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07/02/2008

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Lors de son discours de présentation du plan Alzheimer à Sofia-Antipolis le 1er février 2008, Nicolas Sarkozy a déclaré : « A ceux qui ne veulent pas des franchises, qu'ils viennent dire aux Français comment on paye les dépenses supplémentaires! », passant ainsi sous silence son plan longuement mûri de « responsabilisation » des malades, et démontrant, s’il en était besoin après sa bévue sur la prise en charge des franchises par les mutuelles complémentaires, sa piètre connaissance du dossier : rappelons qu’à l’automne dernier, en plein débat parlementaire, la Cour des Comptes, par la voix de son président Philippe Seguin, signalait qu’une taxation des stock-options pourrait rapporter 3.5 milliards de recettes supplémentaires par an pour la protection sociale. Nicolas Sarkozy et les parlementaires UMP se sont contentés d’une taxation homéopathique reportée dans quatre ans, et ont préféré aller chercher de la menue monnaie dans la poche des plus malades. La présidente de France Alzheimer, Arlette Meyrieux, s'est montrée prudente : « On ne sait pas vraiment la part (des franchises, NDLR) qui reviendra à Alzheimer », a-t-elle relevé, mettant en garde contre le risque de « culpabiliser » les personnes atteintes de la maladie.

Une nouvelle fois, Nicolas Sarkozy met en scène son impuissance, assumée, revendiquée. L’homme de la rupture, l’homme de « La France d’après » ne cesse de mouliner des bras pour faire entrer dans le crâne des Français auxquels il a tant promis, tant menti, que les réalités économiques sont incontournables, qu’il faut avoir été un peu con, en somme, pour avoir cru un instant à ses promesses. Selon un schéma bien rodé, il renvoie donc aux opposants, « ceux qui ne veulent pas des franchises », la charge de proposer une alternative. Comme si celles-ci n’existaient pas, jusque dans son propre camp ( Que je sache, Philippe Seguin ne s’est pas encore inscrit au nouveau parti anticapitaliste d’Olivier Besancenot)… Et surtout, comme s’il n’avait pas, lui, brigué depuis des années son poste, et ce pouvoir dont il semble ne plus savoir que faire aujourd’hui. Nicolas Sarkozy, pour notre malheur, illustre à merveille le principe de Peter, selon lequel les hommes s’élèvent dans une hiérarchie jusqu’à leur niveau d’incompétence, et restent alors bloqués à ce stade. Le bling-bling et les discours, les jets privés et les top models, le Président semble en avoir saisi l’usage. Pour ce qui est du pouvoir d’achat, de la protection sociale, il a depuis plusieurs mois cessé d’en chercher le mode d’emploi, se cantonnant à répéter « une série de professions de foi bien calées, imitations de la pensée, auxquelles il finit peut-être par croire », dixit Yasmina Reza. Tout juste peut-on espérer que, d’ici la fin du mandat, il apprenne à prononcer correctement « Alzheimer ». Lorsqu’on instrumentalise à ce point une maladie, c’est quand même le minimum.

 


 

01/11/2007

Franchises sur les soins : bal tragique à l’Assemblée

Ce fut une journée étrange, l’aboutissement temporaire d’un long combat.

 

Entre les consultations, j’ai suivi au cabinet médical, en direct sur Internet ce vendredi 26 Octobre, les discussions sur le Plan de Financement de la Sécurité Sociale.

 

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L’atmosphère dans l’hémicycle était bizarre, et rares les députés UMP, au point qu’en matinée la gauche était en supériorité numérique.

 

Jean-François Copé, présent malgré sa lourde charge de maire de Meaux et président de la Communauté d'agglomération, député de Seine-et-Marne et président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, et accessoirement avocat d’affaires, errait dans les couloirs de manière assez pathétique, aux dires du député PS Christian Paul, pour essayer de rameuter la galerie. S’il y avait si peu d’UMP présents, expliqua Copé, qui avait pourtant commis un opus intitulé « J’arrête la langue de bois » c’était… « pour toute une série de raisons pratiques ».

 

C’est qu’à quelques mois des municipales, nombre de députés-maires UMP n’étaient probablement pas très chaud pour voter le principe des franchises médicales, ayant quand même compris, comme 70% des Français, que cette mesure, simple fait du Prince, était aussi injuste socialement qu’inefficace économiquement. Et, surtout, qu’il y aurait un prix politique à payer pour cet énième alignement de la droite sur les lubies présidentielles. Après l’ouverture, l’ADN et Guy Môquet, l’UMP, droite dans ses godillots, avalait plus difficilement cette nouvelle couleuvre.

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Pas de quoi crier victoire, bien entendu, puisqu’en milieu de nuit les députés votèrent le principe des franchises. Tout juste notera t’on que le projet initial de franchise sèche sur les 50 ou 100 premiers euros de dépenses annuelles, qui aurait exclu de tout remboursement 27% des assurés sociaux ( les plus jeunes, les moins malades ) avait été abandonné par Sarkozy, au grand dam des assureurs privés * qui attendaient ce signal pour en remettre une couche vis-à-vis de ce public sur l’inanité du principe de solidarité.

 

Pas de quoi crier victoire, donc… juste l’occasion de voir, pendant des heures, les députés UMP et la Ministre subir les assauts concertés des députés de gauche les plus pertinents sur le sujet**. En face, mensonges, approximations, ce fut un vrai festival. Et au petit matin, la solidarité subit le sort de la chèvre de Monsieur Seguin*** : le loup la mangea.

 

Les députés UMP votèrent la responsabilisation des cancéreux, des diabétiques, des dialysés, des malades d'Alzheimer, des accidentés du travail, des handicapés, des victimes de l’amiante.


Et contrairement à ce qu’affirmaient les dépêches de presse, nulle part n’apparaissait dans le PLFSS le plafond des franchises à 50 euro.

Car les députés ne s’étaient prononcés que sur le principe des franchises, le plafond restant à déterminer par décret, par le fait du Prince****.

 

 

Christian Lehmann, médecin généraliste et écrivain

 

pour www.appelcontrelafranchise.org

 

 

* « Sarkozy a tué l’idée de mettre en place une vraie franchise, qui aurait consisté à ne pas prendre en charge du tout les 50 ou 100 premiers euros de dépense, puis à faire varier ce seuil en fonction des besoins de financement de la Sécu. A présent, la grogne est telle que cette mesure ne verra jamais le jour » soupire un courageux expert  anonyme, artisan de ces réformes. L’Expansion, Novembre 2007, Stéphanie Benz.

 

** Gérard Bapt, Martine Billard, Jérôme Cahuzac, Jacqueline Fraysse, Catherine Génisson, Jean-Marie Le Guen, Catherine Lemorton, Roland Muzeau, Christian Paul, Marisol Touraine…

http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2007-2008/200800...

 

***A propos de Monsieur Seguin, une précision…

Le Président de la Cour des Comptes ( découvrant probablement sur le tard les écrits du Sous-Commandant Marcos) avait déclaré récemment que taxer les stock-options à l’égal des salaires rapporterait 3.5 milliards dans les caisses de la Sécu, quand les franchises pénaliseraient les plus malades, et ne ramèneraient au mieux que 850 millions d’euros. En ce vendredi bizarre, les députés taxèrent les stock-options, à hauteur de… 250 millions d’euros par an. Monsieur Lagardère, empêché par ailleurs, apprécierait leur modération.

 

 

**** « Si les dépenses augmentent, et donc le déficit augmente, on pourrait alors augmenter le montant de la franchise. »

 http://www.viewontv.com/ump/convention_270606/index.php: discours de Nicolas Sarkozy, président de l’UMP, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de l’aménagement du territoire, Paris, le 27 Juin 2006. ( reproduit sur le site www.appelcontrelafranchise.org)

 

 

16/10/2007

Les larmes aux yeux

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« Qui va oser venir me dire que face aux défis que représentent l’Alzheimer, les soins palliatifs et la lutte contre le cancer, on ne peut pas donner 4 € par mois ? »


Nicolas Sarkozy, ce mardi 31 juillet, était sur son terrain de prédilection, celui du bon sens et de l’émotion. Avant de s’envoler vers les États-Unis pour des vacances destinées à tenir le bon peuple en haleine, le président de la République, accompagné d’une ministre de la Santé étrangement muette, avait concocté un petit déplacement à Dax, dans un centre d’accueil de jour en gériatrie, puis dans une maison de retraite médicalisée. Et entouré de la caution médiatique que représentaient ces patients âgés dépendants, l’homme de la rupture nous resservait sa franchise sur les remboursements de soins, celle-là même que, d’après les sondages qui semblaient plébisciter l’action du gouvernement, plus de six Français sur dix refusaient.

« On a voté pour lui, docteur…, m’avait dit cette retraitée de 72 ans, peu après l’élection présidentielle, on a voté pour lui, mais pas pour ça ! » Hélas, avais-je répondu, avec Sarkozy, si une chose est sûre, c’est qu’il fait ce qu’il dit, et sa franchise, ça fait longtemps qu’il en parle. Ce n’est pas juste une lubie passagère, mais bien un des fondements idéologiques de son action. Dès 2001, dans Libre, il écrivait : « Je crois utile qu’un système de franchise soit mis en place comme pour tout processus d’assurance. Ainsi, les 500 premiers francs [76,22 €] de dépenses de santé annuelles des assurés sociaux ne seraient pas remboursés, afin de responsabiliser ceux-ci. »


Nulle question ici de financer la recherche sur l’Alzheimer ou d’améliorer la prise en charge de la fin de vie, la franchise est un mécanisme comptable basé sur l’idéologie selon laquelle le patient est un consommateur irresponsable, qu’il faut frapper au porte-monnaie.


En 2006, il va plus loin : « Si les dépenses augmentent, et donc le déficit, on pourrait alors augmenter le montant de la franchise », signifiant bien que cette dernière est considérée par son concepteur comme un pur artifice d’ajustement des dépenses, basé sur la culpabilisation des assurés.


Mais confronté au réel, et au rejet de ce grignotage permanent de l’assurance-maladie solidaire, il faut aujourd’hui aux spin doctors du Président faire passer la pilule du recul de la prise en charge des soins avec un peu de compassion sirupeuse. Dans Le Figaro, Roselyne Bachelot s’en charge : « Je vous assure que quand nous sommes allés à Zuydcoote avec le président de la République, c’était terriblement émouvant. Lui et moi avions les larmes aux yeux devant la dignité de ces familles et des personnels soignants. »
Pas au point d’expliquer aux patients visités à Dax que demain, grâce à la franchise qu’escompte mettre en place le gouvernement, ce seront eux qui paieront, à hauteur de 50 € annuels, la franchise de 0,50 € sur chaque boîte de médicament, sur chaque acte d’infirmier ou de kinésithérapeute, et 2 € par transport sanitaire. Aux uns les cadeaux fiscaux, aux autres la « responsabilisation ».

 

(publié dans Témoignage Chrétien le 30 Août 2007) 

08/10/2007

Cinq ans de droite. J'ai besoin d'amour.


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« Cinq ans de droite. J’ai besoin d’amour ». Ce slogan d’Act-Up m’a arraché un sourire. A défaut d’amour, là, tout de suite, je me satisferais d’un peu de cohérence.

 

Parce que vous, je ne sais pas, mais moi, j’ai du mal à m’y faire, dès le matin. J’hésite à ouvrir la radio, à acheter les journaux, tant je sais ce qui m’attend. Un flot ininterrompu de déclarations hâtives, de contradictions foireuses, de clarifications ridicules.

 

Un jour, c’est Rama Yade à Aubervilliers, prétendant être venue là sur un coup de cœur, dans une posture émotionnelle dont elle n’a pas compris qu’elle est réservée à son Patron et à sa Femme, Cécilia « On ne m'empêchera jamais d'essayer d'aider ou de soulager la misère du monde, dans quelque pays que ce soit » Sarkozy. Et bien il y a du boulot, Mesdames. Pas besoin d’aller jusqu’à Tripoli, ça commence sur le tarmac de Roissy et d’Orly, lors des reconduites à la frontière dont Rama Yade apparemment n’a pas entendu parler. Un jour donc la Chargée des Droits de l’Homme débarque à Aubervilliers ( 40% de logements sociaux) « dans le but d'arranger les choses et d'entamer une amorce de dialogue, pas dans une démarche d'hostilité ». Tancée par ses supérieurs, elle rectifie, avouant le lendemain qu’elle s’était rendue sur place pour expliquer aux squatteurs que l’extrême-gauche n’avait pas le monopole du cœur. Belle justification, en effet, que d’avouer qu’il s’agissait uniquement d’instrumentaliser la souffrance humaine à des fins politiques.

 

Quelques jours plus tard, ce sera Bernard « Mais le pire c’est la guerre, Monsieur » Kouchner. Et le lendemain, un de ses collaborateurs précise : « Dire qu’il faut se préparer au pire ne signifie pas que l’on prépare le pire». Ah, d’accord, je suis rassuré. Enfin, pas vraiment. Je note quand même : nucléaire iranien-mauvais-pas bon-dangereux, nucléaire lybien-cool-sympa-no problemo-dassaultcompatible. Un pense-bête, pour plus tard, quand nos gouvernants, invoquant les mânes de La Fayette, emboîteront le pas à George Walker Bush, criminel de guerre ( oui, la connerie peut être criminelle).

 

Enfin le Président lui-même, continuant à pousser son projet de franchises médicales pour financer le plan Alzheimer, tout en annonçant, le même jour, dans le même discours, que « la dépendance des personnes âgées est le plus souvent un risque assurable qui peut être couvert en partie par des produits financiers innovants. » Ou comment utiliser deux fois l’Alzheimer dans le même discours, une première fois pour légitimer un déremboursement masqué, la seconde pour ouvrir le champ de la dépendance aux assurances privées.

 

Je ne sais pas, vous, mais moi à chaque fois qu’un membre du gouvernement l’ouvre, j’ai besoin d’amour.

 

( publié dans l'Humanité le 25 Septembre 2007) 

07/10/2007

Seul le prononcé fait foi

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Ca me dépasse.

 

Je ne sais pas comment font les journalistes.

 

Pour y aller, s’asseoir, recevoir des mains des assistantes de presse le texte du énième discours que va leur infliger le Président de la République. La semaine dernière, à une réunion d’Act-Up, le fameux discours de la méthode bling-bling Sarkozy  sur la nécessité de réformer à la hussarde m’est tombé sous les yeux. C’est un gros morceau, hein, à vue de nez une bonne douzaine de pages, du dense, y’a pas à dire, les scribes du Président, ils ne lésinent pas sur la quantité. Ce texte, tous les Journalistes de l’Information Sociale présents l’avaient reçu, et l’un d’entre eux en avait refilé un exemplaire aux trublions d’Act-Up.

 

Ce qui m’a frappé, moi, qui suis ignare en la matière, c’est la petite phrase inscrite au bas de chaque feuille, comme une annonce sybilline à décrypter. Un peu comme « La vérité est ailleurs » dans X-Files. « Seul le prononcé fait foi », voilà ce qui était gravé en bas de chaque page.

 

« Seul le prononcé fait foi », ai-je répété à voix basse, pour mieux m’en imprégner.

 

Cela signifie, apparemment, que le texte n’est donné aux journalistes que comme support, et qu’il leur est demandé de rapporter uniquement les propos effectivement tenus par le Président. Dès fois que soudain, tel Pinocchio échappant à la houlette de Gepetto pour vivre sa vraie vie de petit garçon, le Président décide d’envoyer paître Guaino, ses appels à Blum et Jaurès, sa France éternelle et ses Africains trop réticents à s’inscrire dans l’Histoire, et nous entretienne, comme Yasmina Reza, de sa passion pour les Rolex.

 

« Seul le prononcé fait foi ».

 

Evidemment, s’il s’agissait d’un autre homme, on pourrait comprendre que seul ce qui est prononcé a de la valeur, que les mots ont un sens, qu’ils engagent l’action du gouvernement, et s’inscrivent dans un véritable dessein. Mais nous parlons de Nicolas Sarkozy.

 

L’homme qui considérait les franchises comme « indispensables pour responsabiliser les Français » en Juin 2006, mais vient nous expliquer en Juillet 2007 que celles-ci n’ont rien de comptable, mais sont destinées à financer la prise en charge des cancers et de l’Alzheimer.

 

L’homme qui assurait, en Juin 2006, qu’il refusait l’idée d’une taxe sur chaque boîte de médicament « parce que cela pénaliserait les plus malades », et sort en Juillet 2007 de son veston une franchise de 50 centimes d’euro par boîte, que paieront en tout premier lieu les patients âgés dont il s’entoure.

 

Et les journalistes sont censés commenter ça, doctement, sans pouffer.

 

Je ne sais pas comment ils font.

 

( publié dans l'Humanité le 24 Septembre 2007)

 
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