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04/04/2013

Pierre Moscovici, stand-up comic

 

 

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"La réponse de la Suisse me permet de dire que je n’ai pas de doute et que ce doute que je n’avais pas n’est pas ébranlé"

Pierre Moscovici, stand-up comic  (février 2013)

 

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29/03/2013

Marie-Chantal à la Santé

 

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Monsieur le Président

 

Je  vous écris de mon cabinet médical, entre deux patients. Je vous écris et pourtant je n’attends plus rien de vous. Je vous écris parce que, comme l’écrivait Orwell « En ces temps de tromperie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire ». Et la vérité c’est que vous n’avez tenu aucune de vos promesses, dans le domaine de la santé comme ailleurs. Ce n’est pas une accusation, c’est juste un constat.

Vous aviez promis de revenir sur les franchises sur les soins, que vous dénonciez  comme une « sanction et culpabilisation du malade ».

Vous aviez promis de revenir sur une gestion purement comptable de la santé, qui écartait par exemple du remboursement à 100% l’hypertension artérielle sévère, une mesure que vous jugiez « aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique ».

Vous aviez un boulevard devant vous. Après cinq années où ont été laminés l’accès aux soins des patients, la confiance des professionnels envers l’Assurance-Maladie gérée comme une entreprise privée par un ancien dirigeant d’AXA, après cinq années de franchises sur les soins prétendument destinées à lutter contre l’Alzheimer ( on peut reconnaître bien des défauts à votre prédécesseur mais certainement pas de manquer de souffle), après cinq années de gestion à la petite semaine de la santé publique, de scandale pharmaceutique en campagne vaccinale en Crocs roses, vous aviez un boulevard devant vous pour reconstruire le pacte entre les professionnels et la Nation afin de sauvegarder un système solidaire ( au risque de mécontenter la finance, pour qui les dépenses sociales sont par nature une hérésie).

Au lieu de quoi vous avez nommé Marie-Chantal à la Santé, elle qui utilisait ce marche-pied pour sa carrière politique sans aucune compréhension du système complexe dont elle prenait gouvernance. Se coulant dans les habitudes de ses prédécesseurs, elle commença par conforter le management assurantiel de la vieille Sécu avant de distribuer aux complémentaires quelques hochets en attente de la privatisation. Elle instrumentalisa les habituels syndicats signataires, toujours les mêmes, pour torcher un « accord historique » sur les dépassements d’honoraires qui s’acharnait essentiellement sur les médecins de ville sans toucher aux dépassements parfois faramineux des pontes hospitaliers, dont la fronde et celle de leurs internes aurait pu lui porter préjudice. Pire encore, elle désigna en bouc-émissaires l’ensemble des médecins, y compris ceux qui comme moi ne pratiquent aucun dépassement d’honoraires, comme des feignants ingrats et nantis, les vouant à l’opprobre publique comme aucun ministre de tutelle ne l’avait fait avant elle.

Le système s’effondre, les médecins dévissent leur plaque, plus personne ne s’installe en ville parce que les conditions économiques ne le permettent plus. Les patients se retrouvent soudain démunis, nombre d’entre eux viennent « embouteiller » les urgences hospitalières rentabilisées économiquement par cette affluence au détriment de la qualité de la prise en charge des réelles urgences et de la vie des personnels soignants. Mais qu’importe, tant que la Ministre peut jongler avec les concepts, saupoudrer ici ou là une maison de santé pluridisciplinaire en vantant un changement de paradigme là où il n’y a le plus souvent qu’un renoncement. Demain ces centres ne survivant que grâce aux subventions seront « sauvés » par des organismes complémentaires, cachés derrière le vocable « mutualiste ».

Votre adversaire serait la finance ? Alors pourquoi lui sacrifiez-vous tant de choses, avec semble-t-il la seule obsession de tenir vos déficits en amputant les dépenses sociales ?

 


Je n’attends rien de vous, Président. Mais je voulais juste que vous le sachiez : je vous vois. Mes confrères vous voient. Et là où il est, l’ami Bruno-Pascal Chevalier, qui militait à mes côtés contre les franchises, Bruno-Pascal à qui vous aviez promis de les abolir, Bruno-Pascal à qui Ayrault a menti, à qui Marie-Chantal a menti, Bruno-Pascal vous voit, lui aussi. Et comme moi, il se demande probablement comment c’aurait été, de ne pas reconduire Sarkozy.

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PS: la version politiquement correcte de ce texte est parue ici avec LA vidéo

 

Christian Lehmann, médecin et écrivain, est l'auteur de "Patients, si vous saviez"

27/02/2013

Stéphane Hessel ( in memoriam)

Tout le monde respecte Stéphane Hessel.

 

Toute le monde l’aime, tout le monde le kiffe, tout le monde l’invite.

 

Depuis le succès de son petit opus « Indignez-vous », il est la coqueluche des médias.

 

 

 

Les mêmes médias qui avaient totalement zappé il y a quelques années, lorsque cela eût pu se révéler intéressant, lorsque cela aurait été indispensable, l’Appel du Conseil National de la Résistance auquel il avait participé avec Lucie et Raymond Aubrac,  Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

 

 

 

Appel du Conseil National de la Résistance ( 2004)

 

 

 

Je cite chacun de ces noms avec le respect dû aux Anciens de la Résistance, mais aussi avec colère, une colère froide qui ne m’a pas quitté depuis 2004. Car ce que dénonçaient ces hommes et ces femmes, soixante ans après les réalisations du Conseil National de la Résistance, c’est le risque grandissant de la mise à bas de ces acquis par le libéralisme financier, comme Nicolas Sarkozy devait ensuite l’incarner, pour le plus grand plaisir de Denis Kessler et de tous les autres fossoyeurs des acquis de 1944.


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 ( photo de Raymond Aubrac tirée de la vidéo de Thomas Lacoste)

Et à l’époque, hormis le journal l’Humanité, aucun grand media, aucun journal, aucune télévision, ne relaya cet appel. En le revoyant sur le net, on comprend mieux pourquoi. Ce que rappellent ces vieillards ( le terme n’est pas péjoratif), c’est qu’il fut un temps où on rêva un monde meilleur, un monde entre autre où la presse ne serait pas au service et à la botte des marchands d’armes…

 

 

 

Toujours est-il qu’une fois la catastrophe enclenchée, une fois Sarkozy élu pour accélérer la destruction entamée par ses prédécesseurs, Stéphane Hessel réussit le tour de force de passer outre le désintérêt médiatique ( Les résistants, coco ? C’est de l’histoire ancienne, ça n’intéresse plus personne. Dis-moi, pour le papier d’ouverture, c’est quoi déjà le nom du type de Secret Story 3 qui s’est suicidé ?) en s’adressant directement aux Français par le biais d’ « Indignez-vous ».

 

Mais c’est moins le succès du livre, ou les prises de position de son auteur, parfois en faveur de Dominique Strauss-Kahn, parfois en faveur de Nicolas Hulot, qui lui valurent l’inimitié d’une partie des médiacrates, que son soutien à la cause palestinienne.

 

Là, tous les coups furent permis. Sur nombre de sites arabophobes, on n’eut de cesse de vilipender, de dénoncer, selon des procédés si éculés qu’on est affligés pour leurs auteurs, ce renégat, cet ennemi, ce mauvais Juif, ce Juif honteux, atteint de la haine de soi, etc, etc, etc, ad nauseam…

 

Je ne me prononcerai pas ici sur le sujet des droits des Palestiniens, du droit à l’existence d’Israël, du sionisme, mais sur un procédé, un procédé particulièrement abject, d’avilissement.

 

D’abord, le texte, qui tourne sur les sites qui ont pour credo de confondre défense des Palestiniens et antisémitisme, et que reproduit Marianne sur son site. J’ai presque honte de déposer ce lien ici, mais il faut le lire pour le croire, donc…

 

Stephane-Hessel, résistant... Certes, mais...

 

Sous la prose de Taguieff, qui s’était il y a un an déjà illustré sur Facebook en insultant de manière particulièrement nauséabonde Stéphane Hessel et en le comparant à un serpent... (Traiterait-on un Pierre-André Taguieff de cloporte?)

 

Quand Pierre-André Taguieff insulte Stéphane Hessel

On découvre que l’ancien résistant ne l’était pas tout à fait assez. Pas assez assidu sur le terrain, pas assez longtemps.

 

Trois mois et neuf jours en mission sur le sol français, note avec précision Taguieff, dont on ne sait si les sphincters auraient tenu aussi longtemps dans un pays sous la botte nazie…

 

Sur certain site, « l’icône des ennemis d’Israël » ( ne faisons pas dans la demi-mesure, surtout ! « Qui n’est pas avec moi est contre moi », Matthieu, chapitre 12, verset 30. ) est dénoncée comme… un résistant de bureau

 

Stéphane Hessel, un résistant de bureau

 

Terme qui fleure bon… le révisionnisme, puisque le tristement célèbre Maurice Papon fut accusé de « crime de bureau » ( et avec lui on pourrait aligner dans le box pas mal de grandes pointures, comme René Bousquet…). Utiliser ce terme ainsi pour qualifier le passé de résistant de Hessel dans le seul but de le discréditer au vu de ses positions politiques actuelles est ignoble.

 

Mais revenons à Taguieff, car nous tenons là un magnifique exemple, non pas de crime de bureau, mais de fiente de clavier. Comme le souligne l’ami Sébastien Fontenelle sur son blog...

 

Faut pas exagérer, après tout. Stéphane Hessel n'a été qu'un tout petit peu arrêté par la Gestapo, et un tout petit peu torturé...

 

Taguieff omet juste de préciser que Stéphane Hessel fut arrêté par la Gestapo, torturé, et déporté vers Buchenwald puis Dora.

 

Sur sa notice Wikipedia, entre autres horreurs, on peut lire ceci :

 

« À la suite d'une tentative d'évasion manquée, il est transféré en janvier 1945 à Dora pour être versé aux commandos dont les membres, le plus souvent sans être nourris, travaillent à la construction d'infrastructures ou de pièces pour les V2. Sa connaissance de l'allemand lui permet d'obtenir d'être choisi pour une tâche particulière, en échange d'une tranche de saucisson comme ration journalière. La tâche en question s'avérera être le transport des masses de cadavres dans les fosses communes, rendant le choix du saucisson plus désespérant que la faim »

 

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Alors, Taguieff, Pierre-André... ( tu permets que je t'appelle Pierre-André?) Selon toi, Hessel, Stéphane, résistant de bureau, résistant à deux balles…

 

Pas torturé assez longtemps dans la baignoire?

 

Pas déporté assez loin?

 

Mais, pauvre type, sais-tu même ce qu’est la honte ?

 

 ( texte publié sur ce blog le 03/10/2011)

22/02/2013

"Mon adversaire, c'est le monde de la finance": François Normal, fils caché de Mitterrand

 

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J’ai succédé à l’autre agité.

 J’avais bien saisi que les Français en avaient marre, j’ai joué l’apaisement, la tranquillité. Pendant la campagne, j’ai juste élevé la voix deux ou trois fois, en choisissant bien mes cibles.

« Mon adversaire, c’est le monde de la finance… » Gros succès d’orateur.

 

Les éditorialistes proches du manche ont bien couiné un peu, mais je suis vite allé en Angleterre expliquer au Guardian qu’il ne fallait pas me prendre au mot, que la finance, je m’en arrangerai, comme s’en était arrangé François Mitterrand, sous le règne de qui la part de la richesse nationale dédiée aux revenus du travail à commencé à dévisser pour perdre en vingt-cinq ans dix pour cent par rapport aux revenus financiers.

 

Un quart de siècle, et personne ou presque ne dénonce la manip. Comme quoi le vieillard aux dents limées avait raison : « Il faut donner du temps au temps. »

 

Comme dit Henri de Castries, mon ami de trente ans, accessoirement directeur des Assurances AXA : « Il faut une génération pour changer un système de santé »


Hollande: le sarkozysme à visage humain...

J’ai succédé à l’autre agité.

Mon but premier : rassurer les marchés, ne rien changer à l’ordre du monde, à la répartition des richesses entre les puissants et les autres. Et avant tout, tenir les critères de la dette, afin de conforter le système bancaire, afin d’éviter que les spéculateurs n’attaquent le pays comme ils l’avaient fait en Grèce et en Espagne.  Pour cela, il faut couper. Mais ce n’est pas dans mon tempérament de passer en force alors je joue sur deux tableaux. En parole, je la joue normal, apaisé, protecteur. En actes, je continue la politique de l’agité, l’air de rien. Je fais du Sarko, mais sous anesthésie. Hollande : le sarkozysme à visage humain, en quelque sorte.

 

Sur le plan économique, j’ai ainsi réussi à faire passer sans coup férir l’augmentation de TVA que, du temps de l’agité, je fustigeais comme inégalitaire et scélérate. Tout ce que le PS compte de sycophantes, de lèche-culs ( et Dieu sait que j’ai eu la raie humide, ces derniers temps), a expliqué que c’était une bonne mesure, une sorte de TVA sociale. Mais ce ne sera pas suffisant : il va me falloir mener une politique d’austérité, en évitant les manifestations de colère qui pourraient embraser le pays. Je ne sais pas comment fait Rajoy en Espagne pour éviter les massacres, parce qu’ici en France, je ne tiendrai pas quinze jours sans des émeutes sanglantes. Il faut donc jouer en douceur.


Toutes les mesures ineptes que j'ai dénoncé, je les maintiens...

Comme toute dépense de protection sociale, les dépenses de santé nuisent à l’image du pays aux yeux des spéculateurs et des financiers. Il me faut les réduire, sans que cela se voie trop. Ca commence par conforter l’existant. Toutes les mesures médicalement ineptes et socialement dangereuses de mon prédécesseur, toutes ces mesures que, candidat, j’ai dénoncé : les franchises sur les soins, la restriction de la prise en charge des hypertendus sévères… toutes ces mesures, je les maintiens. Ce sont des mesures purement comptables, mais un sou c’est un sou. Les franchises rapportent 850 millions d’euros par an, que l’agité est allé chercher dans la poche même des plus malades, des plus faibles. C’est toujours ça de pris, sans avoir à me salir les mains. Coup de bol, à part quelques agitateurs, personne ne se souvient qu’en 2007 Philippe Seguin à la Cour des Comptes avait suggéré de taxer les stock-options à l’égal des salaires pour récupérer 3.5 milliards par an. « Mon ennemi, c’est la finance ». Je me surprends, parfois. J’arrive maintenant à la dire devant la glace sans qu’un muscle de mon visage normal ne tressaille. Des années de préparation. Il ne faut pas croire que ça a été facile.

Mais au final, franchises, restrictions de remboursement, ça ne va pas chercher loin. Il y a une autre voie à privilégier pour améliorer les comptes publics dans le domaine de la santé : la privatiser. En douceur. C’est un énorme secteur, il y a du blé à se faire, pour les assureurs, pour les fonds d’investissement. Comme le disait François Fillon, la caution sociale de l’agité : « Dans le cas de la santé nous ne devrions pas hésiter à considérer l’augmentation des dépenses, pour peu qu’elles soient rationalisées, comme le signe d’un progrès et comme l’un des moteurs principaux de notre économie. Le corollaire de cette attitude nouvelle est la responsabilisation des patients qui doivent prendre eux-mêmes en charge la partie des dépenses de santé qu’on appelle de confort ou qui sont générées par des comportements irrationnels dans les limites de leurs capacités contributives. » Moi j’applaudis. Ca a de la gueule. Arriver à enrober comme ça les choses, c’est le signe du talent. Parce que dit crûment, ça serait moins bien passé. Imagine… « Il y a du pognon à se faire dans le secteur santé pour les assureurs, de plus en plus de pognon au fur et à mesure que la Sécurité Sociale se désengagera. Et du moment que ce pognon n’impacte plus les comptes publics, c’est toujours ça de gagné pour moi, pour tenir mes 3% de déficit aux yeux des agences de notation. » Ca ne passerait jamais.

 

Mutuelles, mutualiste, j'adore ces mots-valise de la gauche...

Ce qui a coincé, du côté de l’agité, c’était la méthode. Trop rapide, trop brutal, trop directement en lien avec le monde de l’assurance… Quand tu nommes à la direction de la vieille Sécu un ancien directeur d’AXA, quand ton ministre de la Santé ( deux fois !) est un ancien assureur d’AXA, quand ton frère est directeur chez Méderic… comment veux-tu que ça ne se voie pas au moins un peu ? A mi-parcours, l’agité a eu une idée de génie : il est venu faire un discours d’intention dans lequel il expliquait clairement son idée de passer la Santé aux assureurs….mais il l’a fait au Congrès de la Mutualité Française, devant son Président d’alors, Jean-Pierre Davant. Il était ravi, le Jean-Pierre, un mitterrandolâtre qui se faisait conseiller en privé par les plus libéraux des médecins, dont le seul et unique médecin défenseur des franchises en France, le Professeur Guy Vallancien, de l’Institut Mutualiste Montsouris. Mutuelles, mutualiste, j’adore ces mots-valise de la gauche.

 

C’est là que j’ai eu le déclic. Les mutuelles. Le grand rêve solidaire des petites gens, la geste ouvrière des presque-rien qui ont monté des structures leur permettant d’assurer la protection sociale des malades, des handicapés. Un rêve de solidarité, d’humanisme basique. Le genre de truc gravement porteur dans l’imaginaire collectif, de ceux qui croient encore ( il paraît qu’il en reste), au collectif. Les mutuelles. C’était ça mon angle d’attaque.

 

J’ai commencé à promettre. Une mutuelle pour tous en 2014. Derrière moi, la clique de lèche-culs applaudissait : cet homme est grand, cet homme est bon, cet homme est normal. Et qui, dans la foule, aurait osé se lever pour dire : « Mais il existe beaucoup mieux qu’une mutuelle pour tous en 2014. Il existe une Sécurité Sociale solidaire, depuis 1945 ! C’est elle qu’il faut conforter, et pas faire l’inverse ! » ?

 

« Mon adversaire, c’est le monde de la finance. » Comme dit l’autre, qu’est-ce que ce serait si on était copains ? LOL.

 

Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain, auteur de "Patients si vous saviez...confessions d'un médecin généraliste"

Yvon Le Flohic est médecin généraliste, élu MG France aux Unions Régionales des Professionnels de Santé de Bretagne

 

17/02/2013

Cholestérol: 10 ans avant le Pr Even, deux généralistes lancent l'alerte... dans l'indifférence médiatique


CHOLESTEROL : UNE INFORMATION BIAISEE, UNE DEMARCHE INCOHERENTE

La résistance croissante au marketing dont font preuve certains médecins depuis quelques années semble avoir convaincu l'industrie pharmaceutique de changer son fusil d'épaule et de viser maintenant le grand public, comme elle le fait avec grand succès aux USA.

Tout a commencé à la rentrée 2002 lorsque le SNIP (Syndicat National de l'Industrie Pharmaceutique) a décidé de se rebaptiser du beau nom de LEEM (Les Entreprises du Médicament). Ce nouveau nom n'était pas un simple changement de façade mais la manifestation d'une quête de reconnaissance que l'industrie a accompagnée d'une puissante campagne en direction du grand public : affiches, publicités dans la presse écrite et surtout spots télévisés sur TF1 et France Télévision dans lesquels des personnalités, malades ou en bonne santé, venaient vanter les bienfaits des découvertes les plus spectaculaires : des anticancéreux aux médicaments pédiatriques en passant par le traitement de la sclérose en plaques. Mais cette entreprise de séduction dépasse la simple campagne d'image : sous couvert d'information sanitaire, le LEEM s'associe à des associations à but non lucratif pour diffuser des messages qui n'ont d'autre but que d'inciter la population à " consommer " du médical - c'est à dire, in fine, du médicament.

L'exemple le plus flagrant est visible ces jours-ci sur nos écrans : en janvier dernier, les laboratoires Pfizer s'associaient à l'ARCOL (Comité français de coordination des recherches sur l'athérosclérose et le cholestérol) pour lancer une campagne autour du dosage du cholestérol. Les moyens étaient conséquents : publi-reportage diffusé dans la presse écrite ayant pour vocation " d'élargir l'information au risque cardiovasculaire dans sa globalité " ; 1 300 000 brochures d'information destinées à être distribuées aux patients par les professionnels de santé afin " d'aider à lutter contre les idées reçues sur l'hypercholestérolémie " ; centre d'appel téléphonique permettant de " répondre aux questions les plus fréquemment posées ". Le pompon était cependant remporté par l'annonce presse avec " visuel choc et message simple " (sic !) publiée dans les principaux titres de la presse française. Déclinée en poster " à la demande de médecins ", 1 000 exemplaires étaient destinés à être installés dans les salles d'attente médicales. Annonce et poster représentaient les pieds d'un cadavre à la morgue : une étiquette portait le sexe (M), l'âge (47) et la cause du décès (accident cardio-vasculaire), avec ce message " choc " : " Dire qu'un simple dosage de son cholestérol aurait pu lui éviter ça ! " Juste en dessous, on pouvait lire " Une crise cardiaque peut intervenir alors que l'on ne se croyait pas malade. On peut alors découvrir que l'on a, peut-être depuis des années, un excès de cholestérol dans le sang. Saviez-vous qu'un excès de cholestérol peut provoquer des maladies cardiovasculaires ? Faire doser régulièrement son taux de cholestérol est important, d'autant qu'il est relativement facile, aujourd'hui, de le faire baisser. " Suit la liste des personnes et situations " concernés " : " Homme de plus de 45 ans. Femme de plus de 55 ans ou ménopausée. Antécédent familial de maladie cardiaque. Tabagisme. Diabète. Hypertension. Obésité. "

La volonté est claire : présenté comme un " tueur silencieux ", le cholestérol devient l'ennemi public numéro 1. Affiche et poster incitent ouvertement à consulter un médecin, à lui demander une prise de sang… Mais que feront alors, munis d'un résultat apparemment anormal, les patients qui ne se sont engagés dans cette démarche de soins que sous la pression publicitaire ? 
On touche ici le cœur de cette démarche commerciale, qui n'a rien d'une démarche d'éducation à la santé. Car aux patients pressés, stressés, on fait miroiter qu " un simple dosage du cholestérol " pourrait les protéger d'une mort précoce. Alors qu' " un simple dosage du cholestérol ", le plus souvent, ne renseignera en rien les patients sur leur risque cardio-vasculaire global, et ne les engagera pas dans une démarche de soins cohérente sur le long terme. Pour peu que le résultat semble dévier des normes édictées par les laboratoires, la force de la campagne, son message morbide choquant, amèneront probablement les patients à solliciter, voire à exiger des médecins un traitement destiné à " faire baisser le cholestérol ". Combien résisteront ? Aux USA, une étude publiée par l'American Medical Association révèle que 80% des patients qui demandent au médecin un médicament vu dans une publicité voient leur souhait exhaucé. Et si en France il est encore interdit de faire de la publicité directe pour les médicaments à destination du consommateur, générer une demande de traitement au sein de la population française, première consommatrice au monde de comprimés et autres gélules, passe d'abord par cette pseudo-information déguisée.

On chercherait en vain sur le site de l'Arcol, ou dans les documents publicitaires, quelques vérités surprenantes pourtant faciles à diffuser au grand public. A savoir que le taux de cholestérol est un facteur de risque beaucoup moins important que le surpoids ou la consommation de tabac, ou encore que son interprétation dépend de multiples facteurs ( âge, sexe, antécédents vasculaires, nationalité, habitudes alimentaires…). Ou encore que certains médicaments largement prescrits pendant des décennies ( et encore aujourd'hui !) font certes baisser le cholestérol… mais n'ont pas apporté la preuve que cette baisse s'accompagnerait d'une diminution de la mortalité des patients ou du risque d'accident vasculaire cardiaque ou cérébral ! Ou bien encore que les médicaments efficaces ne le sont que pour une population bien ciblée, présentant une hypertension, ou un diabète, ou des antécédents de troubles vasculaires. Ou encore que cesser de fumer diminue beaucoup plus nettement le risque vasculaire, que de " faire baisser le cholestérol ". Présenter le dosage de cholestérol comme un élément clef de la démarche de santé est un contre-sens, qui n'aboutira qu'à augmenter la pression consumériste sur médecins et patients.

La démarche est juteuse pour des intervenants peu regardants sur la finalité, qui devrait être la santé des patients : médecins multipliant les consultations, laboratoires multipliant les analyses, pharmaciens le nombre de boîtes vendues, et fabriquants leur chiffre d'affaire.

La campagne PFIZER - ARCOL se présente comme une campagne d'information, ce qu'elle n'est pas : une information loyale aurait consisté à remettre le cholestérol à sa place. La présence avouée de BIG PHARMA en la personne de PFIZER ne laisse guère d'illusion : qui peut croire que le fabriquant d'un des principaux hypolipémiants du marché ( mais pas le mieux évalué), n'attend pas un retour sur investissement de cette " information " gracieusement assénée au public avec le concours de professionnels de santé et d'une association probablement subventionnée en partie par les pouvoirs publics ? ? ?

Le 27 mars dernier, les résultats d'un sondage de la revue médicale en ligne MedHermes amenait celle-ci à titrer " Les médecins à l'industrie pharmaceutique: Arrêtez de nous prendre pour des cons. " La profession médicale, en particulier les médecins généralistes, est en effet de moins en moins perméable au discours des visiteurs médicaux et aux publicités destinés à influencer leurs prescriptions. Même si la seule revue française indépendante consacrée au médicament, La revue Prescrire, ne compte que 25 000 abonnés, dont 10 000 généralistes, cette minorité de bloquage gêne considérablement la désinformation depuis toujours orchestrée par l'industrie.

Le 26 mars, dans un communiqué conjoint Pfizer et l'ARCOL " s'engageaient à faire prendre conscience qu'un simple dosage de cholestérol peut éviter de graves accidents cardiovasculaires ". Son dernier opus, " Un mauvais rêve ", spot télévisé actuellement diffusé sur TF1 et les chaînes de France Télévisions, met en scène un homme passé la quarantaine faisant un infarctus lors d'un dîner galant. Le message est doublement pervers et manipulateur : il vise à provoquer l'angoisse des hommes (qui consultent habituellement très peu leur médecin en l'absence de symptômes) et à culpabiliser (en faisant mine de les responsabiliser) les femmes qui sont d'excellentes prescriptrices de soins pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs enfants, leurs parents et leurs compagnons.

A l'heure où le système de santé craque de toutes parts, cette campagne dont on se demande comment elle a pu recevoir l'aval de la Sécurité Sociale et des pouvoirs publics ne peut avoir d'autre effet que celui d'augmenter la consommation médicale de manière inutile au lieu d'amener les Français qui le souhaitent à s'engager dans une démarche de santé cohérente sur le long terme, laquelle ne passe pas obligatoirement par des dosages biologiques.

Christian Lehmann et Martin Winckler , médecins généralistes et écrivains


PS: En Mars 2003, Martin Winckler et moi avons tenté sans succès de publier ce texte dans plusieurs journaux et magazines, dont Le Monde, Libération et l'Express, à la suite d'une campagne médiatique intellectuellement indigente sur le cholestérol. Sans aucun succès.

Un interview croisé dans l'Express, sur une double page, a même été caviardé au dernier moment parce qu'un journaliste "médical" du newsmagazine s'était vexé d'avoir été épinglé dans "Patients, si vous saviez... Confessions d'un médecin généraliste", le livre que j'avais publié le mois précédent, pour son soutien sans recul au Vioxx... un anti-inflammatoire qui fut ensuite retiré du commerce au terme d'un fracassant scandale et de quelques milliers de morts. Ce texte ne fut donc jamais publié, mais circule encore dans les archives du net. Au bout d'un mois d'essais infructueux, avec mon accord, Martin Winckler utilisa ce texte, légèrement remanié, pour sa chronique Odyssée sur France-Inter:

Quel message terroriste peut-on voir ces jours-ci à la télévision?

Quelques semaines plus tard, Martin fut "remercié" de l'antenne de France-Inter par Jean-Luc Hees, immense professionnel, comme le relate cet article:

Polémique autour d'une campagne d'information sur le cholestérol  ( voir en fin d'article)

Quelles conclusions tirer de cette histoire?

1/ Que le LEEM n'est plus en odeur de sainteté depuis l'affaire du MEDIATOR.

2/ Que la presse considère aujourd'hui comme un bon sujet ce qu'hier elle n'osait pas aborder avec des pincettes, même quand les données médicales étaient sérieuses et le propos moins caricatural que celui du Professeur Even ( ancien doyen de faculté particulièrement méprisant envers la médecine générale, ancien ponte hospitalier s'étant illustré avec brio dans le scandale de la ciclosporine, vantée en conférence de presse internationale auprès de la ministre de la Santé de l'époque comme LE médicament du SIDA au mépris de tous les usages scientifiques... et de la réalité).

3/ Enfin, que dans le système français, un grand professeur enfonçant des portes ouvertes à coups de déclarations fracassantes et approximatives pourra aisément passer, dix ans après deux généralistes "de base" comme un éclaireur d'avant-garde dans la nuit de l'information médicale. 

Ainsi est fait le monde, et c'est le seul que nous avons. Il n'empêche. Sur le pont du Titanic, les vigies en ont parfois plein le cul. 


"Patients, si vous saviez... Confessions d'un médecin généraliste"  ed Points-Seuil

 
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