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22/02/2013

"Mon adversaire, c'est le monde de la finance": François Normal, fils caché de Mitterrand

 

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J’ai succédé à l’autre agité.

 J’avais bien saisi que les Français en avaient marre, j’ai joué l’apaisement, la tranquillité. Pendant la campagne, j’ai juste élevé la voix deux ou trois fois, en choisissant bien mes cibles.

« Mon adversaire, c’est le monde de la finance… » Gros succès d’orateur.

 

Les éditorialistes proches du manche ont bien couiné un peu, mais je suis vite allé en Angleterre expliquer au Guardian qu’il ne fallait pas me prendre au mot, que la finance, je m’en arrangerai, comme s’en était arrangé François Mitterrand, sous le règne de qui la part de la richesse nationale dédiée aux revenus du travail à commencé à dévisser pour perdre en vingt-cinq ans dix pour cent par rapport aux revenus financiers.

 

Un quart de siècle, et personne ou presque ne dénonce la manip. Comme quoi le vieillard aux dents limées avait raison : « Il faut donner du temps au temps. »

 

Comme dit Henri de Castries, mon ami de trente ans, accessoirement directeur des Assurances AXA : « Il faut une génération pour changer un système de santé »


Hollande: le sarkozysme à visage humain...

J’ai succédé à l’autre agité.

Mon but premier : rassurer les marchés, ne rien changer à l’ordre du monde, à la répartition des richesses entre les puissants et les autres. Et avant tout, tenir les critères de la dette, afin de conforter le système bancaire, afin d’éviter que les spéculateurs n’attaquent le pays comme ils l’avaient fait en Grèce et en Espagne.  Pour cela, il faut couper. Mais ce n’est pas dans mon tempérament de passer en force alors je joue sur deux tableaux. En parole, je la joue normal, apaisé, protecteur. En actes, je continue la politique de l’agité, l’air de rien. Je fais du Sarko, mais sous anesthésie. Hollande : le sarkozysme à visage humain, en quelque sorte.

 

Sur le plan économique, j’ai ainsi réussi à faire passer sans coup férir l’augmentation de TVA que, du temps de l’agité, je fustigeais comme inégalitaire et scélérate. Tout ce que le PS compte de sycophantes, de lèche-culs ( et Dieu sait que j’ai eu la raie humide, ces derniers temps), a expliqué que c’était une bonne mesure, une sorte de TVA sociale. Mais ce ne sera pas suffisant : il va me falloir mener une politique d’austérité, en évitant les manifestations de colère qui pourraient embraser le pays. Je ne sais pas comment fait Rajoy en Espagne pour éviter les massacres, parce qu’ici en France, je ne tiendrai pas quinze jours sans des émeutes sanglantes. Il faut donc jouer en douceur.


Toutes les mesures ineptes que j'ai dénoncé, je les maintiens...

Comme toute dépense de protection sociale, les dépenses de santé nuisent à l’image du pays aux yeux des spéculateurs et des financiers. Il me faut les réduire, sans que cela se voie trop. Ca commence par conforter l’existant. Toutes les mesures médicalement ineptes et socialement dangereuses de mon prédécesseur, toutes ces mesures que, candidat, j’ai dénoncé : les franchises sur les soins, la restriction de la prise en charge des hypertendus sévères… toutes ces mesures, je les maintiens. Ce sont des mesures purement comptables, mais un sou c’est un sou. Les franchises rapportent 850 millions d’euros par an, que l’agité est allé chercher dans la poche même des plus malades, des plus faibles. C’est toujours ça de pris, sans avoir à me salir les mains. Coup de bol, à part quelques agitateurs, personne ne se souvient qu’en 2007 Philippe Seguin à la Cour des Comptes avait suggéré de taxer les stock-options à l’égal des salaires pour récupérer 3.5 milliards par an. « Mon ennemi, c’est la finance ». Je me surprends, parfois. J’arrive maintenant à la dire devant la glace sans qu’un muscle de mon visage normal ne tressaille. Des années de préparation. Il ne faut pas croire que ça a été facile.

Mais au final, franchises, restrictions de remboursement, ça ne va pas chercher loin. Il y a une autre voie à privilégier pour améliorer les comptes publics dans le domaine de la santé : la privatiser. En douceur. C’est un énorme secteur, il y a du blé à se faire, pour les assureurs, pour les fonds d’investissement. Comme le disait François Fillon, la caution sociale de l’agité : « Dans le cas de la santé nous ne devrions pas hésiter à considérer l’augmentation des dépenses, pour peu qu’elles soient rationalisées, comme le signe d’un progrès et comme l’un des moteurs principaux de notre économie. Le corollaire de cette attitude nouvelle est la responsabilisation des patients qui doivent prendre eux-mêmes en charge la partie des dépenses de santé qu’on appelle de confort ou qui sont générées par des comportements irrationnels dans les limites de leurs capacités contributives. » Moi j’applaudis. Ca a de la gueule. Arriver à enrober comme ça les choses, c’est le signe du talent. Parce que dit crûment, ça serait moins bien passé. Imagine… « Il y a du pognon à se faire dans le secteur santé pour les assureurs, de plus en plus de pognon au fur et à mesure que la Sécurité Sociale se désengagera. Et du moment que ce pognon n’impacte plus les comptes publics, c’est toujours ça de gagné pour moi, pour tenir mes 3% de déficit aux yeux des agences de notation. » Ca ne passerait jamais.

 

Mutuelles, mutualiste, j'adore ces mots-valise de la gauche...

Ce qui a coincé, du côté de l’agité, c’était la méthode. Trop rapide, trop brutal, trop directement en lien avec le monde de l’assurance… Quand tu nommes à la direction de la vieille Sécu un ancien directeur d’AXA, quand ton ministre de la Santé ( deux fois !) est un ancien assureur d’AXA, quand ton frère est directeur chez Méderic… comment veux-tu que ça ne se voie pas au moins un peu ? A mi-parcours, l’agité a eu une idée de génie : il est venu faire un discours d’intention dans lequel il expliquait clairement son idée de passer la Santé aux assureurs….mais il l’a fait au Congrès de la Mutualité Française, devant son Président d’alors, Jean-Pierre Davant. Il était ravi, le Jean-Pierre, un mitterrandolâtre qui se faisait conseiller en privé par les plus libéraux des médecins, dont le seul et unique médecin défenseur des franchises en France, le Professeur Guy Vallancien, de l’Institut Mutualiste Montsouris. Mutuelles, mutualiste, j’adore ces mots-valise de la gauche.

 

C’est là que j’ai eu le déclic. Les mutuelles. Le grand rêve solidaire des petites gens, la geste ouvrière des presque-rien qui ont monté des structures leur permettant d’assurer la protection sociale des malades, des handicapés. Un rêve de solidarité, d’humanisme basique. Le genre de truc gravement porteur dans l’imaginaire collectif, de ceux qui croient encore ( il paraît qu’il en reste), au collectif. Les mutuelles. C’était ça mon angle d’attaque.

 

J’ai commencé à promettre. Une mutuelle pour tous en 2014. Derrière moi, la clique de lèche-culs applaudissait : cet homme est grand, cet homme est bon, cet homme est normal. Et qui, dans la foule, aurait osé se lever pour dire : « Mais il existe beaucoup mieux qu’une mutuelle pour tous en 2014. Il existe une Sécurité Sociale solidaire, depuis 1945 ! C’est elle qu’il faut conforter, et pas faire l’inverse ! » ?

 

« Mon adversaire, c’est le monde de la finance. » Comme dit l’autre, qu’est-ce que ce serait si on était copains ? LOL.

 

Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain, auteur de "Patients si vous saviez...confessions d'un médecin généraliste"

Yvon Le Flohic est médecin généraliste, élu MG France aux Unions Régionales des Professionnels de Santé de Bretagne

 

17/02/2013

Cholestérol: 10 ans avant le Pr Even, deux généralistes lancent l'alerte... dans l'indifférence médiatique


CHOLESTEROL : UNE INFORMATION BIAISEE, UNE DEMARCHE INCOHERENTE

La résistance croissante au marketing dont font preuve certains médecins depuis quelques années semble avoir convaincu l'industrie pharmaceutique de changer son fusil d'épaule et de viser maintenant le grand public, comme elle le fait avec grand succès aux USA.

Tout a commencé à la rentrée 2002 lorsque le SNIP (Syndicat National de l'Industrie Pharmaceutique) a décidé de se rebaptiser du beau nom de LEEM (Les Entreprises du Médicament). Ce nouveau nom n'était pas un simple changement de façade mais la manifestation d'une quête de reconnaissance que l'industrie a accompagnée d'une puissante campagne en direction du grand public : affiches, publicités dans la presse écrite et surtout spots télévisés sur TF1 et France Télévision dans lesquels des personnalités, malades ou en bonne santé, venaient vanter les bienfaits des découvertes les plus spectaculaires : des anticancéreux aux médicaments pédiatriques en passant par le traitement de la sclérose en plaques. Mais cette entreprise de séduction dépasse la simple campagne d'image : sous couvert d'information sanitaire, le LEEM s'associe à des associations à but non lucratif pour diffuser des messages qui n'ont d'autre but que d'inciter la population à " consommer " du médical - c'est à dire, in fine, du médicament.

L'exemple le plus flagrant est visible ces jours-ci sur nos écrans : en janvier dernier, les laboratoires Pfizer s'associaient à l'ARCOL (Comité français de coordination des recherches sur l'athérosclérose et le cholestérol) pour lancer une campagne autour du dosage du cholestérol. Les moyens étaient conséquents : publi-reportage diffusé dans la presse écrite ayant pour vocation " d'élargir l'information au risque cardiovasculaire dans sa globalité " ; 1 300 000 brochures d'information destinées à être distribuées aux patients par les professionnels de santé afin " d'aider à lutter contre les idées reçues sur l'hypercholestérolémie " ; centre d'appel téléphonique permettant de " répondre aux questions les plus fréquemment posées ". Le pompon était cependant remporté par l'annonce presse avec " visuel choc et message simple " (sic !) publiée dans les principaux titres de la presse française. Déclinée en poster " à la demande de médecins ", 1 000 exemplaires étaient destinés à être installés dans les salles d'attente médicales. Annonce et poster représentaient les pieds d'un cadavre à la morgue : une étiquette portait le sexe (M), l'âge (47) et la cause du décès (accident cardio-vasculaire), avec ce message " choc " : " Dire qu'un simple dosage de son cholestérol aurait pu lui éviter ça ! " Juste en dessous, on pouvait lire " Une crise cardiaque peut intervenir alors que l'on ne se croyait pas malade. On peut alors découvrir que l'on a, peut-être depuis des années, un excès de cholestérol dans le sang. Saviez-vous qu'un excès de cholestérol peut provoquer des maladies cardiovasculaires ? Faire doser régulièrement son taux de cholestérol est important, d'autant qu'il est relativement facile, aujourd'hui, de le faire baisser. " Suit la liste des personnes et situations " concernés " : " Homme de plus de 45 ans. Femme de plus de 55 ans ou ménopausée. Antécédent familial de maladie cardiaque. Tabagisme. Diabète. Hypertension. Obésité. "

La volonté est claire : présenté comme un " tueur silencieux ", le cholestérol devient l'ennemi public numéro 1. Affiche et poster incitent ouvertement à consulter un médecin, à lui demander une prise de sang… Mais que feront alors, munis d'un résultat apparemment anormal, les patients qui ne se sont engagés dans cette démarche de soins que sous la pression publicitaire ? 
On touche ici le cœur de cette démarche commerciale, qui n'a rien d'une démarche d'éducation à la santé. Car aux patients pressés, stressés, on fait miroiter qu " un simple dosage du cholestérol " pourrait les protéger d'une mort précoce. Alors qu' " un simple dosage du cholestérol ", le plus souvent, ne renseignera en rien les patients sur leur risque cardio-vasculaire global, et ne les engagera pas dans une démarche de soins cohérente sur le long terme. Pour peu que le résultat semble dévier des normes édictées par les laboratoires, la force de la campagne, son message morbide choquant, amèneront probablement les patients à solliciter, voire à exiger des médecins un traitement destiné à " faire baisser le cholestérol ". Combien résisteront ? Aux USA, une étude publiée par l'American Medical Association révèle que 80% des patients qui demandent au médecin un médicament vu dans une publicité voient leur souhait exhaucé. Et si en France il est encore interdit de faire de la publicité directe pour les médicaments à destination du consommateur, générer une demande de traitement au sein de la population française, première consommatrice au monde de comprimés et autres gélules, passe d'abord par cette pseudo-information déguisée.

On chercherait en vain sur le site de l'Arcol, ou dans les documents publicitaires, quelques vérités surprenantes pourtant faciles à diffuser au grand public. A savoir que le taux de cholestérol est un facteur de risque beaucoup moins important que le surpoids ou la consommation de tabac, ou encore que son interprétation dépend de multiples facteurs ( âge, sexe, antécédents vasculaires, nationalité, habitudes alimentaires…). Ou encore que certains médicaments largement prescrits pendant des décennies ( et encore aujourd'hui !) font certes baisser le cholestérol… mais n'ont pas apporté la preuve que cette baisse s'accompagnerait d'une diminution de la mortalité des patients ou du risque d'accident vasculaire cardiaque ou cérébral ! Ou bien encore que les médicaments efficaces ne le sont que pour une population bien ciblée, présentant une hypertension, ou un diabète, ou des antécédents de troubles vasculaires. Ou encore que cesser de fumer diminue beaucoup plus nettement le risque vasculaire, que de " faire baisser le cholestérol ". Présenter le dosage de cholestérol comme un élément clef de la démarche de santé est un contre-sens, qui n'aboutira qu'à augmenter la pression consumériste sur médecins et patients.

La démarche est juteuse pour des intervenants peu regardants sur la finalité, qui devrait être la santé des patients : médecins multipliant les consultations, laboratoires multipliant les analyses, pharmaciens le nombre de boîtes vendues, et fabriquants leur chiffre d'affaire.

La campagne PFIZER - ARCOL se présente comme une campagne d'information, ce qu'elle n'est pas : une information loyale aurait consisté à remettre le cholestérol à sa place. La présence avouée de BIG PHARMA en la personne de PFIZER ne laisse guère d'illusion : qui peut croire que le fabriquant d'un des principaux hypolipémiants du marché ( mais pas le mieux évalué), n'attend pas un retour sur investissement de cette " information " gracieusement assénée au public avec le concours de professionnels de santé et d'une association probablement subventionnée en partie par les pouvoirs publics ? ? ?

Le 27 mars dernier, les résultats d'un sondage de la revue médicale en ligne MedHermes amenait celle-ci à titrer " Les médecins à l'industrie pharmaceutique: Arrêtez de nous prendre pour des cons. " La profession médicale, en particulier les médecins généralistes, est en effet de moins en moins perméable au discours des visiteurs médicaux et aux publicités destinés à influencer leurs prescriptions. Même si la seule revue française indépendante consacrée au médicament, La revue Prescrire, ne compte que 25 000 abonnés, dont 10 000 généralistes, cette minorité de bloquage gêne considérablement la désinformation depuis toujours orchestrée par l'industrie.

Le 26 mars, dans un communiqué conjoint Pfizer et l'ARCOL " s'engageaient à faire prendre conscience qu'un simple dosage de cholestérol peut éviter de graves accidents cardiovasculaires ". Son dernier opus, " Un mauvais rêve ", spot télévisé actuellement diffusé sur TF1 et les chaînes de France Télévisions, met en scène un homme passé la quarantaine faisant un infarctus lors d'un dîner galant. Le message est doublement pervers et manipulateur : il vise à provoquer l'angoisse des hommes (qui consultent habituellement très peu leur médecin en l'absence de symptômes) et à culpabiliser (en faisant mine de les responsabiliser) les femmes qui sont d'excellentes prescriptrices de soins pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs enfants, leurs parents et leurs compagnons.

A l'heure où le système de santé craque de toutes parts, cette campagne dont on se demande comment elle a pu recevoir l'aval de la Sécurité Sociale et des pouvoirs publics ne peut avoir d'autre effet que celui d'augmenter la consommation médicale de manière inutile au lieu d'amener les Français qui le souhaitent à s'engager dans une démarche de santé cohérente sur le long terme, laquelle ne passe pas obligatoirement par des dosages biologiques.

Christian Lehmann et Martin Winckler , médecins généralistes et écrivains


PS: En Mars 2003, Martin Winckler et moi avons tenté sans succès de publier ce texte dans plusieurs journaux et magazines, dont Le Monde, Libération et l'Express, à la suite d'une campagne médiatique intellectuellement indigente sur le cholestérol. Sans aucun succès.

Un interview croisé dans l'Express, sur une double page, a même été caviardé au dernier moment parce qu'un journaliste "médical" du newsmagazine s'était vexé d'avoir été épinglé dans "Patients, si vous saviez... Confessions d'un médecin généraliste", le livre que j'avais publié le mois précédent, pour son soutien sans recul au Vioxx... un anti-inflammatoire qui fut ensuite retiré du commerce au terme d'un fracassant scandale et de quelques milliers de morts. Ce texte ne fut donc jamais publié, mais circule encore dans les archives du net. Au bout d'un mois d'essais infructueux, avec mon accord, Martin Winckler utilisa ce texte, légèrement remanié, pour sa chronique Odyssée sur France-Inter:

Quel message terroriste peut-on voir ces jours-ci à la télévision?

Quelques semaines plus tard, Martin fut "remercié" de l'antenne de France-Inter par Jean-Luc Hees, immense professionnel, comme le relate cet article:

Polémique autour d'une campagne d'information sur le cholestérol  ( voir en fin d'article)

Quelles conclusions tirer de cette histoire?

1/ Que le LEEM n'est plus en odeur de sainteté depuis l'affaire du MEDIATOR.

2/ Que la presse considère aujourd'hui comme un bon sujet ce qu'hier elle n'osait pas aborder avec des pincettes, même quand les données médicales étaient sérieuses et le propos moins caricatural que celui du Professeur Even ( ancien doyen de faculté particulièrement méprisant envers la médecine générale, ancien ponte hospitalier s'étant illustré avec brio dans le scandale de la ciclosporine, vantée en conférence de presse internationale auprès de la ministre de la Santé de l'époque comme LE médicament du SIDA au mépris de tous les usages scientifiques... et de la réalité).

3/ Enfin, que dans le système français, un grand professeur enfonçant des portes ouvertes à coups de déclarations fracassantes et approximatives pourra aisément passer, dix ans après deux généralistes "de base" comme un éclaireur d'avant-garde dans la nuit de l'information médicale. 

Ainsi est fait le monde, et c'est le seul que nous avons. Il n'empêche. Sur le pont du Titanic, les vigies en ont parfois plein le cul. 


"Patients, si vous saviez... Confessions d'un médecin généraliste"  ed Points-Seuil

14/02/2013

"C'est en changeant tous un peu qu'on peut tout changer": le prévisible fiasco d'une réforme mensongère

 

Huit ans après sa mise en place, la Cour des Comptes dénonce la réforme du médecin traitant de 2005 comme un échec. Elle pointe son inefficacité économique, sa mutation en labyrinthe tarifaire, le caractère virtuel du rôle confié au médecin généraliste.

(Seul satisfecit : le fort pourcentage de patients ayant « adhéré au système » alors que son refus entraîne une forte pénalisation des remboursements !!!)

 

Huit ans…. La France a le triste privilège d’empiler ainsi les rapports émis par les Hauts Comités, les Haut Commissaires, et autres Comités des Sages.

 

Dès Décembre 2004, alors que le précédent système optionnel et efficace du médecin référent était rayé d’un trait de plume, il n’avait pas fallu HUIT JOURS à six généralistes pour autopsier cette réforme de tous les mensonges, mort-née avant même d’avoir vu le jour.

 

A l’époque, leur manifeste avait été écrit dans la colère et l’indignation pour prendre date, pour notifier que l’échec du système était d’emblée prévisible à toute personne honnête dotée d’un minimum d’intelligence. En l’espace de quelques semaines il recueillit 30.000 signatures, de médecins, de patients. Mais la machine de communication du gouvernement et de la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie sous gouvernance d’un ancien dirigeant d’AXA s’était mise en marche, et rien ne pourrait l’arrêter, surtout pas six clampins de base criant au bord du cortège que le roi était nu. Souvenez-vous : « C’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer ! »

 

En voici le texte intégral :

 

La contre-réforme du système de santé est un tissu de mensonges

 

« A l’heure où le Ministre de la Santé va parader sur les ondes pour expliquer qu’il a présidé à la signature d’un accord historique sur le « médecin traitant », à l’heure où va se mettre en place une gigantesque campagne de communication de nature à persuader le public que le but poursuivi est la sauvegarde de l’Assurance-Maladie solidaire, que peuvent faire les acteurs de terrain que sont les généralistes pour alerter l’opinion et révéler que derrière les effets d’annonce dont ce gouvernement s’est fait le spécialiste en matière de cohésion sociale, la réalité nue est toute autre ?

 

Ce qui sera dit aux patients, c’est qu’un nouveau système de santé se met en place, un système vertueux qui les engage à choisir un médecin traitant, essentiellement un généraliste qui les soignera et les aidera à accéder de manière coordonnée aux avis des spécialistes si cela est nécessaire.

 

Ce qui sera dit aux patients, c’est que ce système mieux coordonné va générer des économies, et permettre de sauver la Sécu.

 

Ce qui sera caché aux patients, c’est que s’est déroulé lors de ce simulacre de négociation entre le proconsul nommé par le pouvoir en place et les syndicats médicaux les plus opposés à une vraie réforme du système de santé, le dépeçage en règle de la Sécu.

 

Ce qui sera caché aux patients, c’est que les économies virtuelles chiffrées et attendues ne seront jamais au rendez-vous, car aucun moyen n’a été donné aux généralistes pour s’acquitter de la fonction administrative supplémentaire qui leur est dévolue. Au point que le système du médecin référent, un système de coordinations de soins autofinancé, optionnel, volontaire, choisi depuis 1997 par près de 8000 médecins et de 1.5 millions de patients, associant rémunération forfaitaire pour les généralistes en échange d’une bonne tenue du dossier et d’une formation médicale indépendante des firmes pharmaceutiques, et tiers-payant pour les patients, a été volontairement détruit par les signataires de cette contre-réforme.

 

Ce qui sera caché aux patients, c’est que les « négociations » ont moins abordé les réelles difficultés de notre système de santé, que les augmentations tarifaires des spécialistes. Aussi justifiées qu’aient pu être les revalorisations des spécialistes de secteur 1 dont les honoraires étaient bloqués depuis de nombreuses années, on peut s’interroger sur le fait que les généralistes, dans leur ensemble, n’obtiennent rien, rien d’autre que la possibilité de pratiquer un abattage à la pièce en voyant disparaître les systèmes de rémunération forfaitaire qui pour la première fois valorisaient le travail fait hors-consultation ( coordination des soins, actions de prévention et d’éducation, formation médicale indépendante, mise à jour des dossiers et des bases de données informatiques, amélioration des pratiques…)

 

Ce qui sera caché aux patients, mais qu’ils découvriront rapidement, c’est que cet accord signé entre les syndicats de spécialistes et le porte-parole du gouvernement sous l’égide du Ministre de la Santé et de ses conseillers issus de ces mêmes syndicats de spécialistes,

ne met pas en place le système du médecin traitant, mais son contournement. Car une fois les généralistes, faute de moyens, mis dans l’impossibilité de faire fonctionner le système coordonné, l’accès direct au spécialiste sera facturé avec dépassement d’honoraires généralisé.

 

Au nom d’une mythique « unité du corps médical », le Ministre a déjà salué cet accord comme la première convention signée depuis dix ans. Alors qu’une convention médicale spécifique aux généralistes a existé pendant toutes ces années, qui les a vus s’investir massivement, malgré les difficultés, dans la maîtrise des outils informatiques, la formation continue, la prise en charge de pathologies complexes, la prescription en génériques puis en DCI, génératrice d’économies pour la Sécurité Sociale comme pour les mutuelles, et donc pour chaque patient, car l’augmentation des dépenses de prescription est l’une des causes majeures d’augmentation de tarif des mutuelles.

Mais cet accord ne concernait que les généralistes, les spécialistes de secteur 1 étant mal défendus, et les spécialistes à honoraires libres refusant de s’investir dans ces accords.

 

Ici le mépris des hommes politiques issus du sérail pyramidal de l’édifice médical rejoint la logique ultralibérale : le patient doit enfin comprendre que la santé est devenue une marchandise comme une autre ; il doit savoir, obsession des économistes libéraux « combien ça coûte ? », et sortir le chéquier doit devenir pour lui une habitude en passant dans la salle de consultation, quand certains rêvaient encore de prise en charge sanitaire solidaire, égale pour tous.

 

Cette contre-réforme libérale n’offre aux généralistes aucune perspective hormis la course à l’acte, nez sur le guidon. 

A l’heure où la médecine générale est enfin reconnue comme une spécialité à part entière à l’Université, cette contre réforme pose comme principe la supériorité de la médecine d’organe, de l’homme morcelé, sur la médecine générale, médecine de l’homme considéré dans sa globalité.

 

Aux jeunes généralistes, elle fera office de repoussoir. Confrontés à la difficulté de l’exercice quotidien, à la désertification des campagnes par tous les acteurs de santé ( généralistes, infirmières, kinésithérapeutes), à la disparition du système du médecin référent qui correspondait en partie à leurs attentes de sortie du seul paiement à l’acte, ils donneront la préférence à des postes salariés ou s’installeront ailleurs en Europe, dans des pays où les politiques savent quelle est la spécificité du médecin généraliste, la prise en charge du patient dans sa globalité, sur le long terme, et non la distribution de bons pour accès au spécialiste.

 

Aux patients, elle réserve toute sa cruauté, avec la mise en place d’un accès aux soins dépendant des revenus.

 

A l’industrie pharmaceutique, elle offre un boulevard : entre des généralistes pressurés dont tous les efforts de prescription raisonnée n’auront servi qu’à réévaluer les spécialistes, et des spécialistes à honoraires libres parmi les plus opposés à la prescription hors-marque ( DCI et génériques), le coût réel des médicaments va exploser.

 

Au final, il faudra constater l’échec de cette contre-réforme, en faire porter la responsabilité aux lampistes que sont les généralistes, et ouvrir la porte aux assurances privées, d’un air désolé, en disant que la Sécu, bien malade, n’a pu être sauvée.

 

Les communicants du Ministre sauront très bien faire.

 

Premiers signataires du Manifeste :

 

Sandrine Buscail est Président du Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes

Philippe Foucras est médecin généraliste, fondateur du Formindep, collectif   "pour une formation médicale indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients"

Christian Lehmann et Martin Winckler sont médecins généralistes et romanciers

Philippe Le Rouzo est Président du Syndicat Départemental des Médecins Généralistes du Morbihan MG56

Franck Wilmart est médecin généraliste en milieu rural »

 

 

Huit ans après cette mise en garde formulée dans l’urgence par des généralistes sur le terrain, le pouvoir politique s’émeut de l’échec prévisible de cette réforme. Cet échec est pourtant parfaitement explicable.

 

Courant 2004, Jacques Chirac, ami de trente ans du PDG d’AXA Claude Bébéar, nomme à la tête de l’Assurance-Maladie Frédéric Van Roekeghem, ancien cadre d’AXA qui vient de préparer les grandes lignes de la réforme de 2005 au sein du cabinet de Philippe Douste-Blazy. Cette réforme a pour objectif annoncé de mieux organiser le parcours de soins des patients en en confiant la gestion au médecin généraliste, comme dans nombre de pays européens.

 

Deux syndicalistes médicaux s’y opposent et vont plaider leur cause auprès des politiques : le Docteur Michel Chassang de la CSMF et le docteur Dinorino Cabrera du SML, bien en cours à l’UMP, menacent et tempêtent. A l’époque, avant le CPE, avant même l’annonce de la candidature Sarkozy, deux clans s’affrontent au sein de l’UMP, et les chiraquiens craignent que ces deux syndicats majoritairement acquis à la droite ne viennent se ranger du côté du trublion conçu comme un ultra-libéral par ces hommes qui se targuent encore de gaullisme social.

 

La CSMF et le SML acceptent de soutenir la réforme… à une seule condition : que la nouvelle convention médicale qui s’annonce entérine la mort d’un système optionnel de coordination des soins destiné aux médecins généralistes, l’option médecin référent. Cette option qui octroie au généraliste la somme de 45 euros par dossier patient en échange d’une formation médicale indépendante des firmes pharmaceutiques et du tiers-payant aux patients, ils la combattent depuis des années, voyant dans ce système les prémisses d’une montée en puissance des généralistes au sein de la médecine de ville. Le généraliste « médecin traitant », ils l’acceptent, à condition qu’il n’ait aucun moyen matériel d’organiser le parcours du patient. A l’UMP, personne ne tique sur cette exigence, ce point de détail qui pourtant enterre définitivement la réforme. Comme toujours dans ce domaine, les petits arrangements politiques entre amis priment sur la santé publique : patients et généralistes en feront les frais. Le clan chiraquien pourra ainsi se féliciter d’avoir torpillé la médecine générale en France et, en prime, d’avoir perdu les élections : Nicolas Sarkozy ralliera tous les suffrages à l’UMP, les syndicats médicaux se rangeront à ses côtés, et Xavier Bertrand lui-même, artisan en sous-main de la réforme et lui-même ancien cadre d’AXA, passera avec armes et bagages du côté de Nicolas Sarkozy, y gagnant le surnom de « traître sans couilles » décerné par Dominique De Villepin.

 

Huit ans après, sur les six généralistes qui ont signé le manifeste :

 

Martin Winckler a quitté la France pour le Canada

 

Sandrine Buscail, ancienne présidente du Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes, ne s’est pas installée et a choisi un poste salarié dans une agence sanitaire

 

Christian Lehmann, Philippe Foucras, Philippe Le Rouzo et Franck Wilmart, quinquagénaires, continuent à exercer malgré la mise en difficulté économique de leurs cabinets en secteur 1 suite à la perte de l’option référent.

 

 

Huit ans après, du côté des signataires de la « réforme » :

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Dinorino Cabrera coule une retraite  qu’on espère heureuse en République Dominicaine.

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Michel Chassang, médaillé de la Légion d’Honneur sous Nicolas Sarkozy, toujours Président de la CSMF, vient d’être élu Président de l’Union Nationale des Professions Libérales.

 

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Philippe Douste-Blazy est Président d’UNITAID et donne des cours d’économie de la santé.

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Xavier Bertrand, deux fois ministre de la Santé, juppéiste puis chiraquien puis sarkozyste puis filloniste, s’imagine un destin national.

 

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Frédéric Van Roekeghem est toujours Président de l’Union Nationale des Caisses d’Assurance-Maladie. Le taux d’installation des jeunes médecins généralistes à la sortie de leurs études est tombé à 5%, nombre de généralistes installés, dont l’âge moyen est de 54 ans,  dévissent leur plaque pour s’installer dans des postes salariés, parfois sans lien direct avec le soin, d’autres songent à quitter le secteur conventionnel. Le désert médical avance. L’Assurance-Maladie met en place des systèmes d’éducation thérapeutique coûteux, à l’évaluation indigente, dénoncés par la Cour des Comptes, et plus récemment des centres de coaching-santé. Cette dérive assurantielle lui vaut d’être conforté par le gouvernement socialiste, et considéré par une députée socialiste comme « un grand représentant de l’Etat ». Le Président de la République appelle de ses vœux « une complémentaire pour tous ».

 

Le dépeçage de la Sécurité Sociale est sur les rails.

 

 

Christian Lehmann est l’auteur du livre « Les Fossoyeurs, notre santé les intéresse »

Livre disponible sous forme électronique ( format Amazon Kindle):  3 euros

Livre disponible sous forme papier ( Lulu.com):   14,90 euros


12/02/2013

Tout serait à vendre? Tout serait marchandise? Dites non. Signez la pétition.

À l'attention : M. Hollande, Président de la république , Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes

A l 'heure où le gouvernement étudie la pénalisation des comportements et propos sur les réseaux sociaux, nous constatons qu'à une heure de grande audience et sur une radio nationale, des «propos injurieux, misogynes, attentatoires à la dignité de la personne et à connotation raciste» ont été tenus selon le CSA.

Ces propos n’ont pas été tenus par des auditeurs, mais par Sophie De Menthon, un temps membre du comité éthique du MEDEF, qui exerce des responsabilités au Conseil Economique Social et Environnemental, qui a été nommée Officier de la Légion d'Honneur et Commandeur de l'Ordre National du Mérite; ainsi que par Franck Tanguy.

Au sujet de l’accord financier conclu entre Nafissatou Diallo et Dominique Strauss-Kahn, mettant un terme à des poursuites pour agression sexuelle, ces deux « chroniqueurs » ont accumulé des propos dont la bêtise le dispute à l’ignominie.

- Sophie de Menthon : « Tu veux que je sois politiquement totalement incorrecte ? [...] Je me demande, c’est horrible à dire, si c’est pas ce qui lui est arrivé de mieux. »

- Sophie de Menthon : « Moi je pense que l’argent qu’elle a gagné, qui lui permet d’élever sa fille, elle ne l’aurait jamais eu dans toute son existence et j’espère qu’elle oubliera ce moment extrêmement désagréable [...] Il y a des femmes dans la rue, je suis sûre qu’elles ont pensé ça, en disant "j’aimerais moi aussi être femme de chambre dans un hôtel et que ça m’arrive."

- Franck Tanguy : « Elle n’a rien pour elle, elle ne sait pas lire pas écrire, elle est moche comme un cul, et elle gagne 1,5 million, c’est quand même extraordinaire cette histoire. »

- Franck Tanguy : « C’est un horrible événement dans sa vie dont certainement elle se rétablira, mais pour elle c’est quand même… ça va quoi ! »


Sophie de Menthon s’était déjà illustrée sur la même antenne en défendant, au nom du « pragmatisme » le travail des enfants.

De tels propos déshonorent notre nation, déshonorent les ordres et institutions qui acceptent ce type de discours. Sans dédouaner la station de radio ou ses animateurs, nous demandons que ces propos fassent l'objet de poursuites pénales, et que les institutions auxquelles participe Sophie de Menthon tirent les conséquences de tels comportements.

Plus d'infos sur ce sujet : Cliquez ici

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La pétition que je reproduis ici, initiée par un ami, fait référence à un incident grave lors d'une émission de RMC diffusée il y a quelques jours. Cette émission a donné lieu à un tollé médiatique, après quoi Franck Tanguy s'est excusé auprès de la station, Sophie de Menthon a refusé de le faire et a été exclue, prélude à une tournée des plateaux pour expliquer qu'elle était une victime du "politiquement correct", que, d'énormité en énormité, elle se fait gloire de combattre. Puis le cirque habituel a repris.

Si vous pensez que tout est marchandise, que tout se monnaye, passez votre chemin. dans le cas contraire, comme moi, signez cette pétition:

Pour signer, c'est ici:

 ( ET N'OUBLIEZ PAS ENSUITE DE VALIDER L'EMAIL DE CONFIRMATION DE VOTRE SIGNATURE)

La photo qui illustre ce billet est tirée du magnifique film d'Abdellatif Kechiche, LA VENUS NOIRE, avec Yahima Torres et Olivier Gourmet.

08/02/2013

LES FOSSOYEURS: Notre santé les intéresse

 

 

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EXTRAIT:

Comment peut-on ne pas être libéral ?
Dans « libéral », il y a liberté…
La liberté d’entreprendre, la liberté de vivre, la liberté de choisir…

Le libéralisme, ça va avec tout.

 

Comment peut-on critiquer le libéralisme quand ( wôôô l’aut !) on est soi-même médecin libéral ?

N’est-ce-pas là le comble du ridicule, de la haine de soi ?

J’entends déjà les commentaires, chanterait Serge Reggiani…

Mais, au fait, le libéralisme, c’est quoi ?
Tournons-nous vers Wikipedia :

« Au sens large, le libéralisme prône l'établissement d'une société caractérisée par la liberté de penser des individus, le règne du Droit naturel, le libre échange des idées, l'économie de marché et son corollaire l'initiative privée, et un système transparent de gouvernement dans lequel les droits des minorités sont garantis. Il existe plusieurs courants de pensée libéraux, qui se différencient notamment par leurs fondements philosophiques, par les limites qu’ils assignent à l'État, et par le domaine auquel ils appliquent le principe de liberté…

Alors que pour les libéraux classiques, la primauté de la liberté individuelle est un principe absolu qui s'applique à tous les domaines de la vie en société, il est devenu courant de subordonner l’application de ce principe aux circonstances, de considérer que les volets philosophique, politique, social et économique du libéralisme sont indépendants les uns des autres, voire de réduire le libéralisme à ses aspects économiques comme le fait l'usage moderne français…

Le mot « libéralisme » est utilisé dans des sens différents, plus ou moins larges, et quelquefois contradictoires. »

C’est le moins qu’on puisse dire. Aux USA, est « liberal » celui qui s’oppose aux conservateurs, à la guerre en Irak et au clan Bush… Le « liberal » americain est un Rouge qui s’ignore.
En France, le terme, accepté dans sa seule dimension économique, a souvent été confondu avec le capitalisme, dans lequel l’initiative privée, à l’origine de l’économie de marché, serait le facteur primordial de l’accroissement des richesses de tous ( mais de certains plus que d’autres)…

Mais le capitalisme, au cours du vingtième siècle, a connu de profondes mutations. Le capitalisme industriel, le capitalisme d’entreprise, avec ses Maîtres de Forges et autres grands patrons paternalistes investissant pour l’avenir, a disparu, au profit d’un capitalisme essentiellement financier, un capitalisme du profit à court terme, quel qu’en soit le prix à payer pour les populations, et pour l’avenir de la planète. Un capitalisme myope, pour ne pas dire un capitalisme aveugle. C’est ce capitalisme, que je nomme néolibéralisme. Le terme ultralibéralisme me semble inapproprié, il sert d’ailleurs aux néolibéraux comme un repoussoir. « Regardez », disent-ils, « avons-nous franchement l’être d’être des ultra ? ». Et en effet, rien dans leur accoutrement ne laisse transparaître, au premier abord, qu’ils se situent, sur l’échiquier des valeurs humaines, légèrement à droite de Gengis Khan ( 1162-1227)…

 

Le capitalisme, victime consentante d’une mutation, délaissant l’investissement industriel à long terme pour favoriser le seul gain financier à court terme ?

Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais ses plus zélés supporters.

Tenez, au hasard, Eric Le Boucher, l’homme qui dans ses chroniques économiques du quotidien « Le Monde », dépasse chaque semaine Jean-Marc Sylvestre sur la droite, en klaxonnant…

Dans un article d’Octobre 2006 sobrement intitulé « Ce qu’il faut faire », Eric Le Boucher nous donne un court d’économie rapide et précis, comme on aimerait en voir plus souvent :

« Excluons l'extrême gauche et l'extrême droite du raisonnement. Pour elles deux, la solution passe par la fermeture des frontières aux biens, aux capitaux et aux personnes, or, chacun sait, sauf elles, que l'histoire comme les études économiques ont montré que cela conduirait à une précipitation du pays dans le déclin. Raisonnons avec la gauche et la droite dites de gouvernement. »

C’est pas déjà du puissant, là ? C’est pas du décoiffant ?

« Pour cette gauche et cette droite, le constat est commun. Le monde est entré dans une nouvelle phase sous la poussée de trois forces puissantes et conjuguées : une accélération technologique fulgurante, une mondialisation généralisée et l'émergence d'un nouveau capitalisme dit patrimonial qui accorde une place première à l'actionnaire. »

Qu’est-ce que je vous avais dit ?

« L’émergence d’un nouveau capitalisme dit patrimonial qui accorde une place première à l’actionnaire ».

C’est pas exquisement écrit ? On est économiste, on n’en est pas moins poète… Parce que « L’émergence d’un nouveau totalitarisme financier dans lequel, se goinfrant tel le goret, l’actionnaire saigne le travailleur tout en lui serinant que pour gagner plus, il faut travailler plus »(*)… je ne sais pas pour vous, mais personnellement je trouve que ça sonne moins bien…

 

Note de bas de page : Au début du mois de décembre 2006, l’annonce d’une probable dérégulation des tarifs du gaz et de l’électricité en France fit bondir le cours boursier d’EDF, provoquant la jubilation matutinale de Jean-Marc Sylvestre. La bonne nouvelle qu’il claironnait sans aucun recul au nom du marché n’en était pas une pour le commun des auditeurs, condamnés à augmenter prochainement leur budget de chauffage et d’éclairage pour satisfaire les boursicoteurs.

 

Continuons :

«  Le changement est radical : il ne suffit plus de bouger une fois, de trouver une invention, d'engager une réforme, mais de bouger en permanence, de créer quotidiennement, de réformer les réformes, pour courir de plus en plus vite… Il faut que les hommes et femmes politiques…fassent la pédagogie de cet ordre neuf. »

Ca devient chaud, hein… Bouger en permanence. Courir de plus en plus vite. La flexibilité, on vous dit. « La vie, la santé, l’amour sont précaires. Pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »  C’est beau comme du Medef, dis. Et c’en est, copyright Laurence Parisot.

Bizarrement, c’est le genre de programme qui m’inquiète un peu. Pas parce que je serais foncièrement opposé à l’initiative privée. Mais parce que « courir de plus en plus vite », comme programme de vie, ça me semble un peu court. Et que ça me rappelle de très mauvais souvenirs.

Parce que, si dans ce monde merveilleux de l’économie sociale de  marché libre et non faussée, il faut courir de plus en plus vite… qu’arrive-t’il à ceux qui ne tiennent pas le rythme ?

 

De très mauvais souvenirs, vous dis-je.

Pour comprendre de quoi il retourne, il faut revenir un quart de siècle en arrière, quand la chute de Phnom Penh aux mains des Khmers Rouges incita au lyrisme révolutionnaire nombre de nos éditorialistes, et non des moindres. Au nom de l'anti-américanisme, de la lutte légitime des peuples frères et de la dictature du prolétariat, les Khmers Rouges mirent en œuvre un programme hors du commun: du passé, ils firent table rase. Quelques millions de morts plus tard, l'Occident découvrit, décontenancé, la face cachée de ces ultras en quête d'absolu. J’avais, quoi, dix-sept ans à l’époque. J’étais étudiant en médecine. Je me souviens des unes des journaux, je me souviens des articles de Jean Lacouture, et de beaucoup d’autres.

Et des slogans… Ah, les slogans : « Qui proteste est un ennemi, qui s'oppose est un cadavre », « Notre cœur ne nourrit ni sentiments ni esprit de tolérance », « L'Angkar voit tout, l'Angkar a les yeux de l'ananas »...

Les Khmers Rouges rassemblèrent les habitants de Phnom Penh en longues colonnes, les poussèrent hors de la ville, vers la campagne, afin de détruire l’ordre ancien, de forcer l’avènement d’un monde neuf, d’un homme neuf. Il fallait laver l’esprit et le corps des habitants de la ville, pourris par l’idéologie et le consumérisme américain. Des commentateurs français s’extasiaient de ce spectacle écologique, forcément écologique… Moi, je n’avais que dix-sept ans. Je n’avais encore jamais pénétré dans un hôpital de ma vie. Jamais vu de près un malade. Mais en lisant les journaux, en écoutant la radio, en apprenant qu’on chassait tout le monde des villes, j’ai imaginé ces colonnes de déplacés terrorisés, et je me suis posé la question qui ne semblait pas, alors, effleurer l’esprit des commentateurs avisés :

Le vieillard fatigué, le dialysé, l’opéré récent, la femme enceinte, l’enfant handicapé… combien de temps leurs cornacs accepteront-ils qu’ils ralentissent toute la colonne ?

Combien de temps avant qu’on décide de les sortir du troupeau pour permettre à la masse d’avancer plus vite ?

Combien de temps avant que leur petit groupe, séparé, isolé, disparaisse, au détour d’une colline, des yeux de ceux qui osent encore un regard en arrière ?

Et une fois qu’ils seront seuls avec leurs gardiens en arme, qu’adviendra t’il de tous ces gens, cette piétaille, incapable de « courir de plus en plus vite » ?

C’est une question qui m’a hanté pendant près d’un quart de siècle.

 

Oh certes, me direz-vous, les néolibéraux n’ont pas d’arme.

Ils ne vont tuer personne.

Ils ne vont pousser personne dans une fosse.

Vous délirez, monsieur David Vincent, ce n’est pas sérieux.

Les Fossoyeurs n’existent pas.

Nous sommes en pleine science-fiction…

Et bien moi je voudrais vous persuader du contraire. Je voudrais vous faire toucher du doigt l’ampleur des changements en cours dans le monde de la santé, et les effets pervers de la doctrine néolibérale, qui s’exerce tout d’abord, comme toute idéologie déconnectée du réel, sur les plus faibles.
Ceux qui ralentissent la colonne en marche vers des lendemains qui chantent pour l’actionnaire.


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"LES FOSSOYEURS: Notre Santé les intéresse" de Christian LEHMANN, disponible sur Amazon Kindle, 3.01 euros


Revue de presse:

 

« Christian Lehmann est écrivain, mais il n'a jamais renoncé à son métier de médecin généraliste, de " soutier de la santé ", qu'il exerce en banlieue parisienne. Médecin libéral, il part en guerre contre le libéralisme économique et ses applications à la santé, à la médecine de ville, à travers la réforme de la Sécurité sociale de 2004, comme à l'hôpital, avec le plan Hôpital 2007. Avec un humour corrosif et des clins d'oeil aux séries télévisées de l'ère du noir et blanc, Christian Lehmann distribue les coups de scalpel. Hommes politiques, syndicalistes signataires de la convention médicale, mais aussi journalistes en prennent ainsi pour leur grade. Il réserve un traitement de faveur à son confrère Philippe Douste-Blazy. Les propos de l'ancien ministre de la santé dans les médias sont ainsi repris mot pour mot, avec les imperfections de l'exercice oral, qui conduisent parfois à un effet comique. »

Paul Benkimoun, LE MONDE

 

« Démonstration implacable sur près de 300 pages. Tout y passe : les manoeuvres politiques et syndicales, les mensonges des ministres (le pompon à Douste-Bla-Bla) et la langue de bois de leurs conseillers, les pressions des labos ( BigPharma ») et des compagnies d'assurance : ce sont eux, les Fossoyeurs ; et, en face, la morgue de certains spécialistes (qui n'en ont jamais assez), le désarroi des généralistes (en passe de devenir une denrée rare, tant on les exténue et les démotive), la réforme des hôpitaux, qui deviennent des entreprises comme les autres, où la sélection des patients se fera de plus en plus en fonction de la rentabilité de leur pathologie ». Sans oublier les chantres ordinaires du «capitalisme patrimonial» dans nos journaux et sur nos ondes. Sujet ardu, complexe. Mais, vous savez quoi ? Ça se lit comme un polar. C'est que notre « docteur Justice », comme l'a surnommé son éditeur, est aussi un écrivain. Bourré de talent. »

 Bernard Langlois, POLITIS

 
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