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18/11/2016

On ne trouve plus de petit personnel: émouvant drame de la bourgeoisie socialiste (1)

( Une fois n'est pas coutume, ce post est un work-in-progress, qui reprend des réflexions disparates que je me suis fait depuis plus de quinze ans, au sujet du pouvoir politique, et d'une certaine "élite" socialiste)

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Ségolène ou la bouleversitude ( épisode 1)

Tout a commencé par un fait-divers sordide: une jeune élève du lycée Marguerite de Valois et Jean Rostand d'Angoulême a accouché dans les toilettes du lycée d'un enfant vivant qu'elle a ensuite laissé mourir dans un sac en plastique déposé dans une poubelle proche. Nous sommes en Mars 2000, bien longtemps avant l'affaire Courjault et la médiatisation du "déni de grossesse". Ce qui se passe dans les heures suivantes me paraîtra d'une telle violence symbolique qu'à l'époque je publie cette chronique dans Impact-Médecin, soru le titre "Un aveuglement aussi fort"

 

 

La ministre bouleversée tourne son beau visage chaviré vers les caméras, et, sous les lambris de son bureau de délé­guée à l'Enseignement scolaire, elle dit : «Je suis bouleversée. »

Elle est boulever­sée parce qu'une jeune fille de 17.ans vient d'accoucher seule dans les toilettes de son lycée, et s'est débarrassée du nouveau-né dans une poubelle. Mais elle est surtout bouleversée parce que cette jeune fille avait vu les infirmières scolaires, qui n'avaient rien remarqué.

« Je ne m'ex­plique pas comment les infirmières n'ont rien pu voir», s'indigne la ministre bouleversée, «comment elles n'ont pas eu la capacité de dialogue de qualité suffisante pour que la jeune fille se confie, comment aucune n'a pu lui tendre la main avant qu'il n'y ait deux victimes, elle et son bébé».

Elle explique que l'adolescente, interne au lycée, aurait dû être entourée, et conclut : «Je veux savoir pourquoi il y a eu un aveu­glement aussi fort.»

La ministre bouleversée termine sa prestation, Les caméras arrêtent de tour­ner, et il y a maintenant, au lycée Marguerite-de-Valois, en l'espace de quelques secondes, au moins trois victimes supplé­mentaires : les infirmières scolaires, nom­mément désignées comme responsables probables, coupables potentielles, et une bonne partie de l'encadrement scolaire.

 Imaginez un instant la violence psycholo­gique intolérable que subissent les prota­gonistes de ce drame dans les suites de cette déclaration. Imaginez leur sentiment de culpabilité, leur accablement, leur dé­goût.

Imaginez le meurtre rituel que re­présente cette mise en accusation publique, télévisée, dans la bouche d'un re­présentant de l'Etat. Un représentant de l'Etat chargé de l'Enseignement scolaire, qui ne peut donc ignorer les difficultés auxquelles se heurtent quotidiennement les enseignants, et la pénurie du secteur de la santé scolaire.

On répugne cependant à imaginer qu'une attaque aussi virulente envers le personnel d'encadrement pour­rait servir à la ministre bouleversée à bot­ter en touche, à désigner des responsables immédiats pour éviter de se trouver mise en cause, à nommer des coupables pour passer sous silence les carences de son mi­nistère.

On répugne à l'imaginer. Mais alors, quelle explication nous resterait-il ? Si ce n'est pas du machiavélisme, ce peut être simplement de la bêtise, la bêtise bornée de la bourgeoise habituée à fusti­ger les insuffisances de son petit person­nel, entre copines, à l'heure du thé: «Ah, vous savez ce que c'est, ça devient de plus en plus difficile de trouver une femme de ménage... »

Reste que le lendemain, devant l'évi­dence grandissante du déni de grossesse présenté par l'adolescente, devant le ta­bleau contrasté qui se dévoile peu à peu, la ministre bouleversée, ou plutôt ses conseils en communication, font volte-face : elle assure les personnels de son soutien, et s'excuse bien sincèrement... «de propos forcément partiels et retirés de leur contexte». On peine à voir en quoi ces pro­pos, complaisamment retransmis sur les ondes la veille, auraient été retirés de leur contexte, et on se demande si ce n'est pas la ministre bouleversée elle-même qui ga­gnerait à être retirée de son contexte.

 

( à suivre)

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