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15/01/2014

Dieudonné et Finkielkraut: Laurel et Hardy

Nous croulons depuis le début de l'affaire Dieudonné sous les écrits et les sketchs d'éditorialistes vigilants et de fins humoristes engagés de la vingt-cinquième heure.

Dans le lot, le commentaire politique le plus pertinent  ( de ceux que j'ai lus) m'a semblé être celui de Paul Moreira: Dieudonné, l'allié du système

J'ai aussi beaucoup aimé, malgré son titre, le texte d'Arthur Dreyfus  Attention les gars la quenelle cest un truc de pede  , et le sketch d'Elie Semoun, dont la fin, assez bouleversante, rend encore plus lamentable la prestation hystérique de Nicolas Bedos.

"Quand on a débuté avec Dieudonné, on était le symbole même de l'antiracisme, à tel point que j'avais oublié que j'étais Noir et qu'il était Juif ! On s'en foutait à l'époque de tout ça, maintenant c'est un problème pour tout le monde... Dommage, moi j'aimais bien être Noir".   Ca a quand même une autre classe que la répétition appuyée du patronyme M'Bala M'Bala M'Bala M'Bala M'Bala pour s'attirer les rires du fan-club de Michel Leeb.

"J'avais oublié que j'étais Noir et qu'il était Juif", je trouve ça sublime. Poétique, ironique, mélancolique, surréaliste...

Ce qui m'étonne quand même, c'est qu'il ait fallu attendre aussi longtemps pour que le compérage évident entre les pathologies psychiatriques d'Alain Soral et de Dieudonné M'Bala, d'Eric Zemmour, Alain Finkielkraut et autres Renaud Camus, pète à la gueule d'un système médiatique qui s'est longtemps accoutumé à l'obscénité, du moment qu'elle sortait de la bouche d'éditocrates ou d'intellectuels "autorisés".

Ca fait un bout de temps que je les écoute, que je les lis. Pas par plaisir, mais parce que pour écrire "No Pasaran, endgame", je me suis longtemps intéressé aux élucubrations de la droite-extrême, allant surfer sur des sites à faire vomir un bouc. Et je suis assez surpris qu'il ait fallu tant de temps pour coller Zemmour en couv' du Nouvel Observateur à côté de Soral et Dieudonné. Encore un effort, encore deux-trois ans, et Joffrin se fera greffer des couilles et osera y ajouter Finkielkraut ( clairement identifié dans l'article, mais pas en couv' d'un magazine où il eut longtemps, comme partout, son rond de serviette.)

Pour moi, la messe était dite depuis longtemps:



Dieudonné et Finkielkraut. Laurel et Hardy.

L'un, pour légitimer un sketch lourdissime diffusé à la télévision se répand dans les médias contre les "sionistes" qui l'émpêcheraient de monter un film sur la traite des Noirs. Cherche ainsi à justifier ses dérapages de plus en plus outranciers en se prétendant le porte-drapeau d'une identité noire qu'il prend en otage et décrédibilise. Va à Alger parler de "pornographie mémorielle" en référence à la Shoah, pour ensuite argumenter finement qu'il ne parle pas de la Shoah mais de ses commémorations.

L'autre, néo-réac malsain, intellectuel poly-encarté présent sur tous les fronts médiatiques, se lâche devant les journalistes d'Haaretz en moquant l'équipe de France "black-black-black" qui ferait ricaner toute l'Europe, après avoir expliqué que les évènements récents en banlieue constituent "une révolte à caractère ethnico-religieux", manière commode d'en évacuer les causes sociales. Aussitôt, il est salué par Nicolas Sarkozy, qui n'a probablement pas encore eu le temps de s'asseoir et de lire le rapport des Renseignements Généraux affirmant le contraire. Nicolas Sarkozy, pour qui "M. Finkielkraut est un intellectuel qui fait honneur à l'intelligence française et s'il y a tant de personnes qui le critiquent, c'est peut-être parce qu'il dit des choses justes. ( Admirez le "peut-être", du type qui ne veut pas se salir les doigts ou exprimer une conviction)

Finkielkraut, pas plus que Dieudonné, n'assume ses propos franchement, expliquant à longueur d'antenne et de colonne qu'il ne se reconnaît pas dans l'homme qui apparaît à travers ses propos: "Du puzzle de citations qu'il y a eu dans Le Monde, surgit un personnage odieux, antipathique, grotesque, auquel je n'aurais pas envie de serrer la main et on me dit, et là le cauchemar commence, que ce personnage c'est moi, je suis sommé d'habiter ce corps textuel, d'en répondre devant le tribunal de l'opinion. ...Je répète que je n'ai aucun rapport avec le personnage que dessine ce puzzle. Ce personnage, je le déteste comme tout le monde."

Deux faces de la même pièce, deux hommes s'observant de chaque côté du miroir, suffoqués d'y découvrir leur vrai visage.

PS: sur le sujet de Finkielkraut, le philosophe sérieux et son "double" insortable, un excellent article de Mona Chollet dans Périphéries: Quand l'ignorance part en guerre au nom du savoir

 

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