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07/03/2016

LA BROSSE A RELUIRE DANS LA PLAIE

Pour qui se pose la question de ce qu'est un journalisme indépendant, pas de meilleure illustration que le téléscopage, aujourdhui, de deux articles de presse, au moment où Agnès Buzyn, ancienne présidente de l'Institut National du Cancer, est nommée par le Président François Hollande ( que le monde entier nous envie) présidente de la Haute Autorité de Santé.

 

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Je ne m'arrêterai pas sur cette manie bien française de distribuer des hochets, ni même sur ces appellations fantoches: "Haute Autorité de Santé, "Haut Conseil Pour l'Avenir de l'Assurance Maladie", censées faire taire le bon, et bas peuple, et le maintenir dans une attitude de soumission aux décisions des "Hauts" sachants.

 

Je ne m'arrêterai pas non plus sur le bilan des agences sanitaires françaises, bilan lamentable, d'autres l'ont fait mieux que moi, d'un scandale sanitaire l'autre.

 

Je noterai cependant que le milieu de la cancérologie est probablement l'un des plus truffés de liens d'intérêt entre grrrrands professeurs et complexe pharmaceutico-industriel, et que le choix d'un membre du sérail a certainement valeur d'exemple.

 

Pour ceux qui n'auraient pas connaissance des missions de la Haute Autorité de Santé:

"La HAS est une autorité publique indépendante qui contribue à la régulation du système de santé par la qualité. Elle exerce ses missions dans les champs de l'évaluation des produits de santé, des pratiques professionnelles, de l’organisation des soins et de la santé publique.

La HAS évalue d’un point de vue médical et économique les produits, actes, prestations et technologies de santé, en vue de leur admission au remboursement. Elle élabore des recommandations sur les stratégies de prise en charge.

La HAS certifie les établissements de santé et accrédite les praticiens de certaines disciplines afin d’évaluer et d'améliorer la qualité des soins et la sécurité des patients dans les établissements de santé et en médecine de ville."

Certification des établissements de santé, évaluation des pratiques professionnelles et des médicaments, on mesure donc dans notre France toujours en quête de nouvelles normes l'importance théorique de cette nomination.

Dans Libération, Eric Favereau, dont on a pu suivre pendant tout le long et fastidieux déroulement de la guerilla contre la Loi Santé de Marisol Touraine les injonctions répétées à lutter contre les refus d'un corps médical forcément réactionnaire, dresse aujourd'hui un portrait d'Agnes Buzyn, portrait idyllique où rien ne fâche.

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La brosse à reluire si souvent passée dans le dos d'Etienne Caniard, président de la Mutualité Française, zélateur du tiers-payant généralisé, mais aussi "une des personnalités les plus attachantes et les plus compétentes du monde de la santé " ( et accessoirement partenaire et sponsor des Jeudi de la Santé... de Libération), trouve ici un nouvel usage.

"Dans ses nouvelles fonctions, la professeure Agnès Buzyn a bien des atouts. Elle arrive, auréolée d’un parcours sans tache. Lors de ses auditions au Parlement, la droite comme la gauche ont salué la nomination d’une femme d’expérience et de science, qui a réussi ces cinq dernières années à la présidence de l’Institut national du cancer. Personnalité efficace, peu sensible aux mirages du pouvoir, elle se montre très attentionnée sur les questions des inégalités de santé."

Dans le même temps, sur Mediapart, on peut lire une véritable enquête, qui soulève un questionnement chez toute personne un peu au fait des combats qui se jouent autour de la notion d'indépendance des experts en médecine. On y lit noir sur blanc que sur cet épineux sujet, Agnes Buzyn a tranché dans le sens le plus ouvertement réactionnaire et corporatiste:

« L’industrie pharmaceutique joue son rôle, et je n’ai jamais crié avec les loups sur cette industrie. Il faut expliquer que vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts»

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En clair, écrit la journaliste Pascale Pascariello dans le journal inventé par Edwy Plenel, "Agnès Buzyn regrette de ne pouvoir prendre des chercheurs qui ont, avec l’industrie pharmaceutique, des liens d’intérêt pourtant susceptibles d’influencer leurs expertises."

De ceci, de cette information cruciale qui révèle le degré d'indigence éthique et scientifique de cet incessant mercato de personnalités BigPharma-compatibles à la tête des agences sanitaires françaises, le lecteur de Libération ne saura rien.

 

Et c'est ainsi, Madame, que votre fille est muette, sourde, et aveugle. Et que nous n'avons pas le cul sorti des ronces.

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