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06/11/2012

« Il est passé minuit, docteur Hollande » : Lettre Ouverte d'un médecin généraliste à un Président que j’appelais de mes vœux

 

« Il est passé minuit, docteur Hollande » : Lettre Ouverte d'un médecin généraliste à un Président que j’appelais de mes vœux

 

Monsieur le Président,

Je te fais une lettre que tu liras peut-être si tu en trouves le temps.

Apparemment, tu étais occupé courant Avril dernier ( je sais ce que c’est, j’ai moi aussi un boulot très prenant), et la missive que je t’avais adressée dans LIBERATION (1) n’a pas dû te parvenir.

Pour mémoire, je me permets de t’en citer la conclusion :

« Le président qui vient aura le choix : accompagner le mouvement largement entamé par les fossoyeurs, instrumentaliser les dépassements pour pénaliser l’ensemble des professionnels en invoquant les «défaillances» d’une médecine de proximité exsangue, saupoudrer quelques maisons médicales pour faire branché, ou tendre la main aux médecins et infirmiers de terrain pour reconstruire avec eux une politique de santé solidaire. Il est minuit, docteur Hollande. »

Si je me permets de te tutoyer, c’est en souvenir de cette heure passée à discuter du système de santé en France, il y a sept ans, rue de Solferino. Tu avais plein de soucis à l’époque, il te fallait gérer le parti, les courants, les ambitions démesurées des unes et des autres ( je sais ce que c’est, j’ai moi aussi un boulot très prenant). Pourtant, de tous les politiques qu’il m’avait été donné d’alerter sur la situation préoccupante du système de santé, tu m’avais semblé l’un des plus curieux, l’un des plus attentifs.

 

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Ensuite on ne s’est pas beaucoup vus, pendant des années. Pourtant ça m’aurait fait rudement plaisir d’avoir ta visite, quand avec Bruno-Pascal Chevalier, qui à l’époque avait arrêté ses traitements pour dénoncer les franchises sur les soins de ton prédécesseur, on enchaînait manifestation sur manifestation devant le Ministère de la Santé pour dénoncer le recul de l’accès aux soins (2). Nous étions là, mois après mois, avec les mêmes patients courageux, les mêmes médecins engagés, les mêmes militants d’Act-Up qui se faisaient embarquer.

 

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Enfin tu as été en position d’accéder aux responsabilités suprêmes, et j’ai voté pour toi. J’ai voté aux primaires, j’ai voté à la présidentielle, j’ai même accepté une procuration, un copain étant en vacances ( moi je ne pouvais pas, j’ai un boulot très prenant).

 

Un peu avant l’élection, un hebdomadaire médical m’avait appelé pour poser une question aux deux candidats en lice. J’étais un peu le gaucho de service, le trublion, il en faut dans toute bonne émission. « Le Dr Christian Lehmann est installé à Poissy (Yvelines) avec une associée. Fer de lance de l’opposition aux franchises médicales, il est aussi écrivain. » annonçait  Le Généraliste. J’ai posé ma question :

« Ces dernières années, des franchises sur les soins, qui n’ont rien de médicales, ont été inventées dans le but de « responsabiliser » le patient avec, pour conséquence, le recul de l’accès aux soins. Dans le même temps, on a décrété que certaines maladies ne l’étaient plus, comme l’HTA, HyperTension Artérielle sévère, sortie des Affections de Longue Durée… Le président qui viendra continuera t-il dans cette direction ? »

 Sarkozy a récité, comme d’habitude, des éléments de langage à tonalité comptable : « Les dépenses de santé augmentent, mais il ne faut jamais oublier que la santé est financée par la solidarité nationale. Cela justifie une nécessaire responsabilité de chaque acteur, patients, professionnels de santé et responsables politiques. Depuis 2007, le taux de prise en charge par l’Assurance-maladie n’a pas varié, se maintenant à 75%. Notre système demeure l’un des plus généreux du monde. Sur les deux dernières années, nous avons respecté l’objectif national des dépenses de santé. Ce n’était jamais arrivé. Sous le gouvernement socialiste, on votait des ONDAM(3) à 3,5% et on faisait 7-8% de dépenses en creusant les déficits. J’assume notre politique. Si nous voulons conserver un système solidaire et continuer à financer notre système de santé, il faut faire des choix. Le nôtre repose sur l’efficience, chaque euro doit être bien utilisé. »

 

Toi, mon futur Président que j’appelais de mes vœux, tu m’as répondu : « J’ai toujours exprimé ma ferme opposition à cette idée de soi-disant responsabilisation, qui est en réalité une sanction et une culpabilisation du malade. Ce concept a par ailleurs démontré sa totale inefficacité pour rétablir les comptes de l’assurance-maladie. Ainsi, la suppression de l’HTA de la liste des ALD me semble aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique. Si les Français me font confiance, je prends l’engagement de réexaminer cette décision. Par ailleurs, il faudra revoir l’ensemble de la question du reste à charge : ma première mesure concernera le plafonnement des dépassements d’honoraires. Je veux par ailleurs revoir la définition des contrats des complémentaires, et supprimer la taxe sur les contrats solidaires des mutuelles. Tout cela aura un impact direct pour les Français. »

 

Le Généraliste, c’est assez rare dans la presse pour le signaler, nous a donné un droit de suite, permettant aux six médecins qui avaient posé des questions de conclure, ce que j’ai fait : « Nicolas Sarkozy n’a pas du tout répondu à ma question sur la sortie de l’HTA des Affections de Longue Durée. Nous sommes toujours dans un pseudo-discours sur la responsabilisation et la crise de la dette qu’apprécierait fortement l’agence de notation Standard and Poors. Bravo à François Hollande pour la réponse sur l’HTA sur laquelle il a dit qu’il allait revenir, mais sur les franchises, on ne sait toujours pas ce qu’il va faire ».

 

Sur les franchises, j’ai vite été renseigné, remarque. Tu n’as touché à rien.

Pas de marge de manœuvre financière, ai-je cru comprendre. Dommage. Philippe Seguin, en son temps, avait fait le calcul : les franchises sur les soins piquaient 850 millions d’euros par an dans la poche des malades, une taxation des stock-options à hauteur de la taxation des salaires rapporterait 3.5 millards par an. Sarkozy avait fait un choix, tu ne le remettais pas en cause, soit…

 

Sur l’hypertension artérielle sévère, j’ai attendu six mois.

J’avais confiance. Revenir sur l’absurde décision sarkozyste était simple, cohérent, et enverrait aux patients et aux médecins un signal fort : finies les manipulations purement comptables, place à une vraie politique de santé, respectueuse de l’humain.

Au bout de six mois, le verdict du Conseil d’Etat est tombé, confirmant l’exclusion de l’HTA sévère du champ des affections prises en charge à 100%. En pratique, cela signifiait que dans un pays où l’espérance de vie d’un ouvrier est inférieure de sept ans à celle d’un cadre, l’Assurance-Maladie attendrait le stade des graves complications de l’hypertension ( infarctus, accident vasculaire cérébral, etc…) pour prendre en charge cette pathologie. Tant pis pour les populations fragilisées, pour les démunis, pour les personnes âgées avec des petites retraites, dont la cotisation pour une complémentaire peut atteindre 10% de leur pension mensuelle(4). La requête des associations de patients était rejetée, l’Etat ( c’est-à-dire toi, François, personne d’autre) ayant maintenu son opposition. La mesure que, candidat, tu avais trouvé « aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique », ne te gênait apparemment plus, une fois aux affaires. Elle ne gênait pas non plus ta ministre.

Parlons-en, de ta ministre…

Depuis son arrivée aux affaires, Marisol Touraine martelait qu’elle entrait en croisade contre les dépassements d’honoraires. Soit. C’était un angle comme un autre pour réformer le système de santé, exsangue, à condition de tirer les constats de la situation actuelle et de ne pas se cantonner à l’affichage politique.

 

Je ne pratique pas de dépassement, ce qui signifie que ma rémunération est tributaire du tarif fixé par l’Assurance-Maladie, un tarif en gros de 50% inférieur au tarif moyen de la consultation médicale d’un généraliste européen. Freiner les dépassements d’honoraires, c’était aussi, me semblait-il, poser la question des tarifs opposables, de leur grandissante inadéquation avec la réalité économique d’une petite entreprise comme peut l’être un cabinet médical. Que nenni ! Ayant monté en épingle les dépassements de quelques pontes hospitaliers, Marisol Touraine réalisa, un peu tard, que se posait soudain la question cruciale : « Mais que rembourse l’Assurance-Maladie ? Quelle valeur accorde t’elle à la consultation d’un médecin ? »

 

Pour éviter de voir la réalité en face, d’admettre que certains « petits dépasseurs » utilisaient ce complément d’honoraires pour maintenir la viabilité de leur cabinet et payer leurs charges, il fallut alors à Marisol Touraine forcer le trait, asséner sur tous les plateaux que contrairement à la réalité qui affleurait jusque dans les colonnes de journaux guère tendres habituellement avec la gent médicale, les médecins en secteur 1, à tarif opposable, n’étaient guère à plaindre. « Pour arriver à une rémunération correcte, les généralistes travaillent beaucoup, près de soixante heures par semaine », lui signalait une journaliste à la télévision. « Certains d’entre eux travaillent beaucoup… pas tous ! Pas tous ! », ironisait la Ministre, qu’on soupçonnait alors de tenir prête dans sa poche une liste de branleurs généralistes habitués des terrains de golf. Un autre intervenant, dans une autre émission, lui signalait que le généraliste français se situait dans la moyenne basse européenne. « Ils sont dans la moyenne, ils sont dans la moyenne ! » scandait-elle alors, hautaine. Comment dire sans trop vexer la mal-calculante, François ?Par rapport à ses confrères allemands ou anglais, les moyens dont dispose le généraliste français sont deux à trois fois moindres…Et au tarif du secteur 1, mêmes les centres de santé mutualistes menacent de mettre la clé sous la porte, malgré les subventions qui leur sont allouées, et auxquelles bien entendu le médecin libéral en ville ne saurait prétendre…

 

Je mets en parallèle ces deux observations, ta non-intervention sur la remise en cause de la prise en charge de l’hypertension artérielle sévère, et ton soutien à la politique d’une ministre qui refuse systématiquement de comprendre que la désertification médicale et la grève d’installation des jeunes diplômés ( seuls 8% des arrivants s’installent en médecine de ville ) sont essentiellement liées à la déconnexion des tarifs opposables de toute réalité économique. Je mets ces deux observations en parallèle parce qu’elles pointent vers une unique, et terrible, conclusion : Le changement, c’est pas demain la veille.

 

Tu as décidé, ton gouvernement a décidé, ta ministre a décidé, de poursuivre l’entreprise de démolition du système de santé français largement entamée par tes prédécesseurs.

 

J’en veux pour preuve que Frederic Van Roekeghem, le très libéral directeur de l’Assurance-maladie , l’homme qui en 2004 a détruit l’option médecin-référent avec l’aide des syndicalistes les plus réactionnaires de la profession ( que le pouvoir UMP a ensuite médaillé pour services rendus), l’homme qui a mis en place sans sourciller les franchises sur les soins ( contre lesquelles s’élevaient avec vigueur les parlementaires socialistes… avant d’arriver aux affaires), l’homme qui en 2008 proposait de ne plus rembourser les médicaments dits « de confort » aux cancéreux, l’homme qui organise la chasse aux arrêts de travail prétendument injustifiés en harcelant les médecins généralistes et en falsifiant les chiffres, l’homme venu du directoire d’AXA qui utilise les techniques de management du privé au sein même de ce qui fut la « Sécurité Sociale »… cet homme, ancien directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy, est aujourd’hui considéré par une députée socialiste ( et pas la plus bête) comme » un grand serviteur de l'Etat, avec qui il est très agréable de travailler », et par les journalistes du sérail,  très clairement, comme « le véritable ministre délégué à la Santé »…(5)

 

 

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 Quand deux assureurs se rencontrent, de quoi discutent-ils? D'histoires d'assureurs.

( merci à l'UCDF)

 

Cela ne choque pas Marisol Touraine, et cela ne te choque pas, toi qui nous as fait le coup de Jaurès s’opposant au monde de la finance. J’imagine que ça ne choque guère non plus ton ami de toujours, Henri de Castries, président d’AXA et accessoirement du Bilderberg Group. Mais moi cela m’embête un peu. Parce qu’à chaque fois que Marisol Touraine entame son refrain sur les médecins qui, même en secteur 1, n’ont vraiment pas à se plaindre, je me demande si vous ne vous moquez pas un peu de moi, en fait (6). Je me demande si je ne suis pas voué, pendant encore des années, à tenir le fort en entendant de belles paroles sur « le généraliste, pivot du système de santé », pendant que la ministre se rend aux dîners du Siècle avec vos amis assureurs.

 

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Car, j’oubliais de le dire, s’il y a un changement dans la politique menée, c’est une accélération, une accélération de l’entrée des complémentaires dans le système de santé français. Je dis « complémentaires » pour que les Français comprennent bien, parce qu’en général, Marisol Touraine et toi, comme Sarkozy avant vous, vous parlez de « mutuelles ». C’est au congrès de la Mutualité Française que vous vous rendez pour annoncer fièrement que vous allez donner plus de poids aux complémentaires dans le management du système. C’est sûr, faire ce genre d’annonce au congrès d’AXA, de Groupama ou de Mederic aurait peut-être fait jaser. Déjà, j’avais tiqué comme beaucoup de confrères sur l’annonce proprement hallucinante faite par Marisol Touraine à ce même congrès, du report d’un an de l’obligation de publication des frais de gestion pour les complémentaires. Une obligation de publication des comptes « dont nous connaissons les difficultés qu’elle créait pour vous », dit-elle avec dans sa voix une compassion larmoyante que je ne lui avais jamais entendue auparavant quand elle s’adressait aux médecins…

 

Alors si le changement, maintenant, François, c’est d’enterrer le système de sécurité sociale né de 1945 en intégrant clairement les complémentaires dans la gestion du système, comme cela s’est longtemps fait aux USA du fait de l’absence d’une assurance maladie solidaire, pourquoi pas ? Si les caisses sont à sec, si l’Assurance-Maladie sous gouvernance est incapable de financer correctement le système, pourquoi pas ? Mais dans ce cas, pour un Président de gauche, le courage serait de le dire franchement aux citoyens, ceux qui t’ont élu, et les autres. Que les premiers sachent qu’ils se sont fait berner, et que certains des autres puissent poser leur réservation au Fouquet’s.

 

Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain

 

(1) http://www.liberation.fr/societe/2012/04/19/cinq-ans-de-sarkozysme-et-un-systeme-de-sante-a-terre_812941

 

(2) http://www.dailymotion.com/video/x43jng_franchises-sur-les-soins-interview_news?search_algo=2

 

(3) Objectif National de Dépenses d’Assurance-Maladie

 

(4) Notons que ton prédécesseur, ne souhaitant pas gêner un électorat globalement âgé qu’il estimait lui être favorable, a réussi ce tour de force de décréter que les renouvellements d’affection longue durée échapperaient à ce couperet, créant ainsi une discrimination entre français : ceux dont l’HTA sévère a été constatée et reconnue avant juin 2011 sont pris en charge, ceux qui présentent les mêmes symptômes et les mêmes risques après juin 2011 ne sont pas exonérés. Ca s’appelle comment, en droit, ce différentiel entre citoyens français ? La discrimination rétroactive ?

 

 

(5) http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/10/08/rocky-le-ministre-bis-de-la-sante_1771640_1651302.html

 

(6) Dans l’avenant à la convention médicale que Marisol Touraine qualifie d’historique, ( alors qu’il entérine les dépassements d’honoraires jusqu’à 250% du tarif opposable, révélant bien qu’Assurance-Maladie et gouvernement considèrent que celui-ci n’est plus tenable), une obole de cinq euros par an et par patient est accordée sous condition au généraliste secteur 1 pour une partie de sa patientèle. Avec ces cinq euros, le généraliste est sensé coordonner un système qui dépense 3600 euros par an et par patient. Rien que ça. Touchez ma bosse, Monseigneur…

31/10/2012

Marisol Touraine, les assureurs lui disent "Merci!"

Je reviendrai longuement ( hélas) sur la situation du système de santé en France.

Sur les mirifiques aventures de Marie-Chant... Marisol au pays des docteurs.

Pour aujourd'hui, je dépose juste une pièce à conviction, montrant que les amis assureurs de Marisol et Flanby ont parfaitement compris le parti qu'ils pouvaient tirer de l'incroyable imbroglio politico-sanitaire créé de toutes pièces par la Ministre, pour de pures raisons d'affichage politique, avec l'imposition d'un "accord historique" foireux sur les dépassements d'honoraires.

Ce document, qui laisse à penser que la consultation du généraliste ( ce pelé, ce galeux, ce branleur expédiant ses patients en cinq minutes pour mieux profiter de son après-midi de golf) atteindra bientôt 60 euros ( quand l'immense majorité, près de 90% des généralistes, est en secteur 1, au tarif économiquement dérisoire et intenable de 23 euros) est typique de l'atmosphère de défiance actuelle fomentée par la Ministre et ses conseillers, instrumentalisée par les assureurs à la tête de ce qui fut la Sécurité Sociale. Il révèle l'opacité tarifaire actuelle, et le bénéfice que sauront en tirer les plus "malins".

 

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26/10/2012

Avec Marisol, le changement c'est maintenant!

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Cruel dilemne.

Cruel.

Dilemne.

Je n'ai pas trop envie de me faire chier, voyez-vous.

Je n'ai pas trop envie de me faire chier à décortiquer en quoi et comment l'accord sur les dépassements d'honoraires signé hier 25/10/2012 est une merde sans nom, un simple affichage politique de Marisol Touraine, l'incompétence à visage humain, selon le principe sarkozyste bien connu qui veut que "LA REALITE N'EXISTE PAS,IL N'Y A QUE LA PERCEPTION QUI COMPTE" ( copyright Laurent Solly, directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, 2007).

Je n'ai pas trop envie de me faire chier, et pourtant... et pourtant ne pas nommer les choses, ne pas dénoncer la manipulation nauséabonde, serait participer au mal.

Donc, la flemme étant excellent conseillère, j'ai eu une petite idée.

D'où le texte que vous allez lire, lentement:

"Juste un petit mot aujourd'hui pour commenter, très brièvement, ce que la Presse qui Ment a qualifié d'accord historique sur les dépassements d'honoraires. (J'utilise le terme générique rendu familier par le Plan B, le terme exact: "la Presse Qui Retranscrit des Communiqués de Presse Sans Enquêter un Instant Sur le Fond du Problème Surtout S'il S'agit de Social, le Social c'est Pas Très Sexy, hein Laurent?"... étant un peu long)

D'accord historique, il n'y a pas.

D'accord, il n'y a pas non plus.

Les deux syndicats médicaux les plus proches du pouvoir en place ( ne me cassez pas les burnes, chers confrères, les preuves sont légion...), les deux syndicats "médaillés" de la Légion d'Honneur pour service rendus ( à la France? à l'UMP? à vous de choisir ;-), ont donc signé jeudi ** Octobre au soir, in extremis, un PROTOCOLE D'ACCORD alambiqué, totalement vide de sens, avec l'UNCAM (Union Nationale des Caisses d'Assurance-Maladie), personnifiée par son directeur, Frederic Van Roekeghem, ancien cadre d'AXA ( Putain, je ne me lasse pas de le répéter) placé là en Août 2004 par Jacques Chirac (ami dévoué et attentif de Claude Bebear, lui-même ancien PDG d'AXA, voyez comme petite est la planète, et bien humaniste la récolte de pièces jaunes par des sportifs cornaqués à front bas) en tant que proconsul ( celui qui dit EPAD prend une baffe).

 

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Pourquoi cette signature? Parce que ******* avait fait un caca nerveux en sommant ces larrons de s'entendre avant le ** Octobre minuit... sans ça le Parlement légifèrerait.

Il faut comprendre qu'effectivement, l'explosion des dépassements d'honoraires ces dernières années fait désordre, et que sa Majesté sent bien que le peuple y rechigne, parce que ça devient trop voyant. Donc après les franchises sur les soins, les diverses autres ponctions dans la poche des malades, ** devait absolument FAIRE SEMBLANT de légiférer, de taper sur la table, de défendre les petits, les sans-grade qui comme lui n'ont que du saumon cellophané à manger, contre les pires abus.

Sauf que, pas de bol, tout ceci c'est du flanc.

Oui, les dépassements d'honoraires ont augmenté, et particulièrement depuis la convention signée en Janvier 2005 entre les compères d'aujourd'hui, convention qui a laminé la médecine générale ( qui ne s'en relève et ne s'en relèvera pas) et habitué même les spécialistes de secteur 1 à la pratique des dépassements, puisque ceux-ci, jusque là réservés aux seuls médecins du secteur 2, étaient autorisés en cas d'accès direct du patient. ( Rappelons à ceux qui feignent de l'ignorer que le fait d'appartenir au secteur 2 n'est pas en soi un gage de quoi que ce soit, les médecins avaient le droit de choisir leur secteur, bien cons ceux qui ont cru à la pérénnité d'une assurance-maladie solidaire et ont choisi le secteur 1 et se sont tenus au tarif Sécu pour faciliter l'accès aux soins de leurs patients... je le sais, j'en fais partie).

Ayant mis en place un parcours de soins labyrinthique d'une totale opacité tarifaire, les mêmes compères font aujourd'hui semblant de s'entendre sur un protocole d'accord tout en confiant en douce qu'il s'agit d'une signature sous pression politique ( ce dont ils ont l'habitude malgré leur refrain jamais périmé du libéralisme à visage humain ;-), et alors que l'UNCAM est infoutue d'assurer que les complémentaires ( mutuelles et assurances) joueront le jeu du remboursement partiel des dépassements dans ce secteur optionnel que ** appelle de ses voeux ( pieux).

Le problème reste entier, pour les chirurgiens de secteur 1, par exemple, le tarif de certains actes courants n'ayant pas été réévalué depuis des dizaines d'années et le progrès des techniques et les exigences justifiées d'asepsie et de personnel ne leur permettant pas de travailler sereinement. Dans un système cohérent, ce ne serait pas aux complémentaires d'intervenir, mais à l'assurance-maladie ( ex Sécurité Sociale) de négocier les tarifs avec les chirurgiens secteur 1 pour permettre un exercice cohérent. Mais il en est des chirurgiens du secteur 1 comme des généralistes: ces imbéciles dérangent, ils ne sont pas assez chers!

Car le but n'est PAS, soyons clair, d'améliorer l'accès aux soins des assurés, mais, brique par brique, de foutre en l'air l'idée même d'une assurance maladie solidaire et d'ouvrir le vaste champ de la santé aux complémentaires. Qui, pour nombre d'entre elles, tout en bêlant un credo mutualiste, ne désirent qu'une chose: régner sur un système assurantiel à l'américaine, dont seront exclus les gagne-petits.. Pourquoi croyez-vous que certaines mutuelles de la très noble Mutualité Française ( un parangon de vertu républicaine) remboursent les dépassements des spécialistes de secteur 2 mais rechignent à pratiquer le tiers-payant pour le généraliste ( alors qu'elles l'acceptent à l'hôpital, en pharmacie, bref... partout ailleurs)?

Les complémentaires vivent de et par les dépassements d'honoraires, qui peu à peu poussent les Français à considérer comme indispensable une couverture assurantielle complémentaire au fur et à mesure que la protection sociale solidaire s'étiole. Dans ce nouveau système qui se met en place, le con de généraliste secteur 1 à 23 euros qui gère en moyenne trois demandes médicales par consultation casse les prix, ne génère pas de flux. Ce qu'il faut aux actionnaires des assurances complémentaires, ce sont des dépassements suffisamment importants pour inciter les Français à s'assurer, mais dont le montant soit plafonné afin de connaître d'avance le ratio des profits à venir. C'est l'enjeu du secteur optionnel qu'ils cherchent à mettre en place dans cette gigantesque partie de bonneteau.

Pourquoi croyez-vous que lors de son discours annonçant son souhait de "confier aux complémentaires" de plus grandes tâches, ** a choisi de s'afficher aux côtés d'un **, de la Mutualité Française, ravi, sinon afin de s'entourer de "mutualistes" plus photogéniques que ne le sont les sbires des assurances privées. C'est sûr que faire la même annonce au côté de Claude Bébéar, ou de ** Guillaume Sarkozy ( de chez Médéric) aurait pu faire tousser.

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PS: Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit. Il existe des mutualistes, des mutuelles, honnêtes, pénétrés de l'esprit de 1945, et désirant seulement apporter une protection complémentaire à leurs adhérents, plutôt que de régner sur le secteur Santé. Il en existe. Et pour eux comme pour la médecine générale, la messe est dite."

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Bon. Vous avez lu. Vous vous dites: et alors?

Et bien asseyez vous.

Ce texte, où j'ai simplement posé quelques ** pour vous laisser lire d'un trait...

Ce texte sur un accord historique sur les dépassements d'honoraires signé sous pression politique par un ancien directeur d'AXA passé à la tête de l'Assurance-Maladie, et deux syndicalistes médaillés pour services rendus...

Ce texte date du 17/10/2009, soit IL Y A PLUS DE TROIS ANS, sous le règne de Nicolas Sarkozy. Prenez le temps de vérifier

http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/archive/2009/10/17/comment-nagy-bosca-1er-terrassa-les-depassements-d-honoraire.html

et de digérer l'info. Mêmes partenaires fiables, même manipulation, même entourloupe, même effet d'annonce sur des patients qui n'en peuvent mais et des médecins de secteur 1 laissés à l'abandon. Décidément, avec Marisol Touraine... le changement c'est maintenant....

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Au fait, Marisol... bon week-end...

24/10/2012

Négociations sur les dépassements d'honoraires: le foutage de gueule atteint la côte d'alerte

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Franchement j'ai pas envie.

Non, franchement.

J'ai autre chose à faire.

Mais le niveau de foutage de gueule, là, atteint des sommets.

Alors en attendant, éventuellement, d'y revenir ( mais il va vraiment falloir de l'énergie), allons à l'essentiel.



Le théâtre de guignol des "négociations" entre syndicats médicaux, assurance-maladie sous tutelle et ministre prête à toutes les manipulations et à tous les affichages politiques pour masquer son incompétence crasse, est une insulte. Insulte aux médecins, insulte aux patients.

Aucun accord n'a été signé hier sur la question des dépassements d'honoraires ( une question minée, dans laquelle s'imbriquent, au-delà du reste à charge pour les patients qui n'en peuvent mais, deux éléments rarement pris en compte: le fait que les tarifs opposables imposés par l'assurance-maladie en secteur 1 ne correspondent plus à aucune réalité économique*, et le fait que longtemps ces mêmes dépassements d'honoraires ont fait la fortune des complémentaires, assurances et mutuelles confondues, en leur ramenant des clients).


Aucun accord.

La négociation avait débuté vers 19 heures le lundi 22/10/2012.

Elle s'est terminée une première fois en début d'après-midi le lendemain sur le constat d'un profond désaccord entre les parties.

Alors que certains présidents de syndicat étaient déjà dans le train ou dans l'avion, tout ce petit monde a été rappelé à la table des négociations par Marisol Touraine, catastrophée à l'idée de ne pas pouvoir annoncer qu'elle avait sauvé le système de santé français avec ses petits bras.

Après près de 24 heures de négociations fumeuses, soit après quasiment 36 heures de veille pour les participants ( ce qui selon des études scientifiques équivaut à la présence d'un gramme d'alcool dans le sang), les présents ont simplement signé un relevé de conclusions expliquant que le texte présenté par l'assurance-maladie et discuté 36 heures durant serait présenté aux adhérents des syndicats médicaux pour qu'ils donnent leur opinion. Il n'y a donc, à ce jour, aucun accord signé, et le texte, quand on le décortique, est une merde sans nom, pour les médecins comme pour les patients ( je ne parle même pas du système de santé dans son ensemble)

Les tarifs opposables du secteur 1 ne sont pas revalorisés, l'Assurance-maladie accorde quelques aumônes à la marge ( du genre 5 euros sur les consultations des + de 85 ans, ou 2 barres chocolatées par an pour la tenue du dossier d'un patient de plus de soixante ans). Avec ça, nul doute que la désertification médicale a de beaux jours devant elle.

Les dépassements d'honoraires sont entérinés comme étant de simples compléments d'honoraires dûs à l'indigence des tarifs opposables, et un plafond acceptable à deux fois et demi le tarif Sécu est proposé... en province ( histoire de ne pas pénaliser les grands pontes parisiens ni le frère de la ministre, qui prend 6 fois le tarif Sécu)

Tout ceci pour dire, que si à la télévision ou dans les journaux vous voyez passer un gras représentant médical expliquant à qui veut l'entendre que c'est un accord historique, vous êtes en train de vous faire enfler.

 

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* Sur le fait que les tarifs opposables en secteur 1 ne permettent plus à la médecine de ville de survivre, et sont l'une des causes primordiales de la désertification et de l'absence d'installation des rares nouveaux diplômés ( seulement 9%...), il suffit de constater que mêmes subventionnés, les centres de santé mutualistes ferment ou agonisent, le tarif actuel de la consultation médicale en secteur 1 ne permettant pas d'atteindre l'équilibre financier. Les habituelles explications foireuses " oui mais nous on fait de la prévention et du tiers-payant, pas comme les méchants généralistes du secteur lucratif" ne tiennent pas une seconde l'analyse, nombre de généralistes pratiquant prévention, tiers-payant, et tutti quanti sans tirer à eux pour autant le drapeau des ordonnances de 1945.

03/09/2012

Médecine générale: quelques propositions de terrain...

 

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Médecine générale 2.0

Les propositions des médecins généralistes blogueurs

pour faire renaître la médecine générale

 

 

 

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur le territoire ? Chacun semble avoir un avis sur ce sujet, d’autant plus tranché qu’il est éloigné des réalités du terrain.

 

Nous, médecins généralistes blogueurs, acteurs d’un « monde de la santé 2.0 », nous nous reconnaissons mal dans les positions émanant des diverses structures officielles qui, bien souvent, se contentent de défendre leur pré carré et s’arc-boutent sur les ordres établis.

 

À l’heure où les discussions concernant l’avenir de la médecine générale font la une des médias, nous avons souhaité prendre position et constituer une force de proposition.

 

Conscients des enjeux et des impératifs qui sont devant nous, héritages d’erreurs passées, nous ne souhaitons pas nous dérober à nos responsabilités. Pas plus que nous ne souhaitons laisser le monopole de la parole à d’autres.

 

Notre ambition est de délivrer à nos patients des soins primaires de qualité, dans le respect de l’éthique qui doit guider notre exercice, et au meilleur coût pour les budgets sociaux. Nous souhaitons faire du bon travail, continuer à aimer notre métier, et surtout le faire aimer aux générations futures de médecins pour lui permettre de perdurer.

 

Nous pensons que c’est possible.

 

 

Sortir du modèle centré sur l’hôpital

 

La réforme de 1958 a lancé l’hôpital universitaire moderne. C’était une bonne chose qui a permis à la médecine française d’atteindre l’excellence, reconnue internationalement.

 

Pour autant, l’exercice libéral s’est trouvé marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. En 50 ans, l’idée que l’hôpital doit être le lieu quasi unique de l’enseignement médical s’est ancrée dans les esprits. Les universitaires en poste actuellement n’ont pas connu d’autre environnement.

 

L’exercice hospitalier et salarié est ainsi devenu une norme, un modèle unique pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice libéral qu’ils n’ont jamais rencontré pendant leurs études.

 

C’est une profonde anomalie qui explique en grande partie nos difficultés actuelles.

 

Cet hospitalo-centrisme a eu d’autres conséquences dramatiques :

-          Les médecins généralistes (MG) n’étant pas présents à l’hôpital n’ont eu accès que tout récemment et très partiellement à la formation des étudiants destinés à leur succéder.

-          Les budgets universitaires dédiés à la MG sont ridicules en regard des effectifs à former.

-          Lors des négociations conventionnelles successives depuis 1989, les spécialistes formés à l’hôpital ont obtenu l’accès exclusif aux dépassements d’honoraires créés en 1980, au détriment des généralistes contraints de se contenter d’honoraires conventionnels bloqués.

 

Pour casser cette dynamique mortifère pour la médecine générale, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

 

Cette réforme aura un double effet :

-          Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice.

-          Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

 

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Nous faisons l’analyse que toute mesure visant à obliger les jeunes MG à s’installer en zone déficitaire aurait un effet majeur de repoussoir. Elle ne ferait qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

 

 

C’est au contraire une véritable réflexion sur l’avenir de notre système de santé solidaire que nous souhaitons mener. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’erreurs considérables commises avec la complicité passive de confrères plus âgés, dont certains voudraient désormais en faire payer le prix aux jeunes générations.

 

 

Idées-forces

 

Les idées qui sous-tendent notre proposition sont résumées ci-dessous, elles seront détaillées ensuite.

 

Elles sont applicables rapidement.

 

1) Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.

 

2) Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital : les MSP se voient attribuer un statut universitaire et hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique. Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

 

3) Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner : statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

 

4) Création d’un nouveau métier de la santé : « Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt » (AGI). Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt.

 

1) 1000 Maisons Universitaires de Santé

 

Le chiffre paraît énorme, et pourtant... Dans le cadre d’un appel d’offres national, le coût unitaire d’une MUSt ne dépassera pas le million d’euros (1000  m2. Coût 900 €/m2).

 

Le foncier sera fourni gratuitement par les communes ou les intercommunalités mises en compétition pour recevoir la MUSt. Il leur sera d’ailleurs demandé en sus de fournir des logements à prix très réduit pour les étudiants en stage dans la MUSt. Certains centres de santé municipaux déficitaires pourront être convertis en MUSt.

 

Au final, la construction de ces 1000 MUSt ne devrait pas coûter plus cher que la vaccination antigrippale de 2009 ou 5 ans de prescriptions de médicaments (inutiles) contre la maladie d’Alzheimer. C’est donc possible, pour ne pas dire facile.

 

Une MUSt est appelée à recevoir des médecins généralistes et des paramédicaux. La surface non utilisée par l’activité de soin universitaire peut être louée à d’autres professions de santé qui ne font pas partie administrativement de la MUSt (autres médecins spécialistes, dentiste, laboratoire d’analyse, cabinet de radiologie...). Ces MUSt deviennent de véritables pôles de santé urbains et ruraux.

 

Le concept de MUSt fait déjà l’objet d’expérimentations, dans le 94 notamment, il n’a donc rien d’utopique.

 

2) L’université dans la ville

 

Le personnel médical qui fera fonctionner ces MUSt sera constitué en grande partie d’internes et de médecins en post-internat :

 

·                    Des internes en médecine générale pour deux de leurs semestres qu’ils passaient jusqu’ici à l’hôpital. Leur cursus comportera donc en tout 2 semestres en MUSt, 1 semestre chez le praticien et 3 semestres hospitaliers. Ils seront rémunérés par l’ARS, subrogée dans le paiement des honoraires facturés aux patients qui permettront de couvrir une partie de leur rémunération. Le coût global de ces internes pour les ARS sera donc très inférieur à leur coût hospitalier du fait des honoraires perçus.

 

·                    De chefs de clinique universitaire de médecine générale (CCUMG), postes à créer en nombre pour rattraper le retard pris sur les autres spécialités. Le plus simple est d’attribuer proportionnellement à la médecine générale autant de postes de CCU ou assimilés qu’aux autres spécialités (un poste pour deux internes), soit un minimum de 3000 postes (1500 postes renouvelés chaque année). La durée de ce clinicat est de deux ans, ce qui garantira la présence d’au moins deux CCUMG par MUSt. Comme les autres chefs de clinique, ces CCUMG sont rémunérés à la fois par l’éducation nationale (part enseignante) et par l’ARS, qui reçoit en retour les honoraires liés aux soins délivrés. Ils bénéficient des mêmes rémunérations moyennes, prérogatives et avantages que les CCU hospitaliers.

Il pourrait être souhaitable que leur revenu comprenne une base salariée majoritaire, mais aussi une part variable dépendant de l’activité (par exemple, 20 % du montant des actes pratiqués) comme cela se pratique dans de nombreux dispensaires avec un impact significatif sur la productivité des consultants.

 

·                    Des externes pour leur premier stage de DCEM3, tel que prévu par les textes et non appliqué faute de structure d’accueil. Leur modeste rémunération sera versée par l’ARS. Ils ne peuvent pas facturer d’actes, mais participent à l’activité et à la productivité des internes et des CCUMG.

 

·                    De médecins seniors au statut mixte : les MG libéro-universitaires. Ils ont le choix d’être rémunérés par l’ARS, subrogée dans la perception de leurs honoraires (avec une part variable liée à l’activité) ou de fonctionner comme des libéraux exclusifs pour leur activité de soin. Une deuxième rémunération universitaire s’ajoute à la précédente, liée à leur fonction d’encadrement et d’enseignement. Du fait de l’importance de la présence de ces CCUMG pour lutter contre les déserts médicaux, leur rémunération universitaire pourra être financée par des budgets extérieurs à l’éducation nationale ou par des compensations entre ministères.

 

Au-delà de la nouveauté que représentent les MUSt, il nous paraît nécessaire, sur le long terme, de repenser l’organisation du cursus des études médicales sur un plan géographique en favorisant au maximum la décentralisation hors CHU, aussi bien des stages que des enseignements.

 

En effet, comment ne pas comprendre qu’un jeune médecin qui a passé une dizaine d’années dans sa ville de faculté et y a construit une vie familiale et amicale ne souhaite pas bien souvent y rester ?

 

Une telle organisation existe déjà, par exemple, pour les écoles infirmières, garantissant une couverture assez harmonieuse de tout le territoire par cette profession, et les nouvelles technologies permettent d’ores et déjà, de manière simple et peu onéreuse, cette décentralisation pour tous les enseignements théoriques.

 

3) Incitation plutôt que coercition : des salaires aux enchères

 

Le choix de la MUSt pour le bref stage de ville obligatoire des DCEM3 se fait par ordre alphabétique avec tirage au sort du premier à choisir, c’est la seule affectation qui présente une composante coercitive.

 

Le choix de la MUSt pour les chefs de clinique et les internes se pratique sur le principe de l’enchère : au salaire de base égal au SMIC est ajouté une prime annuelle qui sert de régulateur de choix : la prime augmente à partir de zéro jusqu’à ce qu’un(e) candidat(e) se manifeste. Pour les MUSt « difficiles », la prime peut atteindre un montant important, car elle n’est pas limitée. Par rapport à la rémunération actuelle d’un CCU (45 000 €/an), nous faisons le pari que la rémunération globale moyenne n’excédera pas ce montant.

 

En cas de candidats multiples pour une prime à zéro (et donc une rémunération de base au SMIC pour les MUSt les plus attractives) un tirage au sort départage les candidats.

 

Ce système un peu complexe présente l’énorme avantage de ne créer aucune frustration puisque chacun choisit son poste en mettant en balance la pénibilité et la rémunération.

De plus, il permet d’avoir la garantie que tous les postes seront pourvus.

 

Ce n’est jamais que la reproduction du fonctionnement habituel du marché du travail : l’employeur augmente le salaire pour un poste donné jusqu’à trouver un candidat ayant le profil requis et acceptant la rémunération. La différence est qu’il s’agit là de fonctions temporaires (6 mois pour les internes, 2 ans pour les chefs de clinique) justifiant d’intégrer cette rémunération variable sous forme de prime.

 

 

 

Avec un tel dispositif, ce sont 6 000 médecins généralistes qui seront disponibles en permanence dans les zones sous-médicalisées : 3000 CCUMG et 3000 internes de médecine générale.

 

4) Un nouveau métier de la santé : AGI de MUSt

 

Les MUSt fonctionnent bien sûr avec une ou deux secrétaires médicales suivant leur effectif médical et paramédical.

 

Mais la nouveauté que nous proposons est la création d’un nouveau métier : Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt. Il s’agit d’un condensé des fonctions remplies à l’hôpital par les agents administratifs et les cadres de santé hospitaliers.

 

C’est une véritable fonction de cadre supérieur de santé qui comporte les missions suivantes au sein de la MUSt :

— Gestion administrative et technique (achats, coordination des dépenses…).

— Gestion des ressources humaines.

— Interfaçage avec les tutelles universitaires

— Interfaçage avec l’ARS, la mairie et le Conseil Régional

— Gestion des locaux loués à d’autres professionnels.

 

Si cette nouvelle fonction se développe initialement au sein des MUSt, il sera possible ensuite de la généraliser aux cabinets de groupes ou maisons de santé non universitaires, et de proposer des solutions mutualisées pour tous les médecins qui le souhaiteront.

 

Cette délégation de tâches administratives est en effet indispensable afin de permettre aux MG de se concentrer sur leurs tâches réellement médicales : là où un généraliste anglais embauche en moyenne 2,5 équivalents temps plein, le généraliste français en est à une ½ secrétaire ; et encore, ce gain qualitatif représente-t-il parfois un réel sacrifice financier.

 

Directement ou indirectement, il s’agit donc de nous donner les moyens de travailler correctement sans nous disperser dans des tâches administratives ou de secrétariat.

Une formule innovante : les « chèques-emploi médecin »

 

Une solution complémentaire à l’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.[1]

 

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien) employés par les cabinets de médecins libéraux, équivalent du chèque-emploi pour les familles.

 

Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

 

Cette solution stimulerait l’emploi dans les déserts médicaux et pourrait donc bénéficier de subventions spécifiques. Le chèque-emploi servirait ainsi directement à une amélioration qualitative des soins et à dégager du temps médical pour mieux servir la population.

 

Il est beaucoup question de « délégation de tâche » actuellement. Or ce ne sont pas les soins aux patients que les médecins souhaitent déléguer pour améliorer leur disponibilité : ce sont les contraintes administratives !

Former des agents administratifs est bien plus simple et rapide que de former des infirmières, professionnelles de santé qualifiées qui sont tout aussi nécessaires et débordées que les médecins dans les déserts médicaux.

 

 

Aspects financiers : un budget très raisonnable

 

Nous avons vu que la construction de 1000 MUSt coûtera moins cher que 5 ans de médicaments anti-Alzheimer ou qu’une vaccination antigrippale comme celle engagée contre la pandémie de 2009.

 

Les internes étaient rémunérés par l’hôpital, ils le seront par l’ARS. Les honoraires générés par leur activité de soin devraient compenser les frais que l’hôpital devra engager pour les remplacer par des FFI, permettant une opération neutre sur le plan financier, comme ce sera le cas pour les externes.

 

La rémunération des chefs de clinique constitue un coût supplémentaire, à la mesure de l’enjeu de cette réforme. Il s’agit d’un simple rattrapage du retard pris dans les nominations de CCUMG chez les MG par rapport aux autres spécialités. De plus, la production d’honoraires par les CCUMG compensera en partie leurs coûts salariaux. La dépense universitaire pour ces 3000 postes est de l’ordre de 100 millions d’euros par an, soit 0,06 % des dépenses de santé françaises. À titre de comparaison, le plan Alzheimer 2008-2012 a été doté d’un budget de 1,6 milliard d’euros. Il nous semble que le retour des médecins dans les campagnes est un objectif sanitaire, qui justifie lui aussi un « Plan » et non des mesures hâtives dépourvues de vison à long terme.

 

N’oublions pas non plus qu’une médecine de qualité dans un environnement universitaire est réputée moins coûteuse, notamment en prescriptions médicamenteuses. Or, un médecin « coûte » à l’assurance-maladie le double de ses honoraires en médicaments. Si ces CCUMG prescrivent ne serait-ce que 20 % moins que la moyenne des  autres prescripteurs, c’est 40 % de leur salaire qui est économisé par l’assurance-maladie.

 

Les secrétaires médicales seront rémunérées en partie par la masse d’honoraires générée, y compris par les « libéro-universitaires », en partie par la commune ou l’intercommunalité candidate à l’implantation d’une MUSt.

 

 

Le reclassement des visiteurs médicaux

 

Le poste d’Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt constitue le seul budget significatif créé par cette réforme. Nous avons une proposition originale à ce sujet. Il existe actuellement en France plusieurs milliers de visiteurs médicaux assurant la promotion des médicaments auprès des prescripteurs. Nous savons que cette promotion est responsable de surcoûts importants pour l’assurance-maladie. Une solution originale consisterait à interdire cette activité promotionnelle et à utiliser ce vivier de ressources humaines libérées pour créer les AGI.

En effet, le devenir de ces personnels constitue l’un des freins majeurs opposés à la suppression de la visite médicale. Objection recevable ne serait-ce que sur le plan humain. Ces personnels sont déjà répartis sur le territoire, connaissent bien l’exercice médical et les médecins. Une formation supplémentaire de un an leur permettrait d’exercer cette nouvelle fonction plus prestigieuse que leur ancienne activité commerciale.

Dans la mesure où leurs salaires (industriels) étaient forcément inférieurs aux prescriptions induites par leurs passages répétés chez les médecins, il n’est pas absurde de penser que l’économie induite pour l’assurance-maladie et les mutuelles sera supérieure au coût global de ces nouveaux agents administratifs de ville.

Il s’agirait donc d’une solution réaliste, humainement responsable et économiquement neutre pour l’assurance maladie.

 

 

Globalement, cette réforme est donc peu coûteuse. Nous pensons qu’elle pourrait même générer une économie globale, tout en apportant plusieurs milliers de soignants immédiatement opérationnels là où le besoin en est le plus criant.

 

De toute façon, les autres mesures envisagées sont soit plus coûteuses (fonctionnarisation des médecins libéraux) soit irréalisables (implanter durablement des jeunes médecins là où il n’y a plus d’école, de poste, ni de commerces). Ce n’est certainement pas en maltraitant davantage une profession déjà extraordinairement fragilisée qu’il sera possible d’inverser les tendances actuelles.

 

 

Calendrier

 

La réforme doit être mise en place avec « agilité ». Le principe sera testé dans des MUSt expérimentales et modifié en fonction des difficultés rencontrées. L’objectif est une généralisation en 3 ans.

Ce délai permettra aux étudiants de savoir où ils s’engagent lors de leur choix de spécialité. Il permettra également de recruter et former les maîtres de stage libéro-universitaires ; il permettra enfin aux ex-visiteurs médicaux de se former à leurs nouvelles fonctions.

 

 

Et quoi d’autre?

 

Dans ce document, déjà bien long, nous avons souhaité cibler des propositions simples et originales. Nous n’avons pas voulu l’alourdir en reprenant de nombreuses autres propositions déjà exprimées ailleurs ou qui nous paraissent dorénavant des évidences, par exemple :

 

·                    L’indépendance de notre formation initiale et continue vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique ou de tout autre intérêt particulier.

·                                       La nécessité d’assurer une protection sociale satisfaisante des médecins (maternité, accidents du travail…).

·                                       La nécessaire diversification des modes de rémunération.

Si nous ne rejetons pas forcément le principe du paiement à l’acte – qui a ses propres avantages –, il ne nous semble plus pouvoir constituer le seul socle de notre rémunération. Il s’agit donc de :

— Augmenter la part de revenus forfaitaires, actuellement marginale.

— Ouvrir la possibilité de systèmes de rémunération mixtes associant capitation et paiement à l’acte ou salariat et paiement à l’acte.

— Surtout, inventer un cadre flexible, car nous pensons qu’il devrait être possible d’exercer la « médecine de famille » ambulatoire en choisissant son mode de rémunération.

·                    La fin de la logique mortifère de la rémunération à la performance fondée sur d’hypothétiques critères « objectifs », constat déjà fait par d’autres pays qui ont tenté ces expériences. En revanche, il est possible d’inventer une évaluation qualitative intelligente à condition de faire preuve de courage et d’imagination.

·                    La nécessité de viser globalement une revalorisation des revenus des généralistes français qui sont aujourd’hui au bas de l’échelle des revenus parmi les médecins français, mais aussi en comparaison des autres médecins généralistes européens.

D’autres pays l’ont compris : lorsque les généralistes sont mieux rémunérés et ont les moyens de travailler convenablement, les dépenses globales de santé baissent !

 

 

 

Riche de notre diversité d’âges, d’origines géographiques ou de mode d’exercice, et partageant pourtant la même vision des fondamentaux de notre métier, notre communauté informelle est prête à prendre part aux débats à venir.

 

Dotés de nos propres outils de communication (blogs, forums, listes de diffusion et d’échanges, réseaux sociaux), nous ambitionnons de contribuer à la fondation d’une médecine générale 2.0.

 

 

 

 AliceRedSparrowBorée - Bruit des sabotsChristian Lehmann – Doc Maman

Doc SouristineDoc BulleDocteur MilieDocteur VDominique Dupagne

Dr CouineDr FoulardDr Sachs JrDr StéphaneDzb17EuphraiseFarfadoc

FluoretteGéluleGenou des AlpagesGranadilleJaddoMatthieu CalafioreYem

 

 



[1] À titre d’exemple, pour 100 patients enregistrés, la caisse abonderait l'équivalent de 2 ou 2,5 heures d'emploi hebdomadaires et le médecin aurait la possibilité de prendre ces "tickets" en payant une somme équivalente (pour arriver à un temps plein sur une patientèle type de 800 patients).


Les soutiens peuvent être centralisés sur: http://www.atoute.org/n/Medecine-Generale-2-0.html

 
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