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19/05/2011

Opération Sarko 2012: Merci les guignols!

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Les sarkozystes du premier cercle qui ont vu "La Conquête" sont soulagés, parait-il.

Soulagés? On les comprend.

Si l'un des communiquants qui nous gonflent avec le storytelling sarkozyste depuis des années essuie une larme dans les jours qui viennent, ce sera parce qu'il aura pris un bouchon de champagne dans l'oeil.

En Angleterre, quand un réalisateur, un scénariste, s'attaquent au pouvoir, cela donne des films d'une rare pertinence, qui n'évacuent pas la question politique et sociale comme Xavier Durringer et Patrick Rotman s'y attèlent ici.

Mais l'Angleterre a des Peter Kosminsky, des Ken Loach. Nous, nous avons Durringer et Rotman.

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J'avais été surpris, ces dernières semaines, par la distance entre l'affiche du film, assez sarcastique, et les interviews donnés par les principaux protagonistes du film: auteur, réalisateur, acteur principal. Ayant vu le film hier, je comprends mieux.

Le festival attendu de répliques vachardes est au rendez-vous, on voit que Rotman a bien relu la presse, a bien potassé le livre de Bruno Le Maire, ex dir-cab de Villepin, le livre de Yasmina Reza, ex-groupie sarkozyste, et le livre sur Cecilia Sarkozy. Les acteurs sont bons, ils ont bien visionné les films vidéo de l'époque, écouté les discours. On a donc droit à ce combat pour la présidence entre des hommes d'une consternante médiocrité qui se haïssent cordialement et pour lesquels seul compte le pouvoir.

Mais parce que les auteurs refusent de montrer, en parallèle de ce combat de coqs, les conséquences morales politiques et sociales des actions de ces hommes et de ces femmes sur le peuple de France ( celui-là même que Guaino évoque les larmes aux yeux pour mieux le livrer à la marionnette Sarko), on reste dans l'entre-soi du storytelling sarkozyste, et comme s'en émeuvent Podalydès, Rotman et Durringer, on découvre un Sarkozy humain, attachant, tellement faillible, au fond. Un homme ambitieux, mais est-ce un crime, franchement, mâme Chabot, je vous l'demande?

Un exemple de cette cécité voulue, choisie? Le film traite au détour d'une répartie de la visite de Sarkozy, alors Ministre de l'Intérieur, sur la dalle d'Argenteuil, de ses fameuses petites phrases sur la racaille et le Kärcher. On nous rappelle en quelques mots sans rien en montrer que cela a mis le pays à feu et à sang pendant des semaines, mais cela est reproché du bout des lèvres à Sarkozy dans l'intimité feutrée d'un beau bureau élyséen, et Sarkozy, par la bouche de Podalydès, a beau jeu de répondre que "la France a un problème avec ses banlieues et ce qu'on me reproche c'est juste d'avoir dit la vérité". Il est dans cette scène entouré de médiocres, de menteurs, il y a là Chirac, Villepin, Jean-Louis Debré, Le Maire, Guéant  ( de mémoire ), il n'y a pas dans cette scène, évidemment, un banlieusard, un flic, un médecin, un pompier, pour enfoncer le clou. Tous ces types se tiennent par les couilles, par leurs conneries passées, par leur ignominie présente et future. La France a été mise à sang, sa cohésion mise à mal? Ce n'est dans le film qu'une séquence sur l'échiquier politique, et on passe à autre chose ( idem pour le CPE, dont on voit qu'il flingue Villepin mais dont aucune des conséquences ou du combat mené alors n'est montré; idem pour le Non à la Constitution Européenne). Là où Loach aurait mis sa caméra au ras des petites gens, là où Kosminsky ou Frears auraient mêlé dans leur narration les intrigues des puissants et la vraie vie des gens, nos courageux mais pas téméraires français transforment la conquête du pouvoir par un névropathe "libéral, ultracommunautariste et atlantiste" en sitcom.
Et par la grâce du cinéma, des gros plans, des acteurs, ils humanisent ces guignols, évacuent le peuple, participent au storytelling sarkozyste.

La meilleure preuve en est peut-être le portrait de Cecilia Sarkozy en madone sacrificielle. Ce qu'on voit ici, c'est une femme intelligente, aimante, qui soutient son mari au fil des ans et revient même près de lui pour lui permettre d'accéder au pouvoir suprême alors qu'elle ne l'aime plus. Par simple fidélité au passé. C'est beau, c'est tragique, le film se clôt quasiment sur son visage en larmes au moment où Sarko nous est infligé pour cinq ans.

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La réalité est un peu différente, si on 'en croit le livre d'Anne Biton sur Cecilia Sarkozy. Au lieu de la madone, on y voit une femme qui ne supporte plus un mari dont elle considère qu'il n'aime personne, pas même ses enfants, et qu'il a un réel problème de comportement. Une femme qui revient pour jouer au peuple français un mensonge de quelques mois, avant de partir retrouver l'homme qu'elle aime à Dubaï et se confier aux gazettes féminines en expliquant:

" Moi, ce qui me manque par-dessus tout, c'est aller faire des courses au supermarché avec mon fils Louis."

"Oui, c’est radicalement différent de tout ce que j’ai vécu avant. Mais c’est une expérience très enrichissante. J’ai des amis qui m’ont sorti quelques poncifs du genre: tu verras, on s’ennuie ici. C’est vrai qu’il n’y a pas tous les soirs du théâtre et de l’opéra comme à Paris, Londres ou New York. Mais on peut bouger. On oublie que Dubaï n’est qu’à deux heures seulement de l’Inde et quelques heures de la Chine. On peut aller y passer un week-end."

Ceux qui vont faire leur shopping "au supermarché" en Inde ou en Chine en deux heures d'avion privé apprécieront.

Les autres... les autres, le cinéma français s'en fout.

 

 

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