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18/01/2011

Avant le MEDIATOR, il y eut le VIOXX: retour sur les fossoyeurs de l'information médicale indépendante

L'affaire du MEDIATOR semble en passe de faire enfin comprendre au grand public  ce que les lanceurs d'alerte tentent de dénoncer depuis des années. Survenant après les affaires du Staltor ( anticholestérolémiant de Bayer retiré du marché en catastrophe en 1997) et du Vioxx ( anti-inflammatoire vanté par une majorité de media... puis retiré du commerce en catastrophe en 2004), survenant un an après la pitoyable campagne de vaccination H1N1 de Roselyne Bachelot-Narquin flanquée de sa cohorte d'experts nullissimes, l'affaire du MEDIATOR sert de détonateur. Il y en aura d'autres...

 

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Xavier Bertrand, fossoyeur de l'Option Médecin Référent et du Fonds de Promotion de l'Information Médicale ( indépendante)

Xavier Bertrand promet des réformes, une mise à plat. Ceux qui ont confronté cet ancien assureur AXA depuis quelques années, depuis qu'il n'était que le secrétaire d'Etat de Philippe Douste-Blazy, peuvent avoir quelques doutes. Comme le disait Einstein: "Ne comptez pas sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre..." J'y reviendrai...

 

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Dans l'intervalle, voici un extrait du livre "LES FOSSOYEURS" publié en 2007, dans lequel j'analyse l'affaire du Vioxx. On y retrouve les mêmes arguments sur les firmes, la visite "médicale", le médicament, les agences, qui ont fait les beaux jours de SERVIER et consorts. Et du syndicaliste acceptant le "mécénat" des firmes, au ministre incompétent, on approche d'un peu plus près ce système.

"Dans un ouvrage récent basé sur un long entretien, « Le grand méchant loup pharmaceutique », cherchant à présenter systématiquement les agences du médicament sous un jour favorable en minimisant certains de leurs travers comme l’indépendance toute relative de certains experts vis-à-vis des firmes(*), Philippe Urfalino, sociologue, peu avare de qualificatifs désobligeants vis-à-vis des donneurs d’alerte qui dénoncent les travers des firmes, répond d’une manière très surprenante à l’interpellation de son intervieweur :

« Question : Les « relations » peuvent aussi prendre la forme de la collusion d’intérêts… On pense par exemple aux 20000 euros par médecin et par an que les firmes pharmaceutiques consacrent à la communication sur leurs produits.

Philippe Urfalino : C’est vrai, l’industrie pharmaceutique est le mécène du milieu médical… »

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J’ai cherché dans le Petit Robert la définition de mécène : « protecteur généreux des arts et des sciences ».

Cette définition d’une surprenante clémence contraste avec les qualificatifs employés pour les donneurs d’alerte, ces médecins, ces scientifiques, qui pointent depuis des années, en France et à l’étranger, les errances du secteur pharmaceutique : « je suis frappé par une certaine tendance à la diabolisation, qui confine ça et là au retour de la théorie du complot…( la revue Prescrire) plaide l’existence du camp des firmes et du profit d’un côté et du camp des malades de l’autre… ce que je voudrais mettre en cause ici, c’est une mauvaise information, des amalgames et une grille de lecture fautive…les visiteurs médicaux sont parmi les rares interlocuteurs qui se soucient des besoins du médecin ».

Cette défense de la visite médicale n’est pas neuve, comme n’est pas neuve la mise en cause des donneurs d’alerte. Comme je l’ai écrit dans « Patients si vous saviez », la Revue Prescrire, revue française indépendante d’information sur le médicament, est dans le collimateur des firmes depuis de nombreuses années. Membre d’un réseau international de revues thérapeutiques indépendantes, elle constitue pour le médecin soucieux d’une information scientifique débarrassée de l’argumentation marketing et économique, un outil majeur, voire indispensable. Mais sa critique argumentée des techniques de communication des firmes met mal à l’aise ceux des médecins qui continuent à voir dans ces dernières un simple « mécène ». A les en croire, l’implication de Big Pharma ( selon le vocable adopté par John Le Carré après son magistral roman « La constance du jardinier) dans l’information du corps médical ne pose pas problème.

 

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C’est la thèse défendue par la Confédération des Syndicats Médicaux Français, dans « Qu’est-ce que la CSMF ? », un petit ouvrage très informatif publié aux éditions l’Archipel :

« Question : Les laboratoires et leurs campagnes de marketing auprès du corps médical et des malades ne risquent-ils pas d’exercer une influence abusive dans le domaine des prescriptions médicamenteuses ?

Michel Chassang : Toute dérive peut être dangereuse. Elle doit être dénoncée et combattue. Pour la visite médicale, il convient de veiller à améliorer le qualitatif et donc son contenu… Pour autant, il ne faut pas exagérer l’ « intoxication » supposée des médecins en matière de visite médicale, constamment mise en avant par le lobby anti-industrie pharmaceutique. Les médecins savent quand même distinguer l’information médicale de la pression « marketing »… »

Est-ce si sûr ?

 

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Michel Chassang, Président de la CSMF, fossoyeur de l'Option Médecin Référent, médaillé

 

 

Le Vioxx : une affaire exemplaire

 

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Un exemple frappant, celui du retrait précipité du Vioxx ( rofecoxib) en septembre 2004, a contribué à ébranler profondément ce type de certitude. Ce médicament destiné à soulager les douleurs de l’arthrose visait un large marché : une partie importante de la population des pays riches est touchée par l’arthrose, les douleurs rhumatismales. Or le Vioxx fait l’objet, avant même sa commercialisation, d’une promotion intense, y compris dans les médias grand public : ce médicament prétendument révolutionnaire bénéficierait d’un atout majeur par rapport aux anti-inflammatoires classiques : une excellent tolérance digestive. Pour tous les patients souffrant d’aigreurs d’estomac liées à la prise fréquente d’anti-inflammatoires, c’est, apparemment, une bonne nouvelle, et l’attente générée dans le public par cette information… désintéressée… est forte.

Une chronologie simple permet de retracer cette affaire :

Mai 1999 : autorisation de mise sur le marché aux USA du Vioxx

Novembre 1999 : autorisation de mise sur le marché en France du Vioxx

Le prix demandé aux patients est élevé : 10 francs français par comprimé quand la dose quotidienne d’un anti-inflammatoire classique comme l’ibuprofène revient à 2 francs. Dans un premier temps, le médicament n’obtiendra pas le remboursement par la Sécurité Sociale, car le tarif demandé semble trop élevé par rapport à l’avancée thérapeutique vantée.

Le laboratoire fait bénéficier les pharmacies hospitalières d’un prix extrêmement bas, 1 centime le comprimé, soit 1000 fois moins cher que le prix en ville. Ce véritable dumping a pour but d’amorcer la prescription hospitalière, sachant que, selon le Professeur Hazebroucq, directeur de la pharmacie centrale de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris : « Les firmes savent bien qu’un médicament prescrit par un grand professeur d’université a peu de chance d’être changé par un médecin généraliste… »

Dès cette époque, le résumé des caractéristiques du médicament publié aux USA fait état d’une tendance à l’hypertension artérielle plus élevée sous Vioxx.

Mai 2000 : l’étude VIGOR, présentée à un congrès britannique, compare le Vioxx à un anti-inflammatoire classique, le naproxène. Elle laisse apparaître une augmentation des accidents cardiaques sous Vioxx

Août 2000 : la Revue Prescrire titre « Rofécoxib, un antalgique AINS décevant : Vioxx comprimés » et fait part d’un doute sur une augmentation des risques cardiaques dans une étude en cours, en notant que «  ces données sont difficiles à interpréter en l’absence de compte-rendu détaillé ». La Revue, véritable « bible » des médecins soucieux d’accéder à une information indépendante, considère que le Vioxx « n’apporte rien de nouveau », et ceci alors que la promotion du médicament auprès des médecins bat son plein.

Novembre 2000 :dans un second article consacré à une étude après un an de commercialisaion en Grande-Bretagne, la Revue Prescrire répètera que « le bilan laisse persister un doute quand à un risque cardiaque particulier »

Février 2001 : une analyse détaillée de l’étude VIGOR par l’administration américaine du médicament n’est pas en faveur du Vioxx : s’il semble exister une diminution des effets indésirables digestifs graves, celle-ci est annulée par un excès d’accidents cardiovasculaires graves, et ce dès le premier mois de prise du médicament. De plus, les experts de la FDA découvrent que l’incidence des accidents vasculaires a été minorée par les médecins et chercheurs ayant signé l’étude.

Juin 2001 : le Vioxx est admis au remboursement en France

Août 2001 : le Dr Topol, cardiologue américain, publie dans le Journal of the American Medical Association, une revue de l’étude VIGOR passée au crible avec son équipe : les taux d’infarctus sont significativement plus élevés sous Vioxx qu’avec un placebo ( « médicament » chimiquement neutre utilisé comme témoin).

Le laboratoire Merck a rencontré le Dr Topol et tenté d’obtenir, sans succès, le retrait de son article, avant publication.

Le service marketing du laboratoire Merck remet en cause les conclusions de l’étude VIGOR : ce ne serait pas le Vioxx qui causerait plus d’accidents vasculaires… mais le naproxène auquel il était comparé, qui serait protecteur vasculaire ( le naproxène n’a jamais été utilisé dans cette indication)

Les congrès, les journaux médicaux, sont envahis de communiqués de presse assurant de la sécurité cardiovasculaire du Vioxx , thèse appuyée par les nombreuses prises de position de grands professeurs de médecine que Gilles Bardelay, de la Revue Prescrire, qualifie dans le Monde de « dealers d’opinion »…

En France, l’Agence de Sécurité Sanitaire… critique les « faiblesses méthodologiques » du travail du Dr Topol, et reprend à son compte les explications du marketing de Merck : s’il y a excès d’infarctus sous Vioxx, « cette différence serait liée à l’action antiaggrégante plaquettaire ( fluidité sanguine) du naproxène que ne possède pas le rofecoxib »

Mars 2002 : Au salon du Medec, grand-messe de la formation et de la communication médicale sponsorisée par les firmes pharmaceutiques, le Vioxx est plébiscité par les 6282 médecins participants amenés à désigner les « meilleurs médicaments de l’année »

Septembre 2002 : En présence du Professeur Michel Boisron, Président du Comite Médical du Medec 2002, du professeur Bernard Glorion, Président du Conseil National de l’Ordre des médecins, du Dr Claude Maffioli, président de la CSMF et Président du Comité Médical du Medec 2003, de divers représentants du ministère de la Recherche, de l’Assemblée Nationale, de députés et sénateurs illustres…le Vioxx reçoit le « Prix du Médicament de l’Année », dans la catégorie « recherches internationales », pour «  sa remarquable tolérance gastro-intestinale qui a été plébiscitée plus encore que son efficacité anti-inflammatoire. » selon le Quotidien du Médecin.

 

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Claude Maffioli, ex-Président de la CSMF, candidat maheureux de l'UMP à Reims ( 2002), puis membre du collège de la Haute Autorité de Santé jusque récemment

2002 : l’Assurance-Maladie rembourse environ 116 millions d’euros pour le Vioxx

2003 : l’Assurance-Maladie rembourse environ 125 millions d’euros pour le Vioxx

Avril 2004 : l’Agence européenne du Médicament annonce que le Vioxx n’a pas montré « d’avantage gastro-intestinal significatif » et que sur le plan cardiaque, les médicaments de sa classe « pourraient présenter un léger désavantage de sécurité par rapport » aux anti-inflammatoires plus classiques. L’autorisation de mise sur le marché n’est pas révisée. Le prix du médicament reste identique.

Septembre 2004 : à la suite d’une nouvelle étude, la firme MSD annonce le retrait du Vioxx suite à la mise en évidence d’effets indésirables cardiaques sévères. Une estimation américaine fait alors état d’environ 30.000 infarctus et morts subites d’origine cardiaque imputables au Vioxx, sans compter les accidents vasculaires cérébraux.

Aucune agence française ne publie d’estimation de l’incidence des dégâts cardiovasculaires du Vioxx en France, selon le principe bien connu du nuage radioactif de Tchernobyl, qui veut que les catastrophes sanitaires ne passent pas nos frontières, grâce au zèle et à la vigilance de nos élites.

3 Janvier 2005 : Nos élites. Parlons-en.

 

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Philippe Douste-Blazy, spécialiste en cardiologie, professeur de santé publique, ministre de la Santé, fossoyeur de l'Option Médecin Référent et du Fonds de Promotion de l'Information Médicale ( indépendante), célèbre inventeur du massage cardiaque assis.

Philippe Douste-Blazy, spécialiste en cardiologie, professeur de santé publique, ministre de la Santé, venu faire la promotion de la réforme qui porte son nom sur RTL, est interrogé par Gérard Courtois, au sujet du Vioxx. Plus de trois mois après le retrait brutal de ce médicament.

« Philippe Douste-Blazy : …un médicament c'est très sérieux, çà a des effets positifs et négatifs. Ça donne une autorisation de mise sur le marché et on fait ces médicaments là, on les donne aux personnes pour des indications données.
Alors là attention parce qu'aujourd'hui, nous n'avons absolument pas, nous, estimé qu'il y avait plus d'effets négatifs que d'effets positifs et donc nous, et d'autres pays dans le monde, y compris d'ailleurs la FDA, la Food and Drug Administration, très dure aux États-unis, n'ont pas estimé qu'il y avait plus de problèmes négatifs que de problèmes positifs, donc ils ont continué.
En réalité qu'est ce qui s'est passé ? Un article dans l'Herald Tribune ou le New York Times, je ne me souviens plus, sort, donc on rend public, disons qu'il pourrait y avoir quelques problèmes pour cet anti-inflammatoire, l'opinion publique se rend compte de cela, vous les journalistes, et c'est normal, vous en parlez. A partir de là le président directeur général de la grande société pharmaceutique décide que pour des raisons de marketing, il vaut mieux le retirer du marché tout de suite plutôt que de continuer ce produit parce que dans un journal à grand tirage, on dit qu'il peut y avoir des effets secondaires. Mais oui il peut y avoir des effets secondaires ! Résultat, il l'enlève, dés l'instant où il l'enlève, çà finit par une émission comme celle-là par quelqu'un de très sérieux comme vous qui dit, mais on enlève ce médicament parce qu'il est dangereux. Mais en fait…

Gérard Courtois : C'est ce que les patients ou les malades peuvent imaginer !

Philippe Douste-Blazy : Oui c'est ce que tout le monde croit ! Ou peuvent imaginer. En réalité je crois que le président directeur général a eu peur de faire face à un article grand public où on parle d'effets secondaires bien classiques et bien connus en médecine, et a peur à ce moment là pour son action et pour la bourse.

Richard Arzt : Quelle sera la solution ?

Philippe Douste-Blazy :Je dis qu'il faut faire attention, que la bourse, le rendement à court terme c'est très gentil mais çà a des limites, c'est la raison pour laquelle je plaide pour un capitalisme social et libéral. Je pense que c'est très important comme philosophie de penser. Le capitalisme, l'ultralibéralisme n'est pas un bon système. Là je crains, enfin s'il doit y avoir des problèmes pour Vioxx, faisons le, je suis le premier à vouloir les enlever les médicaments qui sont dangereux donc je veux dire moi je suis ni de près ni de loin proche des industries pharmaceutiques. Je dis simplement que là, dans le cas particulier aucun expert au monde n'a trouvé qu'il y avait un effet négatif. Or il se trouve que le PDG l'enlève, si le PDG l'enlève c'est qu'il a peur pour son action à court terme, donc pour ses actionnaires à court terme. Ça, si c'est çà, c'est lamentable.

Gérard Courtois : Autrement dit à vos yeux, les contrôles sont assez stricts tels qu'ils existent et les experts sont suffisamment indépendants ou totalement indépendants des laboratoires pharmaceutiques ?

Richard Arzt : C'est les journaux qui de temps en temps compliquent la chose !

Philippe Douste-Blazy :Non, non, pas du tout ! Non, çà c'est un second sujet, donc le premier sujet dont je parle, c'est en effet le grand public est mis au courant par des journaux d'effets secondaires et nous on sait qu'il y a des effets secondaires, nous les médecins…

Gérard Courtois : Il arrive qu'en dehors des grands journaux il y ait également des publications scientifiques qui…

Philippe Douste-Blazy : Alors çà c'est autre chose, lorsque Nature sort en disant qu'il y a un effet secondaire terrible, le médicament est mort tout de suite et heureusement il est enlevé du marché. Les agences du médicament aussi, françaises, européennes, américaines peuvent l'enlever… »

Echange surprenant. A plus d’un titre. L’explication donnée par le ministre de la Santé, spécialiste en cardiologie, professeur de santé publique, au sujet du Vioxx, l’un des scandales médicamenteux les plus retentissants de ces dernières années, est la suivante :

-Il n’y a pas de problème particulier avec le Vioxx, et il n’y a eu aucune publication scientifique sur d’éventuels effets négatifs du Vioxx.

-La décision de retrait est disproportionnée, et liée à un réflexe de panique face à un risque de chute de l’action boursière de la firme qui fabrique le médicament.

Notons la remise en cause par le ministre de l’ultralibéralisme et du capitalisme financier sauvage ! Hormis cet éclair de lucidité, cette interview ouvre un vaste questionnement sur le fonctionnement de notre système français de pharmacovigilance…

 

Que nous révèle l’affaire du Vioxx de la sécurité sanitaire en France ?

Que nous révèle cette affaire de la manière dont sont formés et informés les médecins ? de la manière dont sont formés et informés leurs représentants les plus illustres ?

Comment expliquer que dès le mois d’Août 2000, des généralistes, des spécialistes, des pharmaciens, des étudiants en médecine, lecteurs d’une revue indépendante en langue française, soient déjà alertés de l’existence d’un possible risque cardiovasculaire du Vioxx … mais que dix-huit mois plus tard, 6000 de leurs confrères, professionnels de santé comme eux, élisent ce médicament « Médicament de l’Année ». Comment expliquer que près plus de quatre ans cette première mise en garde en langue française, et alors que des dizaines d’articles sont parus à ce sujet dans la presse internationale, le ministre de la Santé puisse aligner à l’antenne d’une grande radio d’ahurissantes contre-vérités ?

Je n’ai pas la réponse à ces questions.

Franchement, elles me dépassent.

Elles donnent au petit médecin généraliste référent à 20 euros que j’étais alors, au misérable petit médecin traitant à 23 euros que je suis aujourd’hui, qui ne reçoit pas les représentants commerciaux des firmes et n’a jamais prescrit de rofecoxib malgré la pression insistante de certains services hospitaliers ou de certains patients, de fortes migraines. (*)

Et j’imagine, au vu des sommes qu’a dépensé la Sécurité Sociale à la suite de la mise sur le marché d’un médicament aux effets indésirables graves sur la foi d’études savamment retravaillées… que ces questions donneraient aussi de fortes migraines à ces assurés sociaux qu’on cherche à tout prix à responsabiliser, dont on diminue la couverture maladie, qu’on accuse de frauder avec l’argent de l’assurance-maladie solidaire. «  Selon que vous serez puissant ou misérable… » écrivait La Fontaine, qui devait déjà avoir compris comment fonctionnent nos élites politiques, implacables avec les faibles, indulgentes envers les puissants…

 

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Ces deux-là, on ne les présente plus.

 

 

13/01/2011

"Après le MEDIATOR, le scandale à venir est celui des médicaments anti-Alzheimer!"

  • La couverture de l'affaire du Mediator, ce médicament des laboratoires Servier rendu responsable de la mort de 500 à 2.000 personnes, explore l'univers opaque de l'industrie pharmaceutique, ses liens avec les agences de santé et le systèmede soins. Mais elle nous fait parfois oublier que la responsabilité de prescrire ou non du Mediator est avant tout celle des médecins face à leurs patients. D'où l'envie de demander son point de vue à un médecin généraliste qui fait l'effort de réfléchir sur sa pratique. Christian Lehmann exerce en grande banlieue parisienne depuis le milieu des années 1980. C'est son activité principale. Le reste du temps, il écrit des romans ou des essais sur la santé, parmi lesquels on peut citer Patients si vous saviez et Les Fossoyeurs.Entretien.

    Avez-vous déjà eu l'occasion de prescrire du Mediator ?

     

    Christian Lehmann
    Christian Lehmann :
    Je suis médecin généraliste depuis 1984, et je suis lecteur de la revue Prescrire depuis cette même année 1984, ce qui fait que je n'ai jamais prescrit de Mediator – j'ai vérifié dans mon dossier médical informatique. Je n'ai jamais initié une prescription de Mediator, je me suis même battu avec deux patients pour essayer de leur faire arrêter ce traitement. Sans succès. Pour les autres, j'ai réussi à leur faire cesser la prise de ce médicament.

    Quand j'ai vu arriver l'ordonnance, au début des années 1990, je leur ai dit : «Ecoutez,c'est ce que vous preniez avant mais les informations dont nous disposons me font penser qu'il vaudrait mieux que je vous donne autre chose.» Ces patients-là ont accepté, sauf deux qui avaient des prescriptions débutées à l'hôpital, et qui ont pris du Mediator l'un pendant quatre mois, l'autre pendant cinq mois. Je ne parvenais pas à les convaincre, à l'époque déjà, du faible intérêt de la molécule. On ne connaissait pas encore bien les risques cardiaques. Il peut être difficile pour un médecin généraliste, s'il est jeune ou s'il n'est pas extrêmement rigoureux, voire rigide, d'arrêter une prescription hospitalière ou celle d'un spécialiste. Des collègues m'ont montré des lettres qu'ils ont reçues de spécialistes furieux parce qu'un médicament dangereux avait été arrêté.

    MEDIAPART: Quel regard portez-vous aujourd'hui sur cette nouvelle affaire ?

    L'affaire du Mediator est à la fois éclairante et terriblement frustrante pour un certain nombre de donneurs d'alerte. Il s'est passé la même chose avec le Vioxx, avec le Di-Antalvic, il se passera la même chose avec les médicaments contre la maladie d'Alzheimer qui sont le grand scandale des années à venir... Alors j'ai juste regardé dans ma base de données Prescrire, et j'ai devant moi quelques documents. Il y a un premier article sur le Mediator en 1986 dans la revue Prescrire.

    C'est un médecin qui écrit après le passage dans son cabinet d'un visiteur médical qui présentait le Mediator,et il pose la question: «Ce médicament m'est actuellement présenté comme aussi efficace que les autres médicaments pour le diabète, qu'en pensez-vous?» Prescrire répond qu'«il paraît abusif de créditer le Mediator d'une activité équivalente à celle des médicaments antidiabétiques», puis démonte rapidement l'étude avant de conclure qu'il est difficile d'en interpréter les résultats dans la mesure où elle n'a jamais été publiée dans une revue internationale à comité de lecture sélectif.

    Il y a donc un argument direct de suspicion sur l'étude qui a permis l'obtention de l'autorisation de mise sur le marché. A l'époque, en 1986, Mediator est considéré par les médecins qui font un peu attention comme ce qu'on peut appeler un «aimable placebo», un médicament qui n'aura pas d'activité positive chez le patient mais qui n'est pas dangereux. Plus tardivement, en 1997, Prescrire publie un nouvel article titré « Avec plus de recul », et constate qu'il ne s'agit pas d'un médicament contre le diabète. Il a quelques effets modestes et à court terme sur les paramètres biologiques, mais il n'y a aucun élément probant sur ce qui importe lorsqu'on traite un patient, c'est-à-dire la morbi-mortalité.

    MEDIAPART: Comment peut-on mettre sur le marché un médicament dont l'utilité n'est pas prouvée ?

    C'est une très grande force des laboratoires que de faire des études qui vont dans le sens qu'ils souhaitent, comme Philippe Pignarre l'a bien montré dans son livre, Le Grand Secret de l'industrie pharmaceutique : lorsqu'on a commencé à faire des essais cliniques pour mettre des molécules sur le marché après l'affaire de la thalidomide, les réformateurs thérapeutiques ont réussi à convaincre les responsables politiques qu'il fallait faire des essais cliniques. Mais le pouvoir politique n'a pas suivi au niveau financier et on a donc laissé la charge financière et la conduite de ces essais aux laboratoires.

    Du coup, les labos se débrouillent toujours pour poser des questions médicales de telle manière que leurs médicaments apportent des réponses positives. Pour le Mediator, l'une des questions qu'il fallait scientifiquement poser était par exemple : «Des patients traités sous Mediator pendant quatre ans connaissent-ils une diminution de leur morbidité et de leur mortalité ?» Au lieu de cela, le laboratoire a préféré celle-ci : «Au bout de trois mois, la glycémie et les triglycérides baissent-ils de façon statistiquement significative chez ces patients ?»

    A la première question, la réponse aurait été :«Non, il n'y a pas de modification, il y aurait peut-être même une surmortalité.» A la seconde, il ne leur était pas très difficile de répondre oui, il y a une petite diminution de la glycémie à jeun et de la triglycéridémie. Avec des agences de contrôle qui sont extrêmement conciliantes, le médicament peut alors être mis sur le marché et les représentants des firmes pharmaceutiques pourront influer sur les médecins qui n'ont pas conscience que le critère indirect qu'on leur donne, la baisse de la triglycéridémie, n'a aucun intérêt à long terme.

    Ce qu'il faut, ce sont des études sur les critères directs morbidité et mortalité sur le long terme. De la même manière, il y a des médicaments qui font baisser le cholestérol mais qui n'ont jamais sauvé un patient, ils font juste baisser le cholestérol. Je pense à certains médicaments du groupe Fournier, un groupe dont Elisabeth Hubert qui a été ministre de la santé a ensuite été directrice... Il n'y a pas que Servier en France...

    MEDIAPART: Le Mediator est un médicament du groupe Servier: quelle est la réputation de ce laboratoire chez les médecins généralistes?

  • Dans ces années 1980, il n'y a aucune autre bouée à laquelle s'accrocher pour les médecins un peu consciencieux que la revue Prescrire. Si je mets de côté cette revue, il ne reste que des représentants des firmes qui viennent cogner à la porte et une presse en grande partie payée par l'industrie... Servier m'apparaît alors comme le groupe qui embouteille ma boîte aux lettres avec plus d'un kilo de papier par mois, c'est l'estimation à laquelle était arrivé un collègue. Dans les années 1980 et 1990, ce laboratoire était connu comme disposant d'un réseau de visite médicale assez pléthorique et commercialement agressif, des gens qui faisaient du rentre-dedans pour obtenir plusieurs rendez-vous par trimestre...

    MEDIAPART: Quelle est votre attitude par rapport à ces représentants qu'on appelle « visiteurs médicaux » ?

    Très rapidement, j'ai arrêté de les recevoir. A un moment, je me suis rendu compte que le travail de fond sur la thérapeutique, le médicament, la réflexion doit se faire sur l'écrit, un écrit qui reste, qui est une analyse clinique. Lire un article de fond dans Prescrire sur Benfluorex prend à peu près sept minutes, pour le lire sérieusement, et avoir ensuite une conduite cohérente pour les années à venir. Voir un visiteur pharmaceutique prend le même temps pour juste bavarder et ne rien apprendre...

    MEDIAPART: Prescrire a poursuivi au fil du temps son travail sur le Mediator...

    Oui, en publiant notamment en 1999 une étude de l'union régionale des caisses d'assurance maladie de Bourgogne qui a analysé les données médicales sur la prescription du Mediator. A l'époque, l'assurance maladie ne sait peut-être pas que ce médicament peut être dangereux (quoique certaines alarmes aient été publiées) mais elle peut en revanche savoir qu'il ne sert à rien, et la revue se pose la question de savoir pourquoi elle remboursait autant de Mediator.

    En interrogeant les médecins, elle se rend alors compte que c'est prescrit comme un médicament de confort par les «obésologues» autoproclamés: évidemment comme c'est une amphétamine masquée ça fait maigrir un peu les patients. On se retrouve dans une situation qu'il ne faut jamais perdre de vue : la co-responsabilité de certains patients où le discours cohérent du bénéfice-risque passe parfois à la trappe devant une demande esthétique extrêmement forte. On l'a vu il y a deux ans encore avec le médicament pour maigrir Alli vendu sans ordonnance en pharmacie. Si le laboratoire l'a mis en vente libre, c'est que les médecins ne le prescrivaient pas assez sur ordonnance (sous le nom d'Orlistat) au vu de ses effets indésirables.

MEDIAPART: Ce à quoi il convient d'ajouter la responsabilité des médias, qui alimentent sans doute fortement cette demande...

Cette responsabilité est flagrante. Prenons l'exemple d'une autre amphétaminique, le Zyban, médicament pour arrêter de fumer. Le Zyban, c'est du Bupropion, un amphétaminique caché comme le Mediator. Lorsqu'il est sorti, le laboratoire avait exercé une forte pression sur la presse, considérant que beaucoup de journalistes fument. Le laboratoire avait donné du Zyban à des journalistes, qui ont fait des pleines pages en expliquant comment ça leur avait permis d'arrêter de fumer. Il y avait eu en particulier une journaliste de Libération qui avait fait deux pages sur ce sujet!

Cet article n'avait aucun recul, il ne s'agissait pas d'un texte scientifique mais simplement d'une personne qui prend un médicament et qui voit ce qui lui arrive à elle sur quinze jours, qui n'a aucune idée du fait qu'elle prend une amphétamine, qui n'a aucune idée du fait qu'il y a des accidents vasculaires et psychiques graves, et comme ils n'arrivent qu'une fois sur dix mille, elle ne va sans doute pas s'en rendre compte. Il y a donc une responsabilité croisée de désinformation ou de mal information.

MEDIAPART: Vous parliez d'une avant-garde de médecins attentifs à ces problèmes: combien sont-ils ? Le lectorat de la revue Prescrire peut-il renseigner sur la taille de ce groupe?

Prescrire doit avoir environ 25.000 abonnés, parmi lesquels on trouve 5.000 pharmaciens. Il y a donc à peu près 20.000 médecins qui sont lecteurs de Prescrire, une large majorité d'entre eux, autour de 15.000 à 18.000, sont des généralistes. Sachant qu'il y a environ 48.000 généralistes en France actuellement, un chiffre en nette diminution. Et environ 50.000 spécialistes, dont 3.000 à 4.000 lisent Prescrire. Il y a bien sûr d'autres publications, notamment le British Medical Journal qui est de très haute tenue, mais la barrière de la langue limite son lectorat en France, et ses lecteurs sont quasi toujours aussi des lecteurs de Prescrire.

MEDIAPART: Au-delà de ce groupe de médecins qui s'informent, la responsabilité ne doit-elle pas aussi être celle des dirigeants politiques ?

Ce qu'on voit là est un jeu de bonneteau. On voit Xavier Bertrand soudain oublier qu'il a été ministre et dire qu'il veut aller jusqu'en haut des plus hautes responsabilités, Nicolas Sarkozy pareil. Sans même parler des relations de proximité qui existaient entre l'UMP et Servier, ou du fait que Xavier Bertrand a sciemment participé à la mort du système de médecins référents dont la formation était indépendante de l'industrie pharmaceutique, je dois dire que je n'attends pas des ministres qu'ils me disent ce que je dois faire vis-à-vis des médicaments, Dieu soit loué !

Je le rappelle dans Les Fossoyeurs: quelques jours avant que le Vioxx ne soit retiré de la vente, Philippe Douste-Blazy se pavanait à la radio pour dire qu'il s'agissait d'un médicament formidable et que s'il y avait des problèmes, les agences les auraient bien sûr dépistés.

L'année dernière, Roselyne Bachelot nous expliquait qu'il fallait utiliser du Tamiflu hors indications avec le directeur de la DGS, Didier Houssin, qui poussait à la roue pour qu'on prescrive sur une simple fatigue avec rhume, ce qui sur le plan médical a conduit le Formindep (formindep.org), une association pour la formation indépendante des médecins, à demander sa démission.

Les agences sont d'une rare incompétence. L'Afssaps a tendance à faire totalement confiance aux laboratoires et à mettre de côté comme l'a montré Irène Frachon les alertes lancées par les whistleblowers.

Combien de fois je me suis retrouvé à la radio avec des gens qui me posaient des questions et auxquels j'expliquais que le troisième médicament le plus vendu en France à la sortie de l'hôpital est un antalgique retiré de la vente dans de nombreux pays européens depuis des années. Quand ils me demandaient son nom, je n'avais pas le courage d'aller jusqu'au bout et de dire que c'est un médicament qui s'appelle Di-Antalvic et qui n'avait jamais apporté la preuve de son efficacité et qui est peut être dangereux.

Parce que le pouvoir de rétorsion que pouvait avoir une firme dans ces années-là face aux donneurs d'alerte était énorme, on l'a vu avec le livre du docteur Irène Frachon qu'ils ont failli faire interdire. La question qui se pose, c'est la responsabilité des médias en général, dans le fait de ne pas prêter une oreille attentive, et ensuite d'offrir une véritable protection aux donneurs d'alerte.

MEDIAPART: Vous évoquiez le scandale à venir des médicaments anti-Alzheimer, de quoi s'agit-il ?

Ce sera un scandale sanitaire dans dix ans, et parceque les choses seront un petit peu plus faciles pour les donneurs d'alerte aujourd'hui, je dirai clairement ce qui apparaît en filigrane depuis au moins dix ans dans le British Medical Journal, dans le New England Journal of Medecine, dans la revue Prescrire : les médicaments anti-Alzheimer coûtent des sommes criminelles à la sécurité sociale, à côté desquelles le Mediator c'est du pipi de chat.

Ces médicaments ne retardent pas l'entrée en établissement spécialisé des patients atteints, ces médicaments n'arrêtent pas leur dégradation. A peine ont-ils permis à certains items sur certains tests d'être un peu meilleurs pendant un bref moment, et ils peuvent entraîner des accidents vasculaires cardiaques et cérébraux graves. On est devant une machine à côté de laquelle le Mediator, ce n'est pas grand-chose même si beaucoup de gens en ont pris.

Pour l'Alzheimer,on a des familles qui viennent voir des gérontologues et qui demandent ce qu'elles peuvent faire pour leurs grands-parents, et qui sont évidemment pieds et poings liés par ce qui leur est dit. On est donc en face de quelque chose de dramatique et on pourra dans quelques années, mais il faudra dix ans, décrypter le document de la Haute autorité de santé sur les anti-Alzheimer qui est sorti il y a un an et demi, un document qui a amené la revue Prescrire à attaquer violemment la Haute autorité de santé sur le conflit d'intérêts de ses experts.

Le document sur les anti-Alzheimer est obligé de reconnaître qu'ils ne ralentissent pas l'entrée en établissement, qu'ils n'améliorent pas les possibilités cognitives des patients mais, dit-il dans un langage extraordinaire, ils permettent de les mettre dans la filière gériatrique, et à cette filière de fonctionner. Autrement dit, pour que demain la dépendance puisse être un juteux marché pour les assurances privées surtout ne mettons pas en cause un médicament qui donne l'illusion aux gens d'être traités, quand ce qui importe autour d'un patient Alzheimer, c'est la qualité de l'accompagnement humain.

MEDIAPART: D'une part il y a la dangerosité, et d'autre part il y a la question des coûts pour la sécurité sociale des remboursements de médicaments qui ne servent à rien. Le cas du Mediator est intéressant parce que pendant longtemps on ne savait pas qu'il était dangereux mais on savait qu'il ne servait à rien. Ne paye-t-on pas là aussi le prix d'un système où l'on rembourse beaucoup de médicaments qui ne servent à rien ?

Le Mediator de 2010, un médicament qui ne sert à rien et qui peut donner des accidents, et qui est largement prescrit aujourd'hui, L'Express l'a pointé mais ça fait au moins quatre ou cinq ans que Prescrire nous alerte, c'est le Vastarel. C'est un médicament d'un laboratoire français aussi qui est censé améliorer l'oxygénation du cerveau chez les personnes âgées mais qui n'a jamais fait la preuve de la moindre efficacité. Voyant qu'il n'était pas prescrit par les cardiologues, qui ont déjà beaucoup de médicaments efficaces à leur disposition, le laboratoire l'a proposé aux ORL et aux ophtalmos. On voit passer beaucoup de prescriptions de Vastarel alors même qu'on sait qu'il n'a jamais fait la preuve de son efficacité mais qu'en plus on sait maintenant qu'il peut donner des maladies de Parkinson.

Dans cinq ans, dans dix ans, quand Vastarel aura été retiré du commerce, on ne trouvera plus un médecin qui reconnaîtra avoir initié des dizaines et des centaines de prescriptions, et tout le monde hochera la tête et le ministre de la santé de l'époque, qui sera peut-être socialiste, posera gravement ses coudes sur le bureau en disant : je veux faire toute la lumière sur cette affaire, comment se fait-il que l'argent de la collectivité ait été dilapidé pendant dix ans ? Rien ne changera.

Sauf si d'affaire en affaire, le Vioxx, le Mediator, etc., s'installe de manière intime chez les patients la question de la dangerosité d'utiliser des comprimés comme si c'était des bonbons. Mais notre responsabilité de médecins se pose aussi. Ily a une partie non négligeable de notre profession qui pense qu'il est tout à fait normal d'entretenir des relations avec les laboratoires. Il y a des syndicats comme la CSMF qui remercient sur leur site les laboratoires de leur aide financière, ce que je trouve juste pathétique. Il y a donc une responsabilité médicale, il y a une responsabilité des agences et du politique,il y a une responsabilité très importante des médias.

MEDIAPART: Comment d'un côté rembourser du placebo et de l'autre dérembourser des médicaments dont l'utilité est prouvée ?

On se base simplement sur le coût et sur une notion ridicule, la notion de « médicament de confort ». Par exemple, est-ce que les médicaments contre la diarrhée sont des médicaments de confort ? Quand on a la diarrhée, on ne trouve pas qu'il s'agisse de médicament de confort... Je me suis battu il y a trois ans lorsqu'on a voulu dérembourser les petits médicaments des patients en affection de longue durée. J'avais prouvé que cela allait conduire les patients qui suivent des chimios à prendre des médicaments encore plus chers.

On a un système schizophrène, qui protège les pseudo-innovations thérapeutiques qui sont parfois très chères et qui peuvent être dangereuses et qui laissent sur le marché des situations de rentes pour des médicaments qui ont été lancés à un moment où les autorisations de mise sur le marché étaient encore plus mollassonnes qu'aujourd'hui et on laisse le médicament vivre sa vie jusqu'à ce qu'on ne puisse plus en nier l'inefficacité ou la dangerosité. Il y avait par exemple un médicament pour personnes âgées qui s'appelait l'Hydergine en gouttes. L'Hydergine n'a jamais sauvé personne mais les types des laboratoires vous disaient : «Mais écoutez, 80% de vos collègues ne peuvent pas avoir tort...» Le système est conçu pour s'auto-entretenir.

 

Entretien publié sur MEDIAPART le 31/12/2010 par Sylvain Bourmeau, reproduit ici avec l'aimable autorisation de son auteur.

http://www.mediapart.fr/journal/france/311210/apres-le-me...

05/01/2011

Comment la santé devint rentable (16)

En 2012, la « redéfinition des critères d’affection longue durée », instaurée par Roselyne Bachelot en 2010, arriva à son terme sous l’égide de Xavier Bertrand.

 

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Les pathologies chroniques ( diabète, hypertension, etc…) n’étant plus prises en charge avant le stade des complications, seuls les ménages les plus aisés pouvaient payer les soins, les malades les plus démunis renonçant à la prévention.

 

 

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Dessin paru en 2008 sur le site www.alexiscartoon.com, lors de la précédente tentative menée par Frederic Van Roekeghem, ancien de chez AXA(R), de "redéfinir le champ des ALDs..."

© Alexis, reproduction avec l'accord de l'auteur.

( Le site d’un mec qui dessine parce qu’une infirmière gagne (au moins) 100 fois moins qu’un footballeur.)

 

20/01/2010

H1N1: Comme un sourire de Xavier Bertrand...

 

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Jean-François Copé s’est forgé une légende, celle de rival de Nicolas Sarkozy.

Tout y fait ventre, ses spins doctors ont bien chiadé l’affaire.

Jean-François Copé serait un grand serviteur de l’Etat.
Jean-François Copé porte haut la Mémoire du Général.

Jean-François Copé est le secret espoir de tous ces bourgeois de droite effarés ( pas autant que nous) d’avoir mis à la tête du pays une brochette de pervers narcissiques plus incompétents les uns que les autres.
Jean-François Copé serait le meilleur d’entre Eux, une sorte d’Alain Juppé mâtiné de Villepin, le joker d’une UMP à la ramasse, le Jiminy Cricket d’une droite bling-bling Fouquettisée.

Une conscience de droite, un conservateur propre sur lui, garant de la France éternelle. Guaino sans les névroses, quoi. De Gaulle sans les cheveux.

 

 

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Sauf que.

Sauf que, votre Honneur, quand le Nouveau Centre réclame une commission d’enquête sur la gestion de la pandémie H1N1, Jean-François Copé n’apprécie pas.
Car même s’il n’y a pas grand-chose à attendre de l’immense majorité des députés et sénateurs ( A propos, Jean-Luc Mélenchon, matamore de comptoir, j’attends toujours ta réponse.. enfin, ma pomme et quelques dizaines de milliers d’internautes qui à ce jour ont lu la petite missive que je t’ai faite…), même s’il n’y a pas grand-chose à en attendre, disais-je, cette commission aura certainement a cœur d’étudier le fiasco auquel ont présidé Roselyne Bachelot, Brice l’Auvergnat désinhibé et Nicolas, « Celui qui glousse dans les cimetières ».

 

Cette commission se penchera sur la façon dont un gouvernement qui pioche chaque année 180 millions d’euros de franchises dans les poches des malades, qui étrangle financièrement la médecine générale, qui pousse les personnels des hôpitaux à l’abattage, aura dépensé près de 2 milliards d’euros pour réussir à vacciner 7% de sa population, en laissant dans la nature une proportion non négligeable des personnes à risque.

 

Et là, Jean-François Copé n’est pas d’accord.

Jean-François Copé rechigne.

Jean-François Copé « espère que ce n’est pas une approche inamicale ».

Parce qu’il parle comme ça, Jean-François Copé, qui nous promet pourtant depuis longtemps d’arrêter la langue de bois…

 

 

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Parce que pour Jean-François Copé, comme pour ses virils compagnons de l’UMP, la politique de la France, c’est une affaire d’amitié avant tout. De petits arrangements entre amis. Et ça a quelque chose de touchant, tu vois. Comme un sourire de Xavier Bertrand.

 

 

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13/10/2007

Dégage, Chabal...

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Xavier Bertrand force le respect.
 

En écoutant l’ex-Ministre de la Santé, cheville ouvrière de la réforme dite Douste-Blazy, aujourd’hui Ministre du Travail, légitimer l’introduction de la franchise sarkozyste ( cessons de parler, s’il vous plaît, de franchises médicales, elles n’ont rien de « médical », ce sont des franchises sur les soins, point-barre), je ne pouvais m’empêcher de penser que cet homme de talent est bien mal utilisé. A l’heure où l’équipe de France de rubgy craint de ne pas fouler le gazon de la finale, se priver d’un type qui promène de telles « cojones » de toro est une erreur stratégique lourde, qui devrait renvoyer Bernard Laporte exercer ses talents chez les minimes de l’ASPTT  de Peyrehorade. Car enfin, il en faut, lorsqu’on a mis en place la fausse réforme du médecin-traitant en prétextant que « c’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer », lorsqu’on a promis un Dossier Médical personnel à tous les français en 2007, lorsqu’on a juré ses grands dieux qu’on obtiendrait grâce au forfait de 1 euro sur les consultations et à la traque aux arrêts de travail l’équilibre des comptes la même année… pour venir annoncer que les comptes sociaux sont toujours aussi gravement déficitaires, et que l’organisation du système de santé est à revoir.

 

Pour les généralistes qui, comme moi, s’étaient engagés depuis 1997 dans le système du médecin-référent, un système incitatif, non pénalisant pour les patients, économiquement efficient, les mesures proposées ont un arrière-goût amer. Car annoncer aujourd’hui qu’il existe en France un problème de sur-prescription médicamenteuse, lorsqu’on a laminé ceux parmi les généralistes qui s’étaient le plus impliqués dans une formation indépendante des firmes, annoncer aujourd’hui qu’il faudrait mettre en place des expérimentations de paiement forfaitaire et de sortie du seul paiement à l’acte, lorsqu’on a sacrifié 8000 généralistes qui s’y étaient investis, et dont certains depuis, mis en difficulté financière, ont dévissé leur plaque, dans le contexte de pénurie médicale qu’on connaît, c’est vraiment imaginer que l’ensemble de la population française est frappée d’Alzheimer. Mais si l’option référent a été vilipendée, saccagée, trahie, c’était à la demande expresse des syndicats libéraux les plus conservateurs, les plus proches du pouvoir politique.

 

Qu’importait alors la cohérence des dispositifs mis en place ? Il s’agissait de s’assurer, en vue des élections présidentielles à venir, les bonnes grâces de ceux qui exigeaient une extension du droit au dépassement d’honoraires hors-parcours de soins, et méprisaient ces généralistes pelés, ces galeux, coupables de pratiquer le tiers-payant à leurs patients et de se méfier des représentants commerciaux des firmes.

 

Il y a un prix à payer pour ces petits arrangements entre amis. La franchise.

 

(publié dans l'Humanité le 28 Septembre 2007)

 
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