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29/03/2013

Marie-Chantal à la Santé

 

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Monsieur le Président

 

Je  vous écris de mon cabinet médical, entre deux patients. Je vous écris et pourtant je n’attends plus rien de vous. Je vous écris parce que, comme l’écrivait Orwell « En ces temps de tromperie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire ». Et la vérité c’est que vous n’avez tenu aucune de vos promesses, dans le domaine de la santé comme ailleurs. Ce n’est pas une accusation, c’est juste un constat.

Vous aviez promis de revenir sur les franchises sur les soins, que vous dénonciez  comme une « sanction et culpabilisation du malade ».

Vous aviez promis de revenir sur une gestion purement comptable de la santé, qui écartait par exemple du remboursement à 100% l’hypertension artérielle sévère, une mesure que vous jugiez « aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique ».

Vous aviez un boulevard devant vous. Après cinq années où ont été laminés l’accès aux soins des patients, la confiance des professionnels envers l’Assurance-Maladie gérée comme une entreprise privée par un ancien dirigeant d’AXA, après cinq années de franchises sur les soins prétendument destinées à lutter contre l’Alzheimer ( on peut reconnaître bien des défauts à votre prédécesseur mais certainement pas de manquer de souffle), après cinq années de gestion à la petite semaine de la santé publique, de scandale pharmaceutique en campagne vaccinale en Crocs roses, vous aviez un boulevard devant vous pour reconstruire le pacte entre les professionnels et la Nation afin de sauvegarder un système solidaire ( au risque de mécontenter la finance, pour qui les dépenses sociales sont par nature une hérésie).

Au lieu de quoi vous avez nommé Marie-Chantal à la Santé, elle qui utilisait ce marche-pied pour sa carrière politique sans aucune compréhension du système complexe dont elle prenait gouvernance. Se coulant dans les habitudes de ses prédécesseurs, elle commença par conforter le management assurantiel de la vieille Sécu avant de distribuer aux complémentaires quelques hochets en attente de la privatisation. Elle instrumentalisa les habituels syndicats signataires, toujours les mêmes, pour torcher un « accord historique » sur les dépassements d’honoraires qui s’acharnait essentiellement sur les médecins de ville sans toucher aux dépassements parfois faramineux des pontes hospitaliers, dont la fronde et celle de leurs internes aurait pu lui porter préjudice. Pire encore, elle désigna en bouc-émissaires l’ensemble des médecins, y compris ceux qui comme moi ne pratiquent aucun dépassement d’honoraires, comme des feignants ingrats et nantis, les vouant à l’opprobre publique comme aucun ministre de tutelle ne l’avait fait avant elle.

Le système s’effondre, les médecins dévissent leur plaque, plus personne ne s’installe en ville parce que les conditions économiques ne le permettent plus. Les patients se retrouvent soudain démunis, nombre d’entre eux viennent « embouteiller » les urgences hospitalières rentabilisées économiquement par cette affluence au détriment de la qualité de la prise en charge des réelles urgences et de la vie des personnels soignants. Mais qu’importe, tant que la Ministre peut jongler avec les concepts, saupoudrer ici ou là une maison de santé pluridisciplinaire en vantant un changement de paradigme là où il n’y a le plus souvent qu’un renoncement. Demain ces centres ne survivant que grâce aux subventions seront « sauvés » par des organismes complémentaires, cachés derrière le vocable « mutualiste ».

Votre adversaire serait la finance ? Alors pourquoi lui sacrifiez-vous tant de choses, avec semble-t-il la seule obsession de tenir vos déficits en amputant les dépenses sociales ?

 


Je n’attends rien de vous, Président. Mais je voulais juste que vous le sachiez : je vous vois. Mes confrères vous voient. Et là où il est, l’ami Bruno-Pascal Chevalier, qui militait à mes côtés contre les franchises, Bruno-Pascal à qui vous aviez promis de les abolir, Bruno-Pascal à qui Ayrault a menti, à qui Marie-Chantal a menti, Bruno-Pascal vous voit, lui aussi. Et comme moi, il se demande probablement comment c’aurait été, de ne pas reconduire Sarkozy.

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PS: la version politiquement correcte de ce texte est parue ici avec LA vidéo

 

Christian Lehmann, médecin et écrivain, est l'auteur de "Patients, si vous saviez"

 
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