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28/11/2012

Si vous avez moins de trente ans, vous connaissez probablement "No Pasaràn"...

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Si vous avez moins de trente ans, vous connaissez probablement No Pasaràn pour l’avoir lu, et peut-être même étudié, au cours de votre scolarité. Ce que vous ne savez probablement pas, c’est que ce livre a connu une suite en 2005, intitulée Andreas, le retour. La trilogie se conclut cette année avec la parution de No Pasaràn, Endgame. L’occasion de (re)découvrir une œuvre qui mérite qu’on s’y attarde.

Lorsque Thierry, Eric et Andreas s’échappent lors d’une sortie scolaire à Londres, ils sont loin de se douter des conséquences de leur geste. A la vue d’un insigne présent sur le blouson d’Andreas, le propriétaire d’une mystérieuse boutique de jeux vidéo leur remet une étrange disquette : L’Expérience Ultime. Mais il ne s’agit pas d’un simple jeu…

De ce point de départ somme toute assez classique, l’auteur déploie une trame narrative très cohérente qui s’appuie sur des personnages forts. Impossible de ne pas retrouver notre moi adolescent dans les trois personnages principaux, dont les préoccupations sont très terre-à-terre : entre les jeux vidéos, les filles et le prochain contrôle de maths, on se croirait de retour au collège.
Mais ces enfants (à 15 ans, le sont-ils encore vraiment ?) vont être brusquement confrontés au monde des adultes à travers sa plus terrible incarnation : la guerre.

De la Première Guerre Mondiale à l’Irak en passant par la Guerre Civile Espagnole (dont provient le titre du livre), l’Expérience Ultime transportera Thierry, Eric et Andreas au cœur des pires horreurs, leur révélant ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes. Forcés de devenir des hommes pour affronter le monstre qui se cache parmi eux, les trois amis n’en sortiront pas indemnes.

Le jeu vidéo constitue la porte d’entrée de l’univers de No Pasaràn, et on sent que l’auteur est aussi un joueur : entre les passages à la première personne de Doom et les caractéristiques techniques des ordinateurs des collégiens, on est véritablement plongé tête la première dans le jeu.
Si le livre nous passionne autant, c’est parce qu’il nous montre un univers que nous connaissons bien de manière crédible, ce que les autres livres exploitant le jeu vidéo n’ont jamais réussi à faire. Bien sûr, on ne peut réprimer un sourire quand Andreas se demande ce que donnera le jeu sur « son écran géant de 17 pouces », la technologie ayant évolué depuis 1996, mais on réalise également que les problématiques liées au média n’ont pas changées.

Il aura fallu seize ans pour que la trilogie No pasaràn s’achève. Seize ans qu’il est impossible de sentir passer au fil de la lecture tant l’écriture de l’auteur est constante, mesurée, précise tout au long des pages qui défilent sans qu’on s’en rende compte.
Les jeux vidéos, la peur de l’autre, le rejet de la différence, la famille… autant de thème abordés avec justesse par l’auteur, qui agrandit sa galerie de personnages au fur et à mesure de l’histoire sans jamais perdre en cohérence. Les diverses pistes scénaristiques finissent par converger dans un final qui sublime l’ensemble de la trilogie en ne laissant rien au hasard.

No Pasaràn est un livre essentiel. Non seulement parce qu’il se montre intransigeant avec son lecteur, mais surtout parce que son message est aussi simple que trop vite oublié : l’Histoire n’est que le reflet de l’humanité, et il ne tient qu’à nous d’apprendre de nos erreurs. Christian Lehmann désirait « viser haut et frapper fort ». Pari réussi.

Par Cyril Martin

 

photographie originale de Maria Ginesta sur le toit de l’Hôtel Colon à Barcelone en 1936, par Juan Guzman. Maria Ginesta est toujours vivante, à Paris, en 2012.

No Pasaràn, Maria!

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23/11/2012

JE VOUS DEMANDE DE NE PAS VOUS ARRETER... ( Ceci vous concerne tous, à moins d'être immortel)

 

Je pourrais me réjouir de la situation à l'UMP, je pourrais me réjouir de voir ce qui fut dénoncé ici ( et ailleurs), la faillite morale de l'UMP, la responsabilité écrasante de Nicolas Sarkozy et de son entourage dans cette dérive, arriver au stade ultime de la déliquescence, mais j'ai mieux à faire, maintenant qu'un tas de suivistes qui applaudissaient en larmoyant les prestations de la marionnette d'Henri Guaino se découvrent soudain, comme Roselyne Bachelot mais avec moins de talent dans l'opportunisme et dans l'anticipation du retournage de veste, effarés.

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LES FOSSOYEURS, LE RETOUR

Je voudrais vous parler de quelque chose qui vous concerne tous, de gauche, de droite, du centre, de toute orientation sexuelle ou genre. Je voudrais vous parler de ce qui est en train de se passer en douce, ou presque, dans le domaine de la santé. Pendant de longues années j'ai joué le rôle peu enviable de Cassandre, de vigie sur le pont du Titanic. En 2004 quand il a fallu dénoncer les mensonges de la réforme Douste-Blazy ( "C'est en changeant tous un peu qu'on peut tout changer"), en 2007 quand il a fallu dénoncer la mise en place des franchises sur les soins, sur le dos des plus faibles, des malades.

La gauche arrivée au pouvoir, j'ai espéré, quelques mois, que la course effrénée à la marchandisation de l'humain, à la marchandisation du soin, soit stoppée. Un temps. J'avais confiance, sinon en la gauche, au moins en l'image de "normalité" bonhomme que renvoyait François Hollande. Une confiance modérée, vigilante, mais une vraie confiance.

Aujourd'hui, la seule question qui me taraude encore, comme avec la droite en son temps, est celle-ci: "Quelle est la part de cynisme, et quelle est la part d'incompétence?"

 

Alors pour cette nouvelle plongée en eaux troubles dans les méandres de ces gens, assureurs, économistes, mutualistes, médecins médiatiques, syndicalistes professionnels, politiciens, que votre santé intéresse tant... commençons par un petit rappel.

Ce chapitre extrait de mon livre de 2007, LES FOSSOYEURS, qui raconte comment les assureurs montèrent les premières tentatives de réseaux de soins. Je vous demande de ne pas vous arrêter. De droite, de gauche, vous trouverez au fil de ces posts de quoi vous indigner. A moins que vous ne soyez conquis par la loi des temps modernes, qui veut que l'autre soit une marchandise.

 

Marie-Chantal en rêvait, les AGF l’ont fait

C’est un communiqué de presse du groupe Mederic, en date du 1er Septembre 2006. On y lit que : « A l'occasion de sa prise de fonctions, Guillaume Sarkozy a indiqué être « fier de prendre la direction de Médéric, un acteur historique majeur de la protection sociale. Mon ambition est que Médéric relève les défis des réformes à venir qui transformeront profondément l'intervention des acteurs complémentaires, notamment dans le domaine de la santé, pour jouer un rôle de premier plan dans l'amélioration des services de protection sociale.»

Mais ce n’est pas, et de loin, le seul indice de ce qui se profile. En Avril 2006, les AGF lançaient un nouveau concept haut-de-gamme. Voici ce que j’en écrivais dans les Inrocks à l’époque :

« La marchandisation de la santé est en marche, cette transformation apparemment inexorable de la relation patient-soignant en une relation de service client-prestataire de soins. Poussant cette logique à fond, les AGF innovent, en proposant un produit haut-de-gamme, Excellence Santé, qu’on croirait tout droit sorti d’une pub de Terry Gilliam restée sur le sol de la salle de montage du film Brazil : « Vous êtes riche ! Méga-riche ! ( harpe céleste) Riche au-delà des rêves les plus fous de la plèbe que vous exploitez !!! Et pourtant, face à la maladie ( scie de violons angoissants, à la Bernard Hermann dans Psychose), votre argent ne vous est d’aucune utilité ! Face à la maladie (coup de tonnerre brutal dans un ciel serein) vos actions, vos business-plans ne vous protègent en rien ! Livrés aux caprices de brancardiers trotskystes en mal de RTT, de généralistes conventionnés sourds à votre détresse, vous voici soudain condamné à la promiscuité de salles d’attente tiers-mondistes ! Heureusement ( re harpe céleste), AGF est là. Grâce à Excellence Santé, comme un millier de dirigeants d’entreprise française à très gros revenus, vous bénéficierez, pour une modique cotisation annuelle de douze mille euros, d’un accès privilégié pour toute notre gamme de services : bilans de santé, coaching administratif et médical hyper-tendance, mais surtout, en cas de maladie, prise en charge haut-de-gamme ! Finie la médecine partageuse, finis les délais d’attente insupportables! Grâce à Excellence Santé, vous passerez avant les gueux ! Existe aussi en version femme ou maîtresse – 4000 euros, et 2000 euros par enfant à charge. » Ainsi les AGF ont-elles dressé contrat avec la crème de la crème des patrons, pour offrir aux riches un passe-droit, et ce dans un contexte de démographie médicale déclinante, de fragilisation d’un système à bout de souffle. La polémique naissant actuellement autour de ce projet politiquement incorrect jusqu’au surréalisme risquerait pourtant de passer sous silence un point crucial : ce que Gilles Johanet, directeur de la branche Santé, théorise aux AGF existe déjà en France, depuis bien longtemps, et sans que l’Ordre des Médecins s’en émeuve plus que cela. Depuis des décennies, les patients prenant rendez-vous à l’hôpital public se voient proposer des délais plus ou moins longs, selon qu’ils choisissent la consultation publique ou la consultation privée du praticien, seule la hauteur de leur rémunération servant alors de critère au zèle médical. Excellence Santé, c’est donc la rencontre finalement assez cohérente de deux logiques d’exclusion, la médecine-Loréal : « Un dépassement parce que je le vaux bien » pacsant à ciel ouvert avec la société ultralibérale : « Ma carte Gold vaut mieux que ta Vitale ». Difficile de suivre le cheminement de Gilles Johanet dans cette affaire : lui qui avait avec d’autres porté au sein de la CNAM un vrai projet qualité en médecine générale, le médecin référent, doté d’un cahier des charges social autant que médical : égal accès aux soins grâce à la dispense d’avance de frais, respect des tarifs conventionnés, limitation du nombre d’actes, formation des médecins indépendante des firmes pharmaceutiques… se retrouve, dans un système bloqué ( où le médecin référent a été enterré vivant avec la « réforme ») à proposer un produit basé sur la seule notoriété de praticiens leaders d’opinion, cooptés selon des règles échappant à toute transparence, et sans qu’on sache bien ce que le patient friqué gagnera à passer dans les mains de ces médecins « vus à la télé ». Quel est leur cahier des charges ? Quels sont leurs liens avec l’industrie pharmaceutique, quand on sait que les firmes cherchent constamment à s’attacher les services de grands patrons, pour lancer tel ou tel produit « innovant », comme l’affaire du Vioxx nous l’a hélas rappelé ? Si le but recherché est de faire bouger les lignes, d’ouvrir demain des contrats de qualité à l’ensemble de la population, comme AGF et d’autres ont tenté de le faire en chirurgie dentaire, pourquoi diable commencer par un projet aussi caricaturalement élitiste ? La réforme Douste-Blazy, sous couvert de sauvegarder l’essentiel, a consisté en un petit arrangement tarifaire entre amis, UMP d’un côté, syndicats de spécialistes adeptes des dépassements tarifaires de l’autre. La solidarité n’est plus qu’un concept vidé de son sens, quand l’actuel directeur de la Sécu, ancien d’AXA placé par Chirac à la présidence de la CNAM, entérine une prime au mérite des médecins conseils afin de promouvoir une logique d’entreprise au détriment de la prise en charge des patients. La Sécu est mourante, et dans ses soubresauts, n’en doutons pas, nous verrons ressurgir pas mal d’hydres jusque là inavouables. »

Le tollé médiatique fut tel, que le projet de Gilles Johanet fut remballé dans les cartons. Pour un temps. (*)

Note de bas de page (*) : Un fin connaisseur du dossier me fit remarquer que ce type de contrat ressurgirait un jour ou l’autre : « Tu comprends, avec le scandale que font les gauchistes autour des stock-options, ce serait un moyen idéal pour permettre aux entreprises de remercier les hauts salaires les plus méritants sans encourir la vindicte publique. »

La boîte de Pandore est ouverte. En Octobre 2006, c’est au tour des Mutuelles du Mans Assurances ( MMA, assurance privée malgré son nom trompeur), de lancer une nouvelle formule « Santé Double Effet », en proposant, moyennant une majoration de 15% de la cotisation de base, un remboursement de la moitié de la surprime versée si les dépenses de santé de l’assuré pendant la période sont faibles ou nulles. Le but, comme l’explique le Président des MMA, est d’attirer une clientèle jeune qui rechigne à souscrire une complémentaire : « Nous sommes au début d'un remaniement de l'offre d'assurance en matière de santé. Le produit de base qui rembourse la consultation chez le médecin devient inadapté face à l'envolée des coûts et l'accroissement des transferts sur le budget des familles. Si on ne rebâtit pas une offre cohérente, les jeunes vont cesser de s'assurer et les cadres qui cotisaient pour une chambre privée en cas d'hospitalisation, pour des lentilles ou des couronnes en céramique, vont chercher à faire des économies et baisser en gamme. »

Du côté des mutuelles et des associations de patients, on dénonce le mauvais coup porté à la notion même de solidarité, de mutualisation des risques.

Jean-Pierre Davant, Président de la Mutualité Française, condamne l’initiative : « Ce type de mesure vise à augmenter de 15 % les primes des malades. Seuls les assurés n'ayant pas été souffrants seront remboursés d'une partie de leur cotisation. Ce n'est pas en pénalisant les malades que l'on améliorera le système de santé. Vous risquez d'avoir des gens confrontés à des moments difficiles, qui éviteront de se faire soigner pour récupérer leur prime. Cette proposition est dangereuse sur le fond. En poussant les assurés à se couvrir en fonction de leurs besoins, on met à mal le principe de la solidarité. C'est un rude coup porté au régime obligatoire et à l'assurance complémentaire. »

Même son de cloche chez Que Choisir : « Au nom de la liberté individuelle, on introduit dans la santé le bonus-malus de l'assurance automobile. Mais à chaque fois qu'on individualise, on engendre des effets pervers. Le risque est que l'individu pourrait ne plus aller consulter un médecin de peur de ne pas récupérer la moitié de sa prime. »

 

Xavier Bertrand, le Ministre de la Santé, n’est pas en reste, qui écrit au président des MMA pour l’informer que son projet va : « à l'encontre des principes de solidarité et de mutualisation qui sous-tendent l'organisation de l'assurance-maladie », alors que les MMA ne font que s’adapter à la situation créée par la convention, à coût de déremboursements et de forfaits divers.

Certains penseront qu’après tout, confier une partie de la gouvernance du système aux assurances privées, si l’on se réfère aux lois du marché, est une excellente chose. Car le dogme est formel : la concurrence tire les tarifs vers le bas…

Hélas, ce n’est pas le cas aux USA, loin de là. Le système d’assurance-maladie, essentiellement privatisé, n’est certes pas déficitaire. La variable d’ajustement y est d’une autre nature : une masse grandissante d’Américains, près de 46 millions aujourd’hui, dénués de toute protection sociale…
Et pour les autres, un surcoût non négligeable lié à deux facteurs jamais pris en compte par les chantres de la concurrence à tout và.

Le premier, c’est, bien entendu, la nécessité de rendre le secteur profitable à l’actionnaire. Il n’est pas ici question d’atteindre simplement l’équilibre, mais de dégager une marge bénéficiaire à deux chiffres chaque année. C’est cela de plus que paiera l’assuré.

Le second surcoût, c’est la nécessité, dans cette foire d’empoigne que devient la chasse au client, d’augmenter de manière conséquente le budget de promotion et de publicité destiné à ferrer le chaland, avec un surcoût estimé de 20% pour ce seul poste marketing. Car la libéralisation du secteur, comme lors de l’introduction des Two Two You Two dans le renseignement téléphonique, s’accompagnera d’une féroce bataille publicitaire entre complémentaires, dont la note, in fine, sera payée par l’assuré.

 

Alors, bien sûr, les petits malins se diront que le meilleur moyen de s’en sortir est encore d’anticiper le mouvement, de devenir actionnaire d’un groupe assurantiel privé. Bien vu ? Non, désolé. Tout faux. Parce qu’au royaume des grands fauves, on est toujours mangé par plus gros carnassier que soi.

 

Novembre 1999 : les ministres de 134 états-membres se rencontrent à Seattle, USA, pour un nouveau round de discussions de l’Organisation Mondiale du Commerce. Parmi les sujets brûlants, le projet prioritaire de l’OMC : la privatisation des secteurs de l’éducation, de la santé, de la protection sociale, du transport et du logement social. Le but de l’OMC est alors d’étendre l’économie de marché aux services traditionnellement public. Dès 1999, la Coalition des Industries de Service américaine, alias USCSI, affiche ses espoirs quand aux négociations du GATT : « Nous pensons pouvoir progresser largement dans les négociations afin de dégager les opportunités pour les compagnies américaines de s’implanter sur les marchés des systèmes de soins étrangers… Historiquement, les services de santé dans de nombreux pays étrangers ont largement été sous la responsabilité du secteur public. Cette appartenance au secteur public a rendu difficile l’implantation marchande des industries de service du secteur privé US dans ces pays étrangers… »

Continuons dans la voie tracée par les néolibéraux, et attendons-nous, demain, à ce que notre système de santé serve à financer les retraites et les fonds de pension aux USA…

 

PS: Ceci a été écrit en 2006, publié en 2007, bien avant la faillite du système bancaire. La suite, avec en guest-stars le Parti Socialiste et les mutuelles solidaaaaaaaiiiiiiiiires ( puisqu'on vous le dit, bordel...), la prochaine fois.

16/11/2012

La trilogie No Pasaran est enfin complète

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Seize ans après la publication de No Pasaran le Jeu, vendu  à 300.000 exemplaires en France grâce en partie au réseau informel de bibliothécaires, libraires, documentalistes qui s'en sont emparés, sort aujourd'hui en grand format la conclusion inédite de la trilogie.

Emu, moi?

Non, c'est juste une poussière.

 

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PS:: Pour que les choses soient claires pour les aficionados ( et les autres), les deux premiers livres de la trilogie: "No pasaran le jeu" et "Andreas le retour" ressortent en un seul tome grand format sous le nom "No pasaran le jeu". Le dernier tome inédit sort à part. Une trilogie en deux tomes, en somme. Pour faire simple  ;-)

06/11/2012

« Il est passé minuit, docteur Hollande » : Lettre Ouverte d'un médecin généraliste à un Président que j’appelais de mes vœux

 

« Il est passé minuit, docteur Hollande » : Lettre Ouverte d'un médecin généraliste à un Président que j’appelais de mes vœux

 

Monsieur le Président,

Je te fais une lettre que tu liras peut-être si tu en trouves le temps.

Apparemment, tu étais occupé courant Avril dernier ( je sais ce que c’est, j’ai moi aussi un boulot très prenant), et la missive que je t’avais adressée dans LIBERATION (1) n’a pas dû te parvenir.

Pour mémoire, je me permets de t’en citer la conclusion :

« Le président qui vient aura le choix : accompagner le mouvement largement entamé par les fossoyeurs, instrumentaliser les dépassements pour pénaliser l’ensemble des professionnels en invoquant les «défaillances» d’une médecine de proximité exsangue, saupoudrer quelques maisons médicales pour faire branché, ou tendre la main aux médecins et infirmiers de terrain pour reconstruire avec eux une politique de santé solidaire. Il est minuit, docteur Hollande. »

Si je me permets de te tutoyer, c’est en souvenir de cette heure passée à discuter du système de santé en France, il y a sept ans, rue de Solferino. Tu avais plein de soucis à l’époque, il te fallait gérer le parti, les courants, les ambitions démesurées des unes et des autres ( je sais ce que c’est, j’ai moi aussi un boulot très prenant). Pourtant, de tous les politiques qu’il m’avait été donné d’alerter sur la situation préoccupante du système de santé, tu m’avais semblé l’un des plus curieux, l’un des plus attentifs.

 

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Ensuite on ne s’est pas beaucoup vus, pendant des années. Pourtant ça m’aurait fait rudement plaisir d’avoir ta visite, quand avec Bruno-Pascal Chevalier, qui à l’époque avait arrêté ses traitements pour dénoncer les franchises sur les soins de ton prédécesseur, on enchaînait manifestation sur manifestation devant le Ministère de la Santé pour dénoncer le recul de l’accès aux soins (2). Nous étions là, mois après mois, avec les mêmes patients courageux, les mêmes médecins engagés, les mêmes militants d’Act-Up qui se faisaient embarquer.

 

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Enfin tu as été en position d’accéder aux responsabilités suprêmes, et j’ai voté pour toi. J’ai voté aux primaires, j’ai voté à la présidentielle, j’ai même accepté une procuration, un copain étant en vacances ( moi je ne pouvais pas, j’ai un boulot très prenant).

 

Un peu avant l’élection, un hebdomadaire médical m’avait appelé pour poser une question aux deux candidats en lice. J’étais un peu le gaucho de service, le trublion, il en faut dans toute bonne émission. « Le Dr Christian Lehmann est installé à Poissy (Yvelines) avec une associée. Fer de lance de l’opposition aux franchises médicales, il est aussi écrivain. » annonçait  Le Généraliste. J’ai posé ma question :

« Ces dernières années, des franchises sur les soins, qui n’ont rien de médicales, ont été inventées dans le but de « responsabiliser » le patient avec, pour conséquence, le recul de l’accès aux soins. Dans le même temps, on a décrété que certaines maladies ne l’étaient plus, comme l’HTA, HyperTension Artérielle sévère, sortie des Affections de Longue Durée… Le président qui viendra continuera t-il dans cette direction ? »

 Sarkozy a récité, comme d’habitude, des éléments de langage à tonalité comptable : « Les dépenses de santé augmentent, mais il ne faut jamais oublier que la santé est financée par la solidarité nationale. Cela justifie une nécessaire responsabilité de chaque acteur, patients, professionnels de santé et responsables politiques. Depuis 2007, le taux de prise en charge par l’Assurance-maladie n’a pas varié, se maintenant à 75%. Notre système demeure l’un des plus généreux du monde. Sur les deux dernières années, nous avons respecté l’objectif national des dépenses de santé. Ce n’était jamais arrivé. Sous le gouvernement socialiste, on votait des ONDAM(3) à 3,5% et on faisait 7-8% de dépenses en creusant les déficits. J’assume notre politique. Si nous voulons conserver un système solidaire et continuer à financer notre système de santé, il faut faire des choix. Le nôtre repose sur l’efficience, chaque euro doit être bien utilisé. »

 

Toi, mon futur Président que j’appelais de mes vœux, tu m’as répondu : « J’ai toujours exprimé ma ferme opposition à cette idée de soi-disant responsabilisation, qui est en réalité une sanction et une culpabilisation du malade. Ce concept a par ailleurs démontré sa totale inefficacité pour rétablir les comptes de l’assurance-maladie. Ainsi, la suppression de l’HTA de la liste des ALD me semble aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique. Si les Français me font confiance, je prends l’engagement de réexaminer cette décision. Par ailleurs, il faudra revoir l’ensemble de la question du reste à charge : ma première mesure concernera le plafonnement des dépassements d’honoraires. Je veux par ailleurs revoir la définition des contrats des complémentaires, et supprimer la taxe sur les contrats solidaires des mutuelles. Tout cela aura un impact direct pour les Français. »

 

Le Généraliste, c’est assez rare dans la presse pour le signaler, nous a donné un droit de suite, permettant aux six médecins qui avaient posé des questions de conclure, ce que j’ai fait : « Nicolas Sarkozy n’a pas du tout répondu à ma question sur la sortie de l’HTA des Affections de Longue Durée. Nous sommes toujours dans un pseudo-discours sur la responsabilisation et la crise de la dette qu’apprécierait fortement l’agence de notation Standard and Poors. Bravo à François Hollande pour la réponse sur l’HTA sur laquelle il a dit qu’il allait revenir, mais sur les franchises, on ne sait toujours pas ce qu’il va faire ».

 

Sur les franchises, j’ai vite été renseigné, remarque. Tu n’as touché à rien.

Pas de marge de manœuvre financière, ai-je cru comprendre. Dommage. Philippe Seguin, en son temps, avait fait le calcul : les franchises sur les soins piquaient 850 millions d’euros par an dans la poche des malades, une taxation des stock-options à hauteur de la taxation des salaires rapporterait 3.5 millards par an. Sarkozy avait fait un choix, tu ne le remettais pas en cause, soit…

 

Sur l’hypertension artérielle sévère, j’ai attendu six mois.

J’avais confiance. Revenir sur l’absurde décision sarkozyste était simple, cohérent, et enverrait aux patients et aux médecins un signal fort : finies les manipulations purement comptables, place à une vraie politique de santé, respectueuse de l’humain.

Au bout de six mois, le verdict du Conseil d’Etat est tombé, confirmant l’exclusion de l’HTA sévère du champ des affections prises en charge à 100%. En pratique, cela signifiait que dans un pays où l’espérance de vie d’un ouvrier est inférieure de sept ans à celle d’un cadre, l’Assurance-Maladie attendrait le stade des graves complications de l’hypertension ( infarctus, accident vasculaire cérébral, etc…) pour prendre en charge cette pathologie. Tant pis pour les populations fragilisées, pour les démunis, pour les personnes âgées avec des petites retraites, dont la cotisation pour une complémentaire peut atteindre 10% de leur pension mensuelle(4). La requête des associations de patients était rejetée, l’Etat ( c’est-à-dire toi, François, personne d’autre) ayant maintenu son opposition. La mesure que, candidat, tu avais trouvé « aussi choquante socialement que dangereuse pour la santé publique », ne te gênait apparemment plus, une fois aux affaires. Elle ne gênait pas non plus ta ministre.

Parlons-en, de ta ministre…

Depuis son arrivée aux affaires, Marisol Touraine martelait qu’elle entrait en croisade contre les dépassements d’honoraires. Soit. C’était un angle comme un autre pour réformer le système de santé, exsangue, à condition de tirer les constats de la situation actuelle et de ne pas se cantonner à l’affichage politique.

 

Je ne pratique pas de dépassement, ce qui signifie que ma rémunération est tributaire du tarif fixé par l’Assurance-Maladie, un tarif en gros de 50% inférieur au tarif moyen de la consultation médicale d’un généraliste européen. Freiner les dépassements d’honoraires, c’était aussi, me semblait-il, poser la question des tarifs opposables, de leur grandissante inadéquation avec la réalité économique d’une petite entreprise comme peut l’être un cabinet médical. Que nenni ! Ayant monté en épingle les dépassements de quelques pontes hospitaliers, Marisol Touraine réalisa, un peu tard, que se posait soudain la question cruciale : « Mais que rembourse l’Assurance-Maladie ? Quelle valeur accorde t’elle à la consultation d’un médecin ? »

 

Pour éviter de voir la réalité en face, d’admettre que certains « petits dépasseurs » utilisaient ce complément d’honoraires pour maintenir la viabilité de leur cabinet et payer leurs charges, il fallut alors à Marisol Touraine forcer le trait, asséner sur tous les plateaux que contrairement à la réalité qui affleurait jusque dans les colonnes de journaux guère tendres habituellement avec la gent médicale, les médecins en secteur 1, à tarif opposable, n’étaient guère à plaindre. « Pour arriver à une rémunération correcte, les généralistes travaillent beaucoup, près de soixante heures par semaine », lui signalait une journaliste à la télévision. « Certains d’entre eux travaillent beaucoup… pas tous ! Pas tous ! », ironisait la Ministre, qu’on soupçonnait alors de tenir prête dans sa poche une liste de branleurs généralistes habitués des terrains de golf. Un autre intervenant, dans une autre émission, lui signalait que le généraliste français se situait dans la moyenne basse européenne. « Ils sont dans la moyenne, ils sont dans la moyenne ! » scandait-elle alors, hautaine. Comment dire sans trop vexer la mal-calculante, François ?Par rapport à ses confrères allemands ou anglais, les moyens dont dispose le généraliste français sont deux à trois fois moindres…Et au tarif du secteur 1, mêmes les centres de santé mutualistes menacent de mettre la clé sous la porte, malgré les subventions qui leur sont allouées, et auxquelles bien entendu le médecin libéral en ville ne saurait prétendre…

 

Je mets en parallèle ces deux observations, ta non-intervention sur la remise en cause de la prise en charge de l’hypertension artérielle sévère, et ton soutien à la politique d’une ministre qui refuse systématiquement de comprendre que la désertification médicale et la grève d’installation des jeunes diplômés ( seuls 8% des arrivants s’installent en médecine de ville ) sont essentiellement liées à la déconnexion des tarifs opposables de toute réalité économique. Je mets ces deux observations en parallèle parce qu’elles pointent vers une unique, et terrible, conclusion : Le changement, c’est pas demain la veille.

 

Tu as décidé, ton gouvernement a décidé, ta ministre a décidé, de poursuivre l’entreprise de démolition du système de santé français largement entamée par tes prédécesseurs.

 

J’en veux pour preuve que Frederic Van Roekeghem, le très libéral directeur de l’Assurance-maladie , l’homme qui en 2004 a détruit l’option médecin-référent avec l’aide des syndicalistes les plus réactionnaires de la profession ( que le pouvoir UMP a ensuite médaillé pour services rendus), l’homme qui a mis en place sans sourciller les franchises sur les soins ( contre lesquelles s’élevaient avec vigueur les parlementaires socialistes… avant d’arriver aux affaires), l’homme qui en 2008 proposait de ne plus rembourser les médicaments dits « de confort » aux cancéreux, l’homme qui organise la chasse aux arrêts de travail prétendument injustifiés en harcelant les médecins généralistes et en falsifiant les chiffres, l’homme venu du directoire d’AXA qui utilise les techniques de management du privé au sein même de ce qui fut la « Sécurité Sociale »… cet homme, ancien directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy, est aujourd’hui considéré par une députée socialiste ( et pas la plus bête) comme » un grand serviteur de l'Etat, avec qui il est très agréable de travailler », et par les journalistes du sérail,  très clairement, comme « le véritable ministre délégué à la Santé »…(5)

 

 

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 Quand deux assureurs se rencontrent, de quoi discutent-ils? D'histoires d'assureurs.

( merci à l'UCDF)

 

Cela ne choque pas Marisol Touraine, et cela ne te choque pas, toi qui nous as fait le coup de Jaurès s’opposant au monde de la finance. J’imagine que ça ne choque guère non plus ton ami de toujours, Henri de Castries, président d’AXA et accessoirement du Bilderberg Group. Mais moi cela m’embête un peu. Parce qu’à chaque fois que Marisol Touraine entame son refrain sur les médecins qui, même en secteur 1, n’ont vraiment pas à se plaindre, je me demande si vous ne vous moquez pas un peu de moi, en fait (6). Je me demande si je ne suis pas voué, pendant encore des années, à tenir le fort en entendant de belles paroles sur « le généraliste, pivot du système de santé », pendant que la ministre se rend aux dîners du Siècle avec vos amis assureurs.

 

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Car, j’oubliais de le dire, s’il y a un changement dans la politique menée, c’est une accélération, une accélération de l’entrée des complémentaires dans le système de santé français. Je dis « complémentaires » pour que les Français comprennent bien, parce qu’en général, Marisol Touraine et toi, comme Sarkozy avant vous, vous parlez de « mutuelles ». C’est au congrès de la Mutualité Française que vous vous rendez pour annoncer fièrement que vous allez donner plus de poids aux complémentaires dans le management du système. C’est sûr, faire ce genre d’annonce au congrès d’AXA, de Groupama ou de Mederic aurait peut-être fait jaser. Déjà, j’avais tiqué comme beaucoup de confrères sur l’annonce proprement hallucinante faite par Marisol Touraine à ce même congrès, du report d’un an de l’obligation de publication des frais de gestion pour les complémentaires. Une obligation de publication des comptes « dont nous connaissons les difficultés qu’elle créait pour vous », dit-elle avec dans sa voix une compassion larmoyante que je ne lui avais jamais entendue auparavant quand elle s’adressait aux médecins…

 

Alors si le changement, maintenant, François, c’est d’enterrer le système de sécurité sociale né de 1945 en intégrant clairement les complémentaires dans la gestion du système, comme cela s’est longtemps fait aux USA du fait de l’absence d’une assurance maladie solidaire, pourquoi pas ? Si les caisses sont à sec, si l’Assurance-Maladie sous gouvernance est incapable de financer correctement le système, pourquoi pas ? Mais dans ce cas, pour un Président de gauche, le courage serait de le dire franchement aux citoyens, ceux qui t’ont élu, et les autres. Que les premiers sachent qu’ils se sont fait berner, et que certains des autres puissent poser leur réservation au Fouquet’s.

 

Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain

 

(1) http://www.liberation.fr/societe/2012/04/19/cinq-ans-de-sarkozysme-et-un-systeme-de-sante-a-terre_812941

 

(2) http://www.dailymotion.com/video/x43jng_franchises-sur-les-soins-interview_news?search_algo=2

 

(3) Objectif National de Dépenses d’Assurance-Maladie

 

(4) Notons que ton prédécesseur, ne souhaitant pas gêner un électorat globalement âgé qu’il estimait lui être favorable, a réussi ce tour de force de décréter que les renouvellements d’affection longue durée échapperaient à ce couperet, créant ainsi une discrimination entre français : ceux dont l’HTA sévère a été constatée et reconnue avant juin 2011 sont pris en charge, ceux qui présentent les mêmes symptômes et les mêmes risques après juin 2011 ne sont pas exonérés. Ca s’appelle comment, en droit, ce différentiel entre citoyens français ? La discrimination rétroactive ?

 

 

(5) http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/10/08/rocky-le-ministre-bis-de-la-sante_1771640_1651302.html

 

(6) Dans l’avenant à la convention médicale que Marisol Touraine qualifie d’historique, ( alors qu’il entérine les dépassements d’honoraires jusqu’à 250% du tarif opposable, révélant bien qu’Assurance-Maladie et gouvernement considèrent que celui-ci n’est plus tenable), une obole de cinq euros par an et par patient est accordée sous condition au généraliste secteur 1 pour une partie de sa patientèle. Avec ces cinq euros, le généraliste est sensé coordonner un système qui dépense 3600 euros par an et par patient. Rien que ça. Touchez ma bosse, Monseigneur…

 
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