Avertir le modérateur

22/12/2014

Loi Santé, Grèves des médecins: de quoi Marisol Touraine est-elle le nom?

 

2727039541.jpg

"Etre de gauche, c'est concilier réforme économique et progrès social..."

 

Inlassablement, à chaque apparition dans les média, Marisol Touraine répète qu’elle est de gauche. C’est sa petite litanie à elle, version cheap de la fameuse anaphore de François Hollande : « Moi président ». « Etre de gauche », martèle Marisol Touraine, c’est offrir de nouveaux droits aux patients. « Etre de gauche », c’est mettre en place le tiers-payant généralisé, car trop de personnes renoncent encore aux soins en France. « Etre de gauche », c'est concilier réforme économique et progrès social...« Etre de gauche », etc etc etc…

 

Au-delà de cet affichage, de quoi Marisol Touraine est-elle le nom ?

 

En quoi cette grande bourgeoise membre du club d’élite autoproclamée qu’est le Siècle, en quoi cette strauss-kahnienne qui s’enorgueillit de ne jamais avoir milité–« Je n'ai jamais collé d'affiches, je suis ce qu'on appelle un expert, au PS»- est-elle de gauche, et quelle est sa place dans le gouvernement de l’homme qui affirmait être l’ennemi de la Finance et, jour après jour, nous prouve le contraire, rognant le droit du travail, les congés parentaux, les retraites, augmentant les impôts des ménages au bénéfice des actionnaires des grandes entreprises, plaçant à Bercy Emmanuel Macron, un ancien banquier daffaires richissime membre de la dream-team du parvenu Jacques Attali ?

 

La loi de Santé pondue par les énarques et portée aujourd’hui par Marisol Touraine a un double but : mettre les professionnels de santé, et particulièrement les médecins de ville, sous la coupe d’administratifs ne connaissant rien au soin, mais tout à la gestion des coûts, et, sous couvert de faciliter l’accès aux soins, poursuivre le désengagement de la Sécurité Sociale solidaire vers les complémentaires, assurances et mutuelles alléchées par ce gigantesque marché.

 

Marisol Touraine répète inlassablement que le tiers-payant facilitera l’accès aux soins des plus démunis, quand le tiers-payant est déjà largement utilisé pour les patients en affection longue durée, et pour les patients couverts par la CMU. Elle répète que les Français renoncent aux soins pour des raisons financières… alors que c’est dans le domaine de l’optique et dans le domaine des soins dentaires, dont la Sécurité Sociale s’est désengagée, que le renoncement est le plus flagrant. Le tiers-payant n’y changera rien, parce que la Sécurité Sociale ne prend pas, ou très peu en charge ces soins. Le but de Marisol Touraine est double : brandir une mesure à caractère apparemment social, pour promulguer une Loi de Santé fourre-tout comportant des mesures profondément attentatoires à la qualité des soins aux patients et à l’indépendance des médecins.

 

Les limites techniques du tiers-payant sont liées au désengagement de la Sécurité Sociale

Je ne suis pas opposé au tiers-payant, comme je l’ai déjà expliqué longuement.

Tiers-payant  généralisé: ce que cache l'efet d'annonce de Marisol Touraine ( Juin 2014)

Mais le pratiquant depuis des années, j’en connais les difficultés et les limitations techniques. Le tiers-payant a été complexifié depuis une dizaine d’années suite à la mort du système du médecin référent et à la mise en place du système du médecin traitant, avec un système de pénalités pour les patients considérés comme consultant « hors-parcours de soins », une usine à gaz tarifaire, auxquels se sont greffées les fameuses franchises sur les soins de Nicolas Sarkozy, minable tour de passe-passe consistant à piocher dans la poche des cancéreux et des diabétiques, des cardiaques et des Alzheimer, pour les res-pon-sa-bi-li-ser. Notons que Marisol Touraine, « épidermiquement de gauche »pour paraphraser Carla Bruni, n’avait pas de mots assez durs pour fustiger les franchises quand elle était dans l’opposition. Comme François Hollande, Jean-Marc Ayrault, et toute une cohorte de députés prétendument « socialistes »qui s’accommodent parfaitement du maintien de cette « inique mesure de droite »maintenant qu’ils sont aux affaires, et au service de la Finance.

 

Marisol Touraine, une fausse générosité payée par d'autres

Dans les centres de santé, la gestion du tiers-payant a un coût moyen de 4.38 euro par acte, du fait de la complexité du système et du grand nombre de situations administratives entraînant des refus de paiement aux professionnels de santé. Marisol Touraine s’assied sur ce coût, le nie. En dame patronnesse, elle n’a cure des difficultés que causerait aux médecins un tiers-payant obligatoire. ELLE a décidé une mesure « généreuse », qui ne lui coûtera rien, mais dont D’AUTRES feront les frais. Preuve, s’il en est, qu’elle a parfaitement sa place dans le gouvernement de François Hollande.

 

Marisol Touraine prise en flagrant délit de mensonge, une fois de plus...

Devant la fronde médicale, la ministre de la Santé est obligée de lâcher du lest. Elle promet de nouvelles discussions, quand les palabres de l’an passé ont consisté à inviter les représentants des médecins et à leur asséner les vérités révélées des administratifs des ARS, sans tenir aucun compte de leur retour de terrain. Elle promet un système simple et efficace où le paiement aux médecins serait garanti. Un peu comme, en Juillet 2014, aux côtés de Michel Sapin et de Benoît Hamon, elle se portait garante des remboursements des soins aux étudiants par la calamiteuse LMDE ( La Mutuelle Des Etudiants) , rejeton de la MNEF qui nourrit grassement pendant de nombreuses années bien des hiérarques solfériniens. A ce jour, la LMDE est en pleine déroute financière, les témoignages des étudiants floués s’accumulent sur les réseaux sociaux, et la ministre fait profil bas. Quelle crédibilité ont ses garanties réitérées, quand on voit à quel point ces réassurances de Juillet 2014 ont conduit des étudiants dans le mur ?

 

loi santé,marisol touraine,grève des médecins,tiers-payant,tiers-payant généralisé,sécurité sociale,ciss,bruno-pascal chevalier,franchises,santé publique,françois hollande,christian lehmann,assurances,complémentaires,mutuelles

( merci à Xavier Gouyou-Beauchamps, de l'UCDF)

 

Retour sur investissement

Marisol Touraine réussit avec sa Loi de Santé un exploit inédit : lever la quasi-totalité des médecins du pays contre elle. Paraît alors dans Libération le 8 décembre 2014 un article écrit par la Présidente du CISS, collectif d’associations de patients. Sous le titre : « Santé : des patients soutiennent la loi Touraine », Danièle Desclerc-Dulac, ancienne directrice-adjointe de la Caissse Primaire du Loiret, et présidente du CISS ( financéà 80% par la DGS et la CNAM),  affirme son soutien résolu et personnel à la Loi Touraine. Elle défend avec justesse le tiers-payant des accusations de « surconsommation des soins », mais sans répondre à la question majeure de la faisabilité technique du dispositif ni de son coût global. Elle moque la crainte de perte d’indépendance des médecins, rappelant que la précédente loi HPST de Roselyne Bachelot avait donné lieu aux mêmes griefs, et que « ni la médecine libérale ni les établissements de soins privés n’ont disparu ». Elle ne rappelle pas le soutien affirmé du président du CISS de l’époque, Christian Saout, à cette loi qui a fragilisé un peu plus les hôpitaux comme la situation des médecins de ville, et ne commente pas non plus l’aggravation constante de la désertification médicale liée entre autre à cette accumulation de lois kafkaïennes qui jamais ne posent la question de la viabilité économique des cabinets médicaux dans un système où le tarif de remboursement des consultations stagne à un des plus bas niveaux de l’Union Européenne tandis que les charges continuent leur augmentation. Elle pointe certains éléments positifs de la Loi, comme la mise en place d’un service public d’information en santé similaire à celui du National Health Service anglais. C’est d’ailleurs une des forces de l’entourage de Marisol Touraine d’avoir amalgamé tant de mesures différentes dans la Loi Santé qu’il est toujours possible d’y trouver une petite avancée que l’on peut utiliser pour masquer le caractère globalement délétère de l’ensemble. Ainsi à l’époque où nous luttions contre les franchises, le ministère Bachelot avait-il tenté de faire miroiter à mon camarade Bruno-Pascal Chevalier ( militant contre les franchises ayant pratiqué une grève des soins pour alerter l’opinion)  et aux autres associations de patients qui participaient au mouvement leur projet d « éducation thérapeutique »sensé libérer les patients du magistère médical. A l’époque, ni Bruno-Pascal ni ses amis n’étaient tombés dans le panneau, refusant en vrais militants de l’accès aux soins de jouer les idiots utiles pour la ministre.

 

Le_Patchwork_des_noms_Bruno_Pascal_Chevalier.jpg

Décédé le 17 Décembre 2012, Bruno-Pascal Chevalier était un militant, pas un Playmobil

 

Deux jours après publication de l’article passé relativement inaperçu parmi le cortège de prises de position négatives contre sa Loi, Marisol Touraine se retrouve obligée de signaler elle-même sur Twitter l’existence de l’article, non sans commettre un très gros mensonge (de plus) :

 

« 40 associations de patients publient une tribune dans @libe pour soutenir le projet de loi santé: http://bit.ly/1wgW6m4 « 

 

Le rapport à la réalité de Marisol Touraine se révélant apparemment fluctuant, il n’est pas possible d’affirmer qu’elle ment comme elle respire. Mais elle fait passer la tribune d’un individu pour une prise de position collective. Comme si elle ne connaissait pas la différence entre une tribune et une pétition. Comme si elle avait oublié ce 4 Mars 2009 où Bruno-Pascal Chevalier, décédé aujourd’hui, était venu symboliquement déposer à l’Assemblée Nationale les centaines de milliers de signatures contre les franchises sur les soins qu’elle se faisait un devoir de supprimer dès l’arrivée de la gauche aux affaires…

 Dans cette vidéo, Marisol Touraine, à 15'40", ment effrontément à Bruno-Pascal Chevalier

 

Comment privatiser la Sécu en loucedé...

 

Ce qui se joue dans la Loi Santé, c’est un pan crucial de l’exercice médical, l’indépendance du médecin par rapport au financeur. En fragilisant l’Assurance-Maladie solidaire depuis des années, en la livrant à un assureur d’AXA qui a réussi à désorganiser profondément la médecine de ville et à instaurer au sein de la CNAM les pires méthodes de management du privé au nom du slogan orwellien : « C’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer », la droite chiraquienne puis sarkozyste, sous Douste-Blazy, Bertrand et Bachelot, puis la gauche hollandaise, sous Touraine, poursuivent le même but : démanteler la protection sociale de manière plus ou moins occulte pour « plaire aux marchés »et « améliorer la compétitivité de la France ».

 

ministres.jpg

Quatre ministres et un enterrement: celui de la Sécurité Sociale...

 

Pour se faire, un seul moyen : par glissements successifs, substituer à la prise en charge Sécu la prise en charge par les complémentaires. Les Français paieront alors deux fois pour un seul service. D’où ce cortège de louanges dans sa majorité l’an dernier quand François Hollande mit en place avec l’accord National Interentreprises, une « mutuelle pour tous »obligatoire. Qui pointa alors que cette pseudo-avancée était en fait un recul ? Que dans un pays où l’Assurance-maladie prendrait correctement en charge les soins, il ne serait pas besoin de complémentaire ?

 

 

D’autant que non content de forcer les citoyens à souscrire à une assurance au travers de leur employeur, le gouvernement socialiste ouvrait dans le même temps la possibilité pour les assureurs de mettre en place des réseaux de soins, comme aux Etats-Unis. Sous couvert de maîtriser les coûts, il s’agissait en fait d’assujettir les professionnels de santé aux assurances, ceux là-même que Jacques Attali désignait lors d’un colloque comme « les futurs maîtres »de la santé, auxquels dans son fameux rapport il désirait confier les campagnes de prévention…ainsi qu’aux firmes pharmaceutiques !

 

François Hollande sacrifie la santé au fondamentalisme de marché

Incapables de gérer le pays, obnubilés par la nécessité d’obéir au « fondamentalisme de marché »de l’Union Européenne, François Hollande et ses ministres sont prêts à brader le système de santé aux assureurs pour diminuer fictivement le coût de la protection sociale en France en le transférant sur les complémentaires, et donc sur chaque citoyen. Le  dogme européen « d’un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée »amène à sacrifier les droits acquis en matière de santé, de travail, de protection sociale, en individualisant leur prise en charge par chaque citoyen. L’Etat n’est plus garant de rien, mais fait semblant de gérer en imposant une pléthore de règles administratives aux effecteurs de terrain.

 

Obéir aux ordres plutôt que soigner des individus: le nouveau paradigme est en marche

Nulle part dans la Loi de Santé n’est abordée la question de la viabilité des tarifs actuels de remboursement de l’Assurance-Maladie, ce qu’on appelle le « tarif opposable ». Marisol Touraine ne cesse de répéter que les médecins sont correctement rémunérés, accumulant les mensonges sur les nouveaux modes de rémunération forfaitaire, le « paiement à la performance » instauré par l’ancien assureur qui a dirigé la Sécurité Sociale pendant dix ans. Outre que ce forfait ne couvre pas l’érosion monétaire de la valeur de la consultation, certains des items qui le composent sont scientifiquement très discutables. Mais peu importe à la ministre de la Santé : le dogme prime sur la science. Le dépistage systématique du cancer du sein par mammographie est remis en cause dans de nombreuses études à cause du risque de surdiagnostic pouvant conduire à la mutilation inutile de femmes dépistées par excès. La prescription systématique de statines chez le diabétique est remise en cause par des études pointant l’effet diabétogène de ces statines. Qu’importe ! Ce qui compte, pour les évaluateurs, pour les ARS, pour les énarques, et demain pour les assureurs, c’est que les médecins cochent les bonnes cases, qu’ils obéissent, qu’ils courbent l’échine. A l’autre bout de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon ne disait pas autrement, lorsqu’en plein fiasco vaccinal H1N1, il volait au secours de l’incompétente Roselyne Bachelot en fustigeant les médecins qui refusaient de vacciner sous contrainte en vaccinodrome : « Devant les campagnes de santé publique, on fait d’abord la campagne on discute après, pas l’inverse… »La haine et le mépris qu’éprouve le personnel politique pour le médecin, petit artisan de la santé, est liée àla confiance que lui accordent ses patients, citoyens-électeurs écoeurés et désabusés, et à son indépendance, qui peut encore, pour l’instant s’opposer aux mots d’ordre incohérents des ARS et des assureurs. Mais pour combien de temps ?

 

De Sarkozy à Hollande, la même vision purement comptable de la santé publique

Asphyxiés par les charges, assommés de contraintes administratives, les médecins de ville croulent sous le joug. Beaucoup de jeunes diplômés ne s’installent pas, préférant des postes administratifs moins exposés, et les médecins plus âgés ( la moyenne d’âge des médecins de ville est de 55 ans!!!) dévissent leur plaque ou burn-outent en silence. Le désert avance, et la marquise Touraine explique que « Tout va bien ». Alors que tous les audits des centres de santé pointent l’impossibilité de faire fonctionner sans subventions une structure au tarif actuel de la consultation, sans elle continue à claironner que la revalorisation des consultations des médecins n’est pas à l’ordre du jour. Demain, elle rasera gratis. Les consultations seront en tiers payant obligatoire…dans la limite des stocks de médecins disponibles. Sauvegarder l’accès aux soins des Français, ce n’est pas imposer un tiers-payant obligatoire techniquement impossible actuellement. C’est permettre aux médecins, de ville comme à l’hôpital, de travailler correctement. La Loi de Santé de Marisol Touraine prend un tout autre chemin : faire basculer la protection sociale de l’Assurance maladie solidaire vers les assurances privées, de manière occulte, pour obéir aux diktats de la finance. Gérer la santé publique « à la grecque »pour une population délibérément précarisée, mais, ministre « de gauche »oblige, sans que cela se voie. L’une des preuves les plus éclatantes du total mépris que portent Marisol Touraine et François Hollande aux questions de santé publique est leur refus de réintégrer l’hypertension artérielle sévère dans le cadre des affections de longue durée prises en charge à 100%. Sous Nicolas Sarkozy, l’assureur dirigeant la Sécu avait rayé l’HTA des affections de longue durée, dans le seul but de faire des économies. Les parlementaires de gauche, et François Hollande lui-même, avaient fustigé ce recul. Les patients « vasculaires »n’étaient dorénavant pris en charge à 100% qu’une fois atteint le seuil des complications quasiment inéluctables d’une hypertension négligée: accident vasculaire cérébral, infarctus, amputation…Dans un pays où l’espérance de vie d’un ouvrier est de sept ans inférieure àcelle d’un cadre, et où les maladies vasculaires sont la première cause de mortalité, leur renoncement aujourd’hui a valeur d’exemple. Derrière les déclarations de principe, l’économie prime sur la santé.

 

Ce qui se joue ici, c’est une certaine façon d’exercer la médecine. C’est la destruction d’une médecine de l’individu, au profit d’une industrie de santé adossée aux appétits des assureurs et des actionnaires. Il y a deux ans, l’énoncer clairement aurait soulevé l’incompréhension. Mais après deux ans de règne de François Hollande, de reniement en reniement, il n’est pas difficile de constater que l’ennemi de la finance est en fait son meilleur ami, et que pour passer sous les fourches caudines de la Commission Européenne, il est prêt à brader la santé et le système de protection sociale français en les livrant aux assureurs et aux financiers pour bien montrer sa capacité de « réformes »antisociales. Financiarisation du secteur santé, perte d’indépendance des professionnels…Si la finance n’a pas de visage, elle a un gouvernement.

 

Christian Lehmann

médecin généraliste, écrivain, initiateur de la pétition contre les franchises sur les soins

 

ChristianSurvivors.jpg

PS: Je suis médecin généraliste depuis plus de trente ans. Trente années pendant lesquelles j’ai vu naître, grandir, vieillir, mourir, un grand nombre de patients. J’ai été le médecin généraliste de chacun d’entre eux, considéré comme un individu, et non pas une ligne de bilan comptable. Comme j’ai refusé hier d’être le larbin de l’industrie pharmaceutique, je refuserai demain d’être le larbin d’un assureur, fût-il caché sous le mot-valise « mutualiste ».

 

 

27/11/2014

Précieuse ridicule

"J'ai laissé mes larmes guider mon écriture", révèle Valérie Trierweiler.


648x415_capture-ecran-valerie-trierweiler-interviewee-sophie-raworth-a-bbc-one-23-novembre-2014-a-londres.jpg


Priez le Ciel qu'elle ne nous fasse pas une gastro.

04/07/2014

De la MNEF à La Mutuelle Des Etudiants: A qui profite le crime?

 

LMDE.jpg

4 Juillet 2014: En ce jour où sont dévoilés les résultats du baccalauréat, coup de tonnerre dans le monde feutré et volontiers opaque de l’assurance-santé : La Mutuelle Des Etudiants ( LMDE) est placée sous administration provisoire.

 

Sanction d’une gestion calamiteuse dénoncée par la Cour des Comptes et Que Choisir ( entre autres) et par nombre de professionnels de santé ou d’étudiants. Mais au-delà de cette sanction, le placement sous administration provisoire de la LMDE soulève de graves questions politiques, tant les accointances entre certains élus socialistes et la direction de cette mutuelle étudiante posent problème.

 

L’affaire n’est pas neuve. Elle a éclaté dans les années 1990 quand la LMDE s’appelait la MNEF, et nombre de hiérarques socialistes y ont trempé, et émargé, comme me le rappelle le docteur Stéphane Fraize, qui fut président de la section Alsace de la MNEF, et contribua avec d’autres à dénoncer alors le système mafieux dans lequel s’était engluée cette mutuelle sensée destinée à rembourser les soins aux étudiants.


Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? 

Il faut savoir ( ce que beaucoup d’étudiants et de parents d’étudiants ignorent) qu’il existe en France un système très particulier et complexe. Lorsqu’un enfant devient étudiant, il est « viré » automatiquement de la « Sécu » de ses parents ( que celle-ci soit la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie, la Mutualité Sociale Agricole ou le Régime Social des Indépendants) et affilié d’office à une « mutuelle » étudiante. Que les parents ou le jeune le veuillent ou non, ils quittent alors le giron de la Sécu et leurs soins, pour la partie habituellement prise en charge par le régime obligatoire, sont en théorie !!!! remboursés par cette « mutuelle » qui leur propose aussi de fonctionner conjointement en tant que régime complémentaire.

( J’en vois qui ne suivent pas : l’Assurance-Maladie rembourse en général la part obligatoire RO : 70% du tarif de l’acte – soit par exemple 16,10 euros sur une consultation à 23 euros- et la complémentaire rembourse le restant RC, soit 6,90 euros. En théorie.)

 

Devises-Shadok-Pourquoi-faire-simple-quand-on-peut-faire-compliqué.jpg

 

Ce que les deux mutuelles étudiantes existantes, LMDE et SMEREP, se gardent bien d’expliquer aux étudiants lorsque leurs jeunes VRP les accrochent à leur inscription en fac, c’est que s’ils doivent choisir une de ces deux enseignes, c’est uniquement en tant que régime obligatoire, et que le régime complémentaire est facultatif : autrement dit qu’ils ne sont absolument pas forcés de les choisir comme mutuelle et de payer pour ça !

 

L’Assurance-Maladie rémunère LMDE et SMEREP pour gérer à sa place le régime obligatoire ( c’est ce qu’on appelle une délégation de gestion) et ces deux enseignes tentent de pousser les étudiants à s’affilier aussi chez elles en tant que mutuelle car c’est sur cette cotisation qu’ils comptent pour assurer leurs comptes.


Des étudiants mal remboursés, sous couvert d'un militantisme autoproclamé 

Là où l’affaire se corse, c’est que le passage de la Sécu parentale à la Sécu étudiante ne se fait pas sans problème. Des dossiers sont égarés, doivent être refaits plusieurs fois. Des informations cruciales, comme le nom du médecin traitant désigné, sont à refaire ( et ce sera à nouveau le cas quand l’étudiant retournera au régime général). Des remboursements en Carte Vitale, en tiers-payant par exemple, sont retoqués. Tout ceci a des conséquences, des conséquences préoccupantes sur la santé des étudiants, et leur accès aux soins.

 

Nombre de médecins pourront corroborer mes dires : confrontés à des difficultés de remboursements, beaucoup d’étudiants saoûlés par les questions administratives et les réponses téléphoniques bidon laissent tomber, et repoussent des soins. Quand on est jeune, pas blindé de tunes, et qu’on ne sait pas si on sera remboursé, ou qu’on a essuyé la mauvaise humeur d’un médecin qui pour la énième fois s’est fait escroquer sur le paiement des soins qu’il ou elle a effectué en tiers-payant partiel ou intégral pour faciliter l’accès aux soins, on n’y revient pas, tout simplement.

Pour justifier cette usine à gaz, et leur existence, les « mutuelles » étudiantes ne cessent de pérorer sur la nécessité d’une protection et d’une pérennisation d’un accès aux soins spécifique pour les étudiants, et insistent dans leurs professions de foi sur leur combativité militante.

 

aurel.jpg

Ce génialissime dessin de Aurel illustre l'article du Monde déjà cité plus haut


De piteux gestionnaires à la recherche de bouc-émissaires

Pourfendant les atteintes à l'accès aux soins, elle ne cessent de dresser des constats alarmants, complaisamment repris par ceux qui ont tout intérêt à accuser les professionnels de santé, ministres et futurs administrateurs de réseaux mutualistes en tête. Comme le dénonce avec efficacité Xavier Gouyou-Beauchamps de l'Union Des Chirurgiens de France dans une vidéo, le foutage de gueule n'a pas de limites. On y voit Marisol Touraine, hors-sol, affirmer devant le public réuni au congrès de la Mutualité Française en 2012, et devant son président Etienne Caniard, que "d'après la LMDE, 34% des étudiants ont reporté la consultation d'un médecin dans les douze derniers mois". Etrangement, la ministre omet de noter ce que révèle le rapport de la Cour des Comptes: "seulement un quart des étudiants déclarent de fait avoir bénéficié d'une carte Vitale en état de fonctionnement moins d'un mois après leur affiliation quand 10% n'en étaient toujours pas dotés neuf mois plus tard".

A de multiples reprises, la LMDE, et en moindre mesure la SMEREP, ont été fustigées pour ces retards, et une gestion qui laisse à désirer.


Les adhérents de la MGEN épongent les pertes à l'insu de leur plein gré

L'an dernier, il avait fallu adosser la LMDE à la Mutuelle Générale de l'Education Nationale ( MGEN) sans d'ailleurs en avertir les cotisants, comme le dénonce Yvon Le Flohic. Mais cela n'a pas suffi. D'autant qu'en cours d'année, comme les années précédentes, des étudiants ont continué à se plaindre: dossiers en retard, dossiers pas traités, remboursements partiels ou inexistants. L'une de mes patientes ( ce n'est qu'un exemple, le plus parlant certes, au milieu de beaucoup d'autres), une jeune femme en affection longue durée nécessitant un traitement médicamenteux lourd, n'a pu pendant toute l'année scolaire 2013-2014 se soigner que parce que ses parents ont avancé chaque mois le millier d'euros que coûte son traitement. D'autres bénéficient de la gentillesse d'un pharmacien qui accumule ainsi des impayés qui peuvent fragiliser sa trésorerie, d'autant que d'année en année le patient peut être perdu de vue, le dossier ne pas aboutir ( Oui, je sais, ça fait marrer les cons, l'idée qu'un pharmacien puisse dépanner un patient ou avoir des difficultés financières).

 

Pourquoi pérenniser cette gabegie?

Si cette histoire était celle que racontent les administrateurs de la LMDE, parmi lesquels il y a certainement beaucoup de braves gens qui n'en peuvent mais ( et de bénévoles à 2200 euros par mois...), ce serait triste, mais on ne verrait pas vraiment ce qui retiendrait de fermer ce système trop complexe et de faire revenir les étudiants dans le régime commun de l'Assurance-Maladie. D'autant que je n'ai jamais saisi en quoi la santé d'un "étudiant" devrait être gérée ou protégée différemment de celle d'un jeune qui n'a pas eu l'envie ou l'opportunité de poursuivre des études après le collège ou le lycée. Si on pourrait à la rigueur arguer sur la nécessité d'actions permettant un accès aux soins facilité aux jeunes, il n'y a aucune raison de faire un distinguo entre l'étudiant et le jeune qui travaille ou qui n'a pas trouvé un emploi...

Les représentants de la LMDE sentaient venir la tempête. Début Juin, ils dénonçaient la menace qui planait sur leur régime, amalgamant sans problème "les jeunes" et "les étudiants", prenant acte des reculs sociaux de François Hollande et de ses gouvernements, mais pour insinuer que toute décision de remise en cause serait dûe à une simple volonté comptable... et n'hésitant pas à demander "le retour à un opérateur unique de gestion du régime étudiant", autrement dit à cannibaliser la SMEREP née d'une scission lors de l'affaire de la MNEF, SMEREP dont la gestion est pourtant un peu moins problématique que celle de la LMDE... et qui, elle, ne traîne pas un nombre de casseroles politiques impressionnant...

Car nous arrivons à l'os. L'affaire de la LMDE, comme l'affaire de la MNEF avant elle, n'est pas seulement une affaire de gestion calamiteuse. La MNEF a servi de vache à lait à maints hiérarques socialistes. La LMDE est soupçonnée par la Cour des Comptes et Que Choisir de ne pas fonctionner très différemment.

 

Basse-cour "socialiste" nourrie au grain

Que Choisir révèle opportunément que Laurence Rossignol, l’actuelle Secrétaire d’Etat à la Famille et aux personnes âgées a été salariée pendant 18 ans par la LMDE pour un emploi qu’on semble pouvoir aisément qualifier de.... discret. Combien de hiérarques socialistes ont-ils ainsi émargé dans ce système «mutualiste», qui sait au moins se montrer «solidaire» envers ses amis?

 

1287818409.jpg

Jean-Christophe "On n'est pas député de droit divin" Cambadelis


Ce sont des questions qu'on pourrait poser à Jean-Christophe Cambadélis, hiérarque parachuté à la direction du Parti Socialiste lors de l'exfiltration du pathétique Harlem Désir pour mener à la schlague les récalcitrants au Pacte de Solidarité.  Jean-Christophe Cambadélis, impliqué dans le scandale de la MNEF, en a même tiré un livre. Des questions qu'on pourrait aussi poser au fanfaron Bruno Le Roux, autre porte-flingue qui menace les députés timidement frondeurs à l'Assemblée nationale. Bruno Le Roux qui fut vice-président de la MNEF. Ou à Fanélie Carrey-Conte, l'une de ces frondeuses justement ( qui fut administratrice de la LMDE et a été rapporteur de la fameuse loi dudit Le Roux poussant à créer des réseaux de professionnels de soins à la botte des mutuelles). Vous avez dit conflits d'intérêt? Noooooon, les conflits d'intérêt, c'est pour le clampin de généraliste corrompu qui accepte un stylo à 11,20 euros de la part d'une plantureuse représentante des firmes pharmaceutiques.

Parce que si l'histoire de la LMDE est "simplement" l'illustration de l'habitude bien française de créer des usines à gaz, selon l'adage Shadok qui veut que "Pourquoi faire simple quand tout peut être compliqué?", on peut se contenter de hausser les épaules, de contempler d'un air affligé les petites et grandes souffrances, les retards d'accès aux soins des jeunes étudiants. Mais si l'histoire de la LMDE cache autre chose, des emplois fictifs, par exemple, ou des rémunérations de dirigeants sans commune mesure avec leur activité réelle, alors il faudra bien poser la question: qui est responsable de cette situation? qui en a profité? qui a laissé pourrir aussi longtemps qu'il était humainement possible, et même au-delà? A qui, en somme, a profité le crime?

Opacité organisée, complexité mortelle

Mathias avait 27ans. Lorsqu'il a cessé ses études pour entrer dans la vie active, la LMDE l'a radiée. Ensuite... ensuite c'est sa mère qui raconte, sur son blog. L'histoire d'un jeune qui quitte la Sécu parentale pour être affilié comme étudiant, qui lorsqu'il cesse ses études se retrouve pris dans un imbroglio administratif, et décède.



De source officieuse, j'apprends que des administrateurs de la LMDE se plaignent du tarif de la délégation de gestion accordée par l'Assurance-maladie, qu'ils jugent trop faible... et qu'ils expliquent leurs chroniques difficulté de trésorerie par le fait que les réserves financières de la MNEF dont devait bénéficier la LMDE à sa création se seraient volatilisées. C'est ballot, hein? Et il n'y a aucun ancien représentant de la MNEF à qui demander des éclaircissements au gouvernement ou à l'Assemblée Nationale, c'est dommage... Ah, on me glisse dans l'oreillette qu'il y en a plusieurs. Je dis ça, moi, je dis rien. Dans un pays qui se glorifie à juste titre d'avoir depuis peu une justice réellement indépendante des pouvoirs politiques, JE-DIS-RIEN.

 

 

483f131eb2d48.jpg

Tony Solferino et sa joyeuse bande

30/06/2014

"Ostentatoire, ostentatoire... est-ce que j'ai une gueule d'ostentatoire?"

Christian Estrosi interdit l'utilisation ostentatoire d'un QI supérieur à deux chiffres dans le département

 

 

medium_b32589d5-a1bb-4e46-8159-2df1b03696a6.2.jpg

Christian Estrosi, chef d'escadrille ( avec deux superbes recrues)

27/06/2014

Tiers-payant généralisé chez le médecin: ce que cache l'effet d'annonce de Marisol Touraine

docteur-Knock.jpg

 

Je suis médecin généraliste, et je pratique le tiers-payant depuis plus de quinze ans.

Et pourtant, le brouhaha médiatique orchestré par Marisol Touraine autour de la généralisation de ce dispositif me pose problème.

Je passe sur les cris d’orfraie de ceux qui ont toujours vilipendé le tiers-payant chez le généraliste comme une vilenie bolchévique, quand le tiers-payant chez le spécialiste ne serait qu’une facilité de trésorerie.( Vous payez intégralement votre IRM chez le radiologue, vous? )

Ainsi du Dr Ortiz, de la CSMF, qui explique qu’honorer le médecin de la main à la main, glisser le chèque ou le billet, est indispensable, un fondement même de l’acte médical. Mouaaaais… A d’autres. L’argument est pitoyable. (1)

 

Marisol Touraine, Don Quichotte abonnée aux dîners du Siècle

 

Je m’attarde un instant sur l’utilisation politique qui est faite par Marisol Touraine de cette mesure : incapable de traiter les vrais sujets, à savoir la désertification médicale liée à la totale déconnexion des tarifs de remboursement par rapport à la réalité économique de la pratique médicale, elle botte en touche, menant des campagnes médiatiques successives.

Hier, elle « luttait » contre les dépassements d’honoraires en ville, en laissant en l’état la situation aux consultations hospitalières avec leurs files d’attente à deux vitesses…(2)

Jerome-Cahuzac-Marisol-Touraine.jpg

Marisol Touraine, et un confrère en secteur 1 (sans dépassements d'honoraires)

Aujourd’hui, elle fait mine de découvrir le tiers-payant, quand le problème n’est pas « qui paie le médecin ? » mais « comment un médecin peut-il indéfiniment fonctionner correctement avec des tarifs déconnectés du coût de sa pratique ? »

A chaque épisode, la seule chose qui semble importer à la Ministre est son propre affichage médiatique : abonnée aux dîners du Siècle (3) , Marisol Touraine ne cesse de scander à qui veut encore l’entendre qu’elle est « de gauche », résolument «  de gauche », épidermiquement « de gauche » un peu comme une Carla Bruni sous acide.

 

Le tiers-payant existe depuis longtemps

Reprenons en amont : le tiers-payant existe, depuis longtemps, et les médecins le pratiquent, depuis longtemps.

Certains parce qu’ils sont conscients de faciliter ainsi le recours aux soins de certains patients (4), et parce que cela leur permet de faire honorer les « petits actes » comme les actes plus lourds.

Le tiers-payant existe, et aucune des études menées depuis des années n’a  mis en évidence ce que clament nombre de ses détracteurs, à savoir qu’il pousserait à la consommation de soins par des patients irresponsables. (5)

Le tiers-payant existe, et a toujours été combattu par une frange conservatrice de la profession, considérant que le patient DOIT payer de sa poche pour que le soin ait un sens. Mais non contents de camper sur leurs positions, leurs syndicats réactionnaires ont tout fait pour empêcher les généralistes ( et seulement les généralistes) de pratiquer le tiers-payant s’ils le souhaitaient.

CSMF et SML mirent ainsi à bas en 2004 le système optionnel du médecin référent, dans lequel le généraliste, en contrepartie d’un forfait annuel, se formait indépendamment des firmes pharmaceutiques, tenait un dossier informatisé, et pratiquait le tiers-payant intégral pour ses patients, en étant payé directement par l’Assurance-Maladie, qui se tournait ensuite vers les assurances ou mutuelles pour récupérer la part complémentaire.

( J’en vois qui ne suivent pas : l’Assurance-Maladie rembourse en général 70% du tarif de l’acte – soit par exemple 16,10 euros sur une consultation à 23 euros- et la complémentaire rembourse le restant, soit 6,90 euros. En théorie.)

 

Petits arrangements politiques entre amis sur le dos des patients et des généralistes

En 2004, il y a dix ans, Chirac plaça à la tête de l’Assurance-Maladie un assureur, Frédéric Van Roekeghem, qui ( pur hasard) venait d’AXA, dont, ( re-pur hasard), le PDG Claude Bébéar était un ami de trente ans du Président de la République. (Et on sait combien l’amitié, à l’UMP, est un bien précieux) (6)

Van Roekeghem avait une mission : au nom de la sauvegarde de l’Assurance-Maladie solidaire, utiliser les techniques libérales de l’assurance privée pour « dégraisser le mammouth ». Dans ce jeu de dupes, l’accès aux soins des patients fut prétexte à un petit arrangement politique entre amis.

faux-billet.jpg

Xavier Bertrand et Frédéric Van Roekeghem ( merci à l'UCDF)

 

Douste-Blazy, cardiologue à mèche spécialiste du massage cardiaque assis, fut envoyé sur les plateaux de télé pour vanter la réforme dite du « médecin traitant ». En back-office, Xavier Bertrand, accessoirement ancien d’AXA lui aussi ( le monde est petit, et plein d’amusantes coincidences), se rapprochait des syndicats réactionnaires et leur offrait sur un plateau les têtes des 11.000 généralistes référents. Assurés que le médecin traitant, dénué de moyens financiers, ne pourrait en aucune façon tenir le rôle de coordination qui lui était dévolu, CSMF et SML signèrent des deux mains la convention, poignardant dans le dos la médecine générale, qui ne s’en est jamais remise. (7)

 

Brimades et poursuites : l’Assurance-maladie ne défend pas le tiers-payant

Du côté de l’Assurance-Maladie, Frédéric Van Roekeghem empila les contraintes administratives, les contrôles, les brimades. Sous sa direction, le nombre d’arrêts de travail litigieux passa brutalement du simple au double ( quitte à utiliser des tours de passe-passe peu glorieux) , justifiant ainsi politiquement la chasse aux abus sarkozyste. Comme tout ultralibéral qui se respecte, l’ancien assureur voulut mettre en place sa propre alternative à l’option référent, la « rémunération à la performance ». CSMF et SML participèrent à la mise en œuvre de ce permis à points, qui chaque année fait office de marronnier pour nombre de journalistes de l’information sociale, lesquels titrent régulièrement sur « ce treizième mois pour les généralistes » sans jamais révéler que les items médicaux choisis pour cette rémunération sont pour certains moisis ( dosage des fractions du cholestérol, prescription d’aspirine ou de statine systématique aux diabétiques) voire carrément scandaleux ( promotion aveugle de la mammographie systématique de dépistage, alors que s’amassent les études prouvant sa faible utilité et les risques du surdiagnostic : mastectomies inutiles, etc…)

 

Dans le même temps, obéissant à la Voix de son Maître, Frédéric Van Roekeghem reproduisait le discours sarkozyste, récoltait les franchises dans la poche des cancéreux et des malades d’Alzheimer. Des directeurs de caisse, bien dressés, pourchassaient pendant ces années-là les soignants pratiquant encore le tiers-payant. La caisse du Lot et Garonne menaçait de poursuites médecins et infirmiers. Leur large utilisation du tiers-payant était considérée comme « une dérive » par Gilbert Pécouil (8), le directeur de la CPAM départementale, y compris dans le cadre des patients atteints d’une « affection longue durée » : « Le tiers payant est prévu en cas de précarité. L’ALD n’en est pas une forcément : c’est au professionnel de juger de la situation.»  Frédéric Van Roekeghem laissa faire. (9)

 

SCAN0008.JPG

Moi, Président des « mutuelles pour tous »

 

Lorsque François Hollande, le candidat du Parti « Socialiste », arriva au pouvoir, on put espérer un temps une amélioration de la situation. L’inverse se produisit. La politique de santé fut confiée à une grande bourgeoise qui, comme nombre de politiques, n’y comprenait que pouic.

Van Roekeghem, hier conspué, fut célébré par les anciens opposants aux franchises. L’ancien assureur d’AXA était donc  « ce grand serviteur de l’Etat avec qui il est très agréable de travailler », selon Catherine Lemorton, députée « socialiste » et présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée,  qui vanta dans les colonnes du Monde les qualités de celui que le quotidien considérait comme « le véritable ministre délégué à la Santé ».

catherine-lemorton-ps-ump-accuse-encourage.jpg

Catherine Lemorton, alors encore opposée aux franchises et aux assureurs à la tête de la Sécu  ( mais le changement c'est pour bientôt)

Dans le même temps, les incestueuses relations entre politiques et assureurs continuaient. Nicolas Sarkozy s’était montré prudent. Son frère Guillaume l’avait été nettement moins, déclarant à son arrivée à la tête du groupe Mederic :  « Mon ambition est que Médéric relève les défis des réformes à venir qui transformeront profondément l'intervention des acteurs complémentaires, notamment dans le domaine de la santé, pour jouer un rôle de premier plan dans l'amélioration des services de protection sociale ».

medium_manif24102007_045.3.jpg

Manifestation d'étudiants en médecine en 2007

Hollande, lui, ne se gêna  pas, déroulant le tapis rouge à Etienne Caniard, « médiatique » (10) directeur de la Mutualité Française.

«Une mutuelle pour tous», glapissaient les sbires hollandais qui firent passer l’ANI ( Accord National Inter-Entreprises) au forceps, omettant de  pointer que comme leurs prédécesseurs, ils poursuivaient le désistement programmé de l’Assurance-Maladie, ouvrant le marché des soins de ville aux assureurs privés, y compris ceux se parant encore de la raison sociale « mutuelle ».

A l’Assemblée Nationale, Bruno Le Roux ( ancien vice-président de la très sulfureuse MNEF) déposait une loi permettant aux complémentaires de créer leurs propres réseaux de soins, et Fanélie Carrey-Conte, en tant que rapporteur de cette loi Le Roux, fustigeait les médecins réticents. On a récemment pu voir le premier à l’œuvre, menaçant servilement de représailles les députés encore «socialistes» rechignant à couvrir d’un voile pudique la longue série des renoncements hollandais. Tandis que la seconde fait actuellement plutôt profil bas, la tristement célèbre Mutuelle des Etudiants ( LMDE) , dont elle fut longtemps administratrice, ayant été de manière répétée dénoncée pour sa gabegie et l’indigence stupéfiante de sa gestion par la Cour des Comptes, Que Choisir, et bien d’autres. Faire carrière politique ou servir l’intérêt public, le choix est parfois cruel. Mais pas pour tout le monde, apparemment. (11)

A l’automne 2012, devant un Etienne Caniard satisfait, Marisol Touraine vint annoncer au Congrès de la Mutualité Française que le gouvernement reportait d’une année l’obligation de publication des frais de gestion des mutuelles « dont nous connaissons les difficultés qu’elles créaient pour vous » ( On croit rêver, je sais). (12)

Nous semblons avoir dérivé très loin de la question initiale, celle du tiers-payant, mais un peu de patience, vous allez voir que nous sommes en fait très proche du cœur du réacteur.

Un gouvernement « socialiste » converti au néolibéralisme

Le gouvernement « socialiste », de reniement en reniement, cale de manière de plus en plus évidente son action sur le modèle de son prédécesseur, ignorant le peuple, flattant les puissants, se prosternant devant la banque.

Le calamiteux Hollande a nommé Ministre des Finances un fraudeur fiscal de compétition. Son conseiller personnel, rédacteur du fameux discours : « Mon adversaire c’est la finance », s’est révélé être un menteur pétri de conflits d’intérêt avec les firmes pharmaceutiques.

Hollande-Morelle-500x380.jpg

Hollande et Morelle: Leur adversaire, c'est la finance

 

Il a récemment viré son secrétaire général, ancien banquier de HSBC, pour le remplacer par une économiste de la Bank of America Merryll Lynch, accessoirement administratrice à jetons dans le groupe de luxe de François Pinault.

Pour Hollande et Valls, comme pour Margaret Thatcher avant eux : There Is No Alternative.

Conformément aux préceptes néolibéraux, et au dogme de la réduction des dépenses publiques, seule à même de permettre de continuer à servir aux banques les intérêts d’une dette illégitime, il faut réduire les dépenses sociales, quoiqu’il en coûte. Et pour ce faire, basculer progressivement la prise en charge de la protection sociale de la Sécu vers les complémentaires, affolées par ce gigantesque marché (13).

La mise en place du tiers-payant vise, dans ce contexte, à habituer le patient à ne plus payer le professionnel de santé directement, non pas tant pour lui faciliter l’accès aux soins, mais pour permettre un désengagement progressif et invisible de la Sécurité Sociale au profit des complémentaires. Ce qui se joue, c’est l’indépendance professionnelle du soignant, mise à mal par l’assureur-payeur, bien éloigné d’une logique solidaire. (14)

 Une usine à gaz signée Xavier Bertrand

D’autant que la réforme mise en place par Xavier Bertrand a profondément complexifié les remboursements des soins, instaurant aujourd’hui des pénalités parfois incompréhensibles aux patients qui n’auraient pas choisi de médecin traitant… mais aussi à ceux, nombreux, pour lesquels les organismes d’assurance-maladie ont perdu trace administrative de cette déclaration, ou même ceux dont le médecin cesse son activité ou décède. Ces retenues et pénalités, nombre de patients ne s’en rendent pas compte, tant le « parcours de soins », grâce à Xavier Bertrand et Frédéric van Roekeghem, est une usine à gaz. Les médecins qui pratiquent le tiers-payant,  eux, en sont bien conscients, car c’est eux qui subissent de plein fouet les erreurs des caisses, qu’ils imputent le plus souvent en pertes pures et simples. Le coût du recouvrement de ces erreurs fréquentes n’est pas nul : une étude sur les centres de santé l’a chiffré à près de 4,38 euros par acte(15) !

 

Le seul moyen de généraliser le tiers-payant serait donc, dans un premier temps, d’assurer un payeur à guichet unique, l’Assurance-Maladie, qui règle le professionnel de santé directement puis se retourne vers les complémentaires. Frédéric Van Roekeghem y rechigne : le cost-cutter que Chirac a mis en place, que Sarkozy a apprécié, que Hollande a conforté, a suffisamment taillé dans les effectifs des caisses pour que ce qui hier, du temps de l’option référent, était envisageable, le soit beaucoup moins aujourd’hui, alors que les dossiers en attente s’empilent dans les CPAM, incapables même de comptabiliser correctement le nombre de patients qui ont déclaré tel ou tel médecin comme médecin traitant.

Quand on n’est même plus capable de tenir à jour correctement un listing du nombre de patients d’un médecin, comment organiser le remboursement des actes, et gérer la multiplicité des 600 complémentaires et la grande médiocrité informatique et administrative de nombre d’entre elles ?...

Marisol Touraine, moderne Marie-Chantal, n’en a rien à faire. La ministre veut laisser une marque, une marque « sociââââle », et l’intendance suivra.

Du moins le croit-elle, en empilant sur les épaules d’une CNAM en difficulté gestion du tiers-payant et relance du « Dossier Médical Partagé » promis par son prédécesseur Douste-Blazy depuis… 2004. En complexifiant les tâches administratives de recouvrement de médecins dont le temps utile consacré au soin ne cesse de diminuer dans un univers de contraintes accumulées. Dans la grande lignée des réformes «socialistes», elle annonce une réforme courageuse... dont d’autres feront les frais.

Marisol Touraine, pompier-pyromane

Rendre le tiers-payant obligatoire, dans l’état actuel des flux informatiques soignant-AssuranceMaladie-complémentaires, est impossible, et conduira à l’explosion du système.

Si Marisol Touraine voulait généraliser le tiers-payant, il faudrait commencer par faire cesser les brimades qu’encourent aujourd’hui les médecins qui le pratiquent... et mettre en place un payeur unique. Il faudrait ôter les freins existant à la réalisation du tiers-payant par les soignants qui y sont attachés, et rémunérer le coût de cette tâche administrative, comme ce fut le cas du temps de l’option référent. Mais cela conforterait le rôle de l’Assurance-Maladie solidaire, dont le pouvoir politique, depuis plus d’une décennie, envisage avec soulagement la mort.

Dans l’état actuel des choses, outre l’inflexion du discours ( moins culpabilisant envers les patients) le tiers-payant généralisé de Marisol Touraine n’est donc que la caution sociale d’une politique antisociale.

 

 

Médecin généraliste depuis 1984, Christian Lehmann est écrivain, auteur de la trilogie « No Pasaran » ( Ecole des Loisirs) et de « Patients si vous saviez » ( Points-Seuil)

 

(1)   Le docteur Ortiz  passe sous silence l’essentiel, à savoir que la CSMF est l’un des responsables du bordel sanitaire actuel en médecine de ville, et non des moindres.

(2)   Rendez-vous rapide avec le professeur renommé pour les (très) riches, rendez-vous plus tardif, éventuellement avec un membre de son équipe, pour le commun des mortels

 (3) Le Siècle est un club fermé réservé à de grands « décideurs » financiers, industriels, et politiques, et autres éditocrates médiatiques : l « Elite » de la nation, en somme….

 (4) Je pratique le tiers-payant parce qu’il facilite l’accès aux soins des patients aux ressources limitées ( pas seulement les patients bénéficiant de la CMU, comme il est dit souvent, mais les personnes âgées aux faibles retraites, les jeunes couples, les étudiants, etc…).

 (5)  L’irresponsabilité supposée des patients fut la grande litanie des temps sarkozystes, d’où la franchise sur les soins :

-franchise que Sarkozy mit en place

-franchise qui fit reculer l’accès aux soins des plus faibles

-franchise que les députés socialistes dénoncèrent lorsqu’ils étaient dans l’opposition

-franchise qui n’étouffe plus les mêmes députés socialistes maintenant que leur clan est aux affaires.

(6) On me glisse à l’instant même dans l’oreillette qu’au Parti « Socialiste » aussi, l’amitié est un bien précieux., comme le prouve Manuel Valls aux côtés de son ami Henri de Castries, actuel PDG d’AXA ( comme c’est charmant, toutes ces coincidences)

(7) L’option référent fut supprimée d’un trait de plume, et les deux syndicalistes signataires de ce forfait reçurent en temps utile la Médaille de la Légion d’Honneur des mains de Xavier Bertrand. On n’est jamais si bien servile que par soi-même.

 (8)   « Que ton nom soit inscrit quelque part… » Lorsqu’on Google le nom du zélé directeur, seuls remontent des articles sur les conflits internes de la caisse avec ses salariés { «Vous savez qu’on prend des antidépresseurs pour venir travailler ici ! » lance un agent} , des « soucis de remboursement » dans le département pour les pharmaciens en tiers-payant, ou encore un interview dans lequel le directeur affirme son implication dans les programmes de dépistage du cancer du sein et du colon ( dont la pertinence laisse fortement à désirer….) . Mais jusqu’ici, sa vision très particulière du rôle d’une Sécurité Sociale Solidaire, et ses menaces envers des professionnels de santé pratiquant le tiers-payant envers des patients en affection de longue durée, semblait être passé sous le radar du World Wide Web. L’injustice est réparée.

(9) Dans une tribune récente sur Mediapart, l’ami Marcel Garrigou-Grandchamp, spécialiste des questions juridiques à la Fédération des Médecins de France, le souligne : «Il faut aussi savoir, mais cela n'est pas politiquement correct, et ce n'est donc pas dit haut et fort, que l'assurance maladie n'est pas favorable au tiers payant ! Un exemple lorsque ses pôles de contrôle passent au crible l'activité d'un médecin (par exemple lors d'une procédure dans le cadre de l'art 315 du code de la sécurité sociale) tous les actes en tiers payant sont considérés comme suspects !» On notera aussi qu’une des raisons de l’opposition du directeur de l’Assurance-maladie au tiers payant intégral… est que celui-ci complexifie énormément la récupération des franchises qu’il lui faut ensuite aller réclamer directement aux assurés…

(10) On ne compte plus dans les média les tribunes du directeur de la Mutualité Française, les colloques que celle-ci sponsorise. On ne s’étonne pas de voir Alternatives Economiques (pourtant sourcilleux sur la question des conflits d’intérêt... chez les autres) réaliser son Spécial Santé avec le «partenariat » de la Mutualité Française, ni de voir Eric Favereau, dans Libération, louer « une des personnalités les plus attachantes et les plus compétentes du monde de la santé » entre deux Jeudi de la Santé organisés en partenariat avec…. vous aurez deviné…la Mutualité Française.

CMzPP4ZHGyMie9ZSYx7djTl72eJkfbmt4t8yenImKBVvK0kTmF0xjctABnaLJIm9.jpg

 (11) Que Choisir révèle opportunément que Laurence Rossignol, l’actuelle Secrétaire d’Etat à la Famille et aux personnes âgées a été salariée pendant 18 ans par la LMDE pour un emploi qu’on semble pouvoir aisément qualifier de.... discret. Combien de hiérarques socialistes ont-ils ainsi émargé dans ce système «mutualiste», qui sait au moins se montrer «solidaire» envers ses amis?

(12) La publication des frais de gestion des mutuelles semble effectivement poser à celles-ci « quelques difficultés». Comment, effectivement, révéler aux assurés la part considérable de leurs cotisations qui sert à financer les salaires faramineux de certains dirigeants collectionneurs de voitures de course, les rallyes automobiles et les courses nautiques, sans oublier les confortables émoluments de comiques autrefois surréalistes ( Chevalier et Laspalès) depuis longtemps reconvertis dans la traite des pigeons ?

 

(13) Que les complémentaires françaises aient les yeux plus gros que le ventre, et soient elles-même menacées à terme par le jeu de l’ultra-concurrence libérale, est un autre problème. Le marché de la santé fait bander les assureurs, comme les subprimes faisaient bander Lehman Brothers. Beaucoup resteront sur le carreau... et commencent, un peu tardivement, à s’en rendre compte…. Alors que François Hollande fait des pieds et des mains pour faire adopter le traité transatlantique, il est urgent de rappeler ce qu’écrivait dès 1999 la Coalition des industries de service américaine au sujet des négociations du GATT: « Nous pensons pouvoir progresser largement dans les négociations afin de dégager les opportunités pour les compagnies américaines de s’implanter sur les marchés de soins étrangers... Historiquement les services de santé dans de nombreux pays ont été sous la responsabilité du secteur public. Cette appartenance au secteur public a rendu difficile l’implantation marchande des industries de service du secteur privé US dans ces pays...» A bon entendeur...

 http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/20131017trib000791141/pourquoi-les-mutuelles-perdent-de-leur-assurance.html

 http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20140616trib000835336/complementaires-sante-le-defi-de-l-ultra-concurrence.html

 http://www.argusdelassurance.com/acteurs/acs-les-mutuelles-demandent-un-amenagement-de-la-reforme.79503

 http://www.latribune.fr/blogs/le-blog-du-contrarian/20131127trib000798061/complementaires-sante-les-clauses-de-designation-un-scandale-d-etat.html

 (14)   Il suffit de voir la manière dont les banques et assurances font pression sur les patients, au nom de la loi Kouchner ( !!!) , pour forcer leur médecin à révéler des pans entiers de leur dossier médical, au mépris de la législation, lors des négociations de prêt, pour savoir à quoi ressemblera un monde où le médecin est financièrement lié à l’assureur «complémentaire».

 (15)   La médecine d’équipe avec application du tiers payant systématique a un coût que cette étude aura permis de chiffrer précisément :

coût du tiers payant par acte : 4,38 € (soit 20 % sur un acte de généraliste) ;

gestion des rejets et actes impayés : 5 % du chiffre d’affaires de la structure.

La pratique du tiers payant qui concerne obligatoirement les centres de santé d’aujourd’hui et les maisons de santé de demain (partie obligatoire du cahier des charges du rapport Juilhard- Vallancien) est d’abord un service pour le patient. Elle sous-entend la mise en place d’un accueil administratif et social. En effet, il est nécessaire pour chaque patient de vérifier ses droits ou de lui « dire ses droits » que souvent il ignore (AME, CMU, CMUC).

Cette simple fonction engendre un surcoût de 25 % par rapport à un exercice libéral classique.

in: La place des Centres de Santé dans l’Offre de Soins Parisienne, Richard Bouton Consultants.


 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu