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08/12/2009

VACCIN ET GRIPPE H1N1 : AUX RACINES DE L’INCOMPETENCE ET DE L’AUTORITARISME

 

 

VACCIN ET GRIPPE H1N1 : AUX RACINES DE L’INCOMPETENCE ET DE L’AUTORITARISME

 

 

 

Jusqu’à la semaine dernière, le Président de la République que le monde entier nous envie n’avait pas en public prononcé l’acronyme H1N1.

 

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Contraint de prendre les rênes par la gestion calamiteuse de sa ministre fuschia des sports et de la santé, il a comme à son habitude fait preuve de ce mélange d’autoritarisme et d’incompétence qui signe la patte sarkozyste :

 

Ouverture des vaccinodromes le dimanche par réquisitions en chaîne de personnels administratif et hospitalier , déclarations martiales dans les média aux ordres, et limogeage à peine déguisé du directeur de la DDASS de Paris, histoire que les homologues de ce dernier fassent bien dans leur froc… ( Rappelez-vous qu’au début 2009, le directeur de la police de la Manche avait été « muté », ce qui, selon des sources proches de la préfecture, pouvait être considéré comme la conséquence du mécontentement du président de la République ayant entendu des manifestants le siffler à Saint-Lô le 12 janvier.)


C’est que l’heure est grave. Nonobstant le martèlement pujadassique comme quoi « LA FIN EST PROCHE », le profil de l’épidémie en France ressemble terriblement à celui que l’on peut observer dans les autres pays, bien loin de la courbe des décès observés lors d’une épidémie de grippe saisonnière ( même si, répétons-le, le fait que le virus frappe des sujets plus jeunes marque douloureusement les consciences et les cœurs).

 

 

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Si la pandémie s’essouffle, il faudra au pouvoir justifier le milliard d’euros dépensés, le bordel des vaccinodromes, les décisions incohérentes de court-circuiter les médecins généralistes pour mettre en scène une organisation vaccinale digne des années de plomb…

Il faudra pouvoir afficher au compteur, coûte que coûte, un nombre de vaccinés suffisant pour oser se glorifier du plan pandémique et prétendre avoir arrêté le virus grâce à l’action concertée de Brice, Nicolas, Roselyne, Eric et François…

 

Au rythme actuel, malgré la politique de terreur organisée par le ministère de la Santé, on n’en prend pas le chemin. Attendons-nous donc à de nouvelles décisions hâtives, autoritaires et incompétentes, dans les jours à venir.


En attendant ( H5N1), je vous livre cette petite confession personnelle, ce voyage aux racines de l’incompétence et de l’autoritarisme :

 

 

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J’attendais H5N1. Le titre ce blog en témoigne. J’attendais H5N1 depuis plusieurs années. Rien ne se profilait à l’horizon, après les grandes craintes de l’hiver 2005-2006.

 

Si j’attendais cette pandémie virale à transmission respiratoire, c’est en grande partie parce qu’à l’époque, m’étant invité à quelque colloque sur le plan pandémique « sous le haut patronage de Xavier Bertrand », alors ministre de la Santé, j’avais pu, de visu, constater le gouffre qui séparait nos décisionnaires du petit monde des troufions dont je faisais partie, et, plus inquiétant, leur total divorce d’avec la réalité.

 

Le colloque avait pour titre « Ethique et Pandémie Grippale ».

 

Son but : anticiper les ruptures que pourrait entraîner une pandémie grippale dans le tissu de la société, afin de s’y préparer. Si les aspects purement médicaux étaient mis en avant, avec de nombreuses communications sur la disponibilité des lits et du matériel de réanimation nécessaire à faire face à une pandémie dans un pays où la restructuration hospitalière « à flux tendu » avait amené à fermer 10% des lits de réanimation sur les cinq dernières années ( C’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer, souvenez-vous-en…), nombre des communications du colloque, et des échanges avec la salle, eurent trait à la manière dont la société vivrait une pandémie grippale, et la manière dont pourrait être gérée sa prise en charge en médecine de ville, et la diffusion des informations.

 

Rappelez-vous que nous parlions alors de la grippe H5N1, dont la mortalité apparaissait d’emblée très importante ( 50% de décès parmi les sujets infectés, annonçait-on) et non de l’actuelle pandémie H1N1, dont la mortalité pour l’instant sur le globe n’atteint pas celle d’une épidémie de grippe saisonnière, malgré les tentatives désespérées du CDC américain de modifier ses méthodes de comptage pour tripler le nombre de morts, ou les prédictions de certains experts français «  la grippe H1N1 pourrait être cent fois plus meurtrière que la grippe saisonnière… », souvenez-vous en encore, c’était un calcul au doigt mouillé pratiqué par le professeur Antoine Flahault, repris tel quel par nombre de média en septembre 2009, tandis qu’à l’étranger les commentateurs s’étouffaient quand à la méthode utilisée…

 

Nous parlions de H5N1, donc, en ce 15 Septembre 2006, et d’une épidémie tuant un malade sur deux. Aujourd’hui, il n’existe à ma connaissance aucune vidéo sur le net de ce colloque, alors que pourtant le gouvernement avait très tôt médiatisé son plan pandémique, mettant à la disposition du public un site internet où s’accumulaient les petits films préventifs et les interviews de Didier Houssin, Directeur Général de la Santé.

 

S’il est possible de dénicher sur le net un document papier de 35 pages censé constituer une synthèse des principales interventions et des échanges avec la salle,

 

http://pandemie-grippale.gouv.fr/IMG/pdf/Synthese_colloqu...

 

celui-ci n’est qu’un pâle succédané de ce qui s’est dit pendant ces quelques heures, et en particulier pendant certaines interventions enregistrées en vidéo que l’on n’a au final probablement pas voulu porter à la connaissance du public.

 

Parmi ces interventions, celle de Xavier Emmanuelli fut la plus frappante, la plus révélatrice pour moi du divorce entre nos élites et le réel, et celle qui fit quelques remous au sein même des journalistes présents. « La pandémie, c’est la guerre », avait commencé le cofondateur de Médecins Sans Frontières, le Président fondateur du SAMU social de Paris et du SAMU Social International… Accepter l’état de guerre, c’est accepter que les mesures prises soient appliquées de manière autoritaire au détriment, c’est inévitable, des libertés individuelles. » En bref, un plan de lutte contre une pandémie, c’est la dictature contre le chaos…

 

 

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Parmi les journalistes présents, Anne Jeanblanc, du Point, fit le compte-rendu le plus fidèle de l’intervention de Xavier Emmanuelli, dans un article remarquable :

 

http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2007-01-17/epidemie-quand-la-grippe-aviaire-frappera/920/0/14352

 

dont je reproduis quelques extraits :


« Pour se protéger d'une grave épidémie, la société doit employer les grands moyens, avec un seul objectif: la sauvegarde du groupe, parfois au détriment de l'individu.

Si une épidémie de grippe aviaire venait à ravager la France, préparez-vous à quelques surprises. En particulier de la part des autorités médicales et sanitaires, auprès desquelles vous auriez pourtant, dans la panique, le réflexe de vous réfugier. Oui, car, en cas de pandémie, «les professionnels de la santé seront amenés à protéger le groupe plus que l'individu», selon la formule inquiétante du docteur Xavier Emmanuelli, anesthésiste-réanimateur et président du Samu social. »

…Un euphémisme qui masque une véritable tragédie morale: il faudra sauver en priorité les vies les plus utiles. Comme celles des professionnels indispensables au fonctionnement de la société.

Autrement dit, si vous êtes un adulte jeune, que vous avez des diplômes, un métier et des enfants, on s'occupera mieux de vous que si vous êtes une personne âgée, un enfant ou un chômeur... On n'aimerait pas être à la place du médecin qui devra, devant une foule se pressant dans le hall de son hôpital, indiquer les personnes qui pourront avoir accès aux lits de réanimation et celles qu'on enverra dans un centre de quarantaine, même si elles ont manifestement besoin de soins hospitaliers intensifs. Comme le dit Xavier Emmanuelli, «le triage n'est pas éthique»... Et pourtant ce sera bel et bien, face à une pandémie, la mission des personnels de santé et des autorités sanitaires. »

 

Si Xavier Emmanuelli parla donc de triage, de l’application d’un principe de médecine de catastrophe à uns situation pandémique, il insista aussi sur la nécessité de contrôler l’information.

S’appuyant sur ses expériences personnelles en médecine humanitaire ((le choléra à Goma, au Zaïre, le tremblement de terre de Leninakan, en Arménie...), il n’hésita pas à déclarer que l’information serait alors, pour le bien des populations, sous contrôle.

Pas question de laisser proliférer les articles critiques, voir les blogs contestatataires.

L’idéal, expliqua t’il, étant d’avoir un locuteur unique s’adressant aux populations pour leur délivrer la communication gouvernementale. « Dans mon expérience, les gens ont plus confiance si on leur impose un interlocuteur militaire… »

 

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( Cf : la synthèse du colloque le transcrit ainsi : « La seule parade face à la désorganisation sociétale consiste à désigner un responsable légitime, dont l’expérience montre que le militaire est le plus efficace. » )

 

 

 

Il y eut dans la salle un mouvement de recul, perceptible particulièrement sur les bancs de la presse. Sans être interrompu, sans soulever débat à la tribune, Xavier Emmanuelli venait de révéler le rêve mouillé des politiques : face au chaos, pour le bien des populations, instaurer la dictature.

 

 

 

Comme le retranscrit une autre journaliste présente, Nellie Pons, dans le Quotidien du Médecin :

 

« Tout doit être pensé différemment. Accepter l’état de guerre, explique le Dr Emmanuelli, c’est accepter que les mesures prises soient appliquées de manière autoritaire au détriment, c’est inévitable, des libertés individuelles : les décisions de mise en quarantaine, le maintien forcé à domicile n’en sont que les premiers exemples.

Quant à la déontologie médicale telle qu’on l’entend habituellement, secret, libre choix du médecin et colloque singulier, elle disparaît bien sûr. «Les codes de déontologie vont exploser, les médecins ont une obligation de soins, elle se fait sur la base du volontariat ou de la réquisition, les soignants travaillent sous protection. Ils sont dans l’obligation de filtrer, trier les patients, selon une hiérarchie fixée par les autorités... L’accès aux soins implique de ficher la population avec la mise en place de cartes et de tickets

Pour Xavier Emmanuelli, une pandémie nécessite un surcroît d’autorité et de légalité, des pouvoirs d’exception qui doivent être décidés à l’avance afin d’être légitimés. Selon lui, un plan de lutte contre une pandémie, c’est la dictature contre le chaos. »

 

 

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Ces réflexions, aussi dérangeantes qu’elles puissent être, ne me surprenaient qu’à moitié. Pour une raison qui semblera farfelue : très jeune, j’avais ingurgité des quantités de romans d’anticipation ou de science-fiction, dans lesquels ces scénarios de pandémie ou de catastrophe étaient très répandus ( surtout en Grande-Bretagne). Et de même qu’au lendemain du 11 Septembre 2001 les commentateurs découvrirent qu’Hollywood avait anticipé depuis longtemps les évènements du WTC, les auteurs de SF anglais avaient « modelisé » les comportements humains, ceux des individus et ceux des gouvernements, en cas de catastrophe ou de pandémie. Certes, il s’agissait de romans, mais qu’est-ce qu’un think-tank gouvernemental sinon un brainstorming fictionnel, tentant d’anticiper ce qui se passerait « au cas où ? »…

 

 


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Ce qui me semblait vraiment étrange, c’était qu’un orateur puisse en toute bonne conscience expliquer à la congrégation présente, et face à la presse, que museler cette dernière au profit d’une information militarisée était dans les cartons.

 

Au-delà de ces considérations éthiques, je fus personnellement surpris par l’aplomb de Xavier Emmanuelli lorsqu’il décrivit la gestion de l’épidémie « vue d’en haut ». Il faisait constamment référence à des expériences de terrain en médecine de catastrophe, qui m’apparaissaient très difficilement transposables dans le cadre d’une pandémie virale à transmission respiratoire. Au moment des questions de la salle, j’en profitais pour saisir un micro et lui poser la question :

 

-Je suis médecin généraliste, je m’intéresse à ces questions de gestion d’une pandémie depuis des années, et je suis un peu inquiet de la manière dont notre organisation sur le terrain est présentée comme allant de soi… Nombre de confrères hospitaliers, ici à cette tribune ou ailleurs sur Internet, expliquent qu’en cas de pandémie ils ne pourront faire face à l’afflux de patients inquiets vers les centres hospitaliers, aggravant le risque de contamination, et qu’il nous faudra, à nous généralistes, « tenir ». A cette tribune, les intervenants font souvent référence aux médecins généralistes comme si nous constituions en France un réseau de premier recours solide et doté des moyens de fonctionner comme dans d’autres pays. Ce n’est absolument pas le cas. Nous sommes isolés, souvent sans secrétariat. Imaginer nous envoyer, masqués et en combinaison, crapahuter dans les cages d’escalier tout en restant en contact téléphonique avec le SAMU et les services de secours pour gérer les appels et les transferts hospitaliers tient du délire…

 

Je n’ai pas mémoire exacte de ce que Xavier Emmanuelli me répondit, mais cela fut transcrit ainsi dans la synthèse des actes du colloque :

 

« En cas de crise, le volontariat des soignants est implicite, mais n'empêche pas la réquisition, qui se calque sur le traitement des militaires et de leurs familles, l'Etat devant indemniser les manques à gagner et prévoir les formations adéquates.

Le contrôle des médias doit être total pour gérer la crise, devant permettre l'efficacité des mesures d'exception en dissimulant les désordres induits.

En ce qui concerne les modalités de la participation de la médecine de ville, on ne peut raisonner que par analogie avec la médecine de catastrophe, par exemple lors d'un tremblement de terre. Le territoire est découpé en zones. Il pourrait en être de même pour les médecins de ville qui seraient référants et qui pourraient être secondés en particulier par les étudiants en médecine. »

Dans mon souvenir, Xavier Emmanuelli avait fait référence à un tremblement de terre survenu en Turquie ou en Arménie, et avait expliqué que chaque médecin s’était vu affecté à une zone, un quartier. Malgré ma tentative de protestation, il ne fit aucun cas des différences qui m’apparaissaient évidentes entre les deux situations. D’un côté, un médecin amené à administrer les premiers secours aux blessés avec l’aide de secouristes ou de bénévoles, de l’autre un médecin généraliste isolé sans aucune aide administrative ou logistique censé se rendre au domicile de patients contagieux par voie respiratoire nécessitant en milieu hospitalier une combinaison de protection digne des films-catastrophe.

C’est de ce jour qu’est née ma conviction que le plan pandémie grippale était une vaste foutaise, que derrière les rodomontades ministérielles, l’alliance de l’incompétence et de l’autoritarisme, face au virus H5N1, nous amènerait au désastre.

Aujourd’hui, lorsqu’on voit comment est gérée la pandémie H1N1, avec un taux de mortalité sans aucune mesure avec celui qui était attendu pour H5N1, on est en droit de se demander ce qui se passerait si nous étions confrontés à une crise sanitaire d’ampleur.

Sur cette question de l’alliance de l’autoritarisme et de l’incompétence, je signale l’article remarquable de mon ami le docteur Dominique Dupagne sur: les premiers enseignements du "plan vaccination" Bachelot.

http://www.atoute.org/n/article136.html

Il y décortique avec une acuité sociologique que je n’ai pas le mirage désastreux de l’organisation planifiée par les élites sans concertation avec les acteurs de terrain, le foutage de gueule que constitue la « démarche-qualité » ( Roselyne Bachelot se gargarisant à l’envi de la traçabilité maximum des vaccins…), et enfin, la fin de la médecine générale. J’invite chacun à lire cet article dans son intégralité mais pour les feignants, j’en recopie ici ce segment, qui résume parfaitement ma position sur ce dernier sujet :

« Dernier enseignement du plan de vaccination Bachelot : le niveau de considération de la Ministre pour les médecins généralistes se situe désormais entre le parquet et la moquette de l’avenue de Ségur. Les derniers généralistes français (ils ne sont plus remplacés) sont considérés par leur tutelle comme des incapables, indignes de prescrire certains médicaments , de gérer une vaccination de masse, d’obtenir des postes à l’université, et d’être rémunérés comme leurs confrères .

En désaisissant les médecins généralistes d’une mission dont ils s’acquittaient parfaitement depuis des années, Roselyne Bachelot ajoute la touche finale et nécessaire à la désorganisation par l’Organisation : décourager les agents de terrain. Il ne suffit pas de créer des procédures qui bloquent le travail, il faut aussi nier la compétence des agents pour les placer dans un état profond de démotivation. Ils diminuent alors spontanément leur productivité. Certains vont jusqu’à s’approprier la machine à détruire dans une démarche de servitude volontaire. La foi des dirigeants dans leur Organisation et leur Qualité est telle qu’ils finissent par croire qu’elles peuvent suffire à faire le travail.

Ne voyez dans ce paragraphe ni une plainte corporatiste ni une demande de soutien, c’est un constat froid, une sorte d’avis de décès. Il est trop tard pour arrêter ce désastre car les jeunes ont très bien compris le message et refusent ce métier de paria. Il n’y a pas de retour en arrière possible. Cette situation est très spécifique de la France et elle contribue à la disparition prochaine de la sécurité sociale, désormais irréversible elle aussi. Personne ne sait ce qui émergera de ce champ de ruines. »

 

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