans lesquelles s’enferrent les politiques… et les mutualistes quand en interne ils ne balaient pas leurs écuries d’Augias et tentent de tenir un discours larmoyant sur l’accès aux soins solidaires tout en sponsorisant des rallyes de courses automobiles avec l’argent des cotisants, un argent qui devrait uniquement être consacré au remboursement des soins.

Médecin, citoyen, je n’admets pas qu’un gouvernement « socialiste » organise avec les mutuelles ce que la droite a tenté de faire avec les assureurs : la privatisation larvée du soin.

 

Dans les sept dernières années, depuis la catastrophique convention médicale de 2005, qui mit à bas la médecine générale et participa au désastre sanitaire actuel, j’ai côtoyé de nombreux mutualistes, des gens sincères, mûs par l’intérêt général, qui ne collectionnaient pas plus les Ferrari que je ne joue au golf…

 

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Parmi eux, Richard Hasselmann, alors directeur de la Mutuelle des Ménages Prévoyants, fut l’un de ceux qui oeuvrèrent avec le plus de constance pour tenter d’aider à sauver le système du médecin référent, dont la destruction par les syndicats médicaux réactionnaires à l’époque ( les mêmes que Marisol Touraine félicite aujourd’hui pour leur nouvelle signature) constitua pour la médecine générale un retour en arrière d’une vingtaine d’années, amenant un grand nombre de confrères à dévisser leur plaque et à changer d’activité. Sans aucun moyen pour faire fonctionner le pseudo «  parcours de soins » de Douste Blazy et Bertrand, celui se transforma en labyrinthe tarifaire, comme nous  l’avions dénoncé à l’époque dans le « Manifeste contre les mensonges de la réforme ».

 

Aujourd’hui en retraite de son poste de directeur de mutuelle, Richard Hasselmann continue à œuvrer dans le domaine de l’économie sociale et solidaire. Il publie dans les Echos ce texte, dans lequel nombre de professionnels de santé et de patients pourront se reconnaître :

 

Santé et mutuelles... quelques vérités !

Lors du dernier congrès de la FNMF, dans une belle envolée, le Président de la République a promis une complémentaire santé pour tous et la fin des avantages exorbitants attachés aux contrats collectifs. Ce faisant, le président et sa ministre de la santé ont fait montre d'un sens politique sujet à caution, voire d'une inquiétante méconnaissance des réalités.

En effet, nous ne sommes pas sûrs que cette sortie d'évidente bonne foi rende effectivement service au mouvement mutualiste français. Ce mouvement porteur d'un formidable idéal est en effet tiraillé entre de vraies mutuelles de base, des groupes mutualistes hybrides prompts à singer les assureurs, et des mutuelles de fonctionnaires, longtemps abritées et désormais enclines à sortir de leur clientèle captive initiale par une Union européenne éprise de concurrence à tous les étages.

S'agissant des contrats collectifs, il faut d'abord se souvenir qu'ils ont été créés comme de véritables instruments de négociation dans les entreprises. Bien vite, les assureurs de la FFSA et les institutions paritaires du CTIP ont vu là une formidable opportunité pour mordre sur le segment du complémentaire santé. Cela d'autant que nombre de DRH utilisent le contrat collectif santé comme un des atouts du job proposé, ou… de la modération salariale imposée !

La récente proposition de loi relative aux conventionnements, par le biais de réseaux de soins, les débats entendus ici ou là, truffés d'approximations et contrevérités, la montée en charge de l'automédication, la création éventuelle d'une mutuelle libre (sic) et surtout l'augmentation du renoncement aux soins me conduisent à sortir de mes gonds ! Il est en effet très urgent de dires les choses sans ambages et de réunir autour du mouvement mutualiste français des citoyens dont on sera sur qu'ils ne soient otages d'aucun lobby, politique, syndical, corporatiste ou industriel.

Dire les choses c'est en premier lieu proclamer que la santé est le bien le plus précieux de l'individu. Sans elle toutes les activités humaines sont amoindries ou impossibles. C'est à son niveau que se situe la pire des injustices et des inégalités, et, partant, c'est là et d'abord là que le denier public doit être engagé pour que la solidarité nationale prenne en charge ce que l'intérêt général commande.

Dire les choses c'est se poser la question de la pertinence de l'UNOCAM (Union nationale des organismes complémentaires d'assurance maladie). Une instance qui se veut être le creuset de consensus entre ses membres (FFSA/CTIP/FNMF), alors que tout les oppose, leurs statuts, les codes qui les régissent, les intérêts de rentabilité, les modes de gouvernance et les populations cibles.

À cet égard, le contrat collectif évoqué supra est exemplaire, il ne répond pas au véritable idéal mutualiste, alors qu'il est un accord gagnant/gagnant pour l'entreprise et le salarié quand il peut en profiter. Cette cible privilégiée des assureurs et IP, est une charge pour la collectivité, et une iniquité pour les salariés des PME/TPE et plus généralement pour tous les citoyens qui n'y ont pas accès. Avantage pour l'entreprise sur le plan des exonérations de charges sociales et fiscales (IS) et pour le salarié, outre la fraction de cotisation prise par l'entreprise, la partie laissée à la charge du salarié est déduite du revenu imposable. Ainsi, une dépense fiscale collective favorise le confort de groupes (entreprises et branches) et ouvre la voie à de nombreux professionnels de santé, à perdre "tact et mesure" sachant que ces contrats sont les lieux de toutes les surenchères démagogiques au niveau des prises en charge de toutes sortes.

Dire les choses, c'est crier haut et fort que n'est pas mutuelle qui veut et qu'au sein même du mouvement mutualiste, il va falloir avoir le courage de reposer les bonnes questions. À cet égard, la vieille règle des 4P (public, produit, prix, publicité) avait du bon. Une vraie mutuelle est un groupement de citoyens, sans but lucratif, qui doit fonctionner à dire souverain de ses adhérents via son AG. À l'heure où la labellisation est à la mode, l'ACP (Autorité de contrôle prudentiel) a un rôle à jouer, pour sonder les modes de gouvernance, les charges de fonctionnement, et la compétence de pilotage interne de ces acteurs.

Dire les choses c'est aussi souligner que certaines mutuelles, en particulier celles de la fonction publique, gèrent par délégation de la Sécurité sociale le régime obligatoire (RO) de leurs adhérents et reçoivent à ce titre des allocations de gestion. Cela n'est pas neutre au moment où l'on veut comparer les chargements de gestion, entre la Sécurité sociale (avec une assiette obligée dont l'ampleur impacte à la baisse le cout de gestion), et les acteurs du RC (régime complémentaire).

Dire les choses c'est aussi constater que le débat sur les réseaux de soins conventionnés est un faux débat. À ce propos le "pas de deux" du ministre de la Santé amodiant la proposition de loi pour la cantonner aux seules optique et dentaire, prouve que l'on ne sait pas de quoi l'on parle. Compte tenu du Code de la Mutualité (Article L112.1) modifiant l'article L.121.2 du code de 1985, une vraie mutuelle peut faire tous les conventionnements qu'elle veut, après accord de son AG en utilisant les vecteurs de communications dont elle dispose, pour conseiller à ses adhérents les professionnels de santé établissements et fournisseurs, avec lesquels elle a contracté.

Il n'est nul besoin de légiférer ni de moduler le niveau de prise en charge. L'adhérent garde son libre arbitre, il sait où son reste à charge sera le plus important, et cela n'exclut pas les prestataires (en optique notamment) qui sont en proximité et en dehors du jeu des conventionnements fermés. À ce niveau, dire les choses c'est remarquer que sauf erreur, le dentaire et l'optique sont des déterminants de santé et qu'à ce titre rien ne justifie le désengagement de la sécurité sociale avec des prises en charge ridicules. Cette même Sécu est bien moins regardante pour des médicaments au service médical rendu insuffisant ou pour des équipements et services qui relèvent plus du confort que de la vraie santé (cures thermales, VSL notamment).

Dire les choses c'est enfin et peut être surtout réaffirmer que les vraies mutuelles ne dorment pas sur un tas d'or, mais sur des marges de solvabilité et réserves qui leurs sont imposées par des normes internationales (SOLVENCY) qui ignorent leur spécificité, avec des risques courts et des facultés annuelles d'ajustement des cotisations et des prestations. Libérées d'obligations d'allocation d'actif et de charges fiscales nées d'un amalgame confortable pour beaucoup, les vraies mutuelles seraient disponibles pour s'investir puissamment, en proximité, dans des actions de préventions et d'éducation thérapeutique des patients en collaboration avec les professionnels de santé, qui n'ont jamais été considérés comme des adversaires, mais bien des alliés.

Cela donnera sens à la notion de citoyen acteur de sa santé, car à bien y regarder cet acteur majeur est peu entendu. Le citoyen financeur et un jour patient vous dira qu'il a confiance en son médecin, et qu'à l'heure de l’Open Data, lui et le groupe de citoyens où il adhère aimeraient disposer de données et informations pour permettre les meilleurs choix, en terme de qualité et de coûts. Il suffit de le vouloir pour que le payeur individuel ou collectif ne soit plus "aveugle" et exerce son libre arbitre.

RICHARD HASSELMANN

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/social/sante/221160443/sante-et-mutuelles-quelques-verites

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La Matmut, filiale de la Mutualité Française, tient son nom de ses origines: "MUTUELLE ACCIDENT DES TRAVAILLEURS MUTUALISTES".

Les députés "socialistes" qui ont voté la loi sur les réseaux "mutualistes" sont sans doute grandement préoccupés du bien-être des pilotes de rallye automobile. C'est tout à leur honneur.

 

04/12/2012

Le MarisolGate, c'est maintenant!

 Le MarisolGate, c’est maintenant !

 

 

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Depuis des années, la Santé est aux mains d’incompétents et de cyniques. Avec Marisol Touraine, je crains que nous soyons arrivés à une synthèse parfaite entre les deux.

Nous avons eu droit à Philippe Douste-Blazy, le célébrissime inventeur du massage cardiaque assis, et à sa convention du médecin traitant, qui a consisté à écraser les médecins sous les contraintes administratives et a permis de ne pas rembourser les patients quand leur généraliste décède ou dévisse sa plaque. « C’est en changeant tous un peu qu’on peut tous vous baiser »

Nous avons eu droit à Xavier Bertrand, ex-assureur de mobylettes chez AXA. Xavier Bertrand, tout en rondeur et en promesses, l’homme qui expliquait dès 2005 que sa réforme redresserait les comptes de la Sécu, que le Dossier Médical Partagé était l’avenir de l’humanité, que la Tarification à l’Activité ne mettrait pas les soignants hospitaliers à genoux, et que les accords signés avec les chirurgiens ne resteraient pas, foi d’assureur, lettre morte.

Nous avons eu droit à Roselyne Bachelot, sa loi Hôpital-Patients-Santé-Territoire et ses Agences Régionales de Santé pleines d’administratifs improductifs pondant des wagons de textes inapplicables qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes. Roselyne sonnant le tocsin dans des vaccinodromes vides lors de l’épidémie de grippe en 2009, qui justifia l’achat de vaccins inefficaces en lot de dix pour des centaines de millions d’euros, par le fait que les généralistes, ces gueux, ces minables, étaient incapables de respecter la chaîne du froid. Aujourd’hui, sur D8, elle oscille sur des talons aiguille pour déclamer des passages porno sado-maso de « 50 nuances de Grey ». Après la chaîne du froid, Roselyne a les chaînes au fion.

Nous eûmes droit ensuite au retour de Xavier Bertrand, comme quoi la peste peut frapper deux fois au même endroit, qui continua à promettre beaucoup et à faire très peu, à part médailler les syndicalistes médicaux à qui le pouvoir politique, de renoncements en traitrise, devait beaucoup.

Puis arriva Marisol.

Sur les franchises sur les soins, combattues avec virulence par les socialistes quand Sarkozy était au pouvoir, elle ne fit RIEN

Sur la stupide sortie de l’HTA sévère du champ des affections longue durée, dénoncée par François Hollande pendant sa campagne, elle ne fit RIEN.

Car elle avait une tout autre croisade , Marie-Soledad, qui en catalan signifie « la fille très simple qui signe ses parapheurs dos à la cheminée ».

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Depuis son arrivée aux affaires, Marisol Touraine martelait qu’elle entrait en croisade contre les dépassements d’honoraires. Soit. C’était un angle comme un autre pour réformer le système de santé, exsangue, à condition de tirer les constats de la situation actuelle et de ne pas se cantonner à l’affichage politique.

 Je ne pratique pas de dépassement, ce qui signifie que ma rémunération est tributaire du tarif fixé par l’Assurance-Maladie, un tarif en gros de 50% inférieur au tarif moyen de la consultation médicale d’un généraliste européen. Freiner les dépassements d’honoraires, c’était aussi, me semblait-il, poser la question des tarifs opposables, de leur grandissante inadéquation avec la réalité économique d’une petite entreprise comme peut l’être un cabinet médical. Que nenni ! Ayant monté en épingle les dépassements de quelques pontes hospitaliers, Marisol Touraine réalisa, un peu tard, que se posait soudain la question cruciale : « Mais que rembourse l’Assurance-Maladie ? Quelle valeur accorde t’elle à la consultation d’un médecin ? »

Pour éviter de voir la réalité en face, d’admettre que certains « petits dépasseurs » utilisaient ce complément d’honoraires pour maintenir la viabilité de leur cabinet et payer leurs charges, il fallut alors à Marisol Touraine forcer le trait, asséner sur tous les plateaux que contrairement à la réalité qui affleurait jusque dans les colonnes de journaux guère tendres habituellement avec la gent médicale, les médecins en secteur 1, à tarif opposable, n’étaient guère à plaindre. « Pour arriver à une rémunération correcte, les généralistes travaillent beaucoup, près de soixante heures par semaine », lui signalait une journaliste à la télévision. « Certains d’entre eux travaillent beaucoup… pas tous ! Pas tous ! », ironisait la Ministre, qu’on soupçonnait alors de tenir prête dans sa poche une liste de branleurs généralistes habitués des terrains de golf. Un autre intervenant, dans une autre émission, lui signalait que le généraliste français se situait dans la moyenne basse européenne. « Ils sont dans la moyenne, ils sont dans la moyenne ! » scandait-elle alors, hautaine. Comment dire sans trop vexer la mal-calculante? Par rapport à ses confrères allemands ou anglais, les moyens dont dispose le généraliste français sont deux à trois fois moindres…Et au tarif du secteur 1, mêmes les centres de santé crèvent sur pied, malgré les subventions municipales, régionales ou mutualistes qui leur sont allouées, et auxquelles bien entendu le médecin libéral en ville ne saurait prétendre…

Au bout de 24 heures de garde à vue, il se trouva trois syndicalistes pour signer l’avenant numero 8 sous le regard bienveillant du greffier, Frederic Van Roekeghem, le très libéral directeur de l’Assurance-maladie , l’homme qui en 2004 a détruit l’option médecin-référent avec l’aide des syndicalistes les plus réactionnaires de la profession ( que le pouvoir UMP a ensuite médaillé pour services rendus), l’homme qui a mis en place sans sourciller les franchises sur les soins ( contre lesquelles s’élevaient avec vigueur les parlementaires socialistes… avant d’arriver aux affaires), l’homme qui en 2008 proposait de ne plus rembourser les médicaments dits « de confort » aux cancéreux, l’homme qui organise la chasse aux arrêts de travail prétendument injustifiés en harcelant les médecins généralistes et en falsifiant les chiffres, l’homme venu du directoire d’AXA qui utilise les techniques de management du privé au sein même de ce qui fut la « Sécurité Sociale »… Cet homme, ancien directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy, est aujourd’hui considéré par Catherine Lemorton, députée socialiste comme » un grand serviteur de l'Etat, avec qui il est très agréable de travailler », et par les journalistes du sérail,  très clairement, comme « le véritable ministre délégué à la Santé »… 

Trois syndicalistes, donc, ont signé. Michel Chassang, l’homme à la poitrine chargée de médailles, qu’on ne présente plus, et qui expliquerait dès le lendemain que l’accord protégeait le secteur 2. Son frère ennemi de MGFrance, bien destiné à se venger de la perte de la convention spécifique des généralistes et à faire fonctionner les tribunaux de l’UNCAM. Et au milieu, le ravi de la crèche, Christian Jeambrun, bientôt démissionnaire, dont je voudrais rappeler la compétence médicale et syndicale par ses fortes paroles prononcées pendant la grippe H1N1 : « Nous allons vivre un état de guerre. Les libéraux ne sauraient exprimer le moindre état d’âme personnel sur le vaccin. Compte tenu de l’exemplarité qui doit être la leur, les médecins qui refusent personnellement le vaccin devront avoir à cœur de ne pas en faire état auprès de leurs patients. » Je sais, c’est comme l’eau ferrugineuse de Bourvil, on ne s’en lasse pas…

Et dans la foulée, Marie-Soledad fit passer à l'Assemblée la loi sur les réseaux mutualistes, loi portée par des députés eux-mêmes anciens administrateurs de mutuelles dont la fameuse LMDE, Mutuelle Des Etudiants, que le journal Le Monde et la revue Que Choisir épinglaient ainsi il y a deux mois: "Opacité, pratiques commerciales douteuses, qualité de service dégradée: pour la première association de consommateurs, ce système est aussi "défavorable aux étudiants qu'onéreux pour la collectivité."

 

Les députés socialistes volèrent au secours de la rapporteuse, démontrant une fois de plus que l’on peut batailler pour que les médecins intervenant dans le domaine du médicament déclarent leurs liens d’intérêt ( ce qui est tout à fait normal), mais que pointer un évident lien d’intérêt chez un homme politique serait une faute morale !

A gauche, la députée Jacqueline Fraysse, cardiologue (Front de Gauche, Hauts-de-Seine), a émis des réserves sur le texte, redoutant qu'il organise "un véritable glissement du principe de prise en charge socialisée et universelle par l'assurance maladie vers une logique contractuelle et individuelle, sur le modèle assuranciel, marquant un pas de plus vers la privatisation rampante de la sécurité sociale".

La loi passa, en pleine nuit, comme souvent les forfaitures les plus dégueulasses. Demain assureurs et mutuelles vont pouvoir faire leur marché, chez les médecins, et chez les patients. Car soyons clair, il y a une parfaite continuité entre l’avenant 8 et la loi sur les réseaux mutualistes.

Les complémentaires ont toujours eu besoin des dépassements d’honoraires pour exister. Si l’Assurance maladie remboursait les actes médicaux à leur juste valeur, il n’y aurait pas, ou très peu, de compléments d’honoraires, et les complémentaires crèveraient sur pied. Mais pour calculer leur marge bénéficiaire, les complémentaires ont besoin de pouvoir border les dépassements d’honoraires, afin de les utiliser pour ramener des clients captifs, sans risque excessif pour leur trésorerie. Les syndicalistes médicaux, comme Michel Chassang, qui ayant signé l’avenant 8 font semblant de combattre aujourd’hui les réseaux mutualistes, se foutent du monde. Comme en 2005 lorsque la médecine générale fut mise à bas par la CSMF, je vous dirais aujourd’hui : « La médecine a été poignardée une fois de plus dans le dos. Et il y a des empreintes sur le manche. »

En 2006, au moment de prendre la tête d’une complémentaire, un homme, un visionnaire, s’extasiait en ces termes : « Je suis fier de prendre la direction d’un acteur historique majeur de la protection sociale. Mon ambition est de relever les défis des réformes à venir qui transformeront profondément l'intervention des acteurs complémentaires, notamment dans le domaine de la santé, pour jouer un rôle de premier plan dans l'amélioration des services de protection sociale. »

Cet homme s’appelait Guillaume Sarkozy.

Et il peut remercier François Hollande

 

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Comme on le voit, avec François Hollande…

Le conventionnement sélectif des médecins, c’est maintenant

L’organisation du système de soins par des puissances financières, c’est maintenant

Les médecins mutualistes payés huit euros à la pièce, c’est maintenant

Les remboursements différenciés selon le parcours imposé par les complémentaires, c’est maintenant

L’opacité des comptes, c’est maintenant

L’explosion des coûts de la publicité à la charge des cotisants, c’est maintenant

Les maisons de santé déficitaires rachetées par les mutuelles et les assureurs, c’est maintenant

Les mutualistes solidaires possédant huit Porsche faisant la morale aux chirurgiens sur le tact et la mesure, c’est maintenant

Les conflits d’intérêts des députés socialistes, c’est maintenant

La privatisation du soin, c’est maintenant

Mais grâce à vous, médecins qui refusez d’être des pigeons :

Le MutuelleGate, c’est maintenant !

Le MarisolGate, c’est maintenant !

 

 

Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain, initiateur en 2007 du combat contre la franchise sur les soins.

http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/

Discours prononcé en clôture de la manifestation parisienne du 02/12/2012. (1700 selon la police, 4500 selon les organisateurs...)  Video en ligne:

https://www.youtube.com/watch?v=MHr102u5Aq0

28/11/2012

Si vous avez moins de trente ans, vous connaissez probablement "No Pasaràn"...

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Si vous avez moins de trente ans, vous connaissez probablement No Pasaràn pour l’avoir lu, et peut-être même étudié, au cours de votre scolarité. Ce que vous ne savez probablement pas, c’est que ce livre a connu une suite en 2005, intitulée Andreas, le retour. La trilogie se conclut cette année avec la parution de No Pasaràn, Endgame. L’occasion de (re)découvrir une œuvre qui mérite qu’on s’y attarde.

Lorsque Thierry, Eric et Andreas s’échappent lors d’une sortie scolaire à Londres, ils sont loin de se douter des conséquences de leur geste. A la vue d’un insigne présent sur le blouson d’Andreas, le propriétaire d’une mystérieuse boutique de jeux vidéo leur remet une étrange disquette : L’Expérience Ultime. Mais il ne s’agit pas d’un simple jeu…

De ce point de départ somme toute assez classique, l’auteur déploie une trame narrative très cohérente qui s’appuie sur des personnages forts. Impossible de ne pas retrouver notre moi adolescent dans les trois personnages principaux, dont les préoccupations sont très terre-à-terre : entre les jeux vidéos, les filles et le prochain contrôle de maths, on se croirait de retour au collège.
Mais ces enfants (à 15 ans, le sont-ils encore vraiment ?) vont être brusquement confrontés au monde des adultes à travers sa plus terrible incarnation : la guerre.

De la Première Guerre Mondiale à l’Irak en passant par la Guerre Civile Espagnole (dont provient le titre du livre), l’Expérience Ultime transportera Thierry, Eric et Andreas au cœur des pires horreurs, leur révélant ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes. Forcés de devenir des hommes pour affronter le monstre qui se cache parmi eux, les trois amis n’en sortiront pas indemnes.

Le jeu vidéo constitue la porte d’entrée de l’univers de No Pasaràn, et on sent que l’auteur est aussi un joueur : entre les passages à la première personne de Doom et les caractéristiques techniques des ordinateurs des collégiens, on est véritablement plongé tête la première dans le jeu.
Si le livre nous passionne autant, c’est parce qu’il nous montre un univers que nous connaissons bien de manière crédible, ce que les autres livres exploitant le jeu vidéo n’ont jamais réussi à faire. Bien sûr, on ne peut réprimer un sourire quand Andreas se demande ce que donnera le jeu sur « son écran géant de 17 pouces », la technologie ayant évolué depuis 1996, mais on réalise également que les problématiques liées au média n’ont pas changées.

Il aura fallu seize ans pour que la trilogie No pasaràn s’achève. Seize ans qu’il est impossible de sentir passer au fil de la lecture tant l’écriture de l’auteur est constante, mesurée, précise tout au long des pages qui défilent sans qu’on s’en rende compte.
Les jeux vidéos, la peur de l’autre, le rejet de la différence, la famille… autant de thème abordés avec justesse par l’auteur, qui agrandit sa galerie de personnages au fur et à mesure de l’histoire sans jamais perdre en cohérence. Les diverses pistes scénaristiques finissent par converger dans un final qui sublime l’ensemble de la trilogie en ne laissant rien au hasard.

No Pasaràn est un livre essentiel. Non seulement parce qu’il se montre intransigeant avec son lecteur, mais surtout parce que son message est aussi simple que trop vite oublié : l’Histoire n’est que le reflet de l’humanité, et il ne tient qu’à nous d’apprendre de nos erreurs. Christian Lehmann désirait « viser haut et frapper fort ». Pari réussi.

Par Cyril Martin

 

photographie originale de Maria Ginesta sur le toit de l’Hôtel Colon à Barcelone en 1936, par Juan Guzman. Maria Ginesta est toujours vivante, à Paris, en 2012.

No Pasaràn, Maria!

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23/11/2012

JE VOUS DEMANDE DE NE PAS VOUS ARRETER... ( Ceci vous concerne tous, à moins d'être immortel)

 

Je pourrais me réjouir de la situation à l'UMP, je pourrais me réjouir de voir ce qui fut dénoncé ici ( et ailleurs), la faillite morale de l'UMP, la responsabilité écrasante de Nicolas Sarkozy et de son entourage dans cette dérive, arriver au stade ultime de la déliquescence, mais j'ai mieux à faire, maintenant qu'un tas de suivistes qui applaudissaient en larmoyant les prestations de la marionnette d'Henri Guaino se découvrent soudain, comme Roselyne Bachelot mais avec moins de talent dans l'opportunisme et dans l'anticipation du retournage de veste, effarés.

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LES FOSSOYEURS, LE RETOUR

Je voudrais vous parler de quelque chose qui vous concerne tous, de gauche, de droite, du centre, de toute orientation sexuelle ou genre. Je voudrais vous parler de ce qui est en train de se passer en douce, ou presque, dans le domaine de la santé. Pendant de longues années j'ai joué le rôle peu enviable de Cassandre, de vigie sur le pont du Titanic. En 2004 quand il a fallu dénoncer les mensonges de la réforme Douste-Blazy ( "C'est en changeant tous un peu qu'on peut tout changer"), en 2007 quand il a fallu dénoncer la mise en place des franchises sur les soins, sur le dos des plus faibles, des malades.

La gauche arrivée au pouvoir, j'ai espéré, quelques mois, que la course effrénée à la marchandisation de l'humain, à la marchandisation du soin, soit stoppée. Un temps. J'avais confiance, sinon en la gauche, au moins en l'image de "normalité" bonhomme que renvoyait François Hollande. Une confiance modérée, vigilante, mais une vraie confiance.

Aujourd'hui, la seule question qui me taraude encore, comme avec la droite en son temps, est celle-ci: "Quelle est la part de cynisme, et quelle est la part d'incompétence?"

 

Alors pour cette nouvelle plongée en eaux troubles dans les méandres de ces gens, assureurs, économistes, mutualistes, médecins médiatiques, syndicalistes professionnels, politiciens, que votre santé intéresse tant... commençons par un petit rappel.

Ce chapitre extrait de mon livre de 2007, LES FOSSOYEURS, qui raconte comment les assureurs montèrent les premières tentatives de réseaux de soins. Je vous demande de ne pas vous arrêter. De droite, de gauche, vous trouverez au fil de ces posts de quoi vous indigner. A moins que vous ne soyez conquis par la loi des temps modernes, qui veut que l'autre soit une marchandise.

 

Marie-Chantal en rêvait, les AGF l’ont fait

C’est un communiqué de presse du groupe Mederic, en date du 1er Septembre 2006. On y lit que : « A l'occasion de sa prise de fonctions, Guillaume Sarkozy a indiqué être « fier de prendre la direction de Médéric, un acteur historique majeur de la protection sociale. Mon ambition est que Médéric relève les défis des réformes à venir qui transformeront profondément l'intervention des acteurs complémentaires, notamment dans le domaine de la santé, pour jouer un rôle de premier plan dans l'amélioration des services de protection sociale.»

Mais ce n’est pas, et de loin, le seul indice de ce qui se profile. En Avril 2006, les AGF lançaient un nouveau concept haut-de-gamme. Voici ce que j’en écrivais dans les Inrocks à l’époque :

« La marchandisation de la santé est en marche, cette transformation apparemment inexorable de la relation patient-soignant en une relation de service client-prestataire de soins. Poussant cette logique à fond, les AGF innovent, en proposant un produit haut-de-gamme, Excellence Santé, qu’on croirait tout droit sorti d’une pub de Terry Gilliam restée sur le sol de la salle de montage du film Brazil : « Vous êtes riche ! Méga-riche ! ( harpe céleste) Riche au-delà des rêves les plus fous de la plèbe que vous exploitez !!! Et pourtant, face à la maladie ( scie de violons angoissants, à la Bernard Hermann dans Psychose), votre argent ne vous est d’aucune utilité ! Face à la maladie (coup de tonnerre brutal dans un ciel serein) vos actions, vos business-plans ne vous protègent en rien ! Livrés aux caprices de brancardiers trotskystes en mal de RTT, de généralistes conventionnés sourds à votre détresse, vous voici soudain condamné à la promiscuité de salles d’attente tiers-mondistes ! Heureusement ( re harpe céleste), AGF est là. Grâce à Excellence Santé, comme un millier de dirigeants d’entreprise française à très gros revenus, vous bénéficierez, pour une modique cotisation annuelle de douze mille euros, d’un accès privilégié pour toute notre gamme de services : bilans de santé, coaching administratif et médical hyper-tendance, mais surtout, en cas de maladie, prise en charge haut-de-gamme ! Finie la médecine partageuse, finis les délais d’attente insupportables! Grâce à Excellence Santé, vous passerez avant les gueux ! Existe aussi en version femme ou maîtresse – 4000 euros, et 2000 euros par enfant à charge. » Ainsi les AGF ont-elles dressé contrat avec la crème de la crème des patrons, pour offrir aux riches un passe-droit, et ce dans un contexte de démographie médicale déclinante, de fragilisation d’un système à bout de souffle. La polémique naissant actuellement autour de ce projet politiquement incorrect jusqu’au surréalisme risquerait pourtant de passer sous silence un point crucial : ce que Gilles Johanet, directeur de la branche Santé, théorise aux AGF existe déjà en France, depuis bien longtemps, et sans que l’Ordre des Médecins s’en émeuve plus que cela. Depuis des décennies, les patients prenant rendez-vous à l’hôpital public se voient proposer des délais plus ou moins longs, selon qu’ils choisissent la consultation publique ou la consultation privée du praticien, seule la hauteur de leur rémunération servant alors de critère au zèle médical. Excellence Santé, c’est donc la rencontre finalement assez cohérente de deux logiques d’exclusion, la médecine-Loréal : « Un dépassement parce que je le vaux bien » pacsant à ciel ouvert avec la société ultralibérale : « Ma carte Gold vaut mieux que ta Vitale ». Difficile de suivre le cheminement de Gilles Johanet dans cette affaire : lui qui avait avec d’autres porté au sein de la CNAM un vrai projet qualité en médecine générale, le médecin référent, doté d’un cahier des charges social autant que médical : égal accès aux soins grâce à la dispense d’avance de frais, respect des tarifs conventionnés, limitation du nombre d’actes, formation des médecins indépendante des firmes pharmaceutiques… se retrouve, dans un système bloqué ( où le médecin référent a été enterré vivant avec la « réforme ») à proposer un produit basé sur la seule notoriété de praticiens leaders d’opinion, cooptés selon des règles échappant à toute transparence, et sans qu’on sache bien ce que le patient friqué gagnera à passer dans les mains de ces médecins « vus à la télé ». Quel est leur cahier des charges ? Quels sont leurs liens avec l’industrie pharmaceutique, quand on sait que les firmes cherchent constamment à s’attacher les services de grands patrons, pour lancer tel ou tel produit « innovant », comme l’affaire du Vioxx nous l’a hélas rappelé ? Si le but recherché est de faire bouger les lignes, d’ouvrir demain des contrats de qualité à l’ensemble de la population, comme AGF et d’autres ont tenté de le faire en chirurgie dentaire, pourquoi diable commencer par un projet aussi caricaturalement élitiste ? La réforme Douste-Blazy, sous couvert de sauvegarder l’essentiel, a consisté en un petit arrangement tarifaire entre amis, UMP d’un côté, syndicats de spécialistes adeptes des dépassements tarifaires de l’autre. La solidarité n’est plus qu’un concept vidé de son sens, quand l’actuel directeur de la Sécu, ancien d’AXA placé par Chirac à la présidence de la CNAM, entérine une prime au mérite des médecins conseils afin de promouvoir une logique d’entreprise au détriment de la prise en charge des patients. La Sécu est mourante, et dans ses soubresauts, n’en doutons pas, nous verrons ressurgir pas mal d’hydres jusque là inavouables. »

Le tollé médiatique fut tel, que le projet de Gilles Johanet fut remballé dans les cartons. Pour un temps. (*)

Note de bas de page (*) : Un fin connaisseur du dossier me fit remarquer que ce type de contrat ressurgirait un jour ou l’autre : « Tu comprends, avec le scandale que font les gauchistes autour des stock-options, ce serait un moyen idéal pour permettre aux entreprises de remercier les hauts salaires les plus méritants sans encourir la vindicte publique. »

La boîte de Pandore est ouverte. En Octobre 2006, c’est au tour des Mutuelles du Mans Assurances ( MMA, assurance privée malgré son nom trompeur), de lancer une nouvelle formule « Santé Double Effet », en proposant, moyennant une majoration de 15% de la cotisation de base, un remboursement de la moitié de la surprime versée si les dépenses de santé de l’assuré pendant la période sont faibles ou nulles. Le but, comme l’explique le Président des MMA, est d’attirer une clientèle jeune qui rechigne à souscrire une complémentaire : « Nous sommes au début d'un remaniement de l'offre d'assurance en matière de santé. Le produit de base qui rembourse la consultation chez le médecin devient inadapté face à l'envolée des coûts et l'accroissement des transferts sur le budget des familles. Si on ne rebâtit pas une offre cohérente, les jeunes vont cesser de s'assurer et les cadres qui cotisaient pour une chambre privée en cas d'hospitalisation, pour des lentilles ou des couronnes en céramique, vont chercher à faire des économies et baisser en gamme. »

Du côté des mutuelles et des associations de patients, on dénonce le mauvais coup porté à la notion même de solidarité, de mutualisation des risques.

Jean-Pierre Davant, Président de la Mutualité Française, condamne l’initiative : « Ce type de mesure vise à augmenter de 15 % les primes des malades. Seuls les assurés n'ayant pas été souffrants seront remboursés d'une partie de leur cotisation. Ce n'est pas en pénalisant les malades que l'on améliorera le système de santé. Vous risquez d'avoir des gens confrontés à des moments difficiles, qui éviteront de se faire soigner pour récupérer leur prime. Cette proposition est dangereuse sur le fond. En poussant les assurés à se couvrir en fonction de leurs besoins, on met à mal le principe de la solidarité. C'est un rude coup porté au régime obligatoire et à l'assurance complémentaire. »

Même son de cloche chez Que Choisir : « Au nom de la liberté individuelle, on introduit dans la santé le bonus-malus de l'assurance automobile. Mais à chaque fois qu'on individualise, on engendre des effets pervers. Le risque est que l'individu pourrait ne plus aller consulter un médecin de peur de ne pas récupérer la moitié de sa prime. »

 

Xavier Bertrand, le Ministre de la Santé, n’est pas en reste, qui écrit au président des MMA pour l’informer que son projet va : « à l'encontre des principes de solidarité et de mutualisation qui sous-tendent l'organisation de l'assurance-maladie », alors que les MMA ne font que s’adapter à la situation créée par la convention, à coût de déremboursements et de forfaits divers.

Certains penseront qu’après tout, confier une partie de la gouvernance du système aux assurances privées, si l’on se réfère aux lois du marché, est une excellente chose. Car le dogme est formel : la concurrence tire les tarifs vers le bas…

Hélas, ce n’est pas le cas aux USA, loin de là. Le système d’assurance-maladie, essentiellement privatisé, n’est certes pas déficitaire. La variable d’ajustement y est d’une autre nature : une masse grandissante d’Américains, près de 46 millions aujourd’hui, dénués de toute protection sociale…
Et pour les autres, un surcoût non négligeable lié à deux facteurs jamais pris en compte par les chantres de la concurrence à tout và.

Le premier, c’est, bien entendu, la nécessité de rendre le secteur profitable à l’actionnaire. Il n’est pas ici question d’atteindre simplement l’équilibre, mais de dégager une marge bénéficiaire à deux chiffres chaque année. C’est cela de plus que paiera l’assuré.

Le second surcoût, c’est la nécessité, dans cette foire d’empoigne que devient la chasse au client, d’augmenter de manière conséquente le budget de promotion et de publicité destiné à ferrer le chaland, avec un surcoût estimé de 20% pour ce seul poste marketing. Car la libéralisation du secteur, comme lors de l’introduction des Two Two You Two dans le renseignement téléphonique, s’accompagnera d’une féroce bataille publicitaire entre complémentaires, dont la note, in fine, sera payée par l’assuré.

 

Alors, bien sûr, les petits malins se diront que le meilleur moyen de s’en sortir est encore d’anticiper le mouvement, de devenir actionnaire d’un groupe assurantiel privé. Bien vu ? Non, désolé. Tout faux. Parce qu’au royaume des grands fauves, on est toujours mangé par plus gros carnassier que soi.

 

Novembre 1999 : les ministres de 134 états-membres se rencontrent à Seattle, USA, pour un nouveau round de discussions de l’Organisation Mondiale du Commerce. Parmi les sujets brûlants, le projet prioritaire de l’OMC : la privatisation des secteurs de l’éducation, de la santé, de la protection sociale, du transport et du logement social. Le but de l’OMC est alors d’étendre l’économie de marché aux services traditionnellement public. Dès 1999, la Coalition des Industries de Service américaine, alias USCSI, affiche ses espoirs quand aux négociations du GATT : « Nous pensons pouvoir progresser largement dans les négociations afin de dégager les opportunités pour les compagnies américaines de s’implanter sur les marchés des systèmes de soins étrangers… Historiquement, les services de santé dans de nombreux pays étrangers ont largement été sous la responsabilité du secteur public. Cette appartenance au secteur public a rendu difficile l’implantation marchande des industries de service du secteur privé US dans ces pays étrangers… »

Continuons dans la voie tracée par les néolibéraux, et attendons-nous, demain, à ce que notre système de santé serve à financer les retraites et les fonds de pension aux USA…

 

PS: Ceci a été écrit en 2006, publié en 2007, bien avant la faillite du système bancaire. La suite, avec en guest-stars le Parti Socialiste et les mutuelles solidaaaaaaaiiiiiiiiires ( puisqu'on vous le dit, bordel...), la prochaine fois.

 
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