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07/05/2010

La nuit sécuritaire

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Le délire sécuritaire de la clique sarkozyste se développe, enfle, boursoufle.


Il y a là dedans du calcul, bien entendu: créer de l'angoisse, créer de la peur, marteler inlassablement la menace des déments, des burqas, des djeunz de banlieue, des anars brûleurs de banques, c'est tenter de redonner un peu de légitimité, celle de la matraque, à un pouvoir vil, abject, consternant d'inefficacité satisfaite.

Mais il y a aussi là-dessous toute une "vision" ( j'utilise les guillemets) du monde, vision de l'Autre vu comme un ennemi.

Le dernier acte du délire en date a été annoncé par Roselyne Bachelot, à la stupéfaction des psychiatres, il y a quelques jours.

Voici comment Mathieu Belhasen, interne en psychiatrie, décrypte la psychiatrie version Big Brother:

 

Depuis le discours de Sarko à Antony, une réforme de la psychiatrie était prévue. Un rapport (le rapport Couty) qui concernait l'organisation des soins suite à la réforme HPST a été remis à Bachelot en janvier 2009, rapport qui a été enterré.

Depuis, une seule chose intéresse le gouvernement, en accord avec les associations de patients, de famille et la majorité des collègues: une loi réformant les HDT et HO (loi de 1990).
Un projet de loi a été dévoilé fin mars portant sur les soins sans consentement. Il faut y voir là une dérive sémantique. Dans le préambule de ce projet de loi, il est dit que cette loi est faite pour "faciliter et améliorer l'accès aux soins" et "la continuité des soins", ce que nous souhaitons tous bien évidemment.

MAIS "soin" est à entendre ici comme synonyme de "contrainte", soit un accès renforcé à la contrainte et une continuité de la contrainte.

La nouveauté est donc la création de soins sans consentement en ambulatoire. (et nous y sommes farouchement opposé au sein du collectif des 39 contre la nuit sécuritaire).

Comment cela va-t-il se passer:


En gros, la famille, des proches ou des professionnels déclarent une situation comme problématique.
La personne est emmenée dans une unité de 72h pour y être évaluée (garde à vue psychiatrique de 3 JOURS!) avec une certificat à 24h et à 72h. Au terme des 72h: soit la personne est hospitalisée, soit elle est en soins sous contrainte chez elle avec obligation de venir au CMP ou en hôpital de jour.
Si la personne ne vient pas à son RDV, le psy doit prévenir le directeur pour que celui ci prenne les dispositions pour que la personne soit soignée.
Cela permet d'éviter l'hospitalisation à la personne (et donc cela fait des économies puisqu'il y a autant de lits que de logement!) mais sans aucun moyen humain supplémentaire dans la cité. Donc le soins sans consentement = injection de neuroleptique retard à domicile.

Le problème est le suivant:
- instauration d'un climat de défiance ou les professionnels deviennent juste des auxiliaires de l'ordre public, ce qui aura pour conséquence que les personnes hésiteront à entrer en relation avec les psys (d'autant plus que Bachelot veut que les psys libéraux participent au dispositif sous l'autorité d'un PH hospitalier...)

- le soin est ici résumé à la contrainte et à une conception uniquement médicamenteuse, à savoir le neuroleptique retard à domicile. (ce  qui arrange pour "évaluer" les pratiques professionnelles et protocoliser la discipline avec des arguments supposés scientifiques... La HAS ne peut que se réjouir)

- La facilité de la mise sous contrainte n'est en rien associée avec une facilité de levée de la contrainte: il y aura des commissions se réunissant de temps en temps pour faire valoir le droit des patients...

- De plus, le dispositif est cautionné par le recours possible au juge des libertés et à la commission départementales des "soins" psychiatriques, qui, vu le climat actuel, fera comme tout le monde,à savoir qu'ils appliqueront le principe de précaution!

-Enfin, les antécédents des patients passés en unité pour malade difficile ou ayant été hospitalisés en HO resteront indélébiles, ce qui installera d'emblée un principe de précaution dans les unités de 72h où les personnels ne connaîtront pas les patients.

En résumé, c'est une loi sécuritaire et pas sanitaire. C'est une loi qui ne voit le problème de la psychiatrie que par le petit bout de la lorgnette: répondre au faits médiatiques qui instillent la peur.
Par exemple, il est fréquent de mettre des patients en HDT aux urgences pour qu'ils soient pris par leur secteur (ceux ci refusant les HL!). On peut imaginer que quelqu'un qui viendra au CMP pour bénéficier de soins sera renvoyer au mieux sur le privé, au pire nul part, car les places auront toutes été embolisées par les patients en soins sous contrainte.

Ce sont donc les patients qui payent l'incurie du dispositif, des manques de moyens et du désinvestissement progressif des professionnels qui n'ont plus une idée progressiste et engagée de la psychiatrie mais juste un besoin de se couvrir de manière médico-légale.

Sur un plan plus général, rappelons la phrase de Bonnafé "le degré de civilisation d'une société se mesure au traitement qu'elle réserve à ses fous, aux déviants et à ses marges".
Que le droit d'exception devienne monnaie courante en psychiatrie sous couvert d'une politique de la peur rappelle de bien mauvais souvenirs!

Au sein des 39, ce que nous pensons c'est qu'il y a trois axes indissociables pour penser et agir sur le malaise actuel:
1- La question des moyens
2- Formations de qualité des professionnels aux soins psychiques et à la spécificité de la psychiatrie dans le champ médical et dans le champ social.
3- Formation qui s'appuie nécessairement sur une conception de la folie et de la maladie mentale autre qu'une approche symptomatique ou lésionnelle à savoir une approche d'abord et avant tout relationnelle (biopsychosocial comme dit l'autre) avec posée comme question sous jacente, celle du sens (présent dans toute maladie développée par une personne.. ce qui ne va pas ravir Michel Onfray!)

C'est à ce prix que la peur, la violence, la stigmatisation pourront être travaillée d'une autre manière. je vous renvoie sur le documentaire de Borrel qui est en accès libre sur Mediapart pendant encore 10 jours et qui fait un panorama des enjeux en psychiatrie:
http://www.mediapart.fr/content/un-monde-sans-fous-ou-les-derives-de-la-psychiatrie


Mathieu Bellahsen

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