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23/11/2012

JE VOUS DEMANDE DE NE PAS VOUS ARRETER... ( Ceci vous concerne tous, à moins d'être immortel)

 

Je pourrais me réjouir de la situation à l'UMP, je pourrais me réjouir de voir ce qui fut dénoncé ici ( et ailleurs), la faillite morale de l'UMP, la responsabilité écrasante de Nicolas Sarkozy et de son entourage dans cette dérive, arriver au stade ultime de la déliquescence, mais j'ai mieux à faire, maintenant qu'un tas de suivistes qui applaudissaient en larmoyant les prestations de la marionnette d'Henri Guaino se découvrent soudain, comme Roselyne Bachelot mais avec moins de talent dans l'opportunisme et dans l'anticipation du retournage de veste, effarés.

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LES FOSSOYEURS, LE RETOUR

Je voudrais vous parler de quelque chose qui vous concerne tous, de gauche, de droite, du centre, de toute orientation sexuelle ou genre. Je voudrais vous parler de ce qui est en train de se passer en douce, ou presque, dans le domaine de la santé. Pendant de longues années j'ai joué le rôle peu enviable de Cassandre, de vigie sur le pont du Titanic. En 2004 quand il a fallu dénoncer les mensonges de la réforme Douste-Blazy ( "C'est en changeant tous un peu qu'on peut tout changer"), en 2007 quand il a fallu dénoncer la mise en place des franchises sur les soins, sur le dos des plus faibles, des malades.

La gauche arrivée au pouvoir, j'ai espéré, quelques mois, que la course effrénée à la marchandisation de l'humain, à la marchandisation du soin, soit stoppée. Un temps. J'avais confiance, sinon en la gauche, au moins en l'image de "normalité" bonhomme que renvoyait François Hollande. Une confiance modérée, vigilante, mais une vraie confiance.

Aujourd'hui, la seule question qui me taraude encore, comme avec la droite en son temps, est celle-ci: "Quelle est la part de cynisme, et quelle est la part d'incompétence?"

 

Alors pour cette nouvelle plongée en eaux troubles dans les méandres de ces gens, assureurs, économistes, mutualistes, médecins médiatiques, syndicalistes professionnels, politiciens, que votre santé intéresse tant... commençons par un petit rappel.

Ce chapitre extrait de mon livre de 2007, LES FOSSOYEURS, qui raconte comment les assureurs montèrent les premières tentatives de réseaux de soins. Je vous demande de ne pas vous arrêter. De droite, de gauche, vous trouverez au fil de ces posts de quoi vous indigner. A moins que vous ne soyez conquis par la loi des temps modernes, qui veut que l'autre soit une marchandise.

 

Marie-Chantal en rêvait, les AGF l’ont fait

C’est un communiqué de presse du groupe Mederic, en date du 1er Septembre 2006. On y lit que : « A l'occasion de sa prise de fonctions, Guillaume Sarkozy a indiqué être « fier de prendre la direction de Médéric, un acteur historique majeur de la protection sociale. Mon ambition est que Médéric relève les défis des réformes à venir qui transformeront profondément l'intervention des acteurs complémentaires, notamment dans le domaine de la santé, pour jouer un rôle de premier plan dans l'amélioration des services de protection sociale.»

Mais ce n’est pas, et de loin, le seul indice de ce qui se profile. En Avril 2006, les AGF lançaient un nouveau concept haut-de-gamme. Voici ce que j’en écrivais dans les Inrocks à l’époque :

« La marchandisation de la santé est en marche, cette transformation apparemment inexorable de la relation patient-soignant en une relation de service client-prestataire de soins. Poussant cette logique à fond, les AGF innovent, en proposant un produit haut-de-gamme, Excellence Santé, qu’on croirait tout droit sorti d’une pub de Terry Gilliam restée sur le sol de la salle de montage du film Brazil : « Vous êtes riche ! Méga-riche ! ( harpe céleste) Riche au-delà des rêves les plus fous de la plèbe que vous exploitez !!! Et pourtant, face à la maladie ( scie de violons angoissants, à la Bernard Hermann dans Psychose), votre argent ne vous est d’aucune utilité ! Face à la maladie (coup de tonnerre brutal dans un ciel serein) vos actions, vos business-plans ne vous protègent en rien ! Livrés aux caprices de brancardiers trotskystes en mal de RTT, de généralistes conventionnés sourds à votre détresse, vous voici soudain condamné à la promiscuité de salles d’attente tiers-mondistes ! Heureusement ( re harpe céleste), AGF est là. Grâce à Excellence Santé, comme un millier de dirigeants d’entreprise française à très gros revenus, vous bénéficierez, pour une modique cotisation annuelle de douze mille euros, d’un accès privilégié pour toute notre gamme de services : bilans de santé, coaching administratif et médical hyper-tendance, mais surtout, en cas de maladie, prise en charge haut-de-gamme ! Finie la médecine partageuse, finis les délais d’attente insupportables! Grâce à Excellence Santé, vous passerez avant les gueux ! Existe aussi en version femme ou maîtresse – 4000 euros, et 2000 euros par enfant à charge. » Ainsi les AGF ont-elles dressé contrat avec la crème de la crème des patrons, pour offrir aux riches un passe-droit, et ce dans un contexte de démographie médicale déclinante, de fragilisation d’un système à bout de souffle. La polémique naissant actuellement autour de ce projet politiquement incorrect jusqu’au surréalisme risquerait pourtant de passer sous silence un point crucial : ce que Gilles Johanet, directeur de la branche Santé, théorise aux AGF existe déjà en France, depuis bien longtemps, et sans que l’Ordre des Médecins s’en émeuve plus que cela. Depuis des décennies, les patients prenant rendez-vous à l’hôpital public se voient proposer des délais plus ou moins longs, selon qu’ils choisissent la consultation publique ou la consultation privée du praticien, seule la hauteur de leur rémunération servant alors de critère au zèle médical. Excellence Santé, c’est donc la rencontre finalement assez cohérente de deux logiques d’exclusion, la médecine-Loréal : « Un dépassement parce que je le vaux bien » pacsant à ciel ouvert avec la société ultralibérale : « Ma carte Gold vaut mieux que ta Vitale ». Difficile de suivre le cheminement de Gilles Johanet dans cette affaire : lui qui avait avec d’autres porté au sein de la CNAM un vrai projet qualité en médecine générale, le médecin référent, doté d’un cahier des charges social autant que médical : égal accès aux soins grâce à la dispense d’avance de frais, respect des tarifs conventionnés, limitation du nombre d’actes, formation des médecins indépendante des firmes pharmaceutiques… se retrouve, dans un système bloqué ( où le médecin référent a été enterré vivant avec la « réforme ») à proposer un produit basé sur la seule notoriété de praticiens leaders d’opinion, cooptés selon des règles échappant à toute transparence, et sans qu’on sache bien ce que le patient friqué gagnera à passer dans les mains de ces médecins « vus à la télé ». Quel est leur cahier des charges ? Quels sont leurs liens avec l’industrie pharmaceutique, quand on sait que les firmes cherchent constamment à s’attacher les services de grands patrons, pour lancer tel ou tel produit « innovant », comme l’affaire du Vioxx nous l’a hélas rappelé ? Si le but recherché est de faire bouger les lignes, d’ouvrir demain des contrats de qualité à l’ensemble de la population, comme AGF et d’autres ont tenté de le faire en chirurgie dentaire, pourquoi diable commencer par un projet aussi caricaturalement élitiste ? La réforme Douste-Blazy, sous couvert de sauvegarder l’essentiel, a consisté en un petit arrangement tarifaire entre amis, UMP d’un côté, syndicats de spécialistes adeptes des dépassements tarifaires de l’autre. La solidarité n’est plus qu’un concept vidé de son sens, quand l’actuel directeur de la Sécu, ancien d’AXA placé par Chirac à la présidence de la CNAM, entérine une prime au mérite des médecins conseils afin de promouvoir une logique d’entreprise au détriment de la prise en charge des patients. La Sécu est mourante, et dans ses soubresauts, n’en doutons pas, nous verrons ressurgir pas mal d’hydres jusque là inavouables. »

Le tollé médiatique fut tel, que le projet de Gilles Johanet fut remballé dans les cartons. Pour un temps. (*)

Note de bas de page (*) : Un fin connaisseur du dossier me fit remarquer que ce type de contrat ressurgirait un jour ou l’autre : « Tu comprends, avec le scandale que font les gauchistes autour des stock-options, ce serait un moyen idéal pour permettre aux entreprises de remercier les hauts salaires les plus méritants sans encourir la vindicte publique. »

La boîte de Pandore est ouverte. En Octobre 2006, c’est au tour des Mutuelles du Mans Assurances ( MMA, assurance privée malgré son nom trompeur), de lancer une nouvelle formule « Santé Double Effet », en proposant, moyennant une majoration de 15% de la cotisation de base, un remboursement de la moitié de la surprime versée si les dépenses de santé de l’assuré pendant la période sont faibles ou nulles. Le but, comme l’explique le Président des MMA, est d’attirer une clientèle jeune qui rechigne à souscrire une complémentaire : « Nous sommes au début d'un remaniement de l'offre d'assurance en matière de santé. Le produit de base qui rembourse la consultation chez le médecin devient inadapté face à l'envolée des coûts et l'accroissement des transferts sur le budget des familles. Si on ne rebâtit pas une offre cohérente, les jeunes vont cesser de s'assurer et les cadres qui cotisaient pour une chambre privée en cas d'hospitalisation, pour des lentilles ou des couronnes en céramique, vont chercher à faire des économies et baisser en gamme. »

Du côté des mutuelles et des associations de patients, on dénonce le mauvais coup porté à la notion même de solidarité, de mutualisation des risques.

Jean-Pierre Davant, Président de la Mutualité Française, condamne l’initiative : « Ce type de mesure vise à augmenter de 15 % les primes des malades. Seuls les assurés n'ayant pas été souffrants seront remboursés d'une partie de leur cotisation. Ce n'est pas en pénalisant les malades que l'on améliorera le système de santé. Vous risquez d'avoir des gens confrontés à des moments difficiles, qui éviteront de se faire soigner pour récupérer leur prime. Cette proposition est dangereuse sur le fond. En poussant les assurés à se couvrir en fonction de leurs besoins, on met à mal le principe de la solidarité. C'est un rude coup porté au régime obligatoire et à l'assurance complémentaire. »

Même son de cloche chez Que Choisir : « Au nom de la liberté individuelle, on introduit dans la santé le bonus-malus de l'assurance automobile. Mais à chaque fois qu'on individualise, on engendre des effets pervers. Le risque est que l'individu pourrait ne plus aller consulter un médecin de peur de ne pas récupérer la moitié de sa prime. »

 

Xavier Bertrand, le Ministre de la Santé, n’est pas en reste, qui écrit au président des MMA pour l’informer que son projet va : « à l'encontre des principes de solidarité et de mutualisation qui sous-tendent l'organisation de l'assurance-maladie », alors que les MMA ne font que s’adapter à la situation créée par la convention, à coût de déremboursements et de forfaits divers.

Certains penseront qu’après tout, confier une partie de la gouvernance du système aux assurances privées, si l’on se réfère aux lois du marché, est une excellente chose. Car le dogme est formel : la concurrence tire les tarifs vers le bas…

Hélas, ce n’est pas le cas aux USA, loin de là. Le système d’assurance-maladie, essentiellement privatisé, n’est certes pas déficitaire. La variable d’ajustement y est d’une autre nature : une masse grandissante d’Américains, près de 46 millions aujourd’hui, dénués de toute protection sociale…
Et pour les autres, un surcoût non négligeable lié à deux facteurs jamais pris en compte par les chantres de la concurrence à tout và.

Le premier, c’est, bien entendu, la nécessité de rendre le secteur profitable à l’actionnaire. Il n’est pas ici question d’atteindre simplement l’équilibre, mais de dégager une marge bénéficiaire à deux chiffres chaque année. C’est cela de plus que paiera l’assuré.

Le second surcoût, c’est la nécessité, dans cette foire d’empoigne que devient la chasse au client, d’augmenter de manière conséquente le budget de promotion et de publicité destiné à ferrer le chaland, avec un surcoût estimé de 20% pour ce seul poste marketing. Car la libéralisation du secteur, comme lors de l’introduction des Two Two You Two dans le renseignement téléphonique, s’accompagnera d’une féroce bataille publicitaire entre complémentaires, dont la note, in fine, sera payée par l’assuré.

 

Alors, bien sûr, les petits malins se diront que le meilleur moyen de s’en sortir est encore d’anticiper le mouvement, de devenir actionnaire d’un groupe assurantiel privé. Bien vu ? Non, désolé. Tout faux. Parce qu’au royaume des grands fauves, on est toujours mangé par plus gros carnassier que soi.

 

Novembre 1999 : les ministres de 134 états-membres se rencontrent à Seattle, USA, pour un nouveau round de discussions de l’Organisation Mondiale du Commerce. Parmi les sujets brûlants, le projet prioritaire de l’OMC : la privatisation des secteurs de l’éducation, de la santé, de la protection sociale, du transport et du logement social. Le but de l’OMC est alors d’étendre l’économie de marché aux services traditionnellement public. Dès 1999, la Coalition des Industries de Service américaine, alias USCSI, affiche ses espoirs quand aux négociations du GATT : « Nous pensons pouvoir progresser largement dans les négociations afin de dégager les opportunités pour les compagnies américaines de s’implanter sur les marchés des systèmes de soins étrangers… Historiquement, les services de santé dans de nombreux pays étrangers ont largement été sous la responsabilité du secteur public. Cette appartenance au secteur public a rendu difficile l’implantation marchande des industries de service du secteur privé US dans ces pays étrangers… »

Continuons dans la voie tracée par les néolibéraux, et attendons-nous, demain, à ce que notre système de santé serve à financer les retraites et les fonds de pension aux USA…

 

PS: Ceci a été écrit en 2006, publié en 2007, bien avant la faillite du système bancaire. La suite, avec en guest-stars le Parti Socialiste et les mutuelles solidaaaaaaaiiiiiiiiires ( puisqu'on vous le dit, bordel...), la prochaine fois.

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