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01/10/2009

« Eric Woerth, je te vois… » A propos d’un cas de schizophrénie à l’UMP

«  Eric Woerth, je te vois… »

A propos d’un cas de schizophrénie à l’UMP

Est-ce le résultat de cette visite houleuse récente à la Fête de l’Humanité, où le Ministre du Budget et de la non-récession que le monde entier nous envie s’est fait longuement siffler et conspuer ?

 

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Dans le Monde du 29 septembre 2009, je découvre avec effarement la longue auto-justification publiée par Eric Woerth, Sous le titre : « Assurance-maladie : finissons-en avec les contre-vérités », Eric couine que vraiment ça commence à bien faire, que c’est trop dur d’entendre jour après jour qu’ « il y aurait d'un côté, les vrais défenseurs du système, ceux qui protègent l'accès aux soins et, de l'autre, ceux qui se polariseraient sur les chiffres, en méconnaissant les enjeux sanitaires et sociaux ». Interloqué, j’ai lu et relu son plaidoyer, dans lequel il explique que son métier à lui, le pauvre gars, est bien difficile, que c’est pas de gaieté de cœur qu’un type comme lui, rude mais sensible, rogne par-çi, par-là dans la couverture de plus en plus mitée de l’assurance-maladie solidaire, et nous ressort le refrain de la res-pon-sa-bi-li-té, du bon sens du bon père de famille qui, tout simplement Mâme Chabot, ne peut se résoudre à ce que les Français de demain paient nos dépenses de santé d’aujourd’hui. Et je dois l’avouer, j’ai bien failli croire ce pauvre Eric.

 

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Malgré les quelques dernières années perdues à tenter d’alerter, tel David Vincent, un monde incrédule, que le caaaauuuchemaaaar a déjà commencé ( à savoir que les Fossoyeurs, hérauts du libéralisme financier, ont décidé une fois pour toutes d’en finir avec un système de soins solidaire pour bénéficier d’un gigantesque marché captif).

Pendant quelques instants, pendant quelques instants seulement, j’ai bien failli croire ce pauvre Eric. Et ça m’a donné le vertige. D’imaginer le pire. D’imaginer que ce type pouvait réllement croire un traître mot de ce qu’il écrivait…

Passons sur le ridicule de l’affirmation selon laquelle la France possèderait l’un des meilleurs systèmes d’assurance-maladie du monde, au prétexte qu’elle est «  le pays qui offre le plus rapidement accès aux médicaments les plus innovants. » Je suis certain qu’il n’y avait pas hier soir dans les locaux du LEEM ( Les Entreprises du Médicament, alias le MEDEF des labos) un seul œil sec à la lecture de cette chronique. Qu’un politique de ce niveau fasse encore l’amalgame entre « médicament innovant » c’est-à-dire « médicament récemment mis sur le marché » et « médicament le mieux adapté au patient » explique peut-être pourquoi en France des molécules dont le service médical rendu est plus que douteux bénéficient d’une autorisation de mise sur le marché à des prix défiant toute concurrence ( il suffit pour s’en convaincre de lire le palmarès de la revue Prescrire), mais peut-être aussi pourquoi, ayant acheté pour 1 milliard d’euros de vaccins fabriqués en procédure accélérée, une ex-représentante commerciale des firmes pharmaceutiques (1) s’adosse à un Premier Ministre déguisé en Père Fouettard pour tenter de convaincre le corps médical réticent de l’absolue nécessité de se vacciner contre H1N1…

Attardons-nous plutôt sur la suite des révélations de l’ancien directeur financier et administratif du RPR, qui se félicite de l’importance des dépenses publique de santé en France ( en omettant soigneusement de rappeler que François Fillon, dès 2006, prévoyait une augmentation future des dépenses de santé, perçue comme « le signe d’un progrès et comme l’un des moteurs principaux de notre économie » à condition que « la partie des dépenses de santé qu’on appelle de confort ou qui sont générées par des comportements irrationnels » soit prise en charge par les patients eux-mêmes). Plus loin, Woerth cite avec ferveur le système des affections longue durée ( que le directeur de l’Assurance-Maladie, Frédéric Van Roekeghem (2) , ancien d’AXA nommé à la tête de la Sécu par Jacques Chirac en 2005, envisageait l’an dernier de « réformer » en ne remboursant plus les médicaments dits de confort aux patients atteints de cancer ou en redéfinissant le périmètre de prise en charge, novlangue orwellienne masquant la réduction de la prise en charge des affections longue-durée… une fois le patient arrivé au stade des complications…). Attardons-nous donc un instant sur cette magnifique entourloupe, qui consiste à citer en exemple de ce qu’on voudrait sauvegarder... cela-même que les Fossoyeurs néo-libéraux ne cessent de rogner morceau par morceau

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Suit un moment d’exquise douceur, que je livre in extenso, et qui à lui seul m’a permis de repousser l’idée saugrenue que le pauvre Eric Woerth était sincère. Cette remarque lourde d’humanisme chrétien, peaufinée, nul doute, par quelque communicant doloriste dans l’entourage du Ministre réducteur de déficits : « Il ne faut pas se le cacher, des cas de renoncement aux soins faute de moyens existent. Le gouvernement en a conscience et fait de leur réduction une priorité. » C’est pas beau comme du Saint-François d’Assise ? C’est pas à tirer des larmes à l’Abbé Pierre ? Surtout coulant de la plume de celui qui, dans le très économiquement libéral magazine Challenges, en février 2008, tentait de minimiser la controverse sur les franchises sur les soins en affirmant du haut de sa tour d’ivoire : « Quel Français peut dire qu'il a dû renoncer à des soins pour des raisons financières ? Cela n'existe guère ».

 

Mais qu’est-ce qui se passe, mon pauvre Eric ? Tu as été touché par la grâce sur le chemin de Damas, ou tu nous prends tout bonnement pour des crétins de compétition ????

 

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Le reste est à l’avenant, je le laisse découvrir à ceux qui ont les nerfs solides et un stock de Primpéran ®. On y voit un des fossoyeurs du système de santé solidaire vanter les efforts faits depuis des années pour rentabiliser les hôpitaux grâce à la tarification à l’activité et à la « nouvelle gouvernance », pleurer misère sur l’importance des déficits après avoir choisi de piquer chaque année 850 millions d’euros dans la poche des malades plutôt que de ponctionner les stock-options.. ; enfin, l’habituelle rengaine des néolibéraux qui nous expliquent, à l’instar de Margaret Thatcher, qu’aucune autre voie n’est possible ( There IS No Alternative)… tant il leur est impossible d’imaginer un monde régi par autre chose que leur misérable « science économique » pourtant bien malmenée ces dernières années par les faits.

« Il faut bien sûr être exigeant avec ces financements. C'est pourquoi nous faisons de l'amélioration de l'efficacité de l'hôpital, et plus généralement de l'ensemble des professionnels de santé, une priorité. » Fais-moi rire, mon petit Eric. Voilà un quart de siècle que je suis médecin généraliste, tu sais, ce petit métier indispensable et pourtant porté à extinction par toi et tes pairs, parce que demain sur l’autel du profit des assureurs, nous risquerions sérieusement de gêner. Voilà un quart de siècle que je suis médecin généraliste et que je vous vois, Fossoyeurs, empiler les législations, les nuisances, les tracasseries, poussant les confrères les plus âgés à dévisser leur plaque, les jeunes à fuir vers le salariat pour éviter le harcèlement (3).

 

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Au printemps encore tu nous sortais la vieille fable de la chasse aux arrêts-maladie de complaisance, tout droit planté sur tes ergots de pourfendeur des abus en tous genres, tes dossiers pleins des chiffres trafiqués que t’avait complaisamment refilé ton comparse de l’Assurance-Maladie. Tu espérais probablement faire diversion au moment où le déficit de la Sécurité sociale, dû à la crise financière que toi et les tiens n’avez ni anticipé ni su combattre, était révélé au public. Mais ça n’a pas marché… parce qu’à force de justifier toujours l’injustifiable, hier les franchises imposées aux cancéreux et aux diabétiques, aujourd’hui l’augmentation d’un forfait hospitalier qui déjà repousse les plus pauvres loin de l’hôpital, vos petites manœuvres commencent à s’éventer.

 

Alors mon petit Eric, si je peux me permettre un conseil : Ne cherche pas le beurre et l’argent du beurre, le soutien des puissants et le consentement des faibles.

 

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Lorsqu’on est grand argentier du gouvernement Sarkozy, lorsqu’on tient les cordons de la bourse de celui qui promettait de responsabiliser financièrement les cancéreux, lorsqu’on fait bander Denis Kessler, ancien numéro 2 d’AXA, qui dès 2007 vantait dans le même Challenges la « profonde unité du programme ambitieux » de Nicolas Sarkozy qui consiste « à défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance » ( Programme, je te le rappelle qui instituait une sécurité sociale, un droit du travail, la libération de la presse des intérêts financiers…), on ne commet pas de tribune pour tenter de justifier ses forfaits.

Sois logique, Eric. Assume. Droit dans tes bottes.

 

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(1) Avant Eric Woerth, ce fut Roselyne Bachelot, il y a deux ans presque jour pour jour, qui, dans le Monde, tenta de justifier les franchises médicales en faisant appel au bon sens : « …l'instauration de la franchise est une occasion d'exprimer dans un même mouvement notre attachement au principe de solidarité et notre sens de la responsabilité. » Ben voyons… Si Roselyne s’y collait avec détermination, c’était pour contrer, comme le pauvre Eric, les mauvais procès d’intention : « Se faire l'avocate des franchises, c'est d'abord répondre au mauvais procès qui leur est intenté. J'entends bien les objections énoncées pour réfuter le bien-fondé de leur instauration. Je mesure l'intérêt tactique, pour ne pas dire politicien, qu'il peut y avoir à entretenir la confusion et à occulter l'essentiel. Sachant cela, je n'ai pas l'intention de laisser quelques prestidigitateurs plus ou moins habiles manipuler l'opinion. »

(2) Eric Woerth commence sa tribune par ces mots : « Il a suffi d'un article de presse évoquant une possible hausse du forfait journalier hospitalier pour déclencher une vaste polémique. Comme c'est le cas dès qu'on évoque la question du financement de notre système de santé, le spectre de sa privatisation et de l'exclusion de centaines de milliers de personnes de la santé a été immédiatement brandi. » Technique habituelle du gouvernement Sarkozy, d’ailleurs utilisée l’an dernier lorsque les propos de Frédéric Van Roekeghem créèrent un tollé qui fit retoquer la mesure pour un temps : lancer un ballon d’essai, voir si le peuple réagit. Même si l’on doit reculer, on aura distillé le poison dans le corps électoral, jusqu’à la prochaine fois, où l’on pourra arguer que la mesure est déjà en discussion depuis longtemps, et qu’on a été bien brave d’attendre aussi longtemps avant de trancher dans le vif.

(3) 24 suicides en 18 mois chez France-Telecom ( 190.000 salariés). 60 suicides en 18 mois dans le corps médical ( 200.000 médecins), soit 14% des décès contre 5.4% en population générale comparable…

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