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18/10/2007

Feuille de route

 

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Je suis un idéologue.

 

L’accusation portée à la suite d’une chronique sur les arrêts de travail, par un(e) représentant(e) du patronat, m’a fait sourire.

 

Car le MEDEF s’enorgueillit, comme la droite bling-bling Sarkozy, de ne pas se soucier d’idéologie, mais d’oeuvrer les deux pieds dans la glaise, avec un épais bon sens, loin de prises de tête forcément bolchévico-marxistes.

 

C’est le Président, avant un long discours devant les Journalistes de l’Information Sociale, martelant : « Je ne suis pas un idéologue ».

 

C’est sa ministre de l’Economie enfonçant le clou : « La France est un pays qui pense. J’aimerais vous dire: assez pensé maintenant, retroussons nos manches ».

 

C’est Brice Hortefeux, fidèle zélateur de l’Identité Nationale et caution du vote FN, qui entonne : « J’écoute d’abord le peuple, pas les élites ».

 

Ils brossent ainsi, chacun à leur manière, le portrait de rudes travailleurs, proches du terrain, bien loin d’arrières pensées idéologiques malsaines.

 

Pour les avoir combattus dans le domaine que je connais le mieux, celui de la santé, pour m’être longtemps posé, devant le désastre sanitaire qu’ils ont contribué à mettre en place, la terrible question de l’intentionnalité ( en clair, étaient-ils, selon la formule désormais célèbre d’Arnaud Lagardère, malhonnêtes, incompétents, ou, au choix,  les deux ?), j’ai été amené à conclure, dans le livre que j’ai consacré à cette question, « Les Fossoyeurs », que la droite UMP était victime d’une réelle schizophrénie, tiraillée entre son adhésion aux règles d’un marché libre et sans contraintes, et le souvenir toujours vivace du socle du pacte républicain né du Conseil national de la Résistance en 1945.


 

Imaginez donc ma surprise en découvrant récemment, dans les colonnes du magazine Challenges, sous la plume de Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF, ancien directeur général d’AXA,  la feuille de route que la droite Sarkozy planque sous la table depuis des années.

 

Sous le titre « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde », l’idéologue du patronat financier, totalement décomplexé, salue la « profonde unité du programme ambitieux » de Nicolas Sarkozy qui consiste « à défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. » Programme qui instaurait une sécurité sociale, un droit du travail, la libération de la presse des intérêts financiers…

 

On se frotte les yeux, on croit rêver. Mais non, c’est bien là, devant nos yeux, ces lignes méphitiques qui tirent un trait sur l’héritage de la Résistance, ces lignes qui arracheraient des larmes au gouvernement de Vichy. Et on comprend mieux pourquoi l’appel des résistants aux jeunes, co-signé par Lucie et Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Germaine Tillion et bien d’autres, eut si peu d’écho en 2004 dans des média majoritairement aux mains de ces « Fossoyeurs ».

 

(publié dans Témoignage Chrétien le 18 Octobre 2007)

17/10/2007

Nicolas Sarkozy aurait "matérialisé sa séparation"

avec la réalité?

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16/10/2007

Les larmes aux yeux

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« Qui va oser venir me dire que face aux défis que représentent l’Alzheimer, les soins palliatifs et la lutte contre le cancer, on ne peut pas donner 4 € par mois ? »


Nicolas Sarkozy, ce mardi 31 juillet, était sur son terrain de prédilection, celui du bon sens et de l’émotion. Avant de s’envoler vers les États-Unis pour des vacances destinées à tenir le bon peuple en haleine, le président de la République, accompagné d’une ministre de la Santé étrangement muette, avait concocté un petit déplacement à Dax, dans un centre d’accueil de jour en gériatrie, puis dans une maison de retraite médicalisée. Et entouré de la caution médiatique que représentaient ces patients âgés dépendants, l’homme de la rupture nous resservait sa franchise sur les remboursements de soins, celle-là même que, d’après les sondages qui semblaient plébisciter l’action du gouvernement, plus de six Français sur dix refusaient.

« On a voté pour lui, docteur…, m’avait dit cette retraitée de 72 ans, peu après l’élection présidentielle, on a voté pour lui, mais pas pour ça ! » Hélas, avais-je répondu, avec Sarkozy, si une chose est sûre, c’est qu’il fait ce qu’il dit, et sa franchise, ça fait longtemps qu’il en parle. Ce n’est pas juste une lubie passagère, mais bien un des fondements idéologiques de son action. Dès 2001, dans Libre, il écrivait : « Je crois utile qu’un système de franchise soit mis en place comme pour tout processus d’assurance. Ainsi, les 500 premiers francs [76,22 €] de dépenses de santé annuelles des assurés sociaux ne seraient pas remboursés, afin de responsabiliser ceux-ci. »


Nulle question ici de financer la recherche sur l’Alzheimer ou d’améliorer la prise en charge de la fin de vie, la franchise est un mécanisme comptable basé sur l’idéologie selon laquelle le patient est un consommateur irresponsable, qu’il faut frapper au porte-monnaie.


En 2006, il va plus loin : « Si les dépenses augmentent, et donc le déficit, on pourrait alors augmenter le montant de la franchise », signifiant bien que cette dernière est considérée par son concepteur comme un pur artifice d’ajustement des dépenses, basé sur la culpabilisation des assurés.


Mais confronté au réel, et au rejet de ce grignotage permanent de l’assurance-maladie solidaire, il faut aujourd’hui aux spin doctors du Président faire passer la pilule du recul de la prise en charge des soins avec un peu de compassion sirupeuse. Dans Le Figaro, Roselyne Bachelot s’en charge : « Je vous assure que quand nous sommes allés à Zuydcoote avec le président de la République, c’était terriblement émouvant. Lui et moi avions les larmes aux yeux devant la dignité de ces familles et des personnels soignants. »
Pas au point d’expliquer aux patients visités à Dax que demain, grâce à la franchise qu’escompte mettre en place le gouvernement, ce seront eux qui paieront, à hauteur de 50 € annuels, la franchise de 0,50 € sur chaque boîte de médicament, sur chaque acte d’infirmier ou de kinésithérapeute, et 2 € par transport sanitaire. Aux uns les cadeaux fiscaux, aux autres la « responsabilisation ».

 

(publié dans Témoignage Chrétien le 30 Août 2007) 

14/10/2007

Lèse-talonnette

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Mauvaise semaine pour le jambon Madrange

La PropagandaStaffel de TF1 nous avait habitués à de longs plans-séquence sur la tribune présidentielle, à chaque victoire de l'équipe de France de rugby.

Hier, défaite en demi-finale. Pas même un plan de coupe rapide sur le Président.

On imagine probablement en haut lieu à TF1 que le peuple français a si peu de temps de cerveau disponible qu'il ne reniflera pas la manip, qui voudrait que ce soit un crime de lèse-talonnette d'associer "Sarkozy" et "défaite". 

Au point que sur AOL un journaliste soit amené à demander à Bernard Laporte:

Vous avez souvent évoqué la présence du Président de la République auprès de vous, était-il aussi là dans la défaite ?

"Il était là comme il l'a toujours été. Il doit accompagner l'équipe qu'elle gagne ou qu'elle perde. Je suis content qu'il soit là mais ça n'enlève en rien la déception." répond le vendeur de maillots dédicacés.

Quand à Roselyne Bachelot-Narquin, je serais surpris de l'entendre encore glousser le nom de son "cher Bernard" dans les semaines qui viennent... 

12/10/2007

N'en jetez plus


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Le Président de la République veut du chiffre.

 

Son fidèle Ministre de l’Identité Nationale s’y emploie.

 

C’est une politique. Qui a sa cohérence.

 

Il y est question de fichage ADN, de quotas, d’immigration choisie sur pied.

 

A lire les compte-rendus de séances de l’Assemblée, la bataille menée par les parlementaires de gauche, les lazzis de la droite (Nadine Morano récusant le généticien et spécialiste des questions éthiques Axel Kahn parce qu’à la différence sans doute de Doc Gyneco, de Steevy et d’Arno Klarsfeld, « il n’a aucune légitimité politique »), à lire ces compte-rendus, on imagine la France que Nicolas Sarkozy nous prépare, la France qu’il rêve, éveillé.

 

Qu’une femme se défenestre, qu’un enfant tombe du quatrième étage, et un moment l’espace médiatique éclaire ce qui se met en place, et accompagne les auditeurs, les spectateurs, dans le versement d’une larme compassionnelle. Puis se remet au service des puissants, les laissant dérouler sur les ondes leur discours patelin sans les interrompre, ou alors juste pour le principe. Combien de temps, encore ?

 

Combien de temps, encore ? C’est la question que se posait Léon Werth, écrivain antimilitariste, juif, ami de Saint-Exupéry, qui lui dédia « Le Petit Prince ». Réfugié dans un petit village des Vosges pendant l’Occupation, il a noté au jour le jour dans son « Journal de guerre 1940-1944 », reparu récemment au Seuil sous le titre « Déposition », ses pensées, ses espoirs, et son effarement devant la vacuité de la propagande qui dégouline d’en haut sur la tête du peuple de France.

 

« Le Maréchal a dit que désormais l’argent serait la récompense du travail », « Le Maréchal veut restaurer la mystique, la chevalerie du travail » et « abattre les frontières entre l’école et la vie », note t’il en 1941, ajoutant : « Quelle puanteur, ce monde de clichés et de cadavres !... C’est à cette poésie du passé, à cette poésie pour échotiers et à un moralisme flou que la bêtise s’accroche ».

 

Et plus tard, un été 42, apprenant ce qui s’est déroulé au Vel d’Hiv, ceci : « Je me sens coupable, comme si j’étais moi-même l’un des bourreaux…L’indignation, c’est presque encore un sentiment de Pharisien. On s’indigne, on a une belle âme, par l’indignation, on se lave de toute complicité avec le crime... Le vrai sentiment révolutionnaire, ce n’est pas la pitié, c’est la honte. »

 

N’en jetez plus, messieurs. Pour la honte, nous sommes servis.

 

(publié dans l'Humanité le 27 Septembre 2007)

 
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