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09/10/2011

Christine Boutin se farcit le Béarnais ( NSFW)

Dans la série "Non mais vraiment on n'en a rien à péter", mesdames et messieurs, Christine Boutin... ( applaudissements polis mais circonspects).

Christine Boutin se présente aux Présidentielles de 2012.

Si, si.

Ne sachant pas trop comment faire parler d'elle, Christine Boutin se confie à Paris-Match, d'Arnaud Lagardère ( comme les missiles). Et pour casser son image de femme rigide, elle se dévoile toute entière ( si si, je vous avais prévenu, c'est pas pour les enfants, Not Safe For Work) :

" A la maison, dans l'eau, ma philosophie, c'est zéro vêtement. J'aime être nue, libre de mes mouvements."

Christine Boutin aime être nue. Passés les premiers mouvements de panique dans la salle, l'information, si tant est que c'en soit une, a fait le tour des rédacs, des blogs, puis la Christine est allée retrouver son point d'étiage à 1,19% des suffrages.

Remarquez, je ne devrais pas me moquer, mais remercier la dame. Toute voix de droite chopée au convulsif de l'Elysée, c'est une chance pour la France de le voir éliminé dès le premier tour.

Mais ça n'a pas suffi à Christine B. Il lui fallait marquer plus encore les esprits, et, si possible, éviter cette-fois d'envoyer un pourcentage non négligeable d'esprits faibles à l'asile d'Arkham pour ne pas rogner encore plus sa base électorale. Donc après de longues hésitations, d'interminables meetings avec son staff de communiquants, plutôt que de sortir sa sextape, Dame Christine a décidé de se farcir le Béarnais.

Non, non, ne paniquez-pas, je sais que ça peut prêter à confusion, mais rassurez-vous, ça n'a rien de sexuel.

Simplement, pour "exister" au centre du néant, Christine a décidé de tailler des croupières aux autres candidats potentiels qui pourraient lorgner sur les voix du centre. Elle est donc partie dans une diatribe hallucinante contre François Bayrou, accusé de pratiquer, je cite, la politique de la terre brûlée. Et d'avoir détruit, avec ses petits bras, l'école et la démocratie chrétienne. 

François Bayrou, le bien connu bolchevik au couteau entre les dents. François Bayrou, dont la Légende narrée de yourte en yourte faisait tourner le lait des yacks les plus endurcis et collait d'incoercibles diarrhées sanguinolentes au jeune Gengis Khan. François Bayrou, la mort incarnée. Votre pire câûchemââââr.

Mais faut arrêter, Christine. Faut arrêter. Parce que question politique de la terre brûlée, question destruction de l'école, de la république, de la société française, à la différence de Borloo, qui se sentait d'y aller mais qui ne s'y sent plus, de Hervé Morin, traître, et de toi, naïade affriolante et ô si politiquement incorrecte... on peut reprocher beaucoup de choses à Bayrou François, probablement, mais lui n'est pas allé à la soupe, n'a pas grenouillé dans un gouvernement Fillon pendant qu'on chassait les Roms et qu'on coursait les parents et les enfants pour les renvoyer en charter et faire du chiffre. François Bayrou ne s'est pas, que je sache, assis en conseil des Ministres avec des Besson et des Hortefeux. 

Alors faut arrêter, Christine. Tu serais moins ridicule en te promenant toute nue.

Mais préviens, quand même. 

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03/10/2011

Mais, pauvre type, sais-tu même ce qu'est la honte?

Tout le monde respecte Stéphane Hessel.

Toute le monde l’aime, tout le monde le kiffe, tout le monde l’invite.

Depuis le succès de son petit opus « Indignez-vous », il est la coqueluche des médias.

 

Les mêmes médias qui avaient totalement zappé il y a quelques années, lorsque cela eût pu se révéler intéressant, lorsque cela aurait été indispensable, l’Appel du Conseil National de la Résistance auquel il avait participé avec Lucie et Raymond Aubrac,  Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

 

http://www.youtube.com/watch?v=mJyVQp9mLd4&feature=player_embedded

 

Je cite chacun de ces noms avec le respect dû aux Anciens de la Résistance, mais aussi avec colère, une colère froide qui ne m’a pas quitté depuis 2004. Car ce que dénonçaient ces hommes et ces femmes, soixante ans après les réalisations du Conseil National de la Résistance, c’est le risque grandissant de la mise à bas de ces acquis par le libéralisme financier, comme Nicolas Sarkozy devait ensuite l’incarner, pour le plus grand plaisir de Denis Kessler et de tous les autres fossoyeurs des acquis de 1944.

 

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 ( photo de Raymond Aubrac tirée de la vidéo)

Et à l’époque, hormis le journal l’Humanité, aucun grand media, aucun journal, aucune télévision, ne relaya cet appel. En le revoyant sur le net, on comprend mieux pourquoi. Ce que rappellent ces vieillards ( le terme n’est pas péjoratif), c’est qu’il fut un temps où on rêva un monde meilleur, un monde entre autre où la presse ne serait pas au service et à la botte des marchands d’armes…

 

Toujours est-il qu’une fois la catastrophe enclenchée, une fois Sarkozy élu pour accélérer la destruction entamée par ses prédécesseurs, Stéphane Hessel réussit le tour de force de passer outre le désintérêt médiatique ( Les résistants, coco ? C’est de l’histoire ancienne, ça n’intéresse plus personne. Dis-moi, pour le papier d’ouverture, c’est quoi déjà le nom du type de Secret Story 3 qui s’est suicidé ?) en s’adressant directement aux Français par le biais d’ « Indignez-vous ».

Mais c’est moins le succès du livre, ou les prises de position de son auteur, parfois en faveur de Dominique Strauss-Kahn, parfois en faveur de Nicolas Hulot, qui lui valurent l’inimitié d’une partie des médiacrates, que son soutien à la cause palestinienne.

Là, tous les coups furent permis. Sur nombre de sites arabophobes, on n’eut de cesse de vilipender, de dénoncer, selon des procédés si éculés qu’on est affligés pour leurs auteurs, ce renégat, cet ennemi, ce mauvais Juif, ce Juif honteux, atteint de la haine de soi, etc, etc, etc, ad nauseam…

Je ne me prononcerai pas ici sur le sujet des droits des Palestiniens, du droit à l’existence d’Israël, du sionisme, mais sur un procédé, un procédé particulièrement abject, d’avilissement.

D’abord, le texte, qui tourne sur les sites qui ont pour credo de confondre défense des Palestiniens et antisémitisme, et que reproduit Marianne sur son site. J’ai presque honte de déposer ce lien ici, mais il faut le lire pour le croire, donc…

http://www.marianne2.fr/Stephane-Hessel-resistant-Certes-mais_a210915.html

Sous la prose de Taguieff, qui s’était il y a un an déjà illustré sur Facebook en insultant de manière particulièrement nauséabonde Stéphane Hessel et en le comparant à un serpent... (Traiterait-on un Pierre-André Taguieff de cloporte?)

http://larouetournehuma.blogspot.com/2010/10/quand-pierre-andre-taguieff-insulte.html

on découvre que l’ancien résistant ne l’était pas tout à fait assez. Pas assez assidu sur le terrain, pas assez longtemps.

Trois mois et neuf jours en mission sur le sol français, note avec précision Taguieff, dont on ne sait si les sphincters auraient tenu aussi longtemps dans un pays sous la botte nazie…

Sur certain site, « l’icône des ennemis d’Israël » ( ne faisons pas dans la demi-mesure, surtout ! « Qui n’est pas avec moi est contre moi », Matthieu, chapitre 12, verset 30. ) est dénoncée comme… un résistant de bureau

http://www.upjf.org/fr/4354-stephane-hessel-un-resistant-de-bureau-par-pierre-andre-taguieff.html

Terme qui fleure bon… le révisionnisme, puisque le tristement célèbre Maurice Papon fut accusé de « crime de bureau » ( et avec lui on pourrait aligner dans le box pas mal de grandes pointures, comme René Bousquet…). Utiliser ce terme ainsi pour qualifier le passé de résistant de Hessel dans le seul but de le discréditer au vu de ses positions politiques actuelles est ignoble.

Mais revenons à Taguieff, car nous tenons là un magnifique exemple, non pas de crime de bureau, mais de fiente de clavier. Comme le souligne l’ami Sébastien Fontenelle sur son blog...

http://www.politis.fr/Faut-Pas-Non-Plus-Exagerer-Apres,15419.html

Taguieff omet juste de préciser que Stéphane Hessel fut arrêté par la Gestapo, torturé, et déporté vers Buchenwald puis Dora.

Sur sa notice Wikipedia, entre autres horreurs, on peut lire ceci :

« À la suite d'une tentative d'évasion manquée, il est transféré en janvier 1945 à Dora pour être versé aux commandos dont les membres, le plus souvent sans être nourris, travaillent à la construction d'infrastructures ou de pièces pour les V2. Sa connaissance de l'allemand lui permet d'obtenir d'être choisi pour une tâche particulière, en échange d'une tranche de saucisson comme ration journalière. La tâche en question s'avérera être le transport des masses de cadavres dans les fosses communes, rendant le choix du saucisson plus désespérant que la faim »

 

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Alors, Taguieff, Pierre-André... ( tu permets que je t'appelle Pierre-André?) Selon toi, Hessel, Stéphane, résistant de bureau, résistant à deux balles…

Pas torturé assez longtemps dans la baignoire?

Pas déporté assez loin?

Mais, pauvre type, sais-tu même ce qu’est la honte ?

 

 

 

 

01/10/2011

Martine Aubry sur la santé? Plus "primaire" que socialiste...

2012 approche, et la dernière chance d'éviter à nos enfants et au pays cinq années de plus d'un régime où l'abject l'a disputé au ridicule. 

Tout dépend donc, dans le rapport de forces actuel, du candidat "socialiste" qui émergera des primaires.

2012 approche, et la dernière chance d'éviter à nos enfants et au pays cinq années de plus d'un régime où l'abject l'a disputé au ridicule.

A cette heure, il n'est pas certain que l'actuel titulaire du poste ( le millionnaire coaché par Guaino et Guéant qui saluait la France des clochers en chaussant les bésicles de Jaurès, et commisérait sur la France des travailleurs pauvres en foulant du pied les cendres de Guy Moquet sur le chemin du Fouquet's) soit candidat, quoiqu'on imagine mal le ramassis de prébendaires qui l'ont mis en place avoir le cran, collectivement, de mettre à bas un homme à qui ils ont confié tous les pouvoirs...

Serait-il candidat, il n'est pas certain non plus qu'une Marine Le Pen, à qui lui et son clan ont servi d'idiots utiles, ne le devancerait pas au soir du premier tour.

Tout dépend donc, dans le rapport de forces actuel, du candidat "socialiste" qui émergera des primaires. 

Comme l’écrivent les supporters de Martine Aubry: «Les 9 et 16 octobre prochain se jouent non seulement le choix d'une personnalité mais aussi et surtout une stratégie et un projet politiques. La future majorité présidentielle n'aura ni le même périmètre ni le même contenu selon que telle ou tel sera élu(e) le 16 octobre. »

Ayant vécu une fois déjà le naufrage de la candidate des médias Ségolène Royal, je n'ai pas envie de me retrouver dans la même situation une deuxième fois ( même si avec une bravitude confondante l'impétrante répète benoîtement que François Mitterrand a échoué deux fois avant d'être élu, sous-entendant donc que nous devrions la choisir pour son échec passé, se manger à nouveau cinq ans de Sarkozy, pour enfin vivre dans le royaume joli des enfants polis, et des policières à pantoufle de vair raccompagnées en calèche après leur service...)

Et donc... Martine Aubry ne passera pas par moi.

Je vais faire de la peine, j'en ai conscience, au-delà des habituels hiérarques cumulards à gauche le temps d'une élection,  à des militants pour qui j'ai de l'estime, comme le courageux Gérard Filoche, inspecteur du travail; des militants qui voient en Martine Aubry une vraie socialiste, une vraie femme de gauche.

Je ne m'exprimerai pas ici sur ses prises de position dans des domaines que je ne maîtrise pas: la finance, les banques, l'éducation, mais dans mon seul domaine de prédilection, la santé. Et dans ce domaine, les annonces de Martine Aubry sont irrecevables, comme elles l'ont toujours été. 

Irrecevables pour le médecin généraliste que je suis, et irrecevables, en dehors de ma "corporation", pour ce qu'elles révèlent d'un prêt-à-penser d'un autre âge, totalement déconnecté du réel, continuellement véhiculé par la même classe dérivante "socialiste", trop heureuse de pouvoir taper, -comme le fit le sénateur Mélenchon pendant la grippe H1N1 avec le talent et la vision scientifique qu'on lui imagine "Devant les campagnes de santé publique, on fait d'abord la campagne, on discute après, pas l'inverse..."- sur un ennemi de classe désigné, le médecin de ville.

 

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Car chez ces gens-là, monsieur, si on aime et défend viscéralement ( ce qui est très bien) l'hôpital public ( et ses emplois ), il est de bon ton de fustiger la médiocrité présumée et l'absence de sens civique du médecin de ville, sa qualification de "libéral" conventionné aux ordres de l'Assurance-Maladie (dirigée depuis des années selon les normes du privé par un ancien cadre d'AXA)  lui permettant de cumuler à la fois les brimades, le bench-marking et l'opprobre. 

Au début des années 2000, alors Ministre aux Affaires Sociales, Martine Aubry, la dame des 35 heures, s'était illustrée, quelques années après s'être félicitée de la mise en place du repos compensateur à l'hôpital - permettant à un médecin ayant effectué une garde de 24 heures de ne pas travailler le lendemain-  en menaçant, aux côtés d'un aéropage de pontes du Conseil National de l'Ordre des Médecins, les généralistes qui refuseraient de travailler jour et nuit d'affilée. Ce qui aurait valu les prud'hommes ou la paille humide des cachots à un patron d'entreprise de transport était benoîtement assumé par la Ministre, droite dans ses bottes. Le généraliste étant un sous-homme, pourquoi aspirerait-il à des conditions de travail plus humaines, voire simplement normales?

Dix ans plus tard, Martine Aubry n'a pas changé. 

En visite de campagne dans un hôpital de Grenoble, elle lâche avec l'habileté, la sensibilité et l'exquis sens de la nuance qui la caractérisent quelques perles d'anthologie:

"On ne peut pas accepter que les urgences soient encombrées par des cas qui pourraient être traités par les médecins généralistes si le système de garde était mieux organisé."

" Les médecins ont la chance que les citoyens financent 11 ou 12 ans leurs études. Il y a des zones entières où il n'y a pas de professionnels de santé et le problème de réside pas seulement dans l'incitation financière."

Que du rude bon sens, on croirait entendre Nicolas Sarkozy... ( si ce n'est qu'à la rue, le locataire de l'Elysée fait actuellement moults moulinets de bras en direction de ceux qu'il considère à tort comme son électorat naturel parce qu'il compte de longue date sur les petits arrangements entre amis que concocte son "fidèle" Xavier Bertrand avec des syndicalistes médaillés qui feraient même honte à François Chérèque...)

Le même "bon sens", les mêmes platitudes démagogiques, la même inadéquation totale avec la réalité vécue par les acteurs sur le terrain.

Je passe, parce que je n'ai pas le verbatim exact, sur l'habituel couplet sur l'air de "Quand on fait médecine, ce n'est pas pour gagner de l'argent mais pour aider les gens", degré zéro de la réflexion, qui absoudrait les politiques de leurs erreurs répétées dans la gestion du système de santé en France en postulant un nécessaire et indispensable sacerdoce des professionnels. 

On sent bien dans les annonces de Martine Aubry la tentation de la schlague. Le système de garde "mieux organisé", c'est le fantasme du retour aux gardes de nuit obligatoires... alors que toutes les études montrent que 80% des personnes se présentant aux urgences le font... aux horaires d'ouverture usuels des cabinets médicaux de ville, et que 80% des cas traités aux urgences n'ont pas grand chose à y faire.

Le problème n'est donc pas celui de l'organisation de gardes de nuit d'autant plus impossibles à remettre en place qu'en médecine de ville, outre le veillissement "normal" de la population des généralistes, nous vivons une véritable hémorragie liée aux conditions de travail et au mépris des politiques et des institutions.

Le problème, c'est justement cette disparition accélérée des médecins généralistes, les jeunes refusant de s'installer dans les conditions actuelles ( on est passé en 5 ans de 14% d'installations en ville dans les nouvelles promotions issues de la faculté... à 9% sous la férule de Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand, qu'on applaudira bien fort) et les médecins plus âgés dévissant leur plaque avant l'heure de la retraite pour "fuir" vers des emplois salariés, moins contraignants en terme d'horaire et de pression.

La débâcle de la médecine de ville est en grande partie liée aux diverses conventions signées par les syndicats proches de l'UMP avec l'ancien dirigeant d'AXA mis à la tête de la vieille "Sécu" par Jacques Chirac en 2004. De celà, la gauche n'est pas responsable.

Elle est responsable, par contre, du mépris constamment affiché envers les généralistes, la même Martine Aubry s'étant illustrée par un cri du coeur dans les années 2000: "20 euros pour un généraliste, c'est beaucoup trop!" Elle est responsable de cette cécité volontaire, profondément pathologique, qui lui fait défendre l'hôpital, ses patrons -y compris les grands défenseurs du service public en public, adeptes des consultations privées en privé...-, et conchier complaisamment le clampin de base, jamais assez bien formé, jamais assez présent, et jamais installé "là où on a besoin d'eux". S'essuyer les pieds sur les médecins généralistes est un sport national chez les politiques.

Venons-en à cette tarte à la crème de la désertification médicale. La disparition de la médecine rurale est un corollaire du désengagement de l'Etat dans ces territoires. Dans ces conditions, imaginer qu'un professionnel de santé isolé pourra tenir le fort un peu comme le personnage joué par Kevin Costner dans "Danse avec les Loups", c'est se foutre du monde. Les adeptes de la coercition font montre d'une absence de sens politique consternante. En clair, ils ne veulent pas se poser la question du "pourquoi?" mais seulement imposer aux professionnels de santé des installations forcées dans des territoires que ceux-ci fuient parce que l'exercice tel qu'il est actuellement encadré et tarifé y est impossible.

Avec la petite remarque poujadiste sur ces médecins qui devraient déjà être bien contents que la collectivité finance leurs 11 ans d'étude, Martine Aubry se fout du monde.  A t'elle la moindre idée des sacrifices que représentent 11 ans d'études médicales, surtout de nos jours, vu la condition lamentable de nos universités? Amphis bondés lors des premières années d'études, préparations privées payantes devenues indispensables pour avoir une chance de passer le concours, puis des années et des années de troisième cycle pendant lesquelles les jeunes médecins "remboursent" largement l'Etat en travaillant dans les hôpitaux publics et en faisant tourner les services sur une base horaire inférieure au SMIC  pour 11 demi-journées hebdomadaires de temps de travail hors gardes, elles-mêmes rémunérées moins de 8,50 euros brut de l'heure ... 

Soyons clair. Après avoir consacré 11 ou 12 ans à ses études ( payées par la collectivité, comme le sont les traitements des cancéreux à l'hôpital, mais à part Nicolas Sarkozy et sa clique, personne ne pense que ceux-ci doivent donc en être redevables ou responsabilisés...) , un jeune diplômé en médecine, ayant dépassé la trentaine, et majoritairement de sexe féminin, a le droit de ne pas avoir envie de s'installer avec un conjoint qui y trouvera difficilement du travail ( à la différence des énarques ou normaliens que cite Martine Aubry... qui bénéficient eux du statut de fonctionnaire et d'une aide à la mobilité accordée au conjoint qui suit un agent déplacé...) sur un territoire où l'Etat a fermé les hôpitaux locaux, la Poste, les maternités, les crèches et les écoles.

La question de la désertification médicale rurale est donc avant tout une question de courage politique, d'aménagement global des territoires, et ne peut être résolue avec la fausse solution de faire porter le joug aux jeunes générations.

Aujourd'hui seuls 9% des jeunes diplômés s'installent en ville... Martine Aubry veut-elle voir ce pourcentage tangenter le zéro? Les postes salariés libérés chaque année ( y compris, et c'est là le comble de l'ubuesque, les postes non-soignants, les postes de médecin contrôleur, etc...) pourraient aisément absorber l'intégralité des nouvelles promotions. Donner de la schlague, je veux bien, mais sur qui? La fille de Jacques Delors ne sait-elle pas qu'il existe de nombreux pays en Europe qui traitent leurs généralistes avec plus de respect, et les problèmes des soins de premier recours avec moins de démagogie?

Dans la volonté affichée d'imposer un "service civique" de deux ans à des jeunes hommes ou femmes ayant déjà consacré 12 ans à leurs études, se lit aussi clairement pour qui sait ce qu'est la médecine générale la crasse nullité de nos élites dérivantes sur ces sujets. En clair, la médecine générale, c'est la prise en charge de tout individu, quelle que soit sa pathologie, sur le long terme. 

Quand je suis sur un point de garde locale un dimanche pour "rendre service" et "dépanner" les patients de la ville ou du secteur qui se retrouvent un dimanche ou un jour férié avec un enfant hyperfébrile ou une douleur abdominale ou une autre pathologie aigüe, je ne fais pas DE LA MEDECINE GENERALE, mais DES ACTES DE MEDECINE GENERALE.

La différence est essentielle, et ceux qui font le parallèle avec la prise en charge aux urgences et la prise en charge par les généralistes n'y prêtent jamais attention parce que cela les dépasse.

La médecine générale, c'est faire DES ACTES DE MEDECINE GENERALE, PENDANT DES ANNEES, sur une patientèle qui, malgré les déménagements, les malades perdus de vue  temporairement ou définitivement, reste assez stable, ce qui permet de mettre en place une relation individualisée durable aussi confortable que profitable aux deux parties, médecin et patient. Et les patients en milieu rural, en milieu "désertifié" ( car le désert avance même aujourd'hui à la périphérie des grandes villes et à l'intérieur de celles-ci quand les tarifs immobiliers rendent impossible l'installation dans le contexte tarifaire actuel) ont LE DROIT A UN MEDECIN, un médecin qui restera sur place des années parce qu'il aura des conditions de travail décentes, et pas à un "commis d'office" qui subirait sa servitude avant de partir vers des territoires moins difficiles.

Députés et sénateurs de droite et de gauche ont ainsi copieusement étalé leur méconnaissance de ce qu'est la médecine générale et de ce qu'elle apporte à un patient suivi sur le long terme, en tentant ces dernières années d'imposer aux médecins installés dans des zones surdenses - qui n'existent plus depuis longtemps que dans l'esprit des politiques-, de consulter deux jours par semaine hors de leur cabinet pour résorber la pénurie et contenter momentanément l'électeur... Ainsi plus aucun patient, ni en zone de densité "normale" ( c'est à dire faible) ni en zone de désertification, ne pourrait plus "compter" sur son médecin traitant...

 

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On me reprochera certainement de ne m'être intéressé qu'à un "infime" segment des propositions et annonces de la candidate Aubry. J'en conviens. A la différence des experts de plateaux-télé et autres Zemmour, je ne parle que de ce que je connais.

Dans le secteur santé, les prises de position de Martine Aubry sur la médecine de première ligne sont non seulement irrecevables et aptes à aggraver les  problèmes actuels plutôt qu'à les résoudre, mais caractéristiques, selon moi, d'un mode de pensée et de gestion des humains archaïque et condamné à l'échec. L'intransigeance, la démagogie, le populisme et la brutalité font bon ménage, et mauvaise politique.

Comme le disait l'humoriste américain H.L.Mencken: "Pour chaque problème complexe il existe une solution simple, évidente, et fausse"

Martine Aubry? Plus "primaire" que socialiste. Elle ne passera pas par moi.

 

 

Christian Lehmann.  

Médecin généraliste et écrivain, initiateur en 2007 de l'Appel contre la franchise sur les soins.

 

 

 

 

 

 

 

30/09/2011

François Chérèque, des envies de femme enceinte...

Il y a des jours comme ça, tu te pinces.

Tu tombes sur un édito du "Monde", le quotidien vespéral des marchés, et sous la plume de Michel Noblecourt, tu lis:

Le coup de sang de François Chérèque.

Tu te dis: "Palsambleu, mais que se passe t'il donc? Le café était trop froid, les croissants rassis? Quel émouvant drame de la mine s'est joué dans les locaux de la CFDT?"

Et tu découvres, entre les lignes d'un dithyrambe, que François Chérèque aurait récemment levé la voix sur un plateau de France2/France3, qualifiant l'affaire de Karachi "d'affaire d'Etat". Sans blague.

L'éditorialiste continue:

"Avec le basculement à gauche du Sénat, le coup de sang de François Chérèque est passé inaperçu. Il est pourtant un nouveau signe de la rupture entre la CFDT, dont la grande majorité des adhèrents votent à gauche, et Nicolas Sarkozy. Il est vrai que tout a très mal commencé entre le président élu en 2007 et le syndicaliste. D'emblée François Chérèque refuse toute connivence avec un chef de l'Etat prompt à user d'un ton familier et à tutoyer ses interlocuteurs."

Et là, tu te pinces. Bien fort. Tu vas te réveiller. Mais non, apparemment tu ne rêves pas, et c'est du premier degré.

Noblecourt aurait pu écrire:

"Le coup de sang de François Chérèque intervient au moment où la gauche emporte le Sénat."

C'aurait eu un sens assez différent, et aurait renseigné le lecteur sur la capacité du syndicaliste à sentir le sens du vent.

Et cela aurait évité de faire passer pour un opposant de la première heure le syndicaliste "de combat ", qui, lors d’un meeting patronal le 27 Mars 2007, après avoir posé comme condition à sa venue l’absence de tout journaliste afin de parler à bâtons rompus et de livrer le fond de sa pensée aux invités du cercle patronal ETHIC présidé par Sophie de Menthon, avait déclaré : « Sarkozy nous a présenté un calendrier pour les réformes et moi et ça me va très bien. On s'y met dès juillet»

Alors, monsieur Noblecourt, je veux bien qu'aucun journaliste n'ait été invité ce jour-là ( même si Jacques Cotta, plus malin, avait forcé l'entrée comme il le relate dans son livre "Riches et presque décomplexés", chez Fayard... mais faire passer François Chérèque pour un farouche opposant de la première heure au sarkozysme, ce n'est même pas de la désinformation, c'est de la science-fiction.

 

Après avoir commis ce vilain billet plein de fiel, je suis tombé hier soir par hasard sur une affiche de la campagne de pub de la CFDT.

Bref, je me suis repincé.

 

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 Je me suis dit: "Les syndicalistes CFDT, ils doivent être hyper-contents de bénéficier du talent de tels créatifs... Remarque, ils ont eu de la chance, la fille aurait pu avoir envie de repeindre la chambre du bébé en jaune, pour faire ton sur ton..."

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Et puis je me suis dit: "En même temps, elle a de la chance d'être enceinte. Ca aurait pu plus mal tourner"

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29/09/2011

Octobre rose: vous reprendrez bien un peu de désinformation, comme chaque année?

Chaque année nous y avons droit.

Dans certains pays, le Royaume-Uni pour ne pas le citer, on informe les femmes honnêtement sur les avantages et les inconvénients, les bénéfices éventuels et les risques potentiels, du dépistage du cancer du sein par mammographie.

En France, non.

 

Pensez... En France, on est contre le cancer. Contre ce qui est mal, pour ce qui est bien. On ne va pas, en plus, réfléchir, ou informer.

Alors chaque année, au lieu d'informations complètes et complexes ( fort bien résumées en sept lignes - en gras- plus bas dans cet article), on a droit à des demi-mondaines semi-stars de télévision ou ex-épouses de rocker millionnaire sarkozyste domicilé à l'étranger ( excusez l'avalanche de pléonasmes) dévoilant un sein en "cover" de magazines féminins soudain tout émoustillés de se prêter à cette merveilleuse campagne de santé publique, imaginant peut-être ainsi s'absoudre du contenu indécent de leurs usuels articles à la gloire des anroexiques et des recettes amaigrissantes de grands spécialistes du régime incidemment pourvoyeurs de Mediator...


Et derrière ça, Frédéric Van Roekeghem et Hubert Allemand, à la Caisse Nationale d'Assurance Maladie, sont ravis de payer les médecins à la performance en fonction du pourcentage de leurs patientes s'étant soumises au dépistage. ( A noter que certains confrères naïfs qui ont tenté d'infléchir cette politique en arguant que la "performance" ne devait pas être jugée au nombre de mamographies mais éventuellement au nombre de femmes ayant été complètement informées et laissées libres de leur choix.... se sont vus expliquer clairement par la Caisse Nationale d'Assurance Maladie qu'il n'en était pas question. Comme d'habitude, comme avec H1N1, l'information honnête du public passe après le benchmarking et les belles courbes des évaluateurs psychorigides et autres control-freaks de la CNAM)

Parfois le post d'un confrère, ou d'un ami, ou les deux, est juste parfait. Et justifie ma flemme. Vous pouvez aller lire "Octobre rose" sur le blog de Jean-Claude Grange,  et laisser des commentaires

http://docteurdu16.blogspot.com/2011/09/david-elia-nest-pas-un-sein.html

ou directement ici, sans rien laisser du tout.

jeudi 29 septembre 2011

David Elia n'est pas un sein.

 


J'écoute hier matin David Elia sur Europe 1, il est consultant de la station, et il fait l'apologie de la mammographie à l'occasion de l'opération (que le terme est bien choisi) Octobre Rose qui est annoncée ainsi sur Doctissimo.



Je suis effondré : est-ce que David Elia a un cerveau ?



Après donc une apologie sans nuances de la mammographie notre gynécologue émérite évoque les contre-arguments qu'il entend dans son cabinet de la part des femmes qui viennent consulter. Il les résume ainsi : A quoi bon ? La mammographie fait mal, Je n'ai pas envie de savoir la vérité. Et notre bon Samaritain de les rassurer, de leur dire que la mammographie permet de détecter des cancers dès les plus petites cellules (double mensonge), et d'affirmer que 75 % des cancers du sein sont désormais guéris avec des traitements de moins en moins invasifs...



A ce stade de l'écoute, je me demande si David Elia, conscient du surdiagnostic, ne se dit pas en son for intérieur qu'il a peu de temps pour communiquer et qu'il ne vaut mieux pas semer le doute dans les esprits, que le dépistage, selon lui et après avoir pesé le pour et le contre, vaut mieux que pas de dépistage du tout et que, donc, soyons positifs.



Je ne me le demande pas longtemps.



Je ne veux pas faire un procès en sorcellerie mais il faut rappeler qui est David Elia, quels sont ses antécédents et quels sont ses risques de récidive.



David Elia, gynécologue mondain, est membre de l'AFEM (l'Association Française d'Etude de la Menopause), de la SFG (Société Française de Gynécologie), et l'on trouve sur le site Carevox une DPI (Déclaration Personnelle d'intérêt) indiquant ceci : Il assure, ou a assuré par le passé, des actions d’expertise, d’assistance et de conseil pour la plupart des laboratoires pharmaceutiques impliqués dans le domaine gynécologique : Aventis, Arkopharma, Besins International, CCD, Codepharma, Ethicon, Fournier, GlaxoSmithKline, Innothera, Janssen Cilag, Lilly, Novo Nordisk, Organon, Orion, Parke Davis, Proteika Nestlé, Procter & Gamble, Pierre Fabre Santé, Roussel Uclaff, Sanofi Pasteur, Schering SA, Servier, Solvay Pharma, Theramex, Wyeth, Zambon.



David Elia a été un fort propagandiste du traitement hormonal de la ménopause (THS) et, à la suite de la publication de la Women Health Initiative Study, a fait un sec virage sur l'aile alors que les données étaient connues depuis belle lurette (ICI).



Puis il s'est lancé à corps perdu dans la défense des phyto-estrogènes (avec un livre : 50 ans au naturel. La vérité sur la révolution des phyto-estrogènes), dans la visite médicale pour la tibolone (ICI dans Doctissimo) et, plus généralement, il n'est qu'à aller le voir sur les sites féminins et sur les sites de ventes de livres sur Internet, il n'a cessé d'écrire des livres sur le bonheur de la femme après 50 ans.






Au moment où de nombreuses interrogations se font jour dans des pays démocratiques sur la pertinence du dépistage du cancer du sein (voir l'avis de Iona Heath, présidente du Royal College of General Practitioners, qui refuse le dépistage : ICI), dans des pays civilisés où il est possible de discuter médecine, santé publique et science (pardon du gros mot) et d'évoquer le surdiagnostic des cancers du sein et ses conséquences, sur les problèmes aigus de la prise en charge des cancers in situ, Monsieur le docteur David Elia ne se pose aucune question.



Droit dans ses étriers de gynécologue, lui qui favorisait le THS qui entraîne un surcroît de cancer du sein, il favorise désormais le surdiagnostic des cancers du sein.



Monsieur David Elia n'a pas d'états d'âme.



Il n'a pas lu la littérature.



Il ne connaît pas les controverses anglosaxonnes.



Il ne sait pas ce qu'est la collaboration Cochrane.



Il ne lit pas la Revue Prescrire.



Ou, pire : il n'y croit pas.



Monsieur David Elia est pourtant un grand écrivain qui aime les femmes, nous l'avons vu. Mais dans le cas précis il ne les aime pas assez pour les prévenir des éventuelles conséquences néfastes des excès de la mammographie.



L'entend-on parler de surdiagnostics ?



L'entend-on parler de tumorectomies inutiles ?



L'entend-on parler d'amputations de sein inutiles ?



L'entend-on parler de radiothérapie inutile ?



L'entend-on parler de chimiothérapie inutile ?



Non, cet amoureux des femmes ne dit rien de tout cela. Je rappelle ici les données actuelles concernant le dépistage du cancer du sein chez les femmes entre 50 et 65 ans :



"Pour 2000 femmes invitées au dépistage pendant dix ans, un décès dû au cancer du sein sera évité mais dix femmes en bonne santé seront surdiagnostiquées. Ce diagnostic par excès conduira à 6 tumorectomies inutiles et à 4 mastectomies non justifiées et placera 200 femmes dans une situation de troubles psychologiques liés aux investigations suivantes. Ainsi, le pourcentage de femmes survivantes à 10 ans sera de 90,2 % si elles ne se sont pas prêtées au dépistage et de 90,25 % dans le cas contraire."



Que faut-il encore faire pour que David Elia apprenne à lire ?



Mais il est possible qu'il ne faille pas désespérer les oncologues.



Car, sur la même station, Europe 1, le président de la Société Française de sénologie et de pathologie mammaire, un certain Richard Villet, dont on ne trouve pas la DPI sur le site (ou j'ai mal cherché), interrogé par un journaliste un plus incisif, esquive, ne répond pas, répond à côté et on finit par comprendre que les tumeurs méchantes, il vaut mieux les opérer... Le journaliste parle de bénéfices / risques, il balaie et il termine en proposant la comparaison suivante : les controverses sur le cancer du sein c'est comme pour le cancer de la prostate. Fin de partie.



Mes amis, il y a encore du boulot : du boulot pour informer sur les liens d'intérêt (il n'y a pas une loi pour cela ?), pour que les experts médiatiques apprennent à lire, pour que les grands media comprennent que le journalisme est autre chose que la répétition d'âneries...


(Photographie : David Elia - Crédit : rmc.fr)

 

 

 

 

 

 
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