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07/10/2007

Seul le prononcé fait foi

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Ca me dépasse.

 

Je ne sais pas comment font les journalistes.

 

Pour y aller, s’asseoir, recevoir des mains des assistantes de presse le texte du énième discours que va leur infliger le Président de la République. La semaine dernière, à une réunion d’Act-Up, le fameux discours de la méthode bling-bling Sarkozy  sur la nécessité de réformer à la hussarde m’est tombé sous les yeux. C’est un gros morceau, hein, à vue de nez une bonne douzaine de pages, du dense, y’a pas à dire, les scribes du Président, ils ne lésinent pas sur la quantité. Ce texte, tous les Journalistes de l’Information Sociale présents l’avaient reçu, et l’un d’entre eux en avait refilé un exemplaire aux trublions d’Act-Up.

 

Ce qui m’a frappé, moi, qui suis ignare en la matière, c’est la petite phrase inscrite au bas de chaque feuille, comme une annonce sybilline à décrypter. Un peu comme « La vérité est ailleurs » dans X-Files. « Seul le prononcé fait foi », voilà ce qui était gravé en bas de chaque page.

 

« Seul le prononcé fait foi », ai-je répété à voix basse, pour mieux m’en imprégner.

 

Cela signifie, apparemment, que le texte n’est donné aux journalistes que comme support, et qu’il leur est demandé de rapporter uniquement les propos effectivement tenus par le Président. Dès fois que soudain, tel Pinocchio échappant à la houlette de Gepetto pour vivre sa vraie vie de petit garçon, le Président décide d’envoyer paître Guaino, ses appels à Blum et Jaurès, sa France éternelle et ses Africains trop réticents à s’inscrire dans l’Histoire, et nous entretienne, comme Yasmina Reza, de sa passion pour les Rolex.

 

« Seul le prononcé fait foi ».

 

Evidemment, s’il s’agissait d’un autre homme, on pourrait comprendre que seul ce qui est prononcé a de la valeur, que les mots ont un sens, qu’ils engagent l’action du gouvernement, et s’inscrivent dans un véritable dessein. Mais nous parlons de Nicolas Sarkozy.

 

L’homme qui considérait les franchises comme « indispensables pour responsabiliser les Français » en Juin 2006, mais vient nous expliquer en Juillet 2007 que celles-ci n’ont rien de comptable, mais sont destinées à financer la prise en charge des cancers et de l’Alzheimer.

 

L’homme qui assurait, en Juin 2006, qu’il refusait l’idée d’une taxe sur chaque boîte de médicament « parce que cela pénaliserait les plus malades », et sort en Juillet 2007 de son veston une franchise de 50 centimes d’euro par boîte, que paieront en tout premier lieu les patients âgés dont il s’entoure.

 

Et les journalistes sont censés commenter ça, doctement, sans pouffer.

 

Je ne sais pas comment ils font.

 

( publié dans l'Humanité le 24 Septembre 2007)

 
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