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07/07/2009

« DIX ANS AU CONTRÔLE MEDICAL DE LA SECU »

 

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Technicien administratif au contrôle médical depuis plus de dix ans, RORSCHACH, après avoir lu le témoignage du généraliste Julien Bezolles,

http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/archive/2009/06...

a tenu à apporter quelques lumières sur la récente campagne orchestrée de lutte contre les arrêts de travail injustifiés, et son cortège de falsifications. A sa manière, brutale, sans concession ( même devant l'Apocalypse...), il décrit des faits et des comportements que nombre d'anciens médecins-conseils, sous couvert de l'anonymat, m'ont confirmé.

 

 

Il faut sauver la Sécu. Peu importe que le message émane de ceux-là même qui sont en train de la dépecer…


 

« Premier point qu’il est important de clarifier : les médecins conseils (medcons) n’ont pas de quotas d’avis défavorables ou favorables à donner. En tout cas je n’ai jamais rien entendu de tel. Ceci pour la simple et bonne raison qu’ils sont libres de leurs avis médicaux. Ça c’est le principe auquel évidemment il serait stupide de se borner. Car s’ils sont libres sur le papier, force est de constater que la plupart concourent à alimenter ce fantasme d’une multitude de fraudeurs à la Sécu (et aux arrêts de travail en particulier).

 

Salariés d’une administration très hiérarchisée, ils sont les premiers à subir une propagande du tonnerre de Brest que l’on peut ramener à cette courte formule : il faut sauver la Sécu. Peu importe que le message émane de ceux-là même qui sont en train de la dépecer. Dans mon entourage, la plupart (médecins comme agents administratifs) ont donc intégré et fait comme leurs la plupart des diagnostics imposés par la Direction de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie qui reste quand même notre principale donneuse d’ordre. Sus à la fraude ! Un million d’arrêts contrôlés en 2008. On fera encore mieux en 2009 !

 

Concernant donc le contrôle des indemnités journalières, la mécanique est celle-là : s’ils sont libres de leurs avis, les medcons ne le sont pas de la masse des arrêts à contrôler. Le chiffre est pondu nationalement puis ventilé selon les régions avant de l’être localement. Bref chaque échelon du service médical se retrouve donc avec une masse incompressible d’arrêts à contrôler. Et si on contrôle, si on se donne tout ce mal, c’est quand même pas pour au final tout accorder ! Sinon où irions-nous ? Et surtout à quoi servirions-nous ? Et là on touche au cœur même de la fonction du medcons : sa fonction de contrôle. Son pouvoir de sanctionner et non pas seulement en fonction de critères objectifs bien établis (comme ces fumisteries de démarche qualité veulent bien le laisser croire) mais souvent selon des critères terriblement humains. Calcul personnel (avancement, mutation) ou bien tout simplement en fonction de l’humeur du moment."

 

 

Il faut sauver la Sécu de la privatisation quitte… quitte à fonctionner exactement comme une boîte privée !


 

« Second point : la majorité des médecins conseils sont des techniciens purs et durs. Et ne sont que cela. Une masse de salariés hyper spécialisés dans le domaine étroit de leur champ professionnel mais incapables du moindre début de mise en perspective de leur travail et a fortiori d’analyse politico-sociale. En gros, à la question : quelle est la finalité de ce qu’on me demande de faire ?, à part ânonner leur leçon apprise par cœur, ils ne savent pas ou bien s’en foutent. Qu’ils creusent eux même leur propre tombe ? A savoir celle d’une Sécu fidèle à l’esprit de ces instigateurs, le Conseil National de la Résistance (CNR), peu importe au fond. La preuve en est par exemple le manque total de réaction devant la future généralisation des contrôles employeurs. Qu’en gros leur boulot leur soit piqué par des toubibs mercenaires stipendiés par des patrons ne les émeut pas plus que ça ! Car l’urgence est ailleurs : il faut sauver la Sécu de la privatisation quitte… quitte à fonctionner exactement comme une boîte privée ! Avec des reporting, des pôles de production, des audits à la pelle et… des primes d’intéressement (et oui !!). Quitte à transformer, cerise sur le gâteau, les assurés en clients. Tout est dit. »

 

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Une caste tournée principalement vers la satisfaction de ses intérêts immédiats.


 

« Les échelons du service médical ont leurs salariés divisés en deux masses distinctes, et je dirais même séparés par une paroi étanche : d’un côté les medcons bien payés avec des horaires relativement souples, d’un autre les agents administratifs sous payés et astreints à leurs huit heures pas jour. Entre les deux, c’est selon. Une possible complicité professionnelle mais souvent on observera plutôt une relative distanciation des rapports, voir un mépris dont on aura soigné les apparences. Si les agents administratifs sont enclins à participer aux « mouvements sociaux », les medcons ne débrayent jamais. Même et surtout si les mots d’ordre touchent à la sauvegarde du régime de protection sociale. Avec le temps, je les comparerais à une caste tournée principalement vers la satisfaction de ses intérêts immédiats (inclination entretenue j’imagine par leur propre hiérarchie car une telle posture obère toute possibilité d’implication dans les enjeux sociaux).

 

 

Refuser c’est aussi avoir des couilles


 

Pour en revenir à l’affaire qui a ému Julien Bezolles, elle n’a rien d’exceptionnel malheureusement. Ou bien ce qu’il y a d’exceptionnel là-dedans c’est qu’une personne étrangère à la langue de bois ou à la novlangue mette un medcons devant ses propres contradictions. Car la réponse du medcons (ou du moins ce qu’il induit), si elle apparaît gênée aux entournures, est aussi purement et simplement mensongère. L’avis défavorable ne lui est pas imposé, seul le courrier l’est. Il aurait pu émettre, au vu de l’examen clinique de l’assuré, un avis favorable à la poursuite de l’arrêt de travail. Et l’affaire aurait été close. Mais non. Il faut le gonfler ce chiffre ahurissant de 11% d’arrêts injustifiés. Alors pourquoi le medcons a agi de la sorte ? Pour bidouiller des chiffres ? Beuh non, c’est un gars honnête. Il l’a fait tout simplement parce que ses collègues le font. Parce que la pratique a été d’abord distillée puis répandue comme quelque chose de quasiment anodin. Parce que refuser c’est aussi avoir des couilles. Parce qu’il ne veut pas se faire remarquer comme « atypique » par rapport à ses collègues quand l’objet des missions des medcons est justement de déceler les atypies dans le camp d’en face et de les analyser à la loupe ! Il a agi ainsi pour éviter les sournoises prolongations (forcément injustifiées). Parce qu’il y a quand même des motifs médicaux suspects. Parce que quand même il nous faut bien quelques petits refus. Montrer qu’on sert à quelque chose. Parce que le travail, bordel, c’est la santé (même si 2 travailleurs meurent chaque jour en France d’un accident du travail) !

Enfin, il a fait un refus parce que ces malades et ces prescripteurs, il faut quand même les responsabiliser sinon comment qu’on va le reboucher le fameux trou ?

 

 

Une massification du contrôle


 

Il faut justifier le fait que maintenant on convoque les malades par téléphone, histoire de perdre moins de temps (d’où ce conseil de ne jamais mettre de numéro de téléphone ou de mail sur le formulaire d’arrêt de travail). Il faut justifier le fait que pour gagner encore plus de temps sur les délais postaux (encore un service public de feignasses !), un agent assermenté prendra la voiture de service pour aller donner en main propre au malade sa convocation. Bonjour les économies, hein ! On peut même imaginer que bientôt, en même temps qu’il prescrira le repos pour son patient, le médecin traitant lui donnera directement sa convocation au contrôle médical !

Bref il faut justifier l’abattage. Parce que c’est de ça qu’on parle. D’abattage. Une massification du contrôle qui a quand même pour première conséquence de renvoyer l’être humain derrière le dossier à l’idée d’hypothèse de plus en plus abstraite. Je traite un dossier, je valide une pathologie. Quant à la vie derrière, cette vie qui dépend peut-être du versement des indemnités journalières que je vais courageusement couper, ben tant pis. Y’a la médecine du travail pour le reclassement, la CPAM pour les prestations de secours, les restaus du cœur, merde à la fin ! Foutez-moi la paix à la fin. Je ne fais que mon travail. Je ne fais que ce qu’on me dit de faire. Responsable mais pas coupable. Surtout au sein de l’administration française qui un bel historique en la matière.

 

 

11% d’arrêts de travail injustifiés? Un mensonge. Une intoxication. Une manipulation


 

« Abattage disais-je et falsification. Falsification de statistiques dans le but de justifier les prochaines mesures forcément antisociales du gouvernement.

Récemment, une collègue a été interrogée par un auditeur. Passé les moments d’échanges formels, celui-ci lui demande son sentiment personnel sur les contrôles des arrêts de travail. Après un regard éprouvé sur les piles d’arrêts qui jonchent son bureau, la technicienne déclare :

- Très honnêtement ? C’est beaucoup de travail pour peu de résultats.

- C’est-à-dire ?

- Il y a peut-être 2% de reprises de travail notifiées avant le terme prévu sur l’arrêt.

- C’est normal, vous êtes dans la moyenne nationale, lui répond l’auditeur. C’est le chiffre que l’on retrouve dans la majorité des échelons médicaux.

2% d’arrêts pour lesquels le médecin conseil prononce une remise au travail avant la fin de l’arrêt prévu. Il est là le vrai chiffre des soi-disant arrêts de complaisance. 2%. Et encore que ce chiffre aussi demanderait à son tour d’être examiné à la loupe. Car l’examen du médecin conseil ayant forcément lieu plusieurs jours après celui du médecin libéral ou hospitalier, l’état du malade a de grandes chances d’avoir évolué. Or que je sache on ne demande pas encore aux médecins prescripteurs de posséder un don de prescience pour prescrire le nombre de jours exacts qui seront nécessaires au malade pour récupérer !

2%. Pas 11% d’arrêts de travail injustifiés.

Ce 11% là est un mensonge. Une intoxication. Une manipulation. »

 

(Walter Joseph Kovacs alias)  RORSCHACH

 

 

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