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28/01/2011

MEDIATOR: Faillite de l'expertise, et faux chevaliers blancs

L'affaire du MEDIATOR est dans tous les journaux.

Encore aujourd'hui je vois deux pleines pages sur La Revue Prescrire dans Libération.

Et chaque jour voit son lot de rebondissements. Hier c'était l'assureur AXA qui informe le laboratoire SERVIER que... "ah dommage c'est con les gars mais vous n'êtes pas assurés pour les risques liés aux anorexigènes... ". SERVIER qui a cru faire le malin en affirmant pendant des années que le MEDIATOR n'était pas un anorexigène ( c'est à dire un coupe-faim), mais un médicament contre le diabète, est pris à son propre piège. Et ça risque de lui coûter très très cher. Aujourd'hui, c'est apparemment le député Gérard Bapt, en charge de la mission d'enquête parlementaire sur le MEDIATOR, qui révèle que le professeur ACAR, qui vient de sortir une contre-expertise sur les chiffres de décès attribués au médicament, est... fondateur de l'association francophone de cardiologie dont les congrès sont financés par... SERVIER. Amusant, le matin même, j'avais reçu un mail de la revue Preuves et Pratiques ( qui en monte, des congrès sponsorisés...) pour m'informer:

AFFAIRE MEDIATOR : Un cardiologue de renom s'exprime

Après les journalistes, les politiques, les ministères et les agences de santé, le Professeur Jean ACAR, connu pour son intégrité et considéré comme un des « papes » de la valvulopathie mitrale, s'est exprimé.

www.cardiologie-francophone.com

Dans le contexte actuel il nous paraît important de relayer l'expression de spécialistes reconnus. Nous ferons suivre ces analyses sans esprit partisan avec le souci de transmettre des informations de qualité et indépendantes.

Bonne lecture.

La Rédaction.

Et pour être sûr que je comprenne bien, ils me le remettent en anglais

MEDIATOR AFFAIR : A renowned cardiologist's view

After words from the press, politicians, ministers and medical agencies, Professor Jean ACAR, who is known for his integrity and considered as one of the «Popes» of mitral valvulopathy, expressed himself.

www.cardiologie-francophone.com

In the present context we think it is important to relay the words of renowned spécialiste. We will make a neutral follow-up of these analysis with the concern of conveying quality and independent pieces of information.

Good reading

The Editorial team

Amusant, non? Personne n'a dit au rédacteur de ce mailing qu'on ne dit pas "MEDIATOR AFFAIR", à moins qu'en plus SERVIER ait couché avec son médicament, et que dans un pays anglo-saxon, être un "Pope" de la valvulopathie, ça ne veut pas dire grand-chose.

 

Ca ne veut pas dire grand-chose en Français non plus, de parler de "Pape", et "spécialiste reconnu", parce que ce que ces braves gens ne comprennent pas, ou comprennent trop bien, c'est que ce qui est en jeu, c'est LA FAILLITE DE L'EXPERTISE.

 

Par défaut d'indépendance, les experts ont failli. C'est pourtant simple à comprendre, non? Personne, à mon sens, ne l'a dit mieux et plus clairement que mon ami Philippe FOUCRAS, fondateur du FORMINDEP ( www.formindep.org ) :

« Regardons la réalité en face : ce sont les meilleurs, ces experts issus du système hospitalo-universitaire, qui ont autorisé le Mediator et n'ont pas vu qu'il y avait un problème, et ce sont les petits généralistes et les pharmaciens de rien du tout de Prescrire qui ont dénoncé ça. Peut-être faut-il revoir la définition de "meilleurs" car le vrai critère du meilleur ce n'est pas seulement les diplômes et les titres, mais l'indépendance. »

Depuis le temps que les lanceurs d'alerte indépendants le crient dans l'indifférence quasi-générale, et grâce entre autre aux affaires qui précédèrent celle-ci ( STALTOR, du labo Bayer, VIOXX, du labo MSD, H1N1, du labo Grosselime Bachelot and associates), les journalistes, et les Français, commencent à comprendre que le "grand professeur en blouse blanche nimbé de sa superbe" qui cause-dans-le-poste ne vaut pas mieux, et probablement beaucoup moins, que le généraliste à 23 euros qui lit Prescrire. Enfin! Il aura juste fallu quelques décennies, pendant lesquelles les rédacteurs de PRATIQUES ( la courageuse revue du SMG, dont je parlais il y a quelques jours), les rédacteurs de Prescrire, se sont vus vilipendés et traités d'ayatollahs, de pisse-froids, d'aigris, par ceux-là même dans la profession qui servaient la soupe au LEEM et acceptaient d'être financés par ces firmes pharmaceutiques...

L'affaire du MEDIATOR est dans tous les journaux, donc, et, franchement, ça me met un peu les glandes. Comme me mettent les glandes les centaines d'articles élogieux "découvrant" Stéphane Hessel, quand AUCUN grand média, à part l'Humanité, ne reprit lorsqu'il le fallait, c'est-à-dire avant la catastrophe nationale que constitua l'élection de Nicolas Sarkozy, l'Appel des Résistants aux jeunes générations, qui en 2004 rappelait l'héritage du Conseil National de la Résistance que Sarkozy et ses amis allait mettre à bas.

Tout ce qui est dans "INDIGNEZ-VOUS" était dans cet Appel, mais les média regardaient ailleurs.

Tout ce qui sort aujourd'hui sur le MEDIATOR, sur les firmes, était dans la Revue PRESCRIRE, dans PRATIQUES, dans "PATIENTS SI VOUS SAVIEZ", dans "LES FOSSOYEURS", depuis des années.

Mais, comme m'avait répondu un journaliste de Libération alors que j'essayais d'attirer en 2007 l'attention sur le programme santé de Nicolas Sarkozy et ses "franchises", "C'est vachement sympa, ton livre, mais c'est pas le sujet de l'élection. Le sujet, c'est l'identité nationale et le drapeau." Presse calamiteuse, presse de suivistes... L'identité nationale et le drapeau, les deux hochets qu'agitait Sarkozy et que, bonne fille du Poitou, Ségolène Royal s'était magistralement appropriée, combattant sur le terrain de l'adversaire en délaissant les questions sociales...

C'est en suivant ce fil de pensées, pensées ambivalentes parce que, même s'il est bien tard, je suis content que ces choses sortent enfin... que j'ai commencé à penser à ma Boîte Noire. A ce qu'il y a dedans. A ces gens qui pavanent aujourd'hui dans les média, s'inventent des armures de chevaliers blancs, "découvrant" l'ampleur du désastre sanitaire... qu'ils ont fortement contribué à mettre en place. Je pense à Xavier Bertrand, tiens, qui publie ses liens d'intérêt et ceux de Nora Berra pour les journalistes... Je vous en livre juste la conclusion:

Xavier Bertrand indique qu'il se consacre exclusivement à ses mandats politiques et électifs et qu'il a cessé son activité professionnelle dans le secteur de l'assurance en 2004 date à laquelle il est entré au gouvernement pour la première fois.

Pour sa part, Nora Berra rappelle que pour assumer pleinement son engagement politique, elle a cessé l'ensemble de ses activités professionnelles dès début 2009, en amont des élections européennes de juin 2009 auxquelles elle était candidate. Ses activités de praticien attaché au service d'immunologie clinique (spécialité VIH) de l'hôpital Edouard Herriot de Lyon qu'elle occupait depuis 1991 et de Médecin des affaires médicales de trois laboratoires pharmaceutiques (Boehringer Ingelheim de 1999 à 2001 - Bristol Myers Squibb de 2001 à 2006 - Sanofi Pasteur MSD Europe de 2006 à 2009) ont donc pris fin à cette date.

Xavier Bertrand et Nora Berra tiennent à remercier leurs collaborateurs qui se sont prêtés à l'exercice de déclaration d'intérêts alors que celui-ci n'est à ce jour ni prévu, ni encadré. Cette démarche dictée par la recherche de la plus grande transparence, dans un contexte où le Ministère chargé de la Santé a notamment la responsabilité de porter une réforme exemplaire de notre système du médicament, ne préjuge en rien les recommandations que la Commission de réflexion pour la prévention des conflits d'intérêt dans la vie publique, présidée par le vice-président du Conseil d'Etat, pourra être amenée à formuler.

Rappelons que Nora Berra s'était illustrée en Novembre dernier en mettant en doute l'imputabilité des décès attribués au MEDIATOR, puis, mise en cause, avait répliqué que c'était un atout pour elle d'avoir travaillé pour des laboratoires car elle connaissait donc d'autant mieux « les problématiques auxquels ils sont confrontés. » Ajoutant dans le Parisien, ce qui est la réplique HABITUELLE du service de communication du LEEM lorsqu'on pointe tel ou tel expert financé par les firmes: « Je ne pense pas qu'un brevet d'incompétence sur les sujets dont on a la charge soit la meilleure garantie pour répondre aux attentes des Français. » ENORME. Allez, moi je vous le dis, avec ces deux-là, on n'a pas fini de s'amuser. La suite? C'est ici. Pour bientôt.

 

 

 

 

25/01/2011

L'Affaire Tarpin: un "règlement de comptes" à l'Ordre des Médecins

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Des membres de l'Association S.T.O. ( Sauvons Tarpin de l'Ordre) devant le siège du Conseil National de l'Ordre des Médecins

 

Parfaitement résumée sur le site Atoute.org par le Dr Dominique Dupagne (   http://www.atoute.org/n/article164.html ) , l'"affaire Tarpin" est emblématique des tentations qui agitent et ont toujours agité l'Ordre des Médecins.

 

Je l'avais écrit dans Libération en 2002 ( c'est reproduit ici:    http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/archive/2010/10... ): l'Ordre des médecins a longtemps utilisé de son pouvoir sur les seuls généralistes pour les contraindre à la garde de nuit, acceptant sans broncher que des hommes et des femmes qui avaient déjà travaillé onze à douze heures dans la journée enchaînent sur un travail de nuit. Le volontariat des gardes obtenu de haute lutte en 2002 avait pour but de forcer l'Etat à aménager des conditions simplement décentes pour la permanence de soins. Le Président de l'Ordre d'alors a tenté de passer outre cette loi, et cela lui a valu sa place.

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Neuf ans plus tard, les mentalités à l'Ordre ont commencé à changer, mais comme on va le voir, nombre de ses représentants semblent tétanisés par l'écart entre une position de principe: "on ne doit pas forcer à travailler de nuit un médecin qui a déjà travaillé de jour" et le principe de réalité: nombre de parlementaires de tout bord, unis par la même bêtise, n'ont rien à foutre de la durée de travail des généralistes ou de la sécurité des soins, du moment que la permanence des soins, même mal organisée, même invivable au quotidien, paraît assurée à leurs électeurs.

Les mêmes députés et sénateurs UMP et centristes qui ovationnaient François Fillon lorsqu'il promettait de sabrer les services publics en milieu rural, les mêmes députés et sénateurs UMP et centristes qui ont voté la franchise sur les soins pour responsabiliser les dialysés et les cancéreux ( on peut saluer ici Nicolas Sarkozy, qui aura au moins tenu UNE de ses promesses de campagne...), ces mêmes parlementaires, donc, ne rêvent que de remettre à la schlague les généralistes. Que ceci contribue à accélérer la désertification médicale ne les émeut guère: a chaque problème complexe, on le sait, il existe une solution simple, évidente, et fausse, et ils sont nombreux à s'y être ralliés.

Comme on le verra dans la vidéo qui suit, les représentants de l'Ordre tentent alors de jouer sur les deux tableaux: apparemment conscients que la situation est intenable, ils privilégient les petits arrangements, soutiennent du bout des lèvres les réquisitions, au principe que, s'ils n'organisent pas le bousin, oh mon Dieu les politiques s'en chargeront. Collaborer à une situation dégradante n'est pourtant jamais une solution...

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Blanchi par la Justice, condamné par l'Ordre: Xavier Tarpin, généraliste

 

Le cas de Xavier Tarpin est en ce sens exemplaire, et agit comme un formidable révélateur au sein de l'institution et chez les médecins.

Poursuivi par la vindicte du Conseil Départemental du Rhône, illégalement réquisitionné six années de suite le 1er Janvier pour le faire plier, Xavier Tarpin a obtenu gain de cause devant les tribunaux républicains. Qu'à cela ne tienne. La section disciplinaire du CDO du Rhône le condamne à une interdiction d'exercice de trois mois avec deux mois de sursis, espérant briser, financièrement et moralement, un individu isolé. Privant par là-même les patients de leur médecin traitant pendant un mois, au prétexte qu'il n'assurerait pas la permanence des soins la nuit du réveillon... Décision entérinée par la section disciplinaire du Conseil National..., Conseil national dont le Président du CDO du Rhône, comme c'est pratique, fait partie... Ajoutons que bousculé par de nombreux CDO d'autres départements soutenant le Dr Xavier Tarpin, le Président de l'Ordre des Médecins lui-même, Michel Legmann, a écrit une lettre soutenant cette décision, afin de faire taire les critiques. Interrogé à ce sujet dans les couloirs du Conseil de l'Ordre... il aura cette phrase incroyable, attestée par de nombreux témoins: "Mais cette lettre, on m'a forcé à la signer..."

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Président du CDO du Rhône, chargé de la Santé Publique au Conseil National de l'Ordre: Patrick Romestaing, chirurgien ORL

Réunis au sein de l'association S.T.O. ( Sauvons Tarpin de l'Ordre), les confrères du généraliste, venus de France entière, se sont invités le 11 Janvier 2011 à un colloque organisé à l'Ordre des Médecins en présence de l'habituel gratin ( Elisabeth Hubert, conseillère Santé pour l'Elysée) sur l'installation des jeunes médecins. Tandis que Jean-Paul Hamon, président d'Union Généraliste, intervenait en séance pour dénoncer la condamnation de Xavier Tarpin, gênant un moment le ronron habituel de ces grands-messes, une vingtaine de généralistes se réunissait face à deux membres du Conseil national de l'Ordre pour évoquer l'affaire et, au-delà du cas de Xavier Tarpin, l'attitude de l'Ordre face aux réquisitions de généralistes.

 


L'Association S.T.O. s'invite au Conseil de l'Ordre pour demander des comptes... Les réponses qui lui sont données témoignent du malaise de l'institution, et de l'imbroglio juridique et assurantiel de la permanence des soins en France. ( Film disponible en Haute Définition)


Jean-Paul Hamon, Président d'Union Généraliste, brise le train-train des réunions entre représentants de l'Ordre et de l'Etat.

 

La suite des évènements est à écrire. En cette dernière semaine de Janvier 2011, les patients du Docteur Xavier Tarpin sont toujours privés de leur médecin, et il y a le feu au Conseil de l'Ordre, aussi bien dans le Rhône qu'à Paris. ( A suivre...)

 

19/01/2011

MEDIATOR: avant Prescrire, il y eut Pratiques, la revue du SMG

Vous n'avez jamais entendu parler du SMG, le Syndicat de la Médecine générale?

Rassurez-vous, Xavier Bertrand non plus.

Un syndicat qui répète sans relâche depuis des décennies que la santé publique n'est pas solvable dans le libéralisme.

Un syndicat qui n'est pas dupe de la nouvelle posture du ministre de la Santé, qui fait semblant de découvrir l'ampleur du désastre sanitaire qu'il a contribué à créer patiemment depuis 2004 en humiliant et en décourageant peu à peu les médecins indépendants des firmes pharmaceutiques.

Un syndicat dont une pitoyable porte-parole de la Confédération des Syndicats Médicaux Français ( syndicat bien en cours auprès du ministre et de l'UMP, la maison accepte les chèques et les dons des mécènes pharmaceutiques, en toute indépendance, bien entendu) expliquait il y a quelques années qu'il était "issu des poubelles de l'histoire."

( Chez ces gens-là, monsieur, quand on est un peu à gauche de Dominique Strauss-Kahn, on est issu des poubelles de l'histoire)

Question poubelles, on va s'intéresser à ce qui va sortir dans les mois à venir...

( cf Charlie Hebdo et les liens de Madame Douste-Blazy avec la laboratoire Servier...)

 

 

 

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Il faut éviter « d’autres Médiator° » !

 

Le SMG salue le rapport IGAS sur le Médiator°, soulignant que ce médicament aurait pu être interdit dès 1999, si le principe de précaution avait été appliqué. Il démontre les agissements néfastes du laboratoire Servier et dénonce :

- une « chaîne du médicament qui fonctionne aujourd’hui de manière à ce que le doute bénéficie non aux patients et à la santé publique mais aux firmes »

- la coopération des institutions avec l’industrie pharmaceutique

- le poids des liens d’intérêt des experts et de la communauté scientifique avec les firmes.

Un deuxième rapport doit suivre, principalement orienté sur la pharmacovigilance.

Renforcer la pharmacovigilance est indispensable, mais c’est l’ensemble de la chaîne du médicament qui doit sortir de l’emprise des firmes pharmaceutiques, si on veut éviter qu’il y ait « d’autres Médiator° ». Il faut développer la recherche publique, renforcer l’évaluation indépendante des médicaments avant leur mise sur le marché, modifier les législations européennes et françaises pour que les nouveaux médicaments aient à démontrer leur intérêt thérapeutique par rapport au médicament de référence (1), rendre les agences du médicament indépendantes en termes financier et d’expertise, renforcer la pharmacovigilance.

Tout ceci est déjà un chantier important et fondamental mais ne sera pas suffisant. Pour quelles raisons le Médiator° a-t-il été autant prescrit, en particulier hors de ses indications d'Autorisation de Mise sur le Marché et sans réaction des Caisses d’Assurance maladie ? Le marketing de Servier a su s'appuyer sur le manque de sens critique des médecins et sur la parole des spécialistes leaders d’opinion. Force est de constater l’immixtion des firmes dans l’ensemble du système de soin : presse médicale, syndicats médicaux, congrès, sociétés savantes, formation initiale (2) et continue en ville et à l’hôpital, réseaux de santé, associations de malades et, même, actions de dépistage des pouvoirs publics (rares sont ceux qui fonctionnent sans le financement des firmes).

C’est l’ensemble du système de soins qui doit sortir du financement des firmes si on veut éviter « d’autres Médiator° ». Il faut soutenir et développer une formation des soignants indépendante des firmes, supprimer la « visite médicale » des firmes auprès des prescripteurs tant en ville qu’à l’hôpital, exclure les firmes de l’éducation thérapeutique des patients, rendre applicable la loi sur la prise illégale d’intérêts et dans un premier temps obliger les firmes à déclarer nominativement les versements effectués aux professionnels de santé comme aux associations de patients.

Pourquoi attendre pour agir qu’il y ait d’autres victimes… « d’autres Médiator° »?

A qui profite la situation actuelle ?

 

1) Cette exigence aurait entraîné la non commercialisation du Médiator°. La revue « Pratiques, les cahiers de la médecine utopique » fondée et animée par le SMG, écrivait en 1977 que le « Médiator° » était de la famille des anorexigènes, et que dans l’attente d’études valables, mieux valait ne pas le prescrire. http://www.pratiques.fr

2) exemple : La conférence Hippocrate, préparation au concours national des étudiants en médecine.

http://www.servier.fr/groupe/Hippocrate.asp#

Avant le MEDIATOR, il y eut le VIOXX: retour sur les fossoyeurs de l'information médicale indépendante

Note de l'auteur: Ce post est la reprise, sans images, du post d'hier, car Internet Explorer, du mirifique Bill Gates, continue à bugger sévèrement si on lui met trop d'images dans la face ;-)

Désolé, donc, pour les utilisateurs d'Internet Explorer qui ne pourront revoir les trognes ravissantes de Xavier Bertrand, Michel Chassang, Philippe Douste-Blazy, Nicolas Sarkozy et Jacques Servier... Quoiqu'en y réfléchissant.....    ;-))))

 

 

L'affaire du MEDIATOR semble en passe de faire enfin comprendre au grand public  ce que les lanceurs d'alerte tentent de dénoncer depuis des années. Survenant après les affaires du Staltor ( anticholestérolémiant de Bayer retiré du marché en catastrophe en 1997) et du Vioxx ( anti-inflammatoire vanté par une majorité de media... puis retiré du commerce en catastrophe en 2004), survenant un an après la pitoyable campagne de vaccination H1N1 de Roselyne Bachelot-Narquin flanquée de sa cohorte d'experts nullissimes, l'affaire du MEDIATOR sert de détonateur. Il y en aura d'autres...

Xavier Bertrand promet des réformes, une mise à plat. Ceux qui ont confronté cet ancien assureur AXA depuis quelques années, depuis qu'il n'était que le secrétaire d'Etat de Philippe Douste-Blazy, peuvent avoir quelques doutes. Comme le disait Einstein: "Ne comptez pas sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre..." J'y reviendrai...

Dans l'intervalle, voici un extrait du livre "LES FOSSOYEURS" publié en 2007, dans lequel j'analyse l'affaire du Vioxx. On y retrouve les mêmes arguments sur les firmes, la visite "médicale", le médicament, les agences, qui ont fait les beaux jours de SERVIER et consorts. Et du syndicaliste acceptant le "mécénat" des firmes, au ministre incompétent, on approche d'un peu plus près ce système.

Dans un ouvrage récent basé sur un long entretien, « Le grand méchant loup pharmaceutique », cherchant à présenter systématiquement les agences du médicament sous un jour favorable en minimisant certains de leurs travers comme l’indépendance toute relative de certains experts vis-à-vis des firmes(*), Philippe Urfalino, sociologue, peu avare de qualificatifs désobligeants vis-à-vis des donneurs d’alerte qui dénoncent les travers des firmes, répond d’une manière très surprenante à l’interpellation de son intervieweur :

« Question : Les « relations » peuvent aussi prendre la forme de la collusion d’intérêts… On pense par exemple aux 20000 euros par médecin et par an que les firmes pharmaceutiques consacrent à la communication sur leurs produits.

Philippe Urfalino : C’est vrai, l’industrie pharmaceutique est le mécène du milieu médical… »

 

J’ai cherché dans le Petit Robert la définition de mécène : « protecteur généreux des arts et des sciences ».

Cette définition d’une surprenante clémence contraste avec les qualificatifs employés pour les donneurs d’alerte, ces médecins, ces scientifiques, qui pointent depuis des années, en France et à l’étranger, les errances du secteur pharmaceutique : « je suis frappé par une certaine tendance à la diabolisation, qui confine ça et là au retour de la théorie du complot…( la revue Prescrire) plaide l’existence du camp des firmes et du profit d’un côté et du camp des malades de l’autre… ce que je voudrais mettre en cause ici, c’est une mauvaise information, des amalgames et une grille de lecture fautive…les visiteurs médicaux sont parmi les rares interlocuteurs qui se soucient des besoins du médecin ».

Cette défense de la visite médicale n’est pas neuve, comme n’est pas neuve la mise en cause des donneurs d’alerte. Comme je l’ai écrit dans « Patients si vous saviez », la Revue Prescrire, revue française indépendante d’information sur le médicament, est dans le collimateur des firmes depuis de nombreuses années. Membre d’un réseau international de revues thérapeutiques indépendantes, elle constitue pour le médecin soucieux d’une information scientifique débarrassée de l’argumentation marketing et économique, un outil majeur, voire indispensable. Mais sa critique argumentée des techniques de communication des firmes met mal à l’aise ceux des médecins qui continuent à voir dans ces dernières un simple « mécène ». A les en croire, l’implication de Big Pharma ( selon le vocable adopté par John Le Carré après son magistral roman « La constance du jardinier) dans l’information du corps médical ne pose pas problème. C’est la thèse défendue par la CSMF, dans « Qu’est-ce que la CSMF ? », un petit ouvrage très informatif publié aux éditions l’Archipel :

« Question : Les laboratoires et leurs campagnes de marketing auprès du corps médical et des malades ne risquent-ils pas d’exercer une influence abusive dans le domaine des prescriptions médicamenteuses ?

Michel Chassang : Toute dérive peut être dangereuse. Elle doit être dénoncée et combattue. Pour la visite médicale, il convient de veiller à améliorer le qualitatif et donc son contenu… Pour autant, il ne faut pas exagérer l’ « intoxication » supposée des médecins en matière de visite médicale, constamment mise en avant par le lobby anti-industrie pharmaceutique. Les médecins savent quand même distinguer l’information médicale de la pression « marketing »… »

Est-ce si sûr ?

 

Le Vioxx : une affaire exemplaire

 

 

Un exemple frappant, celui du retrait précipité du Vioxx ( rofecoxib) en septembre 2004, a contribué à ébranler profondément ce type de certitude. Ce médicament destiné à soulager les douleurs de l’arthrose visait un large marché : une partie importante de la population des pays riches est touchée par l’arthrose, les douleurs rhumatismales. Or le Vioxx fait l’objet, avant même sa commercialisation, d’une promotion intense, y compris dans les médias grand public : ce médicament prétendument révolutionnaire bénéficierait d’un atout majeur par rapport aux anti-inflammatoires classiques : une excellent tolérance digestive. Pour tous les patients souffrant d’aigreurs d’estomac liées à la prise fréquente d’anti-inflammatoires, c’est, apparemment, une bonne nouvelle, et l’attente générée dans le public par cette information… désintéressée… est forte.

Une chronologie simple permet de retracer cette affaire :

Mai 1999 : autorisation de mise sur le marché aux USA du Vioxx

Novembre 1999 : autorisation de mise sur le marché en France du Vioxx

Le prix demandé aux patients est élevé : 10 francs français par comprimé quand la dose quotidienne d’un anti-inflammatoire classique comme l’ibuprofène revient à 2 francs. Dans un premier temps, le médicament n’obtiendra pas le remboursement par la Sécurité Sociale, car le tarif demandé semble trop élevé par rapport à l’avancée thérapeutique vantée.

Le laboratoire fait bénéficier les pharmacies hospitalières d’un prix extrêmement bas, 1 centime le comprimé, soit 1000 fois moins cher que le prix en ville. Ce véritable dumping a pour but d’amorcer la prescription hospitalière, sachant que, selon le Professeur Hazebroucq, directeur de la pharmacie centrale de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris : « Les firmes savent bien qu’un médicament prescrit par un grand professeur d’université a peu de chance d’être changé par un médecin généraliste… »

Dès cette époque, le résumé des caractéristiques du médicament publié aux USA fait état d’une tendance à l’hypertension artérielle plus élevée sous Vioxx.

Mai 2000 : l’étude VIGOR, présentée à un congrès britannique, compare le Vioxx à un anti-inflammatoire classique, le naproxène. Elle laisse apparaître une augmentation des accidents cardiaques sous Vioxx

Août 2000 : la Revue Prescrire titre « Rofécoxib, un antalgique AINS décevant : Vioxx comprimés » et fait part d’un doute sur une augmentation des risques cardiaques dans une étude en cours, en notant que «  ces données sont difficiles à interpréter en l’absence de compte-rendu détaillé ». La Revue, véritable « bible » des médecins soucieux d’accéder à une information indépendante, considère que le Vioxx « n’apporte rien de nouveau », et ceci alors que la promotion du médicament auprès des médecins bat son plein.

Novembre 2000 :dans un second article consacré à une étude après un an de commercialisaion en Grande-Bretagne, la Revue Prescrire répètera que « le bilan laisse persister un doute quand à un risque cardiaque particulier »

Février 2001 : une analyse détaillée de l’étude VIGOR par l’administration américaine du médicament n’est pas en faveur du Vioxx : s’il semble exister une diminution des effets indésirables digestifs graves, celle-ci est annulée par un excès d’accidents cardiovasculaires graves, et ce dès le premier mois de prise du médicament. De plus, les experts de la FDA découvrent que l’incidence des accidents vasculaires a été minorée par les médecins et chercheurs ayant signé l’étude.

Juin 2001 : le Vioxx est admis au remboursement en France

Août 2001 : le Dr Topol, cardiologue américain, publie dans le Journal of the American Medical Association, une revue de l’étude VIGOR passée au crible avec son équipe : les taux d’infarctus sont significativement plus élevés sous Vioxx qu’avec un placebo ( « médicament » chimiquement neutre utilisé comme témoin).

Le laboratoire Merck a rencontré le Dr Topol et tenté d’obtenir, sans succès, le retrait de son article, avant publication.

Le service marketing du laboratoire Merck remet en cause les conclusions de l’étude VIGOR : ce ne serait pas le Vioxx qui causerait plus d’accidents vasculaires… mais le naproxène auquel il était comparé, qui serait protecteur vasculaire ( le naproxène n’a jamais été utilisé dans cette indication)

Les congrès, les journaux médicaux, sont envahis de communiqués de presse assurant de la sécurité cardiovasculaire du Vioxx , thèse appuyée par les nombreuses prises de position de grands professeurs de médecine que Gilles Bardelay, de la Revue Prescrire, qualifie dans le Monde de « dealers d’opinion »…

En France, l’Agence de Sécurité Sanitaire… critique les « faiblesses méthodologiques » du travail du Dr Topol, et reprend à son compte les explications du marketing de Merck : s’il y a excès d’infarctus sous Vioxx, « cette différence serait liée à l’action antiaggrégante plaquettaire ( fluidité sanguine) du naproxène que ne possède pas le rofecoxib »

Mars 2002 : Au salon du Medec, grand-messe de la formation et de la communication médicale sponsorisée par les firmes pharmaceutiques, le Vioxx est plébiscité par les 6282 médecins participants amenés à désigner les « meilleurs médicaments de l’année »

Septembre 2002 : En présence du Professeur Michel Boisron, Président du Comite Médical du Medec 2002, du professeur Bernard Glorion, Président du Conseil National de l’Ordre des médecins, du Dr Claude Maffioli, président de la CSMF et Président du Comité Médical du Medec 2003, de divers représentants du ministère de la Recherche, de l’Assemblée Nationale, de députés et sénateurs illustres…le Vioxx reçoit le « Prix du Médicament de l’Année », dans la catégorie « recherches internationales », pour «  sa remarquable tolérance gastro-intestinale qui a été plébiscitée plus encore que son efficacité anti-inflammatoire. » selon le Quotidien du Médecin.

2002 : l’Assurance-Maladie rembourse environ 116 millions d’euros pour le Vioxx

2003 : l’Assurance-Maladie rembourse environ 125 millions d’euros pour le Vioxx

Avril 2004 : l’Agence européenne du Médicament annonce que le Vioxx n’a pas montré « d’avantage gastro-intestinal significatif » et que sur le plan cardiaque, les médicaments de sa classe « pourraient présenter un léger désavantage de sécurité par rapport » aux anti-inflammatoires plus classiques. L’autorisation de mise sur le marché n’est pas révisée. Le prix du médicament reste identique.

Septembre 2004 : à la suite d’une nouvelle étude, la firme MSD annonce le retrait du Vioxx suite à la mise en évidence d’effets indésirables cardiaques sévères. Une estimation américaine fait alors état d’environ 30.000 infarctus et morts subites d’origine cardiaque imputables au Vioxx, sans compter les accidents vasculaires cérébraux.

Aucune agence française ne publie d’estimation de l’incidence des dégâts cardiovasculaires du Vioxx en France, selon le principe bien connu du nuage radioactif de Tchernobyl, qui veut que les catastrophes sanitaires ne passent pas nos frontières, grâce au zèle et à la vigilance de nos élites.

3 Janvier 2005 : Nos élites. Parlons-en.

Philippe Douste-Blazy, spécialiste en cardiologie, professeur de santé publique, ministre de la Santé, venu faire la promotion de la réforme qui porte son nom sur RTL, est interrogé par Gérard Courtois, au sujet du Vioxx. Plus de trois mois après le retrait brutal de ce médicament.

« Philippe Douste-Blazy : …un médicament c'est très sérieux, çà a des effets positifs et négatifs. Ça donne une autorisation de mise sur le marché et on fait ces médicaments là, on les donne aux personnes pour des indications données.
Alors là attention parce qu'aujourd'hui, nous n'avons absolument pas, nous, estimé qu'il y avait plus d'effets négatifs que d'effets positifs et donc nous, et d'autres pays dans le monde, y compris d'ailleurs la FDA, la Food and Drug Administration, très dure aux États-unis, n'ont pas estimé qu'il y avait plus de problèmes négatifs que de problèmes positifs, donc ils ont continué.
En réalité qu'est ce qui s'est passé ? Un article dans l'Herald Tribune ou le New York Times, je ne me souviens plus, sort, donc on rend public, disons qu'il pourrait y avoir quelques problèmes pour cet anti-inflammatoire, l'opinion publique se rend compte de cela, vous les journalistes, et c'est normal, vous en parlez. A partir de là le président directeur général de la grande société pharmaceutique décide que pour des raisons de marketing, il vaut mieux le retirer du marché tout de suite plutôt que de continuer ce produit parce que dans un journal à grand tirage, on dit qu'il peut y avoir des effets secondaires. Mais oui il peut y avoir des effets secondaires ! Résultat, il l'enlève, dés l'instant où il l'enlève, çà finit par une émission comme celle-là par quelqu'un de très sérieux comme vous qui dit, mais on enlève ce médicament parce qu'il est dangereux. Mais en fait…

Gérard Courtois : C'est ce que les patients ou les malades peuvent imaginer !

Philippe Douste-Blazy : Oui c'est ce que tout le monde croit ! Ou peuvent imaginer. En réalité je crois que le président directeur général a eu peur de faire face à un article grand public où on parle d'effets secondaires bien classiques et bien connus en médecine, et a peur à ce moment là pour son action et pour la bourse.

Richard Arzt : Quelle sera la solution ?

Philippe Douste-Blazy :Je dis qu'il faut faire attention, que la bourse, le rendement à court terme c'est très gentil mais çà a des limites, c'est la raison pour laquelle je plaide pour un capitalisme social et libéral. Je pense que c'est très important comme philosophie de penser. Le capitalisme, l'ultralibéralisme n'est pas un bon système. Là je crains, enfin s'il doit y avoir des problèmes pour Vioxx, faisons le, je suis le premier à vouloir les enlever les médicaments qui sont dangereux donc je veux dire moi je suis ni de près ni de loin proche des industries pharmaceutiques. Je dis simplement que là, dans le cas particulier aucun expert au monde n'a trouvé qu'il y avait un effet négatif. Or il se trouve que le PDG l'enlève, si le PDG l'enlève c'est qu'il a peur pour son action à court terme, donc pour ses actionnaires à court terme. Ça, si c'est çà, c'est lamentable.

Gérard Courtois : Autrement dit à vos yeux, les contrôles sont assez stricts tels qu'ils existent et les experts sont suffisamment indépendants ou totalement indépendants des laboratoires pharmaceutiques ?

Richard Arzt : C'est les journaux qui de temps en temps compliquent la chose !

Philippe Douste-Blazy :Non, non, pas du tout ! Non, çà c'est un second sujet, donc le premier sujet dont je parle, c'est en effet le grand public est mis au courant par des journaux d'effets secondaires et nous on sait qu'il y a des effets secondaires, nous les médecins…

Gérard Courtois : Il arrive qu'en dehors des grands journaux il y ait également des publications scientifiques qui…

Philippe Douste-Blazy : Alors çà c'est autre chose, lorsque Nature sort en disant qu'il y a un effet secondaire terrible, le médicament est mort tout de suite et heureusement il est enlevé du marché. Les agences du médicament aussi, françaises, européennes, américaines peuvent l'enlever… »

Echange surprenant. A plus d’un titre. L’explication donnée par le ministre de la Santé, spécialiste en cardiologie, professeur de santé publique, au sujet du Vioxx, l’un des scandales médicamenteux les plus retentissants de ces dernières années, est la suivante :

-Il n’y a pas de problème particulier avec le Vioxx, et il n’y a eu aucune publication scientifique sur d’éventuels effets négatifs du Vioxx.

-La décision de retrait est disproportionnée, et liée à un réflexe de panique face à un risque de chute de l’action boursière de la firme qui fabrique le médicament.

 

Notons la remise en cause par le ministre de l’ultralibéralisme et du capitalisme financier sauvage ! Hormis cet éclair de lucidité, cette interview ouvre un vaste questionnement sur le fonctionnement de notre système français de pharmacovigilance…

 

Que nous révèle l’affaire du Vioxx de la sécurité sanitaire en France ?

Que nous révèle cette affaire de la manière dont sont formés et informés les médecins ? de la manière dont sont formés et informés leurs représentants les plus illustres ?

Comment expliquer que dès le mois d’Août 2000, des généralistes, des spécialistes, des pharmaciens, des étudiants en médecine, lecteurs d’une revue indépendante en langue française, soient déjà alertés de l’existence d’un possible risque cardiovasculaire du Vioxx … mais que dix-huit mois plus tard, 6000 de leurs confrères, professionnels de santé comme eux, élisent ce médicament « Médicament de l’Année ». Comment expliquer que près plus de quatre ans cette première mise en garde en langue française, et alors que des dizaines d’articles sont parus à ce sujet dans la presse internationale, le ministre de la Santé puisse aligner à l’antenne d’une grande radio d’ahurissantes contre-vérités ?

Je n’ai pas la réponse à ces questions.

Franchement, elles me dépassent.

Elles donnent au petit médecin généraliste référent à 20 euros que j’étais alors, au misérable petit médecin traitant à 23 euros que je suis aujourd’hui, qui ne reçoit pas les représentants commerciaux des firmes et n’a jamais prescrit de rofecoxib malgré la pression insistante de certains services hospitaliers ou de certains patients, de fortes migraines.

Et j’imagine, au vu des sommes qu’a dépensé la Sécurité Sociale à la suite de la mise sur le marché d’un médicament aux effets indésirables graves sur la foi d’études savamment retravaillées… que ces questions donneraient aussi de fortes migraines à ces assurés sociaux qu’on cherche à tout prix à responsabiliser, dont on diminue la couverture maladie, qu’on accuse de frauder avec l’argent de l’assurance-maladie solidaire. «  Selon que vous serez puissant ou misérable… » écrivait La Fontaine, qui devait déjà avoir compris comment fonctionnent nos élites politiques, implacables avec les faibles, indulgentes envers les puissants…

18/01/2011

Avant le MEDIATOR, il y eut le VIOXX: retour sur les fossoyeurs de l'information médicale indépendante

L'affaire du MEDIATOR semble en passe de faire enfin comprendre au grand public  ce que les lanceurs d'alerte tentent de dénoncer depuis des années. Survenant après les affaires du Staltor ( anticholestérolémiant de Bayer retiré du marché en catastrophe en 1997) et du Vioxx ( anti-inflammatoire vanté par une majorité de media... puis retiré du commerce en catastrophe en 2004), survenant un an après la pitoyable campagne de vaccination H1N1 de Roselyne Bachelot-Narquin flanquée de sa cohorte d'experts nullissimes, l'affaire du MEDIATOR sert de détonateur. Il y en aura d'autres...

 

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Xavier Bertrand, fossoyeur de l'Option Médecin Référent et du Fonds de Promotion de l'Information Médicale ( indépendante)

Xavier Bertrand promet des réformes, une mise à plat. Ceux qui ont confronté cet ancien assureur AXA depuis quelques années, depuis qu'il n'était que le secrétaire d'Etat de Philippe Douste-Blazy, peuvent avoir quelques doutes. Comme le disait Einstein: "Ne comptez pas sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre..." J'y reviendrai...

 

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Dans l'intervalle, voici un extrait du livre "LES FOSSOYEURS" publié en 2007, dans lequel j'analyse l'affaire du Vioxx. On y retrouve les mêmes arguments sur les firmes, la visite "médicale", le médicament, les agences, qui ont fait les beaux jours de SERVIER et consorts. Et du syndicaliste acceptant le "mécénat" des firmes, au ministre incompétent, on approche d'un peu plus près ce système.

"Dans un ouvrage récent basé sur un long entretien, « Le grand méchant loup pharmaceutique », cherchant à présenter systématiquement les agences du médicament sous un jour favorable en minimisant certains de leurs travers comme l’indépendance toute relative de certains experts vis-à-vis des firmes(*), Philippe Urfalino, sociologue, peu avare de qualificatifs désobligeants vis-à-vis des donneurs d’alerte qui dénoncent les travers des firmes, répond d’une manière très surprenante à l’interpellation de son intervieweur :

« Question : Les « relations » peuvent aussi prendre la forme de la collusion d’intérêts… On pense par exemple aux 20000 euros par médecin et par an que les firmes pharmaceutiques consacrent à la communication sur leurs produits.

Philippe Urfalino : C’est vrai, l’industrie pharmaceutique est le mécène du milieu médical… »

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J’ai cherché dans le Petit Robert la définition de mécène : « protecteur généreux des arts et des sciences ».

Cette définition d’une surprenante clémence contraste avec les qualificatifs employés pour les donneurs d’alerte, ces médecins, ces scientifiques, qui pointent depuis des années, en France et à l’étranger, les errances du secteur pharmaceutique : « je suis frappé par une certaine tendance à la diabolisation, qui confine ça et là au retour de la théorie du complot…( la revue Prescrire) plaide l’existence du camp des firmes et du profit d’un côté et du camp des malades de l’autre… ce que je voudrais mettre en cause ici, c’est une mauvaise information, des amalgames et une grille de lecture fautive…les visiteurs médicaux sont parmi les rares interlocuteurs qui se soucient des besoins du médecin ».

Cette défense de la visite médicale n’est pas neuve, comme n’est pas neuve la mise en cause des donneurs d’alerte. Comme je l’ai écrit dans « Patients si vous saviez », la Revue Prescrire, revue française indépendante d’information sur le médicament, est dans le collimateur des firmes depuis de nombreuses années. Membre d’un réseau international de revues thérapeutiques indépendantes, elle constitue pour le médecin soucieux d’une information scientifique débarrassée de l’argumentation marketing et économique, un outil majeur, voire indispensable. Mais sa critique argumentée des techniques de communication des firmes met mal à l’aise ceux des médecins qui continuent à voir dans ces dernières un simple « mécène ». A les en croire, l’implication de Big Pharma ( selon le vocable adopté par John Le Carré après son magistral roman « La constance du jardinier) dans l’information du corps médical ne pose pas problème.

 

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C’est la thèse défendue par la Confédération des Syndicats Médicaux Français, dans « Qu’est-ce que la CSMF ? », un petit ouvrage très informatif publié aux éditions l’Archipel :

« Question : Les laboratoires et leurs campagnes de marketing auprès du corps médical et des malades ne risquent-ils pas d’exercer une influence abusive dans le domaine des prescriptions médicamenteuses ?

Michel Chassang : Toute dérive peut être dangereuse. Elle doit être dénoncée et combattue. Pour la visite médicale, il convient de veiller à améliorer le qualitatif et donc son contenu… Pour autant, il ne faut pas exagérer l’ « intoxication » supposée des médecins en matière de visite médicale, constamment mise en avant par le lobby anti-industrie pharmaceutique. Les médecins savent quand même distinguer l’information médicale de la pression « marketing »… »

Est-ce si sûr ?

 

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Michel Chassang, Président de la CSMF, fossoyeur de l'Option Médecin Référent, médaillé

 

 

Le Vioxx : une affaire exemplaire

 

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Un exemple frappant, celui du retrait précipité du Vioxx ( rofecoxib) en septembre 2004, a contribué à ébranler profondément ce type de certitude. Ce médicament destiné à soulager les douleurs de l’arthrose visait un large marché : une partie importante de la population des pays riches est touchée par l’arthrose, les douleurs rhumatismales. Or le Vioxx fait l’objet, avant même sa commercialisation, d’une promotion intense, y compris dans les médias grand public : ce médicament prétendument révolutionnaire bénéficierait d’un atout majeur par rapport aux anti-inflammatoires classiques : une excellent tolérance digestive. Pour tous les patients souffrant d’aigreurs d’estomac liées à la prise fréquente d’anti-inflammatoires, c’est, apparemment, une bonne nouvelle, et l’attente générée dans le public par cette information… désintéressée… est forte.

Une chronologie simple permet de retracer cette affaire :

Mai 1999 : autorisation de mise sur le marché aux USA du Vioxx

Novembre 1999 : autorisation de mise sur le marché en France du Vioxx

Le prix demandé aux patients est élevé : 10 francs français par comprimé quand la dose quotidienne d’un anti-inflammatoire classique comme l’ibuprofène revient à 2 francs. Dans un premier temps, le médicament n’obtiendra pas le remboursement par la Sécurité Sociale, car le tarif demandé semble trop élevé par rapport à l’avancée thérapeutique vantée.

Le laboratoire fait bénéficier les pharmacies hospitalières d’un prix extrêmement bas, 1 centime le comprimé, soit 1000 fois moins cher que le prix en ville. Ce véritable dumping a pour but d’amorcer la prescription hospitalière, sachant que, selon le Professeur Hazebroucq, directeur de la pharmacie centrale de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris : « Les firmes savent bien qu’un médicament prescrit par un grand professeur d’université a peu de chance d’être changé par un médecin généraliste… »

Dès cette époque, le résumé des caractéristiques du médicament publié aux USA fait état d’une tendance à l’hypertension artérielle plus élevée sous Vioxx.

Mai 2000 : l’étude VIGOR, présentée à un congrès britannique, compare le Vioxx à un anti-inflammatoire classique, le naproxène. Elle laisse apparaître une augmentation des accidents cardiaques sous Vioxx

Août 2000 : la Revue Prescrire titre « Rofécoxib, un antalgique AINS décevant : Vioxx comprimés » et fait part d’un doute sur une augmentation des risques cardiaques dans une étude en cours, en notant que «  ces données sont difficiles à interpréter en l’absence de compte-rendu détaillé ». La Revue, véritable « bible » des médecins soucieux d’accéder à une information indépendante, considère que le Vioxx « n’apporte rien de nouveau », et ceci alors que la promotion du médicament auprès des médecins bat son plein.

Novembre 2000 :dans un second article consacré à une étude après un an de commercialisaion en Grande-Bretagne, la Revue Prescrire répètera que « le bilan laisse persister un doute quand à un risque cardiaque particulier »

Février 2001 : une analyse détaillée de l’étude VIGOR par l’administration américaine du médicament n’est pas en faveur du Vioxx : s’il semble exister une diminution des effets indésirables digestifs graves, celle-ci est annulée par un excès d’accidents cardiovasculaires graves, et ce dès le premier mois de prise du médicament. De plus, les experts de la FDA découvrent que l’incidence des accidents vasculaires a été minorée par les médecins et chercheurs ayant signé l’étude.

Juin 2001 : le Vioxx est admis au remboursement en France

Août 2001 : le Dr Topol, cardiologue américain, publie dans le Journal of the American Medical Association, une revue de l’étude VIGOR passée au crible avec son équipe : les taux d’infarctus sont significativement plus élevés sous Vioxx qu’avec un placebo ( « médicament » chimiquement neutre utilisé comme témoin).

Le laboratoire Merck a rencontré le Dr Topol et tenté d’obtenir, sans succès, le retrait de son article, avant publication.

Le service marketing du laboratoire Merck remet en cause les conclusions de l’étude VIGOR : ce ne serait pas le Vioxx qui causerait plus d’accidents vasculaires… mais le naproxène auquel il était comparé, qui serait protecteur vasculaire ( le naproxène n’a jamais été utilisé dans cette indication)

Les congrès, les journaux médicaux, sont envahis de communiqués de presse assurant de la sécurité cardiovasculaire du Vioxx , thèse appuyée par les nombreuses prises de position de grands professeurs de médecine que Gilles Bardelay, de la Revue Prescrire, qualifie dans le Monde de « dealers d’opinion »…

En France, l’Agence de Sécurité Sanitaire… critique les « faiblesses méthodologiques » du travail du Dr Topol, et reprend à son compte les explications du marketing de Merck : s’il y a excès d’infarctus sous Vioxx, « cette différence serait liée à l’action antiaggrégante plaquettaire ( fluidité sanguine) du naproxène que ne possède pas le rofecoxib »

Mars 2002 : Au salon du Medec, grand-messe de la formation et de la communication médicale sponsorisée par les firmes pharmaceutiques, le Vioxx est plébiscité par les 6282 médecins participants amenés à désigner les « meilleurs médicaments de l’année »

Septembre 2002 : En présence du Professeur Michel Boisron, Président du Comite Médical du Medec 2002, du professeur Bernard Glorion, Président du Conseil National de l’Ordre des médecins, du Dr Claude Maffioli, président de la CSMF et Président du Comité Médical du Medec 2003, de divers représentants du ministère de la Recherche, de l’Assemblée Nationale, de députés et sénateurs illustres…le Vioxx reçoit le « Prix du Médicament de l’Année », dans la catégorie « recherches internationales », pour «  sa remarquable tolérance gastro-intestinale qui a été plébiscitée plus encore que son efficacité anti-inflammatoire. » selon le Quotidien du Médecin.

 

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Claude Maffioli, ex-Président de la CSMF, candidat maheureux de l'UMP à Reims ( 2002), puis membre du collège de la Haute Autorité de Santé jusque récemment

2002 : l’Assurance-Maladie rembourse environ 116 millions d’euros pour le Vioxx

2003 : l’Assurance-Maladie rembourse environ 125 millions d’euros pour le Vioxx

Avril 2004 : l’Agence européenne du Médicament annonce que le Vioxx n’a pas montré « d’avantage gastro-intestinal significatif » et que sur le plan cardiaque, les médicaments de sa classe « pourraient présenter un léger désavantage de sécurité par rapport » aux anti-inflammatoires plus classiques. L’autorisation de mise sur le marché n’est pas révisée. Le prix du médicament reste identique.

Septembre 2004 : à la suite d’une nouvelle étude, la firme MSD annonce le retrait du Vioxx suite à la mise en évidence d’effets indésirables cardiaques sévères. Une estimation américaine fait alors état d’environ 30.000 infarctus et morts subites d’origine cardiaque imputables au Vioxx, sans compter les accidents vasculaires cérébraux.

Aucune agence française ne publie d’estimation de l’incidence des dégâts cardiovasculaires du Vioxx en France, selon le principe bien connu du nuage radioactif de Tchernobyl, qui veut que les catastrophes sanitaires ne passent pas nos frontières, grâce au zèle et à la vigilance de nos élites.

3 Janvier 2005 : Nos élites. Parlons-en.

 

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Philippe Douste-Blazy, spécialiste en cardiologie, professeur de santé publique, ministre de la Santé, fossoyeur de l'Option Médecin Référent et du Fonds de Promotion de l'Information Médicale ( indépendante), célèbre inventeur du massage cardiaque assis.

Philippe Douste-Blazy, spécialiste en cardiologie, professeur de santé publique, ministre de la Santé, venu faire la promotion de la réforme qui porte son nom sur RTL, est interrogé par Gérard Courtois, au sujet du Vioxx. Plus de trois mois après le retrait brutal de ce médicament.

« Philippe Douste-Blazy : …un médicament c'est très sérieux, çà a des effets positifs et négatifs. Ça donne une autorisation de mise sur le marché et on fait ces médicaments là, on les donne aux personnes pour des indications données.
Alors là attention parce qu'aujourd'hui, nous n'avons absolument pas, nous, estimé qu'il y avait plus d'effets négatifs que d'effets positifs et donc nous, et d'autres pays dans le monde, y compris d'ailleurs la FDA, la Food and Drug Administration, très dure aux États-unis, n'ont pas estimé qu'il y avait plus de problèmes négatifs que de problèmes positifs, donc ils ont continué.
En réalité qu'est ce qui s'est passé ? Un article dans l'Herald Tribune ou le New York Times, je ne me souviens plus, sort, donc on rend public, disons qu'il pourrait y avoir quelques problèmes pour cet anti-inflammatoire, l'opinion publique se rend compte de cela, vous les journalistes, et c'est normal, vous en parlez. A partir de là le président directeur général de la grande société pharmaceutique décide que pour des raisons de marketing, il vaut mieux le retirer du marché tout de suite plutôt que de continuer ce produit parce que dans un journal à grand tirage, on dit qu'il peut y avoir des effets secondaires. Mais oui il peut y avoir des effets secondaires ! Résultat, il l'enlève, dés l'instant où il l'enlève, çà finit par une émission comme celle-là par quelqu'un de très sérieux comme vous qui dit, mais on enlève ce médicament parce qu'il est dangereux. Mais en fait…

Gérard Courtois : C'est ce que les patients ou les malades peuvent imaginer !

Philippe Douste-Blazy : Oui c'est ce que tout le monde croit ! Ou peuvent imaginer. En réalité je crois que le président directeur général a eu peur de faire face à un article grand public où on parle d'effets secondaires bien classiques et bien connus en médecine, et a peur à ce moment là pour son action et pour la bourse.

Richard Arzt : Quelle sera la solution ?

Philippe Douste-Blazy :Je dis qu'il faut faire attention, que la bourse, le rendement à court terme c'est très gentil mais çà a des limites, c'est la raison pour laquelle je plaide pour un capitalisme social et libéral. Je pense que c'est très important comme philosophie de penser. Le capitalisme, l'ultralibéralisme n'est pas un bon système. Là je crains, enfin s'il doit y avoir des problèmes pour Vioxx, faisons le, je suis le premier à vouloir les enlever les médicaments qui sont dangereux donc je veux dire moi je suis ni de près ni de loin proche des industries pharmaceutiques. Je dis simplement que là, dans le cas particulier aucun expert au monde n'a trouvé qu'il y avait un effet négatif. Or il se trouve que le PDG l'enlève, si le PDG l'enlève c'est qu'il a peur pour son action à court terme, donc pour ses actionnaires à court terme. Ça, si c'est çà, c'est lamentable.

Gérard Courtois : Autrement dit à vos yeux, les contrôles sont assez stricts tels qu'ils existent et les experts sont suffisamment indépendants ou totalement indépendants des laboratoires pharmaceutiques ?

Richard Arzt : C'est les journaux qui de temps en temps compliquent la chose !

Philippe Douste-Blazy :Non, non, pas du tout ! Non, çà c'est un second sujet, donc le premier sujet dont je parle, c'est en effet le grand public est mis au courant par des journaux d'effets secondaires et nous on sait qu'il y a des effets secondaires, nous les médecins…

Gérard Courtois : Il arrive qu'en dehors des grands journaux il y ait également des publications scientifiques qui…

Philippe Douste-Blazy : Alors çà c'est autre chose, lorsque Nature sort en disant qu'il y a un effet secondaire terrible, le médicament est mort tout de suite et heureusement il est enlevé du marché. Les agences du médicament aussi, françaises, européennes, américaines peuvent l'enlever… »

Echange surprenant. A plus d’un titre. L’explication donnée par le ministre de la Santé, spécialiste en cardiologie, professeur de santé publique, au sujet du Vioxx, l’un des scandales médicamenteux les plus retentissants de ces dernières années, est la suivante :

-Il n’y a pas de problème particulier avec le Vioxx, et il n’y a eu aucune publication scientifique sur d’éventuels effets négatifs du Vioxx.

-La décision de retrait est disproportionnée, et liée à un réflexe de panique face à un risque de chute de l’action boursière de la firme qui fabrique le médicament.

Notons la remise en cause par le ministre de l’ultralibéralisme et du capitalisme financier sauvage ! Hormis cet éclair de lucidité, cette interview ouvre un vaste questionnement sur le fonctionnement de notre système français de pharmacovigilance…

 

Que nous révèle l’affaire du Vioxx de la sécurité sanitaire en France ?

Que nous révèle cette affaire de la manière dont sont formés et informés les médecins ? de la manière dont sont formés et informés leurs représentants les plus illustres ?

Comment expliquer que dès le mois d’Août 2000, des généralistes, des spécialistes, des pharmaciens, des étudiants en médecine, lecteurs d’une revue indépendante en langue française, soient déjà alertés de l’existence d’un possible risque cardiovasculaire du Vioxx … mais que dix-huit mois plus tard, 6000 de leurs confrères, professionnels de santé comme eux, élisent ce médicament « Médicament de l’Année ». Comment expliquer que près plus de quatre ans cette première mise en garde en langue française, et alors que des dizaines d’articles sont parus à ce sujet dans la presse internationale, le ministre de la Santé puisse aligner à l’antenne d’une grande radio d’ahurissantes contre-vérités ?

Je n’ai pas la réponse à ces questions.

Franchement, elles me dépassent.

Elles donnent au petit médecin généraliste référent à 20 euros que j’étais alors, au misérable petit médecin traitant à 23 euros que je suis aujourd’hui, qui ne reçoit pas les représentants commerciaux des firmes et n’a jamais prescrit de rofecoxib malgré la pression insistante de certains services hospitaliers ou de certains patients, de fortes migraines. (*)

Et j’imagine, au vu des sommes qu’a dépensé la Sécurité Sociale à la suite de la mise sur le marché d’un médicament aux effets indésirables graves sur la foi d’études savamment retravaillées… que ces questions donneraient aussi de fortes migraines à ces assurés sociaux qu’on cherche à tout prix à responsabiliser, dont on diminue la couverture maladie, qu’on accuse de frauder avec l’argent de l’assurance-maladie solidaire. «  Selon que vous serez puissant ou misérable… » écrivait La Fontaine, qui devait déjà avoir compris comment fonctionnent nos élites politiques, implacables avec les faibles, indulgentes envers les puissants…

 

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Ces deux-là, on ne les présente plus.

 

 

 
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