Avertir le modérateur

26/01/2017

Benoit Hamon: LAST APPARATCHIK STANDING

montebourg-hamon-valls-peillon-c-denis-allard-rea.jpg

 

Depuis des années, le Parti Socialiste agonise. Pas d’idées, pas de souffle, une succession de reniements. Dans une petite bande dessinée très acide, "Un odieux connard" avait imaginé en 2014 ce qui se passerait si Jaurès revenait de nos jours rue de Solferino, et découvrait, entre autre, le système mortifère des motions, qui travestit les ambitions des diverses écuries présidentielles en courants de pensée, et a servi pendant des années à organiser le statu-quo et la stagnation.

Capture d’écran 2017-01-26 à 12.16.47.png

Capture d’écran 2017-01-26 à 12.17.00.png

Capture d’écran 2017-01-26 à 12.17.14.png

Capture d’écran 2017-01-26 à 12.19.42.png

 

 

Des années que les prétendants au trône se déchirent, se rabibochent. Des années que l’on nous présente, d'un côté des partisans d’une gauche d’ordre et de gouvernement, et de l'autre des frondeurs rebelles, le cheveu fou et l'oeil brillant, prêts à toutes les aventures révolutionnaires, quand au final le fonctionnement du Parti fige tout ça dans l’immobilisme le plus total, voire les compromissions même plus cachées avec « La Finance ».

 

 Ainsi tandis que Hollande s’entoure au gouvernement d’anciens banquiers aux dents longues et de fraudeurs fiscaux, à l’Assemblée nationale les « frondeurs » jouent les trublions de pacotille, menaçant... de menacer, mais échouant systématiquement, à UNE ou DEUX voix près, c’est ballot, à renverser le gouvernement… et à remettre en jeu leur propre mandat. Jusqu’à l’ultime pantalonnade avant liquidation.

Mais qu’est-ce qui pouvait clocher, franchement, dans cette Primaire de la Belle Alliance Populaire?

Capture d’écran 2016-12-04 à 19.55.46.png

Cette tripotée d’anciens ministres de Hollande, avec quelques parjures écologistes et autres radicaux pour donner l’illusion d’un rassemblement de gauche, et auxquels manquaient seulement Denis Baupin et Jean-Vincent Placé pour parfaire le tableau…

Capture d’écran 2016-12-17 à 10.15.43.png

Ce Premier Secrétaire repris de justesse, condamné pour emploi fictif...

Capture d’écran 2017-01-23 à 19.07.37.png

Ce grand Chambellan de la Primaire, magouilleur reconnu de toutes les investitures depuis des années…

benoit-hamon-33_5619945.jpg

Benoit Hamon a donc remporté le premier tour de la Primaire de la Belle Alliance Populaire, et le droit de se vautrer comme une merde à la Présidentielle. Le droit, surtout, de tenter de peser lors du prochain Congrès du Parti Socialiste, cette entité fictive en décomposition avancée.

 

Tous_unis_camarades-Mai_1968.jpg

Et un vent d’espoir se lève chez certains. Face à Valls, l’énervé identitaire qui voit des musulmans partout, Hamon entonne le chant des Partisans, parle « social », parle « solidarité », parle « renouveau ». Une « vraie gauche » à la « puissante imagination » appelle tous les militants à la Résistance. Un apparatchik vieilli sous le harnais, qui a soutenu Valls puis Cazeneuve, a refusé de voter la censure contre la loi El Khomry...

Alors, je voudrais vous parler de Benoit Hamon. Vous rappeler quelques trucs. Parce que si je comprends l’appétit des plus jeunes pour un candidat « vraiment de gauche », je m’en voudrais de ne pas rappeler que pour beaucoup d’hommes et de femmes de ma génération, les noms de Moscovici, Dray, Cambadélis, Morelle, Hollande, etc, etc, etc, nous ont longtemps été vantés comme représentant un véritable espoir, vite douché quand ces types sont enfin arrivés au pouvoir et ont révélé leur incompétence et leur malhonnêteté intellectuelle (et pas que). 

Hamon, apparatchik maintes fois parachuté, a terminé sa carrière dans les Yvelines. Il y tient la fédération du PS, à l’ancienne, comme ses grands aînés avant lui. La Fédé décide de tout, les petits arrangements entre amis du moment priment sur le vote des militants, on se voudrait Jaurès et on rejoue Baron Noir.

 

672714.jpg

Ceux qui connaissent le parcours de Hamon savent qu’il fut le premier Président du Mouvement des Jeunes Socialistes, et a gardé la main-mise sur cet appareil, que de vilaines langues appellent « L’Ecole du Vice ».

Avant lui, Julien Dray pendant des années a manipulé Sos-Racisme et ceux qui y ont fait leurs premières armes.
Dans le même temps, Cambadélis, DSK, Le Guen, ont émargé à la Mutuelle Nationale des Etudiants de France (MNEF), qui après son naufrage scandaleux a donné naissance à La Mutuelle Des Etudiants (LMDE).

C’est à travers ce prisme de l’accès aux soins des étudiants que j’ai découvert l’intrication de tous ces gens qui, la main sur le coeur et Jaurès à la bouche, ont pendant des années vidé de son sens la notion de socialisme, jusqu’au bout de la trahison.

Pendant des années, la MNEF, puis la LMDE, ont servi à payer des permanents, des petites mains, finançant à l’UNEF ceux qui plus tard grimperaient dans l’organigramme socialiste. La raison d’être de ces « mutuelles étudiantes », garantir aux étudiants un meilleur accès aux soins, a été dévoyée. Les scandales sont quotidiens: des milliers d’étudiants jamais remboursés de leurs soins, des milliers de professionnels de santé, pharmaciens, médecins, dentistes, chirurgiens, jamais payés. En Juillet 2014, après des années d’immobilisme coupable, un coup de tonnerre survient: la LMDE est placée sous administration provisoire. La nouvelle tombe un 4 Juillet, juste au moment où, comme chaque année, les nouveaux bacheliers, leur Bac en poche, commencent à s’inscrire dans les facultés et se font démarcher par les mutuelles étudiantes. Panique à la LMDE, et par ricochet à l’UNEF, au MJS, et jusqu’à Solferino. Si les étudiants délaissent par prudence la LMDE, la pompe à fric se tarit…

laureats-peees.jpg

 

A cette époque, Laure Pollez, une journaliste de la société Premières Lignes, qui produit et réalise des documentaires pour Envoyé Spécial et Cash Investigation, m’a interviewé au sujet des mutuelles étudiantes, après que j’ai été confronté au cas d’une jeune femme nécessitant un lourd traitement pour une maladie auto-immune, et dont le dossier, et les remboursements, étaient en rade depuis dix mois. Ce qu’elle va mettre au jour lors de la réalisation de ce reportage est glaçant. Derrière le sempiternel discours sur la solidarité et la nécessité impérieuse pour les étudiants de « bénéficier » d’un régime autonome, une « infiltrée » en caméra cachée révèle l’envers du décor: une « mutuelle » dans les placards de laquelle s’entassent des milliers de dossiers en souffrance, parfois depuis des années.

Car la réalité est alors celle-là. Des milliers d’étudiants et leurs familles, des milliers de soignants, se heurtent à l’incompétence d’un système construit pour siphonner l’argent des étudiants. Etudiants et familles qui souvent, après deux ou trois ans de galères, laissent tomber au moment où la fin des études arrivée, le jeune entre dans la vie active et retrouve le régime obligatoire. Le système est parfait. Il suffit d’attendre qu'étudiants et parents se lassent, et passent par pertes et profits les remboursements dûs. Après des années d’inertie, certains parlementaires s’en sont émus. Et ce 4 Juillet 2014, deux ans après que la Cour des Comptes ait épinglé la gestion de la LMDE, et malgré une tentative de repêchage par la MGEN ( sans en informer ses cotisants, qui sont là pour éponger), la LMDE est mise sous administration provisoire. De la LMDE, l’émoi gagne le MJS, l’UNEF, Solférino.


Rappelons qu’en sept ans, ni Marisol Touraine, ni François Hollande, ni aucun des députés socialistes hier vient debout contre les insupportables franchises sur les soins de Nicolas Sarkozy n'a trouvé le temps de les abroger, ce qu'ils avaient tous promis de faire dès leur arrivée aux affaires.

Il ne faudra que trois jours pour que la même Marisol Touraine et deux éminents membres du gouvernement socialiste volent au secours de la très transparente LMDE, et réaffirment leur "attachement au régime étudiant de sécurité sociale." Je cite: "Ce régime définit l’étudiant comme un assuré social autonome et permet la prise en compte de spécificités de la population étudiante en matière de santé ».

Capture d’écran 2017-01-25 à 22.39.10.png

 

Miracle!!!! En moins de 72 heures, trois ministres socialistes et non des moindres viennent garantir « le remboursement des soins aux étudiants ». Mieux, ils écrivent que ce remboursement est « garanti et continuera à être assuré » comme si le rapport des la Cour des Comptes n’existait pas, comme si ils ignoraient, les uns et les autres, que des milliers de dossiers sont entassés dans des armoires, que des milliers d’étudiants sont spoliés chaque année. Ces trois ministres, qui tentent de rassurer faussement les étudiants et leurs familles pour laisser perdurer encore une année ce système pervers, sont Michel Sapin, Marisol Touraine, et l'Antisystème Benoît Hamon. Lequel est abondamment cité dans le documentaire « Mutuelles étudiantes, remboursez! », lorsque des étudiants venus discuter du dossier avec le ministre de l’Education qu’il est alors se heurtent à un refus définitif de régler ce problème. Comme le notent ses interlocuteurs, le conseiller du ministre à l’époque n’est autre qu’un ancien Président de l’UNEF.

Quelques années plus tard, la LMDE n’est plus qu’une coquille vide, adossée au régime général et à la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie. Ses administrateurs, comme l’avait alors prévu un bon connaisseur du dossier, en sont réduits à choisir la couleur des préservatifs lors des manifestations autour de l’accès aux soins. Le dossier a été enterré, ainsi que les créances impayées. Depuis lors, comme par miracle, les soins des étudiants sont remboursés.

Lorsqu’ils signent ce communiqué de presse commun le 7 Juillet 2014, garantissant le remboursement des soins qui « continuera à être assuré », alors que toute personne un tant soit peu au fait du dossier sait que cela est totalement faux, Hamon, Touraine et Sapin le font-ils par incompétence, ou par malhonnêteté? Je vous en laisse juge.

 

Mais de grâce, ne faites pas l’erreur qu’a fait ma génération avec les Mosco, les Cambadélis, les Morelle, les DSK et les Cahuzac. De croire que malgré leurs casseroles, ces apparatchiks qui ont fait depuis cinq ans la preuve éclatante de leur nullité et de leur malhonnêteté, ont quoi que ce soit à voir avec l’idée du socialisme que portaient Jaurès ou Blum.

Benoît Hamon n’est pas le recours, Benoit Hamon n'est pas "AntiSystème". Il est juste le dernier apparatchik encore debout. Last Apparatchik Standing.

1258_fr_last_man_standing_1310560864776.jpg

 

  

 

15/01/2017

"On va tous mourir": Comment la com a tué la grippe...

 

 

health-flu-1918-dixie-cups-crop-42-swscan07790-copy.jpg

 

 

La grippe, sa vie, son oeuvre. Ce ne devrait même pas être un sujet de polémique, tant la pathologie est banale, récurrente, de retour chaque année… Et pourtant à chaque hiver, c’est la même chose: polémiques, accusations, reportages sur l’apocalypse dans les services d’urgence, mise en cause, ici des médecins, ici du ministère, là des « anti-vaccinaux » ou de Big Pharma. Avant d’aborder les causes du bordel ambiant, j’ai posé une question basique sur Twitter, la question que je pourrais poser aux patients dans ma salle d’attente:

 

Capture d’écran 2017-01-14 à 18.27.00.png


Je m’attendais à des questions « politiques »: A qui la faute? C’est quoi ce bordel? On nous enfume ou c’est vraiment la fin du monde? » Il y en a eu, mais il y eu aussi voire surtout des questions basiques sur les symptômes de la grippe, la nécessité de se vacciner, etc…

Je vais commencer par répondre à celles-là, en précisant d’où je parle. Je suis médecin généraliste en activité depuis trente-trois ans, je n’ai aucun lien d’intérêt avec un laboratoire pharmaceutique, aucune affiliation politique.

La grippe est une maladie virale. Le virus, ou plutôt les virus grippaux car il y en a plusieurs, évoluent, mutent, au fil des années. Le but d’une maladie virale n’est pas de tuer ses hôtes, mais d’en infecter le maximum. La plupart des personnes qui sont infectées par un virus grippal ont des symptômes similaires: une élévation souvent rapide et importante de la température, accompagnée de frissons, de douleurs: maux de tête liés à la fièvre, douleurs articulaires et musculaires liées à la réponse immunitaire de l’organisme. En résumé, en l’espace de deux-trois heures à peine, un sujet qui se sentait bien est brutalement terrassé: il est très fiévreux, il se sent très faible, il a la sensation d’avoir été roué de coups. Souvent des symptômes ORL et respiratoires apparaissent: le nez qui coule comme une fontaine, des éternuements, des maux de gorge, une toux.

L’évolution dépend des individus. La majorité des individus en bonne santé va vivre quelques jours plus ou moins inconfortables, puis peu à peu reprendre pied parce que son système immunitaire va combattre le virus en sécrétant des anticorps, plus ou moins adaptés à l’infection actuelle en fonction des « armes » que l’organisme a engrangées au fil des années, des vaccinations ou des épisodes infectieux précédents. Plus récemment on a rencontré un virus ayant des caractéristiques en partie similaires au virus en activité, ou plus récemment on a été vacciné avec un vaccin destiné à lutter contre ce virus en activité, plus on a de chance de lancer rapidement la contre-attaque en sécrétant suffisamment d’anticorps adaptés pour bloquer la progression du virus dans l’organisme.

Mais les individus ne sont pas tous égaux, ni devant la maladie, ni dans leur réponse immunitaire. Certains vont ressentir une phase d’invasion virale, frissons, fièvre, nez qui coule… mais leur réponse va être si rapide et efficace qu’en moins de 24 heures ils vont se sentir nettement mieux, au point de se demander même s’ils ont bien eu la grippe. D’autres vont être durablement affectés, et le virus va parfois provoquer des complications, le plus souvent parce que des bactéries vont « profiter » de l’affaiblissement de l’organisme pour « surinfecter » une muqueuse nasale ou respiratoire affaiblie. Le patient va developper une sinusite, ou une bronchite, voire une pneumopathie. D’autres enfin vont avoir des symptômes minimes, voire pas de symptômes du tout. ( En Septembre 2009, le ministère de la Santé anglais cherchait des cobayes pour le vaccin en fabrication. Parmi les volontaires, sains, un grand nombre avait des anticorps contre H1N1. Ils avaient été infectés par le virus pendant l’été et l’avaient surmonté, sans s’en apercevoir. Cette constatation fut d’ailleurs cruciale pour les médecins indépendants qui doutaient dès cette période de la communication catastrophiste de la ministre et de ses conseillers)

Les personnes fragiles, insuffisants cardiaques ou respiratoires, personnes âgées, ou souffrant de pathologies lourdes ou prenant des traitements diminuant la réponse immunitaire, sont les plus à risque. Mais il arrive aussi que des personnes jeunes en parfaite santé développent une grippe « maligne » avec en particulier une atteinte pulmonaire très sévère pouvant nécessiter ventilation par oxygène, réanimation, et pouvant mettre en jeu le pronostic vital. C’est le cas chaque année, même si c’est relativement rare, et ce fut apparemment le cas en 2009 lors de la grippe H1N1 qui vit de nombreux gouvernements dont le gouvernement français mettre en place un plan pandémique dont l’efficacité reste sujette à caution ( Nous y reviendrons. Les écrits restent, ceux qui voudraient se remémorer ce fiasco pourront remonter le temps sur ce blog).

En règle générale, la grippe est bénigne pour les sujets en bonne santé. Les symptômes qui doivent alerter sont: des troubles de conscience, une gêne respiratoire majeure. Des cas sont rapportés de médecins ou de services d’urgence à domicile poursuivis pour n’avoir pas réagi suffisamment rapidement, ou ne pas avoir revu suffisamment vite un patient vu la veille et s’aggravant le lendemain. Le problème est que ces aggravations chez des sujets jeunes sont heureusement très rares, et qu’en période d’épidémie les soignants peuvent être débordés et rechigner à revoir un patient déjà vu la veille « et qui ne va pas mieux, docteur ». Il ne faut pas déranger les soignants pour rien. Il est normal d’avoir encore de la fièvre, beaucoup de fièvre, dans les jours qui suivent la consultation. Ce qui doit alerter, c’est un patient qui présente des troubles de la conscience, ou qui respire très mal. Un des petits outils très utiles pour déterminer l’état d’un patient est l’oxymètre de pouls, qui permet de mesurer la quantité d’oxygène qui circule dans le sang artériel.

I-Moyenne-26269-oxymetre-de-pouls-bleu-joleti.net.jpg

Peu onéreux, utilisable par le médecin ou par une personne un peu expérimentée, il permet de savoir si une personne fragile s’aggrave au niveau respiratoire, ou pas. ( Et donc de fournir au téléphone une indication extrêmement utile si on appelle un service de secours… Un oxymètre de pouls coûte une vingtaine d’euros. Un instrument extrêmement utile, autrefois fréquemment retrouvé à domicile, mais étrangement de plus en plus rare, s’appelle un « thermomètre ». Oui, je sais, je suis une brute en blanc.)

La majorité des patients grippés est malade pendant 4 à 7 jours, et c’est la durée moyenne des arrêts de travail pour grippe. Beaucoup de gens rechignent à s’arrêter, veulent continuer à travailler sous médicament, mais c’est déconseillé. Ils se fatiguent, risquent de se surinfecter, lors des trajets en transport en commun par exemple, et surtout vont disséminer leur virus, lors des trajets comme sur leur lieu de travail. Travailler grippé, faire oeuvre de présentéisme, n’est pas recommandé. Sauf par les économistes de plateau et Laurent Wauquiez, probablement.

ob_d5b132_ob-c725e4-wauquiez-laurent.jpg

 

Le vaccin antigrippal a une efficacité modérée. Certains sujets vaccinés font la grippe, certains sujets non vaccinés passent à travers l’épidémie. Le vaccin n’est qu’un élément de défense, comme le sont les mesures d’hygiène: le lavage fréquent des mains, le port d’un masque si l’on est atteint, le fait de ne pas laisser traîner des mouchoirs infectés ou de ne pas éternuer sur ses congénères.

health-flu-1918-handkerchief.jpg

Le vaccin protège mieux ceux qui en ont le moins besoin… C’est-à-dire qu’il protège mieux les jeunes que les personnes âgées. C’est la raison pour laquelle on peut envisager des mesures-barrières, de vaccination « altruiste », et par exemple proposer de vacciner tous les membres d’une famille qui vivrait à domicile avec un aïeul âgé ou fragile. C’est aussi la raison pour laquelle on peut envisager de vacciner le personnel soignant, mais, et c’est là que le bât blesse, comme souvent dans ces histoires de grippe, d’épidémie, et de vaccin, il n’existe encore aujourd’hui aucune preuve scientifique que la vaccination des personnels soignants diminue la mortalité des personnes âgées en institution, par exemple. D’autres facteurs peuvent jouer, comme le respect de mesures d’hygiène, et la ventilation des chambres et des services de soins pour éviter que les patients « baignent » dans une atmosphère viciée par une grande quantité de virus.

 

health-fresh-air-swscan08782.jpg

La décision de se vacciner ou non dépend de chaque individu, de son état de santé, de ses fragilités, de son âge, de son entourage, de ses traitements en cours.

Les vaccins homéopathiques (comme les traitements homéopathiques de la grippe) sont utiles… pour le chiffre d’affaires du laboratoire qui en inonde le marché. Mais cette belle arnaque reste, en France, populaire.

Le fait d’attraper la grippe et de développer une immunité naturelle contre le virus rencontré profère apparemment une défense croisée contre d’autres virus grippaux, de meilleure qualité, et de plus longue durée, que l’immunité artificielle développée par vaccination. Ceci complique le choix, évidemment. Vaut-il mieux courir le risque d’attraper la grippe ( mais ensuite d’être naturellement mieux immunisé pendant quelques années) ou vaut-il mieux se vacciner de manière répétée? Je n’en sais rien, et soyons clair, personne n’en sait rien, surtout pas les experts multicartes qui viennent gloser sur tous les plateaux en omettant à chaque fois de signaler qu’ils travaillent avec, et sont payés par, les laboratoires qui fabriquent et vendent les vaccins. Cela a été particulièrement flagrant pendant la grippe H1N1 de 2009, ou de grrrrands professeurs sont venus vous expliquer que si vous n’étiez pas vaccinés vous alliez tous mourir. Un grand ponte, au doigt mouillé, en se basant sur des calculs totalement approximatifs, avait prédit des millions de morts. Il continue à pavoiser sur les plateaux, sans le moindre mea culpa. Cette grippe H1N1, et la réponse politique qui fut apportée alors, est au centre de la polémique actuelle, car même sans être spécialistes de la question, un très grand nombre de gens a très mal vécu cette période: le ministère et les experts leur ont expliqué que la situation était très grave, les a incité à se vacciner dans des conditions très particulières, dans des vaccinodromes, avec des vaccins par lot de dizaine de doses, fabriqués dans des conditions de précipitation assez opaques, et en répétant à cette population que les médecins auxquels on leur demandait de confier leur santé ( et leurs autres vaccinations) tout au long de leur vie étaient soudain totalement incompétents et incapables de gérer la situation.

Si Roselyne Bachelot, après ce fiasco total, a réussi son relooking extrême en sexa sympa au rayon sexo et conso d’antennes de qualité comme D8 et RMC, si les experts de l’apocalypse ont finalement retrouvé le chemin des plateaux, la confiance des Français, déjà échaudés par d’autres campagnes vaccinales trop martiales ( hépatite B, papillomavirus) , a été durablement ébranlée.

Une personne qui a programmé un voyage, ou une intervention chirurgicale, ou doit passer un concours, pourra choisir de se faire vacciner afin de tenter d’éviter la grippe cette année-là. Le délai de création des anticorps est de deux à trois semaines après la vaccination. A ce titre, rappelons que le vaccin est disponible en pharmacie dès la fin Septembre. Et que si on a choisi de se vacciner, il est incohérent d’attendre pour le faire. L’épidémie débute parfois tôt, voire très tôt. Et soit le vaccin sera efficace cette année-là, soit il le sera moins ( parce qu’entre le moment où auront été choisies à la fin du printemps les souches incluses dans le vaccin en fonction des modélisations géographiques, et le moment où la grippe surviendra, le virus aura muté, ou bien une souche différente aura pris le dessus). Mais le vaccin de l’année ne perdra pas son efficacité en Mars parce qu’il aura été pratiqué en Octobre, comme semblent le croire beaucoup de patients. Si on a décidé de se faire vacciner, il n’y a pas de raison d’attendre… au risque de le faire trop tardivement.

Quelle est la mortalité de la grippe? On ne le sait pas. On ne sait pas combien de personnes meurent en France de la grippe chaque année. Mon bon camarade de fac Jean-Baptiste Blanc a écrit un très bel article à ce sujet.  
Pendant très longtemps on a parlé de plusieurs dizaines de milliers de morts par an, et puis lorsqu’on a compté en 2009 ( pendant la terrrrible pandémie Bachelot), de mémoire, on est arrivé à 488 décès. 421 cas en moyenne chaque année depuis 2005. Beaucoup de patients âgés meurent parce que la grippe, ou une autre infection hivernale vient fragiliser un organisme déjà fragile. Et après une canicule, ou une forte grippe un hiver, il y aura moins de morts l’hiver suivant…parce que la Faucheuse est déjà passée…

Que se passe-t’il dans les hôpitaux? J’ai posé la question à plusieurs confrères travaillant dans des services d’urgence, tant la situation qui est décrite à longueur d’articles et de journaux télévisés est discordante avec ce que voient un grand nombre des médecins généralistes du pays. En résumé, nos cabinets voient l’afflux hivernal habituel de rhinites, d’angines, de bronchites, d’infections virales orl et respiratoires, beaucoup de syndrômes grippaux, quelques rares grippes « cognées », et aussi le lot habituel de gens qui, du fait du tabagisme, de la pollution, de la mauvaise aération chronique de leurs maisons, traînent une toux désagréable et un mouchage irritant, des maux de gorge, pendant parfois plusieurs semaines. Dans le même temps, la situation décrite dans les hôpitaux, et en particulier dans les services d’urgence, est très difficile. Je laisse la parole à mes confrères hospitaliers, n’étant pas, à la différence de nombre d’éditorialistes, doué de la science infuse:

« On a actuellement des problèmes de place mais ça n'a rien à voir avec la grippe, juste une population âgée qui tombe malade mais sérieux j'ai eu un cas de grippe… un cas sur mes deux dernières gardes »

« En pratique, on hospitalise beaucoup de vieux en ce moment. Ils ont pas tous la grippe loin de la. Pneumopathies et insuffisance cardiaque. Le système est toujours à fond donc pas besoin de beaucoup plus de patients pour le dérégler, surtout sur les vieux, car personne n'en veut dans les services. Les lits soi disant disponibles ne le sont pas pour eux… »

«  Je vois ça indirectement au point hebdomadaire sur les lits. L'hôpital a 750 lits. Sur ces 750 tu as un UHCD de 15 lits et une unité post urgences (pas pareil) de 15 lits. Et tu as 24 lits qui sont distribués par 2 dans des services de médecine et qui ne sont pas ouverts. Quand il ne reste plus que 10 lits normaux disponibles dans l'hôpital, les gestionnaires de lits ont le droit d'ouvrir ces 24 lits. Ça c'est la période de tension. Quand il ne reste plus que 10 lits tout court dans tout l'établissement, les gestionnaires de lits peuvent utiliser des chambres non équipées (par exemple celles pour les examens de sommeil). C'est la période de surtension.Quand il n'y a plus rien, ils stockent les patients dans une vaste zone de transit non boxée. Ça c'est la période pas cool. Depuis mi septembre l'hôpital est en période de tension tous les jours et depuis les vacances des Noël et jusqu'à hier on a eu une quinzaine de jours de surtension. La grippe là dedans est apparue en même temps que la surtension. Ce qui est plus difficile avec la grippe, c'est que tous les patients d'un service où il y a deux cas sont isolés ( masque et gants partout tout le temps) et ça donne une impression que l'hôpital est face à une situation hors normes. »

Ce que disent ces hospitaliers, y compris des chefs de service d’urgence, c’est que la situation est en permanence tendue, que trouver des lits pour des personnes âgées est très difficile voire impossible ( et chronophage), alors que l’hôpital est régi par la tarification à l’activité qui sur le plan financier fait que pour un service il est plus avantageux de prendre en charge un infarctus chez un quadragénaire qu’une bronchite chez une vieille dame désorientée .( Merci Monsieur Xavier Bertrand, merci Madame Roselyne Bachelot, merci les économistes de la santé jamais malades).

bNHiE-N3.jpg-large.jpeg

               (Magnifique illustration photographique d'un exemple assez rare de "LITHIASE DE COULOIR")

 

Ce qu’ils disent aussi, mais qui ne le dit pas, c’est que la ministre actuelle fonctionne uniquement en fonction de la com, sans écouter les soignants, ni ceux qui travaillent dans les hôpitaux, ni ceux qui travaillent en ville. Qu’il lui importe de « faire semblant » d’affronter une situation hors-norme, alors que seuls les soignants, au quotidien, l’affrontent, et que cette situation n’est pas « hors-norme », elle est en grande partie la conséquence de choix administratifs et financiers faits en amont. Pour incise, je noterai qu’actuellement la situation du National Health Service anglais est catastrophique, du fait des coupes budgétaires répétées des gouvernements conservateurs qui se sont succédés et de la débilité mentale du ministre qui ne cesse de désigner comme coupables de la catastrophe actuelle les jeunes internes et les généralistes.

Je n’ai pas abordé un sujet qui impacte fortement le quotidien des malades: la désertification médicale en cours, que nombre d’entre nous, médecins, avons prévu de longue date, pour laquelle nous n’avons eu de cesse de tenter de prévenir nos ministres de tutelle ou les ARS, sans que celles-ci ne se saisissent du problème, ou uniquement pour hurler qu’il faudra des mesures coercitives pour forcer à s’installer dans des zones désertes des médecins… qui n’existent pas. Très schématiquement, l’absence d’investissement sur les conditions d’exercice de la première ligne de soins: (médecins généralistes, infirmiers libéraux, kinésitherapeutes de ville) , amène à la disparition progressive de la médecine générale, et amène de nombreux patients supplémentaires à considérer « les urgences » comme leur premier recours (et je ne les en blâme pas).

Capture d’écran 2017-01-14 à 11.31.24.png

Au moment où l’Ordre des Médecins lui-même, par la bouche de son Président, le Docteur Bouet, un homme de qualité ( non non, je vous jure, je ne cherche pas un poste, je le pense vraiment), envisage de rendre la vaccination antigrippale des personnels de santé obligatoire, je conclurai cet article bien incomplet en signalant quatre études médicales canadiennes, mises en avant par un confrère, le Docteur Yvon Le Flohic… Ces études ont révélé que pendant la grippe pandémique H1N1 de 2009-2010, le fait d’avoir été vacciné l’année précédente ( 2008-2009) par le vaccin saisonnier annuel antigrippal AGGRAVAIT le risque de faire une grippe pandémique sévère. Les mécanismes restent inconnus, mais rappellent que nous en savons beaucoup moins que nous ne le voudrions sur la vaccination antigrippale . Le docteur Dominique Dupagne, pas opposé par principe à la vaccination, souligne les incertitudes sur ses bénéfices ou désavantages à long termeCela signifie que la décision ou non de se vacciner doit être prise par chaque individu en fonction d’informations indépendantes, honnêtes, en tenant compte des incertitudes. Les décisions autoritaires engendrent la méfiance. Le fiasco de 2009, dont, soignants comme patients, nous payons toujours le prix, vient de l’imposition par les politiques de conduites inadaptées décidées par des conseillers aux multiples casquettes.

La médecine, les soins, ne s’imposent pas.

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu