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09/01/2008

Excusez-moi, Monsieur Joffrin, les mots ont un sens...

 

Nicolas Sarkozy est l'homme de la rupture. De toutes les ruptures.

Rupture avec le protocole.

Rupture avec la dignité. 

Rupture avec la langue française. 

Mais le plus incroyable, le plus décoiffant, c'est ce moment, lors de sa conférence de presse, où il réussit le tour de force de faire passer Laurent Joffrin pour un opposant crédible.

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Laurent Joffrin, qui évoque la personnalisation et la concentration du pouvoir sur un seul homme en utilisant le terme "monarchie élective", se fait renvoyer dans les cordes par un Tony Montana qu'on sent bouillir intérieurement.

Le Président ne peut réprimer quelques piques pour abaisser son interlocuteur, et prend à parti la salle, mettant de pitoyables rieurs de son côté en morigénant Joffrin:

« Monarchie, ça veut dire héréditaire... Monsieur Joffrin, un homme cultivé comme vous, dire une aussi grosse bétise... Excusez-moi, Monsieur Joffrin, les mots ont un sens. Ils doivent l'avoir pour vous, s'ils l'ont pour moi. »

Wikipedia:

"La monarchie (du grec mono « seul », archein « pouvoir » : « pouvoir non d'un seul, mais en un seul ») est un système politique où l'unité du pouvoir est symbolisée par une seule personne, appelée monarque. Elle n'est ni nécessairement une royauté, ni nécessairement héréditaire: il a toujours existé des monarchies électives, par exemple chez les Gaulois. Selon la définition de Montesquieu, une monarchie se définit par le gouvernement absolu d'un seul mais ce pouvoir est limité par des lois."

 "Excusez-moi, Monsieur Joffrin, les mots ont un sens..."

Venant de Nicolas Sarkozy, cette phrase a une saveur toute particulière.

Car l'ascension au pouvoir de Nicolas Sarkozy n'a pu se concevoir qu'en mettant à bas le sens des mots, systématiquement, au point que la servilité passe aujourd'hui pour du courage, les débauchages pour une ouverture, les compromissions pour une rupture. 

"Excusez-moi, Monsieur Joffrin, les mots ont un sens...: Enorme...

17/12/2007

Trahir plus pour gagner plus

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Selon la célèbre formule de Michel Audiard :« Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît ».

 


Nul risque donc pour Hervé Morin de passer inaperçu. Chef du Nouveau Centre, l’homme qui a trahi François Bayrou est sur tous les fronts. Et pour oser, il ose.

 

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C’est à lui qu’incombe la lourde tâche, nous explique le Figaro, d’éviter le lent déclin du rayonnement de la patrie des droits de l’homme à l’étranger : « Contrat en principe «imperdable» perdu au Maroc dans les avions de combat, recul de la France passée au quatrième rang mondial des exportateurs d’armement au profit de la Russie, «pressing» d’Israël qui pourrait à son tour dépasser les Français… La part relative de la France dans les ventes de matériels militaires tend à se dégrader dans le monde, alors que le marché est pourtant globalement en expansion. En 2006, les ventes d’armes ont atteint 65 milliards de dollars contre 55 milliards pendant des années. »

 

Et oui, triste constat, la France risque de se faire doubler au palmarès des marchands de mort. Mais Hervé « Pour trente deniers t’as plus rien » Morin veille.

 

Mieux encore, le Ministre étudie les possibilités d’aider encore et toujours plus au développement de ces petits entreprises innovantes et écologiques : « Les pays clients ne se contentent plus d’acheter des armes, ils s’offrent un package qui comporte des «off-set» ou compensations industrielles (implantation d’usines, transfert de technologie...) ou financières. Hervé Morin lance à cet égard l’idée de la création d’un fonds de soutien aux volets connexes des contrats d’armement. L’industrie d’armement, rappelle-t-il, a un effet d’entraînement dans de nombreux domaines civils. Et la relance des exportations est non seulement indispensable pour aider en 2009 à passer une «marche budgétaire» de 3 milliards d’euros mais encore à alimenter la recherche et développement, à faire tourner les usines en France et à maintenir l’emploi. »

 

Allez, sèche tes larmes, Serge Dassault, c’est pas demain la veille qu’on verra un Dassaulthon sur France 2 à Noël. Et c’est à Hervé Morin que tu le dois.

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Cet homme est partout, et sur tous les fronts il ose. Ainsi, pour récupérer un financement de l’Etat alors que son parti, le Nouveau Centre, ne répond pas aux critères nécessaires, Morin contourne la loi en s’alliant à un parti polynésien afin de bénéficier d’une disposition dérogatoire, qui va lui voir empocher chaque année 950.000 euros.

Soucieux des deniers publics, le ministre Morin, après avoir ravi à Philippe Douste-Blazy, tenant du titre, la casaque du félon politique de l'année, devra mettre les bouchées doubles et aider à la pacification de nombreuses régions du globe pour permettre à la République de rentrer dans ses frais.

Nul doute qu'il y mettra toute la puissance de son talent.

 

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14/12/2007

Dol

 

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Très loin de « La face karchée de Sarkozy », best-seller acide mené à la hache par Philippe Cohen et Riss, « Dol », de Philippe Squarzoni, explore la politique de ces cinq dernières années en substituant à la caricature une approche complexe, où la colère froide, l’analyse politique, le lyrisme, sont servis par un dessin de grande qualité, qui ne s’interdit pas de détourner les codes de la culture populaire, de faire intervenir au détour d’une case Charlie Chaplin ou les héros de l’Ouest Américain. Déconstruction lumineuse des méfaits du néo-libéralisme financier, décryptage des mensonges démagogiques de l’ère Chirac, cette bande dessinée grave, drôle, digne, met en scène un Président Chirac élu face à Jean-Marie Le Pen, et qui va en profiter pour déconstruire un peu plus les acquis de la Résistance, un Jean-Pierre Raffarin qui cache bien son jeu antisocial, et un Nicolas Sarkozy météorique Ministre de l’Intérieur alignant mensonges et approximations pour se hisser au sommet du pouvoir. Publié initialement en Octobre 2006, « Dol » est réédité avec une post-face inédite de seize pages retraçant la conquête de l’Elysée par son actuel locataire. Seize pages d’analyse politique dense, où tout est dit, d’ « une campagne réduite à une primaire entre deux candidats agréés par la classe dirigeante ». Un ouvrage remarquable, d’une acuité sans commune mesure avec les petits pensums et autre règlements de compte entre prétendants qui envahissant actuellement les étals des libraires.

 

304 pages, 30 euros, éditions Les Requins Marteaux 

 

(publié le 13/12/2007 dans Témoignage Chrétien) 

23/11/2007

"La poussière qui tombe sur la pile de dossiers..."

 

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Vous ne trouvez pas que ça va finir par se voir, que l’Empereur est nu comme un ver ?

Tenez, l’autre jour, chez les marins-pêcheurs, vous l’avez tous suivie, cette altercation sur le salaire du Président, débutée sur le mode agressif d’une rixe de bar, et clôturée dans un bégaiement pitoyable.
Mais une fois passée la sidération de subir, une fois encore, un énième déplacement médiatique du Sarko-Show ( ce matin au Guilvinec, avant une tournée triomphale aux Etats-Unis au côté d’un criminel de guerre au QI d’huître), vous êtes vous arrêtés un instant sur la sortie de crise proposée par l’Hyper-Président ?
Les marins-pêcheurs protestent contre la hausse du gasoil. Que fait l’homme qui avait promis d’aller chercher trois points de croissance ? Il propose «  la mise en œuvre immédiate d’une exonération totale des cotisations salariales » sur une durée de six mois reconductible.

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Quelle générosité ! Quelle ingéniosité ! Piquer 42 millions d’euros dans les caisses de la Sécurité Sociale, lorsqu’on a pleuré le déficit chronique de celle-ci pour mettre en œuvre une franchise sur les soins que paieront en premier lieu les malades et les handicapés, c’est un véritable trait de génie. A quelques détails prêts… La mesure ne baissera le coût du litre de gasoil que de 0,04 euros. La CNAV, qui sait que l’Etat ne compense que très partiellement les milliards d’exonérations qu’il offre aux entreprises,  rappelle l’évidence, à savoir que « les cotisations sociales ne doivent pas servir de variable d’ajustement au règlement des conflits sociaux ». Et, cerise sur le gâteau, la Commission Européenne vient de déclarer ces aides incompatibles avec le principe de la « concurrence libre et non faussée » que s’est ingénié à défendre Sarkozy dans son nouveau traité européen malgré le rejet de 55% du peuple français.

Qu’en conclure ? Après la déduction des intérêts d’emprunt rétroactive censurée par le Conseil Constitutionnel, après la gaffe sur la décôte des cheminots, avancée par le Président et infirmée par le Ministère du Travail le lendemain, on peut se demander si, au-delà de la com, le vibrion présidentiel maîtrise les dossiers sur lesquels il intervient lors de ses déplacements incessants.

En septembre, sillonnant l’Alsace pied au plancher, Nicolas Sarkozy avait répondu aux questions des journalistes, comme à son habitude, par une question teintée d’égocentrisme : « Qu’est-ce qu’on attend de moi ? Que je reste à l’Elysée sur ma chaise à attendre le chaland toute la semaine avec la poussière qui tombe sur la pile de dossiers ? »

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Qui dira au Président que les dossiers, pour ne pas prendre la poussière,  peuvent aussi être ouverts, qu’ils peuvent aussi être lus ? Que travailler plus pour gagner plus, ça commence par acquérir le niveau ?

 

(publié dans Témoignage Chrétien le 22 Novembre 2007) 

16/11/2007

« C'était un vendeur d'assurances…donc, pour lui, tout est bon » : Xavier Bertrand et les syndicats

 

 

 

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C’est un des puissants barons de Nicolas Sarkozy.

Passé à l’ «ennemi » en Décembre 2006 après avoir longtemps œuvré, dans le clan des juppéistes, à tenter d’éviter que les syndicats médicaux proches de l’UMP fassent allégeance à celui que détestait la chiraquie.

L’échec de cette manœuvre tacticienne étant patent, Xavier Bertrand rejoignit ( provoquant la colère et la surprise de Jacques Chirac) le candidat à la présidentielle.

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Dans Le Monde, Rémi Barroux et Christophe Jakubyszyn notent : La force de Xavier Bertrand, qui fait de lui un vrai politique, c'est de ne pas s'attacher. Séguin, Juppé, Chirac, Raffarin, Sarkozy : il a pris appui sur chacun, l'un après l'autre. Sans ciller, il confirme : « Je ne suis pas proche de Juppé, je ne suis proche de personne. Certes, Juppé est la première personne qui m'a fait confiance et je m'en souviens. Raffarin aussi, je lui suis reconnaissant. Je suis fidèle par la reconnaissance. »

Non content de rejoindre le clan Sarkozy, Xavier Bertrand, à la différence de ralliés sans envergure ( au hasard, Philippe Douste-Blazy), occupe d’emblée une place de choix dans l’organigramme, en devenant porte-parole du candidat.


 

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« Ce n’est pas trop dur de dire comme porte-parole l’inverse de ce  que vous disiez comme ministre? » lui demandait Eric Favereau ( Libération).

A quoi Xavier Bertrand, qui longtemps et à juste titre combattit l’idée de franchises sur les soins avant de les défendre une fois passé dans le camp sarkozyste, répondait : « Ce n’est pas le cas. Car je ne suis pas du genre à changer de position, Je revendique la cohérence ».

Et effectivement, Xavier Bertrand est un homme intelligent et cohérent. Sa manière de gérer les relations syndicales ne varie pas, depuis des années. A l’heure où, Ministre du Travail, des Relations Sociales et de la Solidarité, il négocie avec les syndicats… en refusant apparemment d’envoyer à Sud-Rail la lettre de « proposition de méthode » concoctée avec Nicolas Sarkozy, il est intéressant de se souvenir de la manière dont, en tant que Ministre de la Santé, il tissa des liens très serrés avec… ceux des syndicats médicaux qui lui agréaient.

 

PETIT RAPPEL DES FAITS, EN VIDEO EDUCATIVE:

http://www.dailymotion.com/relevance/search/bertrand+%C3%...

 

ET DANS LE TEXTE:

(adapté de Les Fossoyeurs, ed Privé-Michel Lafon) 

En Juin 2006, les médecins votent aux élections professionnelles, et ce vote a valeur de test sur leur adhésion à la réforme Douste-Blazy-Bertrand. Les syndicats signataires proches de l’UMP ( CSMF et SML) sont minoritaires chez les généralistes, qui votent à près de 60% pour les opposants à la convention.

Par un tour de passe-passe, Xavier Bertrand va alors confier au sénateur Vasselle le dépôt d’un amendement adopté en catimini au Sénat pour ôter tout pouvoir de nuisance aux syndicats que le pouvoir a décidé de considérer « non représentatifs » malgré leur succès électoral(*).

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Ce déni démocratique contre lequel s’élèveront les députés et sénateurs de l’opposition (**) constitue le seul moyen pour Xavier Bertrand de sauvegarder l’axe UMP-CSMF bien mis à mal dans les urnes, car contrairement aux prévisions, MG France, Espace Généraliste et FMF se sont rejoint pour créer, au-delà de leurs divergences, une intersyndicale majoritaire qui, devant le refus de reconnaissance de sa représentativité issue des urnes, use d’un artifice juridique pour s’opposer aux avenants signés par la CSMF… même lorsque ceux-ci s’accompagnent de revalorisations financières pour les médecins.

« Les syndicats doivent être reconnus représentatifs parce qu’ils ont été élus, pas parce que le ministre l’a décidé ! » martèle le président de MG France. Bombardés de mails et de lettres par des généralistes furieux de voir le ministre de la santé s’asseoir ainsi sur le vote de 29.000 médecins pour continuer à privilégier la CSMF et le SML, les sénateurs réutilisent la bonne vieille technique du copier-coller pour renvoyer les généralistes à leur néant, paraphrasant Philippe Bas, ancien secrétaire général de l’Elysée, ubuesque ministre de la Sécurité Sociale, qui déclare qu’il n’est pas question de donner à des syndicats qu’il a décidé de considérer non-représentatifs « un pouvoir de nuisance qui ne s’accompagne pas d’un pouvoir constructif ».

Michel Chassang, président de la CSMF, botte en touche en assurant n’avoir rien demandé : « Je n’approuve ni ne désapprouve. Je constate simplement que le Parlement a décidé d’exprimer clairement l’esprit du législateur en corrigeant son erreur initiale. Mais c’est le problème de la représentation nationale, pas le mien ».

 

Son prédécesseur à la tête de la CSMF, le Dr Claude Maffioli, candidat UMP malheureux aux législatives de 2002 ( Investi par l’UMP, il se verra éliminé au premier tour par Catherine Vautrin, dissidente… tragiques aléas de la démocratie…), nommé à la HAS et président de l’Union Nationale des Professions Libérales, s’émeut de l’avis du Conseil économique sensible aux arguments des opposants : l’UNAPL « refuse de faire de l’élection un critère principal, voire unique, de mesure de la représentativité. »

 

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Selon l’UNAPL, ce serait « une prime donnée à ceux qui n’ont pas de programme et qui ne sont que simplement contestataires ». Ah… délices de la démocratie… Entre l’UMP d’un côté et les représentants de la CSMF de l’autre, les opposants redécouvrent la stéréo.

L’intersyndicale majoritaire saisira le Conseil Constitutionnel, et l’opposition parlementaire fera de même, en vain. Mais la manœuvre laisse quand même de grosses traces de pneu dans la purée du petit, au moment où le gouvernement prône le dialogue social devant les syndicats de salariés ( lesquels demandent eux aussi, tout simplement, que la représentativité soit liée aux résultats électoraux).

Quelque temps plus tard, et dans le but louable de fluidifier les relations sociales, les présidents des syndicats signataires désavoués par la majorité des généralistes seront décorés de la Légion d’Honneur en Janvier 2007.

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Le titre de cette chronique est une citation de François Chérèque

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( qui n’est tout de même pas Emiliano Zapata)

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dans Le Monde, 16/10/2007.

 

 

 

*  Le Docteur Jean Leonetti, député-maire UMP d’Antibes et auteur de la loi sur le droit des malades et la fin de vie, donnera l’explication de cette manœuvre : « Le gouvernement a choisi la voie sénatoriale pour faire voter son texte, car chez les députés, à quelques mois des élections législatives,  cet amendement ne serait jamais passé ».

 

 

** Le Sénateur Jean-Pierre Godefroy, représentant du groupe socialiste, fustigera cette manœuvre indigne : « Cela revient finalement à annuler autoritairement les résultats d’une élection contrôlée par l’Etat…Si votre conception du dialogue social, c’est  de choisir vos interlocuteurs en évacuant tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, ce n’est plus du dialogue social, c’est se regarder dans le miroir !.. Et pourquoi ne pas changer demain le résultat de toutes les élections dans le pays en disant que tel corps électoral n’est pas représentatif ? Dans un texte comme celui-ci, oser un tel morceau de bravoure, c’est se moquer de l’opinion publique. »

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