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22/09/2009

Vaccins H1N1 et information du patient: le petit doigt sur la couture du pantalon

 

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A l’heure où j’écris ces lignes, le 22 Septembre 2009, , les vaccins H1N1 n’ont toujours pas obtenu en Europe leur Autorisation de Mise sur le Marché. Leur efficacité, leur sécurité d’emploi ne sont pas encore déterminés. Des inquiétudes se sont faites jour sur les conditions de fabrication de certains d’entre eux, certaines firmes ayant choisi d’utiliser des adjuvants pour « booster » l’efficacité des vaccins tout en diminuant la dose d’antigène viral, long et difficile à fabriquer en quantité suffisante eu égard aux promesses de doses « pré-vendues »… Experts, professionnels de santé sur le terrain, pharmacologues, participent de cette controverse, qui n’est pas une polémique, mais une démarche scientifique normale. Aucun médicament ne devrait être mis sur le marché, aucun article médical ne devrait être publié, sans qu’une critique honnête et argumentée n’en soit possible. Les arguments de ceux qui sont favorables à la vaccination, comme ceux des opposants, sont audibles. Les arguments des firmes pharmaceutiques aussi : les gouvernements les ont mis en demeure, en très peu de temps, de fabriquer un vaccin en très grande quantité… d’où leur demande d’immunité juridique en cas d’effet secondaire post-vaccinal ( octroyé au moins aux USA et au Canada, si je ne m’abuse)… mais cette immunité juridique pose évidemment quelque question quand les tenants de la vaccination expliquent que les conditions de fabrication du vaccin H1N1 sont en tout point similaires à celles du vaccin antigrippal saisonnier….

 

A l’heure où j’écris ces lignes, donc, il est impossible de se prononcer sur l’efficacité et l’inocuité des vaccins H1N1, puisque les données ne sont pas encore disponibles. Tout au plus notera t’on qu’il existe des vaccins avec ou sans adjuvants, et que les vaccins multidoses ( là encore dans le but de hâter la fabrication d’un nombre conséquent de doses) contiennent un conservateur anti-bactérien à base de mercure, le thiomersal, retiré des vaccins dans les années 2000 suite à un doute sur un lien avec l’autisme. Mais personne à l’heure actuelle n’est en mesure de déterminer si les vaccins anti H1N1, au-delà de la création d’anticorps, sont efficaces pour protéger la personne vaccinée contre le virus H1N1, ni, surtout, si une vaccination de masse n’amènerait pas à constater des effets indésirables neurologiques rares, comme ce fut le cas lors de la campagne vaccinale US de 1976. On en est réduit aux hypothèses, aux modèles mathématiques, et à l’incertitude.

D'autant que la gravité intrinsèque de la grippe pandémique H1N1 est encore aujourd'hui très difficile à déterminer, certains considérant qu'elle est moins dangereuse qu'une grippe saisonnière (  en se référant, par exemple, au faible nombre de décès déclarés aux USA par rapport au nombre de personnes atteintes par le virus), d'autres affirmant qu'elle serait à même de déclencher cent fois plus de syndrômes de détresse respiratoire aigûe que la grippe saisonnière ( voir note précédente sur l'estimation du Pr. Antoine Flahault). Et de la gravité réelle de la pandémie dépend bien évidemment le rapport "bénéfice-risque" du vaccin...

 

Or cette incertitude scientifique ne fait guère le jeu du politique. Ayant commandé 94 millions de doses de vaccin pour, semble t’il, près d’un milliard d’euros, la Ministre de la Santé ne peut se résoudre à payer le prix politique nécessaire si la campagne vaccinale s’avérait un échec. Notons d’ailleurs la prudence de loup du président de la République, qui ne s’est pas à ma connaissance exprimé sur ce sujet…

On a donc appris la semaine dernière que la France faisait don de 10 millions de doses vaccinales aux populations du tiers-monde… Charité bien ordonnée….

 

Interrogée à plusieurs reprises après la divulgation de sondages révélant qu’à l’heure actuelle, près de la moitié des professionnels de santé expriment des doutes sur leur décision de se vacciner éventuellement , Roselyne Bachelot s’est fendue de la déclaration suivante : « Je n'imagine pas qu'un professionnel de santé puisse ne pas se faire vacciner »

Singulier manque d’imagination, surtout lorsqu’on saisit aisément que ces sondages, ces prises de position, doivent bien être parvenus aux oreilles de la Ministre… qui recevait donc, en fin de semaine, les représentants des syndicats de médecins libéraux, afin de les exhorter à porter la bonne parole, comme le révèle Le Quotidien du Médecin le 21 Septembre 2009. On jugera de la pression qui a été mise sur ces confrères, on jugera aussi de la proximité de certains d’entre eux (grands perdants des dernières élections professionnelles mais maintenus en place par quelque tour de passe-passe législatif) vis-à-vis du pouvoir politique, ou de leur finesse, en fonction de leur réponse. Certains bottent en touche en attendant les conclusions des essais en cours (C’est bien le moins, et c’est une prudence minimale, médicale autant que politique), d’autres n’hésitent pas à se manifester comme champion du monde du petit doigt sur la couture du pantalon. Florilège…

 

 

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Dr Pierre Lévy (CSMF) : un problème d’information

« La ministre est très préoccupée par cette question de l’adhésion personnelle des médecins à la vaccination. Il faut que les médecins soient eux-mêmes convaincus pour mettre en œuvre le plan de vaccination de masse. Or, actuellement, le lobby antivaccinal se répand dans les médias pour susciter doutes et inquiétudes. Nous pouvons espérer que, lorsque l’Agence européenne du médicament publiera les conclusions des essais en cours, nous disposerons de tous les éléments pharmacologiques et scientifiques pour combattre les idées fausses qui circulent aujourd’hui, en particulier sur les adjuvants. Les malentendus seront alors dissipés. »

Dr Jean-Claude Régi (FMF) : une question évolutive

« Les médecins sont soumis, comme les autres, aux campagnes médiatiques qui entretiennent la confusion. Mais leur état d’esprit par rapport à la vaccination ne pourra qu’évoluer avec les données épidémiologiques qui montrent que l’on n’est pas en présence d’une simple "grippette". Le ministère sait qu’il pourra s’appuyer sur le sens des responsabilités des médecins. Leur adhésion à l’intérêt d’une vaccination de masse ne fait pas de doute, dès lors que conclusions sur les essais seront connus. »

Dr Martial Olivier-Kœhret (MG France) : la majorité des médecins recommandera le vaccin

« Les médecins sont sans doute troublés par les informations qui circulent au gré des événements et d’une certaine psychose ambiante. Ils restent demandeurs de données scientifiques et vérifiées. Ils réclament aussi la création dans les plus brefs délais d’une cellule d’aide à la décision ville-hôpital, ainsi qu’un retour d’information sur leurs patients vaccinés. Cela dit, nous n’avons aucun doute sur l’éthique personnelle des praticiens, qui va prendre le dessus. Quand bien même ils seraient personnellement dans l’expectative, les médecins, dans leur écrasante majorité, vont inciter leurs patients à se faire vacciner. »

Dr Christian Jeambrun (SML) : état de guerre

« Face à la pandémie, les médecins sont là pour prêter main-forte aux pouvoirs publics. Nous allons vivre un état de guerre. Les libéraux ne sauraient exprimer le moindre état d’âme personnel sur le vaccin, sauf à provoquer un effet démobilisateur sur les patients qui serait désastreux. Se faire vacciner est certes un choix individuel. Mais, compte tenu de l’exemplarité qui doit être la leur, les médecins qui refusent personnellement le vaccin devront avoir à cœur de ne pas en faire état auprès de leurs patients. »

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Le silence qui suit Mozart, c’est encore du Mozart...

 


 

PS: Un confrère consterné par cette dernière prise de position me rappelle utilement deux articles du code de déontologie médicale...

 

Code de Déontologie :

 

Article 14 (article R.4127-14 du code de la santé publique)

Les médecins ne doivent pas divulguer dans les milieux médicaux un procédé nouveau de diagnostic ou de traitement insuffisamment éprouvé sans accompagner leur communication des réserves qui s'imposent. Ils ne doivent pas faire une telle divulgation dans le public non médical.

 

Article 35 (article R.4127-35 du code de la santé publique)

Le médecin doit à la personne qu'il examine, qu'il soigne ou qu'il conseille une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu'il lui propose. Tout au long de la maladie, il tient compte de la personnalité du patient dans ses explications et veille à leur compréhension. Toutefois, sous réserve des dispositions de l'article L. 1111-7, dans l'intérêt du malade et pour des raisons légitimes que le praticien apprécie en conscience, un malade peut être tenu dans l'ignorance d'un diagnostic ou d'un pronostic graves, sauf dans les cas où l'affection dont il est atteint expose les tiers à un risque de contamination.

Un pronostic fatal ne doit être révélé qu'avec circonspection, mais les proches doivent en être prévenus, sauf exception ou si le malade a préalablement interdit cette révélation ou désigné les tiers auxquels elle doit être faite.

 

08/09/2009

Grippe ou Vaccin: qui est "naïf", et pour combien de temps encore?

H1N1, encore?????

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Une classe ferme dans un lycée et les journaux télévisés diffusent l'information comme si une troisième Twin Tower venait de s'effondrer. Une aide-soignante est arrêtée pour un syndrôme grippal non identifié et l'ensemble du personnel de l'établissement pour personnes âgées dans lequel elle travaille est bombardé de Tamiflu et contraint de travailler masqué.

Les informations les plus diverses, les notules de blog, sont immédiatement citées en référence: ainsi de la prévision de la mortalité du virus pandémique, claironnée sur tous les médias il y a deux semaines: "La grippe H1N1 aurait une mortalité cent fois supérieure à celle d'une grippe saisonnière". Diantre, bigre, sapristi, quelle horreur! Cette" information" a diffusé comme une traînée de poudre pendant des jours et des jours, reprise internationalement, avant de commencer à être critiquée du bout des lèvres pour ses faiblesses méthodologiques ( dans le British Medical Journal, entre autres). D'où venait-elle? Du blog d'Antoine Flahault, directeur de l'Ecole des hautes études en santé publique. Généralement bien informé, cet expert qui a écrit de nombreux papiers intéressants sur le grippe H1N1 s'est livré  le 19 Août 2009, dans "Grippe maligne à Maurice" à une estimation à la louche de la mortalité de H1N1 à partir d'un calcul tout ce qu'il y a d'aléatoire. Cette première prévision basée sur le nombre de Syndrômes de Détresse Respiratoire Aigüe directement liés au virus aurait pu rester ce qu'elle était, une première estimation basée sur un calcul de pourcentage d'autant plus délicat que le nombre de cas de grippe cliniquement indécelables, ou les particularités du développement du virus selon les environnements géographiques et les systèmes de santé, n'est pas connue. Non: l'estimation a été aussitôt saisie par les médias et affichée en tête de gondole, parce qu'elle permettait d'attiser encore un peu plus la peur et de faire marcher le système médiatique. Ceci ne signifie pas qu'Antoine Flahault ait tort, mais que devant une menace aussi imprécise, tout "expert", à quelque niveau que ce soit, peut se laisser entraîner par le système en surchauffe.

Or, à l'heure actuelle, au vu des éléments que je peux collecter en lisant la littérature médicale, en tentant de croiser les informations, la virulence de la grippe H1N1 me semble ( et je peux bien entendu me tromper) peu ou prou comparable à celle de la grippe saisonnière... Seule différence avec une année "classique", me semble-t'il: le fait que le virus A H1N1 pourrait infecter beaucoup de monde en même temps car une grande partie de la population ( en gros, ceux qui sont nés après 1957, date de son dernier grand passage répértorié) n'aurait pas d'immunité même partielle contre ce virus, ne l'ayant jamais rencontré ( on parle, et l'image est jolie, d'une population "naïve" face au virus). Le problème serait alors un problème social et sanitaire avant d'être un problème purement médical: comment le système de santé, laminé comme il l'est en ville comme à l'hôpital par la marche forcée ( quoique masquée) vers une privatisation au profit des assurances et certaines mtuelles complémentaires qui poussent des cris d'orfraie pour la galerie mais escomptent bien tirer bénéfice de la situation à long terme ( j'y reviendrais, messieurs qu'on nomme grand, enfoirés qui marchent à notre tête...)... comment le système de santé, donc, tiendrait-il face à un afflux soudain de malades, dans un pays où les professionnels de santé de premier recours sont constamment maltraités par le pouvoir, et euthanasiés en silence pour laisser la place à des call-centers qui demain orienteront les patients vers les cliniques privées?

Sur le plan de la gestion du risque pandémique, quelques voix s'élèvent ENFIN pour questionner la restriction des libertés publiques qui découle de certains plans gouvernementaux. Disons-le clairement: un gouvernement aussi incompétent et liberticide que celui dont nous bénéficions actuellement, un gouvernement qui ne se maintient que par la peur et la propagande, un gouvernement où l'hypocrisie, le reniement et le mensonge sont devenus ligne de conduite, ne peut fonctionner qu'en attisant les peurs, et en prétendant protéger la population contre la menace extérieure ( la délinquance - que le Président se fait fort d'éradiquer depuis combien de décennies, déjà?), les vilains banquiers, la burqa, le virus...)

Mais comme le disait Abraham Lincoln: "On peut mentir à certaines personnes tout le temps, on peut mentir à tout le monde un certain temps, mais on ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps".

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( Question subsidiaire: cet homme aurait-il été autorisé à suivre le Président lors d'une visite d'usine?)

 

Or il vient un moment où la propagande se heurte au réel, et ce moment est proche... Je tâcherai d'être concis:

En ce mois de Septembre 2009, la pandémie grippale A H1N1 annoncée semble, en l'état actuel des connaissances, heureusement moins inquiétante qu'on pouvait le craindre au début de l'année.
Les généralistes ont été amenés à suivre et traiter des patients potentiellement atteints par le virus, depuis des mois, sans attendre les consignes gouvernementales et en faisant les frais, au quotidien, du hiatus entre les théories des experts et la réalité quotidienne. ( difficultés d'approvisionnement en masques, impossibilité de faire tester les patients suspects, parcours du combattant pour déclarer les cas groupés...)
A l'heure actuelle, une polémique se développe sur la qualité des vaccins proposés dans le cadre de la campagne organisée par le gouvernement. La revue de pharmacologie ARZNEI TELEGRAMM ( équivalent allemand de la Revue Prescrire), relayée en France par un syndicat infirmier ( le SNPI) , soulève la question de la composition vaccinale, certaines firmes semblant avoir diminué la dose d'antigène et augmenté la dose d'adjuvant pour répondre à la demande, au risque d'effets indésirables locaux immédiats, et avec un doute sur la possible survenue à long terme d'effets indésirables sévères ( Une précédente campagne vaccinale dirigée contre une alerte pandémique à H1N1 en 1976 s'est soldée aux USA par des milliers de cas de pathologies neurologiques imputés au vaccin sur 46 millions de personnes vaccinées).

Parce que cette question de la composition des vaccins est une question cruciale, je vous renvoie au site qui a le premier traduit en français ces alertes:  http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/

et en particulier sur la traduction de l'article d'ARZNEI TELEGRAMM:

Grippe A: un vaccin douteux aux adjuvants risqués sera expérimenté directement sur la population, déplore Arznei-Telegramm

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2009/08/...

 

Sur le même site, ou chez mon ami le docteur Dominique Dupagne : http://www.atoute.org/n/article127.html, la vidéo qui risque de signer l'arrêt de mort de la campagne vaccinale Bachelot. Seize minutes... seize minutes hallucinantes qui reprennent par le menu le fiasco de la campagne vaccinale US de 1976 pour une alerte de pandémie de grippe porcine qui jamais ne se matérialisa: "The Epidemic that never was"... ( PS: à propos de la traduction en français de cette vidéo remarquable, une toute petite erreur, que je corrige parce que cela a son importance: le soldat décédé lors d'une marche forcéeà Fort Dix, premier et unique mort suspect de H1N1 en 1976, a été réanimé sans succès par bouche-à-bouche par son sergent instructeur... qui n'a pas été contaminé. C'est ce que décrit le présentateur de l'émission CBS 60 Minutes, et qui n'a pas été relevé par le traducteur)

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On en reparle dans quelques jours, quand la Ministre lance son plan vaccinal ( déjà dans les départements, les DDASS sollicitent les médecins pour participer aux équipes vaccinales). On en reparle surtout quand vont commencer à circuler plus largement les informations sur le nombre de professionnels de santé informés qui refuseront la vaccination alors même qu'on la leur proposera en priorité...

http://www.syndicat-infirmier.com/Pensez-vous-refuser-le-...

 

La population française est certes "naïve" face au virus H1N1. Le restera-t'elle encore longtemps face au vaccin pandémique? On en reparle d'ici quinze jours, quand tous les journalistes de France seront devenus experts en adjuvants vaccinaux ;-)

17/01/2008

Le pire est toujours possible

 

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Avec Sarkozy, le pire est toujours possible. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis lancé en Juin 2006 dans la bataille contre les franchises sur les soins, idée stupide et dangereuse.

 

Si la pétition lancée sur Internet et le vaste mouvement de protestation engagé ont permis de diffuser l’information et de contrer les justifications plus débiles les unes que les autres empilées par les porte-parole du gouvernement pour masquer la volonté de « responsabiliser » cancéreux, dialysés et victimes d’accident de travail, le système médiatique a verrouillé l’accès de nombre de Français à cette action. J’ai encore en mémoire ce grand reporter de France 2 m’appelant, écoeuré, au soir de la grande manifestation solidaire au gymnase Japy en Septembre, m’enjoignant de ne pas regarder la grand-messe du 20 heures, et m’expliquant que le sujet sur lequel il travaillait depuis quatre jours avait été raccourci, puis évincé à la dernière minute. Trop peu sarko-compatible pour passer le filtre des directeurs de l’information…

 

Et voici qu’aujourd’hui, alors que les franchises sur les soins ont été votées, que cet énième accroc dans le manteau troué de l’assurance-maladie solidaire est acté, voici qu’un homme se lève, un travailleur social de 45 ans, Bruno-Pascal Chevalier, qui annonce qu’il entame une grève des soins contre les franchises.

 

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Un journaliste de l’Humanité m’appelle au cabinet médical, m’annonce la nouvelle. Je suis à la fois choqué, amer, mais pas surpris.

 

Je me mets un instant à la place de cet homme, atteint du Sida, travailleur social, ayant en charge un Centre Communal d’Action Sociale, confronté comme je le suis parfois à des gens qui m’expliquent qu’ils doivent choisir entre acheter de la nourriture ou payer certains soins. Son geste est un geste politique, et un geste philosophique.

 

Un geste que je ne cautionne pas, mais dont je saisis la portée, et le sens : la franchise sur les soins, et les conditions de sa mise en œuvre, sont un parfait exemple de la manière dont se délite la solidarité en France, sous les coups de boutoir d’un libéralisme financier prodigue en mensonges obscènes et en fausses évidences économiques pour laisser sur le bord de la route les plus faibles.

 

Au pays des winners à Rolex, le malade dérange, et le malade pauvre plus particulièrement. L’idée de participer à ses frais de santé insupporte, quand on songe qu’on pourrait mettre de l’argent de côté pour un énième écran plat plutôt que de nourrir son irresponsabilité probablement frauduleuse.

 

J’avais su dès le début que nous en arriverions là, et c’est pour tenter de l’éviter qu’avec Martin Winckler et quelques autres nous avions lancé l’appel contre la franchise. En vain.

 

Mais aujourd’hui un malade se lève, annonce qu’il se met en grève des soins. Il est reçu par Roselyne Bachelot, qui lui pond quelques perles sur la nécessaire solidarité, perles qu’il n’avale pas, connaissant fort bien, en tant que travailleur social, les données du problème.

 

Et les télévisions tournent vers lui leur œil obscène, passant outre le danger que représente cette action pour le Président bling-bling, comme mûes par un réflexe pavlovien né d’années de télé-réalité immonde. Pour un peu, Bruno-Pascal Chevalier me l’a confié, certaines lui demanderaient bien un certificat médical circonstancié attestant de sa grève des soins et de son état. Et puis ensuite, quoi ? L’enfermer dans un loft et attendre ?

 

Nous vivons dans un pays dont le Président ne sait même pas ce qu’est la honte.

 

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www.appelcontrelafranchise.org :  le site de l'appel contre la franchise, lancé en Mars 2007

 

www.contre-les-franchises.org  : le site du collectif national, lancé en septembre 2007

 

www.grevedesoins.fr : le site de soutien à Bruno-Pascal Chevalier, lancé en janvier 2008

 

(article publié le 17 Janvier 2008 dans Témoignage Chrétien)

  

 

 

05/11/2007

« Déserts médicaux » : la politique du bouc-émissaire

« Il existe pour chaque problème complexe une solution simple, directe… et fausse », écrivait l’humoriste américain H.L.Mencken.

 

En ces temps de sarkozysme à courte vue, la maxime peut servir. Ainsi de la récente « victoire » des internes concernant la liberté d’installation.

 

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Une majorité d’ex ou futurs patients se dira qu’encore une fois, le corps médical exagère, imaginant avoir à faire à la réaction corporatiste de jeunes nantis ingrats qui, leurs études une fois payées par la collectivité, rêvent de se délocaliser en masse sur la Côte d’Azur pour y faire tourner la planche à billets, plutôt que d’aller secourir les déshérités et les malades au fin fond des Ardennes.

 

La réalité est plus complexe, et la proposition initiale de Roselyne Bachelot dans le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale de refuser le conventionnement des médecins s’ils ne s’installent pas dans des zones déficitaires, est l’aboutissement logique d’une politique désastreuse menée en dépit du bon sens depuis plus de vingt ans.

 

Chacun aura fait la constatation d’une diminution du nombre de médecins et d’infirmiers, du délai grandissant pour obtenir une consultation, même dans les zones apparemment encore bien pourvues en personnel soignant. Le numerus clausus, limitant le nombre d’étudiants réussissant à passer l’écueil de la première année de médecine, a été instauré et aggravé pour des raisons purement économiques : chaque médecin installé étant alors considéré comme une bactérie ou un virus dont la seule apparition dans un bassin de population antérieurement sain suffisait à générer des dépenses de santé supplémentaires pour assurer sa survie. Il fallait agir sur l’offre, pour diminuer la demande. Portée à son comble, cette mesure obtient aujourd’hui le résultat escompté : les générations du baby-boom, diplômées vers 1968, arrivent en fin de carrière…75.000 médecins vont prendre leur retraite dans les dix ans à venir et  seuls 30.000 nouveaux arrivants seront disponibles pour les remplacer... alors même que l’allongement de la durée de vie de la population augmente le recours au médecin.

 

De prétendues « mesures incitatives » à l’installation en milieu rural, dont la Ministre est censée aujourd’hui constater l’échec, n’ont en fait jamais même été mises en place. Et la politique coercitive envisagée était surtout une manière, une fois encore, pour l’Etat, de se désengager du problème de la désertification du territoire rural, de refuser de mettre en place une vraie politique d’aménagement du territoire, qui consisterait à renforcer la présence des services publics, des services au public, pour l’ensemble de nos concitoyens, quand l’heure est au démantèlement de l’Etat et de ses prérogatives, et au basculement vers le privé.

 

« La réforme de l'Etat supposera que chacun d'entre vous accepte qu'il y ait moins de services, moins de personnels, moins d'Etat sur son territoire » claironne François Fillon mi-Octobre 2007.

 

 

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Et les jeunes médecins, seulement munis de leur stéthoscope, devraient s’installer seuls là où l’Etat ferme crèches et écoles, hôpitaux et maternités de proximité ?

 

Ou être désignés comme des boucs-émissaires, alors qu’ils demandent avant tout la création de maisons médicales afin de ne pas exercer dans des conditions d’un autre âge ? Alors qu’ils font, comme leurs aînés, le constat de la désorganisation du système de santé, de l’absence de toute réflexion sur les moyens et les missions de chacun des acteurs ?

 

La menace de déconventionnement des jeunes médecins, dans un contexte de baisse démographique programmée, avait deux buts : passer sous silence le désengagement de l’Etat, et ouvrir un peu plus le champ aux assurances privées, trop contentes de voir se rapprocher le jackpot à portée de main.

 

Christian Lehmann

 

 

Pas d’angélisme : je sais bien que certains internes, certains chefs de clinique, aujourd’hui certains syndicats médicaux que ne défrisait pas hier la « responsabilisation » financière des patients, se sont drapés dans le manteau de l’assurance-maladie solidaire pour faire avancer certaines revendications corporatistes. Certains rêvaient même encore récemment de relancer le mouvement… afin de combattre les mesures d’encadrement des dépassements tarifaires contenues dans le PLFSS…

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Mais ayant participé à nombre de manifestations ces dernières semaines, en tant qu’initiateur de l’Appel contre la franchise, je ne peux pas laisser dire que les jeunes internes, externes, kinésithérapeutes, orthophonistes,  ont « utilisé » le thème de l’assurance-maladie solidaire. Certains d’entre eux étaient présents dans les manifestations contre les franchises, au gymnase Japy le 29 Septembre, puis avec la FNATH et l’ANDEVA le 13 Octobre. Et comme ces photographies le montrent (Nicolas S. Président de la République, Guillaume S. Assureur Privé...) , nombre d’entre eux ne sont pas dupes des tentatives de l’Etat de se désengager de l’assurance-maladie solidaire. Nouveaux David Vincent, ils ont compris eux aussi que les Fossoyeurs ont débarqué. Que le cauchemar a déjà commencé.

 

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