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16/10/2007

Les larmes aux yeux

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« Qui va oser venir me dire que face aux défis que représentent l’Alzheimer, les soins palliatifs et la lutte contre le cancer, on ne peut pas donner 4 € par mois ? »


Nicolas Sarkozy, ce mardi 31 juillet, était sur son terrain de prédilection, celui du bon sens et de l’émotion. Avant de s’envoler vers les États-Unis pour des vacances destinées à tenir le bon peuple en haleine, le président de la République, accompagné d’une ministre de la Santé étrangement muette, avait concocté un petit déplacement à Dax, dans un centre d’accueil de jour en gériatrie, puis dans une maison de retraite médicalisée. Et entouré de la caution médiatique que représentaient ces patients âgés dépendants, l’homme de la rupture nous resservait sa franchise sur les remboursements de soins, celle-là même que, d’après les sondages qui semblaient plébisciter l’action du gouvernement, plus de six Français sur dix refusaient.

« On a voté pour lui, docteur…, m’avait dit cette retraitée de 72 ans, peu après l’élection présidentielle, on a voté pour lui, mais pas pour ça ! » Hélas, avais-je répondu, avec Sarkozy, si une chose est sûre, c’est qu’il fait ce qu’il dit, et sa franchise, ça fait longtemps qu’il en parle. Ce n’est pas juste une lubie passagère, mais bien un des fondements idéologiques de son action. Dès 2001, dans Libre, il écrivait : « Je crois utile qu’un système de franchise soit mis en place comme pour tout processus d’assurance. Ainsi, les 500 premiers francs [76,22 €] de dépenses de santé annuelles des assurés sociaux ne seraient pas remboursés, afin de responsabiliser ceux-ci. »


Nulle question ici de financer la recherche sur l’Alzheimer ou d’améliorer la prise en charge de la fin de vie, la franchise est un mécanisme comptable basé sur l’idéologie selon laquelle le patient est un consommateur irresponsable, qu’il faut frapper au porte-monnaie.


En 2006, il va plus loin : « Si les dépenses augmentent, et donc le déficit, on pourrait alors augmenter le montant de la franchise », signifiant bien que cette dernière est considérée par son concepteur comme un pur artifice d’ajustement des dépenses, basé sur la culpabilisation des assurés.


Mais confronté au réel, et au rejet de ce grignotage permanent de l’assurance-maladie solidaire, il faut aujourd’hui aux spin doctors du Président faire passer la pilule du recul de la prise en charge des soins avec un peu de compassion sirupeuse. Dans Le Figaro, Roselyne Bachelot s’en charge : « Je vous assure que quand nous sommes allés à Zuydcoote avec le président de la République, c’était terriblement émouvant. Lui et moi avions les larmes aux yeux devant la dignité de ces familles et des personnels soignants. »
Pas au point d’expliquer aux patients visités à Dax que demain, grâce à la franchise qu’escompte mettre en place le gouvernement, ce seront eux qui paieront, à hauteur de 50 € annuels, la franchise de 0,50 € sur chaque boîte de médicament, sur chaque acte d’infirmier ou de kinésithérapeute, et 2 € par transport sanitaire. Aux uns les cadeaux fiscaux, aux autres la « responsabilisation ».

 

(publié dans Témoignage Chrétien le 30 Août 2007) 

14/10/2007

Lèse-talonnette

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Mauvaise semaine pour le jambon Madrange

La PropagandaStaffel de TF1 nous avait habitués à de longs plans-séquence sur la tribune présidentielle, à chaque victoire de l'équipe de France de rugby.

Hier, défaite en demi-finale. Pas même un plan de coupe rapide sur le Président.

On imagine probablement en haut lieu à TF1 que le peuple français a si peu de temps de cerveau disponible qu'il ne reniflera pas la manip, qui voudrait que ce soit un crime de lèse-talonnette d'associer "Sarkozy" et "défaite". 

Au point que sur AOL un journaliste soit amené à demander à Bernard Laporte:

Vous avez souvent évoqué la présence du Président de la République auprès de vous, était-il aussi là dans la défaite ?

"Il était là comme il l'a toujours été. Il doit accompagner l'équipe qu'elle gagne ou qu'elle perde. Je suis content qu'il soit là mais ça n'enlève en rien la déception." répond le vendeur de maillots dédicacés.

Quand à Roselyne Bachelot-Narquin, je serais surpris de l'entendre encore glousser le nom de son "cher Bernard" dans les semaines qui viennent... 

13/10/2007

Dégage, Chabal...

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Xavier Bertrand force le respect.
 

En écoutant l’ex-Ministre de la Santé, cheville ouvrière de la réforme dite Douste-Blazy, aujourd’hui Ministre du Travail, légitimer l’introduction de la franchise sarkozyste ( cessons de parler, s’il vous plaît, de franchises médicales, elles n’ont rien de « médical », ce sont des franchises sur les soins, point-barre), je ne pouvais m’empêcher de penser que cet homme de talent est bien mal utilisé. A l’heure où l’équipe de France de rubgy craint de ne pas fouler le gazon de la finale, se priver d’un type qui promène de telles « cojones » de toro est une erreur stratégique lourde, qui devrait renvoyer Bernard Laporte exercer ses talents chez les minimes de l’ASPTT  de Peyrehorade. Car enfin, il en faut, lorsqu’on a mis en place la fausse réforme du médecin-traitant en prétextant que « c’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer », lorsqu’on a promis un Dossier Médical personnel à tous les français en 2007, lorsqu’on a juré ses grands dieux qu’on obtiendrait grâce au forfait de 1 euro sur les consultations et à la traque aux arrêts de travail l’équilibre des comptes la même année… pour venir annoncer que les comptes sociaux sont toujours aussi gravement déficitaires, et que l’organisation du système de santé est à revoir.

 

Pour les généralistes qui, comme moi, s’étaient engagés depuis 1997 dans le système du médecin-référent, un système incitatif, non pénalisant pour les patients, économiquement efficient, les mesures proposées ont un arrière-goût amer. Car annoncer aujourd’hui qu’il existe en France un problème de sur-prescription médicamenteuse, lorsqu’on a laminé ceux parmi les généralistes qui s’étaient le plus impliqués dans une formation indépendante des firmes, annoncer aujourd’hui qu’il faudrait mettre en place des expérimentations de paiement forfaitaire et de sortie du seul paiement à l’acte, lorsqu’on a sacrifié 8000 généralistes qui s’y étaient investis, et dont certains depuis, mis en difficulté financière, ont dévissé leur plaque, dans le contexte de pénurie médicale qu’on connaît, c’est vraiment imaginer que l’ensemble de la population française est frappée d’Alzheimer. Mais si l’option référent a été vilipendée, saccagée, trahie, c’était à la demande expresse des syndicats libéraux les plus conservateurs, les plus proches du pouvoir politique.

 

Qu’importait alors la cohérence des dispositifs mis en place ? Il s’agissait de s’assurer, en vue des élections présidentielles à venir, les bonnes grâces de ceux qui exigeaient une extension du droit au dépassement d’honoraires hors-parcours de soins, et méprisaient ces généralistes pelés, ces galeux, coupables de pratiquer le tiers-payant à leurs patients et de se méfier des représentants commerciaux des firmes.

 

Il y a un prix à payer pour ces petits arrangements entre amis. La franchise.

 

(publié dans l'Humanité le 28 Septembre 2007)

12/10/2007

N'en jetez plus


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Le Président de la République veut du chiffre.

 

Son fidèle Ministre de l’Identité Nationale s’y emploie.

 

C’est une politique. Qui a sa cohérence.

 

Il y est question de fichage ADN, de quotas, d’immigration choisie sur pied.

 

A lire les compte-rendus de séances de l’Assemblée, la bataille menée par les parlementaires de gauche, les lazzis de la droite (Nadine Morano récusant le généticien et spécialiste des questions éthiques Axel Kahn parce qu’à la différence sans doute de Doc Gyneco, de Steevy et d’Arno Klarsfeld, « il n’a aucune légitimité politique »), à lire ces compte-rendus, on imagine la France que Nicolas Sarkozy nous prépare, la France qu’il rêve, éveillé.

 

Qu’une femme se défenestre, qu’un enfant tombe du quatrième étage, et un moment l’espace médiatique éclaire ce qui se met en place, et accompagne les auditeurs, les spectateurs, dans le versement d’une larme compassionnelle. Puis se remet au service des puissants, les laissant dérouler sur les ondes leur discours patelin sans les interrompre, ou alors juste pour le principe. Combien de temps, encore ?

 

Combien de temps, encore ? C’est la question que se posait Léon Werth, écrivain antimilitariste, juif, ami de Saint-Exupéry, qui lui dédia « Le Petit Prince ». Réfugié dans un petit village des Vosges pendant l’Occupation, il a noté au jour le jour dans son « Journal de guerre 1940-1944 », reparu récemment au Seuil sous le titre « Déposition », ses pensées, ses espoirs, et son effarement devant la vacuité de la propagande qui dégouline d’en haut sur la tête du peuple de France.

 

« Le Maréchal a dit que désormais l’argent serait la récompense du travail », « Le Maréchal veut restaurer la mystique, la chevalerie du travail » et « abattre les frontières entre l’école et la vie », note t’il en 1941, ajoutant : « Quelle puanteur, ce monde de clichés et de cadavres !... C’est à cette poésie du passé, à cette poésie pour échotiers et à un moralisme flou que la bêtise s’accroche ».

 

Et plus tard, un été 42, apprenant ce qui s’est déroulé au Vel d’Hiv, ceci : « Je me sens coupable, comme si j’étais moi-même l’un des bourreaux…L’indignation, c’est presque encore un sentiment de Pharisien. On s’indigne, on a une belle âme, par l’indignation, on se lave de toute complicité avec le crime... Le vrai sentiment révolutionnaire, ce n’est pas la pitié, c’est la honte. »

 

N’en jetez plus, messieurs. Pour la honte, nous sommes servis.

 

(publié dans l'Humanité le 27 Septembre 2007)

11/10/2007

Je vous demande de vous arrêter

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Il faut que la presse cesse d’insinuer que notre Ministre de l’Economie, brillante habituée des conseils d’administration, se serait discréditée auprès du Président en annonçant, il y a quelques semaines, un « plan de rigueur » pour la fonction publique.

Apparemment le terme a été jugé trop polémique.

Moi, avec le recul, je la trouve plutôt soft, Christine Lagarde.

Qualifier de simple « plan de rigueur » une stratégie de casse sociale comme le pays n’en a jamais connu, c’était plutôt habile.

Mais le Président n’aurait pas apprécié.

Pourtant, à part Rachida « J’en abats 7 d’un coup » Dati, je ne vois nulle Ministre qui porte mieux la parole sarkozienne que Christine L : « La France est un pays qui pense. J’aimerais vous dire: assez pensé maintenant, retroussons nos manches ».

« Pourquoi penser ? » dit le Président. Tout le sarkozysme est là, cette insistance sur le fait que l’on n’est pas des idéologues, mais des gens simples, pleins de lourd bon sens, qui font fi des écoles de pensée et appliquent «  ce qui marche », c’est-à-dire les lois du marché, lois naturelles.

Ainsi, quoi de plus sarkozyste que cet hommage émouvant à Phillipe Jaffré, ex-patron d’Elf-Aquitaine bordé de stock-options ayant choisi la Belgique pour éviter les assommantes paperasses du fisc : « Le parcours de Philippe Jaffré s’est inscrit dans la tradition des grands serviteurs de l’Etat. Major de l’ENA, Inspecteur des Finances, habitué des cabinets ministériels, il a notamment contribué à mener à bien les privatisations des années 1986-1988. Sa disparition prématurée prive la France d’un industriel de grand talent, doublé d’un homme fin et chaleureux, honnête et profondément humain. »

La dernière fois que j’ai entendu Philippe Jaffré, c’était en Octobre 2006 sur RMC. Il était venu expliquer que la France allait faire faillite si on n’améliorait pas la productivité afin de combler les déficits. Déficits dûs aux avantages acquis des Français, bien sûr, tous ces feignants qui rechignent à travailler plus pour gagner plus, pendant que d'autres engrangent les stock-options. D'ailleurs, avait-il poursuivi, il ne faut pas légiférer sur ce dernier sujet, mais faire confiance aux conseils d'administration des grandes firmes, qui vivent très mal d'être pointés du doigt dans les journaux. Puis il se moqua longuement d’un jeune auditeur, patron et citoyen, intervenu à l’antenne pour expliquer que, gagnant très correctement sa vie, il payait des impôts pour le bien de la collectivité sans rechigner.

Décidément, si Christine L. n’existait pas, il faudrait l’inventer.

(publié dans l'Humanité le 26 Septembre 2007) 

 
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