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10/07/2011

Médicaments dangereux: nommer les fossoyeurs

 

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Pendant que les faux experts dégoisent sur les plateaux télé, Marc Girard écrit. Ce petit livre dense, intelligent, est mû par une saine colère. Il est rare de voir un médecin afficher une conscience aussi aigüe de la crise que traverse notre société, au point , explique t'il, de choisir un petit format et un faible prix parce que "la crise sociétale qui justifie ce livre se solde entre autres par une atroce paupérisation des gens". On ne saurait mieux dire. Girard passe dans les média, lui aussi, mais sans hubris, simplement pour tenter de dire le vrai, même quand le vrai est complexe et ne se prête pas aux "petites phrases" qui font le bonheur des Debré et autres Even, soudain promus par la grâce d'un rapport demandé par le pouvoir en place, "experts du médicament". Loin des histrions de plateau-télé ( sans le nommer, Girard donne de l'un d'entre eux un portrait savoureux), Girard décrypte la responsabilité des médecins, des experts, et des journalistes. Sans oublier les associations de patients, les parlementaires et les adeptes des médecines douces tout frétillants de leurs prétentions "holistiques".Il m'est difficile de déterminer si le livre sera aussi profitable à un néophyte qu'il l'est à un médecin connaissant hélas un peu trop bien l'envers du décor. Girard en fait le pari, il fait le pari de l'intelligence du lecteur, il a probablement raison. Il utilise des anecdotes personnelles, éclairantes. Il nomme les responsables, il décortique et met à jour leur petitesse, leurs compromissions. Du côté d'Hippocrate, il nous montre ces médecins bernés par les visiteurs médicaux et en redemandant, ces grands pontes incapables d'accepter une discussion scientifique sur leurs pratiques, se retranchant derrière des "sources" jamais sujettes à discussion, ces syndicalistes médicaux prêts à toutes les bassesses pour obtenir une Légion d'Honneur, au point de sommer leurs adhérents de ne rien dire aux patients de leurs doutes éventuels pendant la crapuleuse campagne de vaccination H1N1... ( J'ai les noms... :-). Du côté des experts, il fustige les cons inamovibles de la campagne vaccinale, et égratigne la revue Prescrire pour son attitude parfois fort peu critique vis-à-vis d'experts de l'AFSSAPS, de l'HAS ou des comités vaccinaux... C'est une petite guerre interne entre Girard et LRP, dans laquelle il serait moins difficile de trancher si justement la revue affichait clairement les liens d'intérêts de certains de ses experts. Du côté de la presse, enfin, c'est l'hécatombe. Girard n'a pas peur de révéler comment se tournent ces reportages merdiques faits dans l'urgence et montés par un redacteur en chef qui n'a pas quitté son bureau parisien et veut simplement trouver chez l'interviewé une phrase sortie du contexte qui ira dans le sens qu'il a prédéfini pour son sujet. La porosité des journalistes avec les experts à grande gueule et petit cerveau est clairement révélée. 
C'est un livre de colère, et parfois cette colère est à la limite de dénaturer le propos, de le rendre moins lisible, quand Girard semble régler un compte personnel. Mais cette colère est saine, dans le monde feutré des agences de santé, des ministres imbéciles et des vaccinodromes. Girard ne sauvera pas le système de santé français, la maladie est trop avancée. Mais au moins, dans les ruines, il fera partie de ceux, rares, qui n'ont pas hésité à nommer les responsables, et décrypter les mécanismes.

"Medicaments dangereux: a qui la faute?", du docteur Marc Girard, 9 malheureux euros, Dangles éditions.

PS: Acheter un livre est un acte politique. Vous ne risquez pas de trouver celui-ci en tête de gondole chez Auchan, et Amazon semble livrer au compte-gouttes. Il n'empêche. Justement.

 

08/06/2011

Un coup de classeur sur le coin de la gueule est si vite arrivé.

 

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Dans le grand déballage post-DSK en cours, voici qu'une sale vérité affleure dans un article de Libération daté du 7 Juin au soir, qui rend compte d'une aimable sauterie organisée à l'Assemblée Nationale par deux député(e)s UMP, afin de récuser les accusations de sexisme qui ces derniers temps collent au milieu politique.

Ce n'est pas Jean Quatremer ( qui avait "outé" DSK en son temps) qui s'y colle, mais Laure Equy.

Petit raout payé par le contribuable pour amuser la galerie, et convaincre les journalistes que "Circulez, il n'y a rien à voir". Valérie Boyer et Bérengère Poletti rivalisent pour expliquer à quel point elles ne se reconnaissent pas dans l'image de ringardise machiste dénoncée par nombre de leurs consoeurs. Il est sûr qu'il devient plus délicat de stigmatiser les hordes islamistes gynophobes qui campent aux portes de nos banlieues quand les femmes hésitent à se mettre en jupe à l'Assemblée. Et voici qu'en plein milieu de ce petit exercice de storytelling au pays des Bisounours, le réel s'invite, en la personne de deux délégués syndicaux des assistants parlementaires.

http://www.liberation.fr/politiques/01012342054-sexisme-u...


Et la phrase qui tue, au détour de cette interpellation:

«Et les abus de pouvoir sur les collaborateurs?», interpellent deux représentants syndicaux d’assistants parlementaires. «Les collaborateurs, c’est un autre problème», balaie Valérie Boyer, levant les yeux au ciel.

Voilà que soudain, dans le jeu bien organisé des politiques, survient la vraie question qui fâche, non pas tant celle du sexisme, que celle de l'abus de pouvoir des puissants sur les faibles, la lutte des classes, en somme. Parce que ce déballage-là aurait une toute autre allure, une toute autre ampleur que la chasse aux victimes dont nous abreuvent les média.

Et parce que dans le climat actuel, si j'étais un ou une candidat(e) à la candidature, que ce soit à la primaire ou à la présidentielle, je me poserais la question de savoir comment, tout au long de mon parcours politique, j'ai traité les petit(e)s, les sans-grade, les assistant(e)s et autres collaborateurs ( trices) parlementaires qui ont dû subir mes sautes d'humeur.

Que voulez-vous, à mon niveau de responsabilité, lorsque l'intendance ne suit pas... un coup de classeur sur le coin de la gueule est si vite arrivé.


Enfin moi, je dis ça... je dis rien...


PS:

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En Février 2010, les allégations sur les violences qu'aurait fait subir le Premier Ministre Gordon Brown à ses collaborateurs firent la une de la presse britannique, et participèrent à son échec électoral. Sur cette affiche travailliste, on peut lire: "Il dit qu'il croit aux droits des travailleurs... Dommage qu'il ne les respecte pas..."

 

26/05/2011

Non, franchement, merci

"La députée UMP Brigitte Barèges, membre de La Droite populaire, a rallumé la flamme de l'homophobie en lançant, à propos d'un texte PS visant à autoriser le mariage homosexuel, « et pourquoi pas des unions avec des animaux ? »"

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Non, franchement, merci.


On a assez de députés UMP comme ça.

23/05/2011

Abjects, forcément abjects

Depuis dimanche dernier, depuis ce moment sidérant où en ouvrant AOL, de retour de Londres, j'ai vu s'afficher sur mon écran la tête du directeur du FMI, et l'en-tête expliquant qu'il était accusé d'agression sexuelle, j'essaie de ne pas en parler.

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Pas parce que je n'en ai rien à dire, pas parce que ça m'indiffère, bien au contraire, mais parce que depuis huit jours nous avons assisté à un déferlement honteux, un festival de déclarations pompeuses, ridicules, souvent profondément abjectes. Les suspects habituels, bien entendu, mais aussi de tous nouveaux, tous beaux spécimens.

Le pompon, à mon humble avis, revient à Luis de Miranda, romancier, philosophe, éditeur, et auteur dès Lundi 16 Mai dans les colonnes de Libération d'un billet bobo-branché particulièrement saignant:

"Cette chute, il l’a voulue, il l’a désirée. L’esprit en lui s’est allié à l’animal pour effondrer d’un geste vif la machine qui s’édifiait autour de lui, telle une prison prévisible et dangereuse. Cela a commencé par la Porsche. Premier acte manqué. Mais la voiture de sport ne fut qu’un coup d’essai timide. Si la femme de ménage a été agressée, l’ouvrière violentée, alors nous touchons au sublime, au sens kantien d’« au-delà médusant de la représentation »."

Ca ne vous rappelle rien? Allez, faites un effort.... Depuis le 17 Juillet 1985, et le fameux article de Marguerite Duras, venue faire son romanquête ( bien avant BHL) sur les rives de la Vologne, et qui s'était exclamée, à la seule vue des lieux, que Christine Villemin, accusée d'infanticide, était forcément coupable, coupable, forcément, et "sublime, forcément sublime". Car subissant la loi de l'homme, Christine Villemin s'en serait, c'était l'intime conviction de Duras, échappée par l'infanticide, apogée supposée du féminisme.

 

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Christine Villemin ( que Duras, très BHLienne, n'avait même pas rencontrée) , découvrant ce délire de vieille tapée dans Libération ( merci Serge July), eut ce mot dans lequel on mesure sans difficulté l'incapacité des femmes de ménage et des ouvrières à s'élever dans la stratosphère de ce qu'Emmanuel Todd nomme à juste titre la "classe dérivante" ( et non la classe dirigeante): "Mais elle est folle, celle-là..."

DSK, nous y reviendrons. A chaque jour suffit sa peine.

Chaque jour le PS nous désespère un peu plus, ceux qui croyaient au ciel, et ceux qui n'y croyaient pas ( dont je fais partie). Il est temps d'en finir. A plus...

19/05/2011

Opération Sarko 2012: Merci les guignols!

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Les sarkozystes du premier cercle qui ont vu "La Conquête" sont soulagés, parait-il.

Soulagés? On les comprend.

Si l'un des communiquants qui nous gonflent avec le storytelling sarkozyste depuis des années essuie une larme dans les jours qui viennent, ce sera parce qu'il aura pris un bouchon de champagne dans l'oeil.

En Angleterre, quand un réalisateur, un scénariste, s'attaquent au pouvoir, cela donne des films d'une rare pertinence, qui n'évacuent pas la question politique et sociale comme Xavier Durringer et Patrick Rotman s'y attèlent ici.

Mais l'Angleterre a des Peter Kosminsky, des Ken Loach. Nous, nous avons Durringer et Rotman.

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J'avais été surpris, ces dernières semaines, par la distance entre l'affiche du film, assez sarcastique, et les interviews donnés par les principaux protagonistes du film: auteur, réalisateur, acteur principal. Ayant vu le film hier, je comprends mieux.

Le festival attendu de répliques vachardes est au rendez-vous, on voit que Rotman a bien relu la presse, a bien potassé le livre de Bruno Le Maire, ex dir-cab de Villepin, le livre de Yasmina Reza, ex-groupie sarkozyste, et le livre sur Cecilia Sarkozy. Les acteurs sont bons, ils ont bien visionné les films vidéo de l'époque, écouté les discours. On a donc droit à ce combat pour la présidence entre des hommes d'une consternante médiocrité qui se haïssent cordialement et pour lesquels seul compte le pouvoir.

Mais parce que les auteurs refusent de montrer, en parallèle de ce combat de coqs, les conséquences morales politiques et sociales des actions de ces hommes et de ces femmes sur le peuple de France ( celui-là même que Guaino évoque les larmes aux yeux pour mieux le livrer à la marionnette Sarko), on reste dans l'entre-soi du storytelling sarkozyste, et comme s'en émeuvent Podalydès, Rotman et Durringer, on découvre un Sarkozy humain, attachant, tellement faillible, au fond. Un homme ambitieux, mais est-ce un crime, franchement, mâme Chabot, je vous l'demande?

Un exemple de cette cécité voulue, choisie? Le film traite au détour d'une répartie de la visite de Sarkozy, alors Ministre de l'Intérieur, sur la dalle d'Argenteuil, de ses fameuses petites phrases sur la racaille et le Kärcher. On nous rappelle en quelques mots sans rien en montrer que cela a mis le pays à feu et à sang pendant des semaines, mais cela est reproché du bout des lèvres à Sarkozy dans l'intimité feutrée d'un beau bureau élyséen, et Sarkozy, par la bouche de Podalydès, a beau jeu de répondre que "la France a un problème avec ses banlieues et ce qu'on me reproche c'est juste d'avoir dit la vérité". Il est dans cette scène entouré de médiocres, de menteurs, il y a là Chirac, Villepin, Jean-Louis Debré, Le Maire, Guéant  ( de mémoire ), il n'y a pas dans cette scène, évidemment, un banlieusard, un flic, un médecin, un pompier, pour enfoncer le clou. Tous ces types se tiennent par les couilles, par leurs conneries passées, par leur ignominie présente et future. La France a été mise à sang, sa cohésion mise à mal? Ce n'est dans le film qu'une séquence sur l'échiquier politique, et on passe à autre chose ( idem pour le CPE, dont on voit qu'il flingue Villepin mais dont aucune des conséquences ou du combat mené alors n'est montré; idem pour le Non à la Constitution Européenne). Là où Loach aurait mis sa caméra au ras des petites gens, là où Kosminsky ou Frears auraient mêlé dans leur narration les intrigues des puissants et la vraie vie des gens, nos courageux mais pas téméraires français transforment la conquête du pouvoir par un névropathe "libéral, ultracommunautariste et atlantiste" en sitcom.
Et par la grâce du cinéma, des gros plans, des acteurs, ils humanisent ces guignols, évacuent le peuple, participent au storytelling sarkozyste.

La meilleure preuve en est peut-être le portrait de Cecilia Sarkozy en madone sacrificielle. Ce qu'on voit ici, c'est une femme intelligente, aimante, qui soutient son mari au fil des ans et revient même près de lui pour lui permettre d'accéder au pouvoir suprême alors qu'elle ne l'aime plus. Par simple fidélité au passé. C'est beau, c'est tragique, le film se clôt quasiment sur son visage en larmes au moment où Sarko nous est infligé pour cinq ans.

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La réalité est un peu différente, si on 'en croit le livre d'Anne Biton sur Cecilia Sarkozy. Au lieu de la madone, on y voit une femme qui ne supporte plus un mari dont elle considère qu'il n'aime personne, pas même ses enfants, et qu'il a un réel problème de comportement. Une femme qui revient pour jouer au peuple français un mensonge de quelques mois, avant de partir retrouver l'homme qu'elle aime à Dubaï et se confier aux gazettes féminines en expliquant:

" Moi, ce qui me manque par-dessus tout, c'est aller faire des courses au supermarché avec mon fils Louis."

"Oui, c’est radicalement différent de tout ce que j’ai vécu avant. Mais c’est une expérience très enrichissante. J’ai des amis qui m’ont sorti quelques poncifs du genre: tu verras, on s’ennuie ici. C’est vrai qu’il n’y a pas tous les soirs du théâtre et de l’opéra comme à Paris, Londres ou New York. Mais on peut bouger. On oublie que Dubaï n’est qu’à deux heures seulement de l’Inde et quelques heures de la Chine. On peut aller y passer un week-end."

Ceux qui vont faire leur shopping "au supermarché" en Inde ou en Chine en deux heures d'avion privé apprécieront.

Les autres... les autres, le cinéma français s'en fout.

 

 

 
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