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29/06/2009

Le cirque H1N1 continue

Sur le front de H1N1, le cirque continue.

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Soyons clairs: gérer une pandémie est extrêmement compliqué, car les scientifiques et les politiques doivent agir dans l'incertitude du moment, face à une pandémie dont l'évolution n'est pas prévisible. Si la contagiosité d'un virus semble ne pas varier, sa virulence, sa "dangerosité" peut évoluer au fil du temps, et les parades imaginées, les stratégies médicales et sociétales mises en place, sont par nature destinées à évoluer en fonction du risque perçu et de l'évolution imprévisible.


Je n'ai donc pas hurlé quand les gouvernements, l'OMS et les média ont lancé l'alerte sur H1N1... Depuis  le temps que j'attends la grippe avaire...

J'ai pointé quelques incohérences journalistiques ( du style: soyons rassuré, la mortalité de cette grippe au Mexique ne dépasserait pas 70%... -sic-), et la volatilité des dits médias. Une semaine après son arrivée sur le marché, H1N1 n'était plus tendance, pas assez de morts...

Ce qui se passe actuellement en France est complexe... Tout d'abord, nous sommes censés avoir un plan pandémique, destiné à affronter H5N1- la grippe dite "aviaire", dont, pour l'instant, la mortalité était bien plus forte que celle dûe à H1N1 - la grippe dite "porcine". Dans un certain sens, nous avons pour l'instant la "chance" d'essuyer les plâtres du plan pandémie avec un virus moins agressif que prévu. Cela pose certes problème, car les tactiques prévues pour H5N1 étaient drastiques et que le gouvernement est en train de les revoir à la baisse. Mais cela a l'intérêt de pointer certaines erreurs basiques visibles depuis longtemps par la majorité des acteurs de terrain.

Les témoignages envoyés par des confrères ou amis, pointent, outre la désorganisation des services, deux choses: l'incohérence des mesures adoptées, dès qu'il faut sortir du cadre strict pré-défini, et le mépris total des gouvernants et de nombreuses instances scientifiques et hospitalières pour les médecins généralistes ( et leurs patients)

Si vous avez suivi le film ;-) vous vous souviendrez que je notais ici-même, il y a un mois:

"Quelques petits généralistes de base, loin des centre de décision, s'étonnent cependant, dans leur quotidien, du surcroît apparent de cas de viroses saisonnières, de rhumes fébriles traînants, de rhinobronchites. Sur Internet, ils émettent, en mauvais Français, l'hypothèse que, peut-être, peut-être, le virus serait présent sur le territoire, bien plus qu'il n'est rapporté par organismes habilités et médias.

Certains font même le lien avec un article récent du New Scientist ( Royaume-Uni) qui explique qu'en Europe, on ne teste pour H1N1 que les patients présentant des symptômes grippaux ET venant des pays considérés comme "à risque" ( Mexique et USA) selon une définition de cas possibles totalement dépassée maintenant que l'épidémie s'étend sur le globe, et qu'un patient français peut aussi bien avoir été en contact avec une personne infectée au Japon que dans le métro londonien. "Europe may be blind to swine flu cases", "l'Europe pourrait être aveugle aux cas d'infection à H1N1" titre le New Scientist. Et effectivement, en France, un médecin généraliste appelant un centre de prise en charge grippale se verra refuser un test pour le patient si celui-ci n'a pas séjourné au Mexique ou aux Etats-Unis."

( Je reviendrai ultérieurement sur cette incapacité du système à dépister les cas peu sévères de H1n1, qui explique évidemment les brutales apparitions de H1N1 dans des environnements particuliers, les écoles, etc... alors que "personne ne s'est rendu au Mexique", grâce au témoignage d'une internaute)

Quelque temps plus tard, des médecins hospitaliers se plaignaient de l'hospitalisation systématique des patients atteints ou suspects de l'être, et dénonçaient l'évidence: cette mesure posait problème en empêchant le traitement des autres malades qui pouvaient nécessiter des lits d'hospitalisation voire de réanimation ( à ce sujet cette révélation que je n'a jamais vue reprise dans la presse, faite lors d'un mémorable et hallucinant congrès "ethique et grippe aviaire" en 2005 ou 2006, à savoir que la France avait fermé en 10 ans 10 à 15% de ses lits de réanimation... pour satisfaire au paradigme de la gestion libérale: diminuer les dépenses en se basant sur les besoins actuels, sans garder de marge de manoeuvre...).

Il y a là un enseignement évident à tirer: les gouvernants et les experts minimisent constamment, sans peut-être même en avoir conscience, le fait que la maladie existe même quand elle n'est pas médiatique, et que les médecins n'attendent pas l'arme au pied depuis des années une éventuelle future épidémie, comme dans "Le désert des Tartares" de Buzzati, mais soignent au quotidien des malades. Si je le signale à propos de l'hôpital, c'est que les plans pandémie ont sciemment et constamment fait l'impasse sur cette donnée vitale pour ce qui est de la médecine générale: on a imaginé sans consulter les médecins généralistes ( ou si peu ) des tas de mesures modifiant leur mode d'exercice, leur rémunération, en cas de pandémie, sans jamais garder en mémoire qu'au-delà d'une pandémie virale elle-même, les professionnels de santé devraient gérer leur travail habituel, les maladies bénignes ou plus graves qui sont leur quotidien.

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Je l'écris en GRAS pour que Roselyne Bachelot comprenne, si un de ses assistants le lui stabylote en rose: "EH! ROSELYNE! C'EST PAS PARCE QUE T'AS BASE TON PLAN MEDIA ET COM SUR LA GRIPPE PORCINE QUE PENDANT CE TEMPS LA IL NE NOUS FAUDRA PAS SOIGNER DES COLIQUES NEPHRETIQUES, DES POUSSEES TENSIONNELLES ET DES ENTORSES DE CHEVILLE, DES DEPRESSIONS ET DES CANCERS EN CHIMIOTHERAPIE, DES INSUFFISANTS CARDIAQUES ET DES OTITES!"

Demain cela démange Roselyne et ses sbires de réquisitionner les médecins généralistes, même si elle n'a absolument pas idée de la manière dont elle nous "utiliserait". C'est probablement la première fois, confrontés au réel, que ses experts se posent la question de notre assurance en cas d'incapacité ou de décès, de nos horaires de travail, de la protection de nos familles, de la manière de concilier la gestion de la pandémie et notre travail quotidien. Face à une pandémie "qui ne prend pas de vacances", la Ministre va donc recevoir jeudi les représentants des médecins libéraux, dont ceux des médecins généralistes qu'elle suffoque en général de son mépris lorsqu'il s'agit de leurs conditions de travail ou de leur rémunération "ils ne sont pas malheureux" ( Ils sont si heureux que le nombre de médecins installés en libéral diminue de 4000 chaque année)*, et dont on va redécouvrir demain, comme en temps de canicule, que ces salauds, après 11 mois de boulot à des moyennes de 56 heures par semaine, PRENNENT DES VACANCES!

Or on voit à tous les stades de la machine à gérer la pandémie, depuis le début, le mépris profond des structures gouvernementales et des experts pour les larbins que nous sommes... comme le démontre un peu plus clairement le témoignages qui suit:

 

Une histoire vécue de la vraie vie d'un médecin généraliste de terrain et en première ligne, dans une France qui rechute dans le syndrome de Tchernobyl qui s'arrête aux frontières :

 

Vendredi 26 juin 2009, une compagnie d'assistance qui relaie une compagnie d'assurances d'Amérique du sud appelle mon secrétariat téléphonique pour une consultation d'un homme de 38 ans pour fièvre et toux (pas d'autre info) : on lui donne un RV à 16h40.

Je le trouve en fin d'après midi dans la salle d'attente parmi d'autres patients, un peu écroulé et je le prends tout de suite.  Il ne parle pas français, je me rends compte qu'il a un accent sud-américain : Uruguayen donc on continue en espagnol... Il a atterri trois jours auparavant de Buenos Aires via Madrid à Nice et le lendemain de son atterrissage en France déclenche une fièvre élevée et toux, ne passant pas au paracetamol et antitussifs.

Après examen rapide pour éliminer une infection bactérienne, je suspecte immédiatement une virose compatible avec une grippe A, j'appelle le Samu qui me dit de le renvoyer chez lui qu'ils vont venir le chercher mais il est mal, hypotendu avec malaise et ne peut pas rentrer à pied chez lui, le Samu convient que l'appel à un taxi serait mal venu : ils viennent donc en cosmonautes et l'embarquent pour le CHU où il aura sa prise de sang : j'aurai le résultat le lendemain matin : positif "grippe mexicaine"

En attendant, il a possiblement contaminé ma salle d'attente, j'avais pris toutes les coordonnées de tout le monde pour gérer ça de chez moi samedi soir. Nous avions convenu avec le régulateur du Samu que s''il était  positif, les sujets contact devraient aller à la pharmacie hospitalière chercher leur Tamiflu, et moi avec.

Je me suis rendu samedi en personne au service des maladies infectieuses du CHU, j'ai passé la barrière d'une interne absolument pas concernée, limite désagréable et j'ai pu parler au médecin référent grippe A qui m'a expliqué que des textes tombaient régulièrement de la DDASS, que tout changeait lundi, qu'on ne donnait plus, pour l'économiser, de Tamiflu aux sujets contacts (sauf fragilité), ni aux patients atteints (sauf gravité)... J'ai donc pu négocier de repartir avec un traitement préventif pour mon patient fragile et il m'a été refusé pour moi. Pas d'état d'âme pour un confrère. Aux ordres des autorités, normal.

Je rappelle que la veille  http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-s... le discours du ministère était :" Comme prévu dans le plan de préparation de l’OMS et dans notre plan pandémie, les professionnels de santé libéraux feront partie des populations prioritaires pour la vaccination comme d’autres populations cibles sensibles"... Samedi, c'est circulez, y a rien à voir, débrouillez vous, revenez si vous êtes contaminés pour vous faire prélever !!!

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TOTAL : Après avoir subi une mauvaise régulation médicale d'une équipe d'une société d'assistance, après avoir constaté que mon secrétariat téléphonique n'avait pas eu le réflexe minimum de me contacter lors de l'appel d'un étranger fébrile, je gère comme je peux en isolant immédiatement le patient et en appliquant la procédure Samu. Puis j'ai la désagréable surprise de me voir renvoyer sans aucune considération, moi le fantassin de première ligne. Aucune consigne de la DDASS qui le lendemain n'avait même pas comptabilisé le cas (!). J'ai bien sûr appliqué les consignes que me dictaient ma conscience professionnelle en informant les patients contacts, je rapporte moi-même au patient fragile sa boite de Tamiflu, je ferme mon cabinet une semaine le temps de l'incubation possible, j'envoie à l'écart respirer un air plus pur mes enfants, dont un passe l'oral du bac de français trois jours plus tard, et je me désole de ce que la France ose se dire la mieux préparée...

Quelle image désastreuse est donc proposée à ces milliers de généralistes qu'on va découvrir compétents comme toujours au dernier moment pour faire face sans aucune équipement et aucune protection ni considération à cette épidémie de grippe A !!! Quand je pense qu'en Belgique les généralistes sont équipés de kits de détection...  Quelle déception pour nous généralistes français... On sous-utilise 100 (200?) équipes de Samu sans recourrir au maillage disponible des 50.000 généralistes de terrain !!!  Qui va maintenant aller diagnostiquer, traiter des patients grippés confinés chez eux, et rentrer le soir contaminer les siens, le devoir accompli ???  Quelle protection, quelle assurance en cas de pépin, voire plus grave ???  On peut savoir ce qui est proposé aux autres effecteurs actifs (pompiers, personnel hospitalier, employés de mairie et autres salariés) ???"

 

*: à propos de la désertification médicale, juste pour enfoncer le clou, ces courbes révélant l'effondrement des installations en libéral en ville ces dernières années et la fuite vers les emplois salariés:

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23/06/2009

ARRETS DE TRAVAIL : MANIFESTE DES DELINQUANTS STATISTIQUES

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« Chaque année, des dizaines de milliers de médecins rédigent des arrêts de travail.
Ils le font dans des conditions difficiles en raison de la manipulation des chiffres d'arrêts injustifiés opérée par les caisses d'assurance maladie, et de l'utilisation politique qui en est faite.
On fait le silence sur ces dizaines de milliers de médecins, ou si l'on en parle, c'est pour les accuser.
Je déclare que je suis l'un d'eux.
Je déclare avoir arrêté des patients dont l'état de santé rendait le maintien au travail impossible ou dangereux pour leur santé. Je déclare que ma pratique m'expose à être attaqué pour délit statistique si je fais partie des médecins qui prescrivent plus d'arrêts de travail que la moyenne.
Nous, médecins signataires, ne voulons plus que le médecin chargé du contrôle décide seul de la pertinence ou non d'un arrêt de travail sur des critères arbitraires. »


Alors qu’est annoncé un déficit grandissant des comptes sociaux essentiellement lié à la dégradation de la situation économique de la France, la caisse Nationale d’Assurance Maladie annonce que plus de 10% des arrêts de travail seraient injustifiés.

Le Ministre du Budget et la Ministre de la Santé de la Jeunesse et des Sports annoncent de concert un renforcement des contrôles de ces arrêts de travail jugés « abusifs », par les médecins contrôleurs des caisses et par des médecins contrôleurs mandatés par les employeurs.

 

Pourtant:

1. Les indemnités journalières ne pèsent guère lourd dans le déficit global,

2. Les chiffres présentés par l’Assurance Maladie sont faux : ils ne correspondent pas au contrôle de l’ensemble des arrêts de travail sur une période donnée, mais à une présélection sur des arrêts de travail ciblés comme problématiques. Plus grave encore, est comptabilisée comme « injustifiée » avec désaccord notifié du médecin-conseil…  la prolongation au-delà du contrôle d’un arrêt de travail justifié… sans que cette prolongation ait été demandée par le médecin prescripteur.

3. Une partie des indemnités journalières versées est la conséquence de défaillances administratives et des délais de traitement des dossiers.

4. Alors que dans les autres domaines de la médecine, il existe des recommandations de bonne pratique, rien de scientifique n’est publié sur la « durée recommandée » d’un arrêt de travail pour une situation donnée.

5. C’est donc uniquement l’avis du médecin contrôleur, sans concertation avec le médecin traitant qui détermine la justification d’un arrêt de travail.

6. Il suffit actuellement d’être dans les 25% des plus grands prescripteurs pour subir le harcèlement de la CPAM, sans aucune considération pour la pratique réelle.

 

Dans ce contexte de mensonge et de manipulation politique des chiffres, des médecins dénoncent leur condition de « délinquant statistique potentiel » au regard des directives musclées de contrôle auxquelles ils peuvent demain tous être soumis, pour avoir simplement fait leur travail. Ils alertent leurs patients et leurs confrères sur la nouvelle gestion assurantielle de la « Sécurité Sociale » et demandent qu’un audit soit effectué sur les chiffres avancés par la CNAM. Dans ces conditions de manipulation politique des chiffres, ils refusent que le médecin chargé du contrôle décide seul de la pertinence ou non d’un arrêt de travail sur des critères arbitraires.


http://www.petitionduweb.com/manifeste_des_49_delinquants...


Liste des 49 premiers signataires


Nom Prénom Code postal Commune
CAUDIN Jérémie 62200 Boulogne sur mer
CHARBONNEL Pascal 91490 LES ULIS
LEHMANN Christian 78300 POISSY
LEMOINE Thierry 50680 Cerisy la Forêt
MARLEIN Jacques 02460 LA FERTE MILON
REVEYRON Guillemette 01400 CHATILLON SUR CHALARONNE
LAMY Pascal 56750 DAMGAN
HAMON Jean-paul 92140 CLAMART
GARRIGOU-GRANDCHAMP Marcel 69003 LYON
PERTUET Stéphane 76360 BARENTIN
GELBARD Sophie 91490 ONCY SUR ECOLE
MOLIMARD François 18000 BOURGES
BORNSZTEIN Nicole 91000 EVRY
CORRATGE Pierre 66000 PERPIGNAN
BRONNER Claude 67200 STRABSOURG
MARGARITORA Jean 06200 NICE
SAADA Raoul 91790 BOISSY SOUS SAINT YON
PETIT Olivier 69210 SAIN BEL
MAUBOUSSIN Philippe 27930 NORMANVILLE
DELAMARE Georges 41000 BLOIS
DORMARD Catherine 91940 LES ULIS
DREUX Dominique 91430 IGNY
KERLEAU Michel 22860 PLOURIVO
LIHRMANN Dominique 68040 INGERSHEIM
CHILLI Christian 83111 AMPUS
CLOUET JEAN LOUIS 44840 LES SORINIERES
LE HETET François 35130 LA GUERCHE DE BRETAGNE
MATHIEU Jean-Michel 37360 SEMBLANCAY
GARNIER Sabine 22710 PENVENAN
NEVIANS Pierre 62280 SAINT MARTIN
JUIGNER François 91150 MORIGNY CHAMPIGNY
GE Patrick 53200 AZE
ENRIONNE-THORRAND Jean-Pierre 38000 GRENOBLE
FOESSER Fabien 67380 LINGOLSHEIM
DE SAUSSURE Jean-Bénédict 28110 LUCE
ROBARDET Olivier 57525 TALANGE
ROUILLIER Jacques 35350 SAINT COULOMB
GRANGE Jean-Claude 78200 MANTES LA JOLIE
MAZIERES Jacques 46340 SALVIAC
TARPIN Xavier 69530 BRIGNAIS
RAYNAL Benoît 60610 LA CROIX SAINT OUEN
ORFILA Emmanuel 69150 DECINES
HESS Marcel 92600 ASNIERES SUR SEINE
VERON Philippe 60170 TRACY LE MONT
GARNIER Jean-Pierre 84400 APT
MONDAN Marc 91660 ANGERVILLE
VOGT Patrick 68100 MULHOUSE
MARCIACQ Raymond 76000 ROUEN
CAZALIS Renaud 11300 LIMOUX

16/06/2009

Comment l'Assurance-Maladie vous ment... et le gouvernement avec...

Ces derniers jours ont vu déferler une série de petites et grandes saloperies peaufinées dans les cabinets de la communication gouvernementale pour tenter de noyer le poisson une fois de plus et faire porter la responsabilité de la situation économique de l'Assurance-Maladie sur le dos des patients et des médecins, quand le déficit grandissant, à l'évidence, provient de la baisse des recettes, elle-même consécutive à la crise financière.

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Eric Woerth ne se cache même plus, et Roselyne Bachelot pas moins, pour promettre demain la traque aux abus et aux fraudeurs, habituelle et pathétique antienne des gouvernants lorsque soudain leurs erreurs de gestion et leur attachement au dogme libéral les amène à l'abîme ( et nous avec).

La France est en récession, les magouilles financières des banquiers ont mis à bas l'économie, il est urgent de... remettre au plus vite au travail des malades dans un pays où le chômage explose. Et dans le même temps, Brice Hortefeux, magnifique "briseur de tabou", évoque la retraite à 67, pourquoi pas 69 ou 75 ans: "Travaillez plus pour mourir plus tôt" sera bientôt le nouveau slogan sarkozyste.

Si tout ceci était hélas prévisible, ce qui l'est moins, et que je trouve assez réjouissant, c'est que petit à petit apparaît au grand jour ce que je dénonçais dès 2007 dans "Les Fossoyeurs", à savoir que les chiffres d'arrêts de travail "injustifiés" avancés par la Direction de l'ASSURANCE-Maladie sont bidonnés et le résultat de minables truquages ( auquel l'actuel Président de la République avait déjà eu recours lorsqu'il était Ministre de l'Intérieur). Que voulez-vous, quand on aime, on ne compte pas, ou alors si, mais n'importe comment.

Quand on aime le dogme selon lequel les médecins sont des délinquants corrompus et les malades des feignasses irresponsables, il faut bien trouver les chiffres qui corroborent cette ânerie, et les marteler. Pour la première fois, sur Canal Plus la semaine dernière, Claude Fremont, ancien directeur de la caisse d'Assurance-Maladie de Nantes, a expliqué que les chiffres étaient faux, que les arrêts de travail injustifiés ne devaient pas dépasser 2%, et qu'étaient FICTIVEMENT comptabilisés des arrêts NON demandés par le médecin prescripteur. Je sais que cela semble inconcevable, mais c'est pourtant la vérité. Et je ne sache pas que la CNAM ait demandé un droit de réponse à Canal Plus ni que son actuel directeur, ancien de chez AXA, ait attaqué Claude Fremont sur ce point.

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Nous en étions là quand je trouve, sur le blog de mon copain Julien Bezolles, généraliste de son état, cette superbe démonstration de la manière dont sont concotées les statistiques truquées de la CNAM, datant du début du mois de Mai. Je lui laisse la parole:

 

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La Novlangue de la SECURITATE SOCIALE

 

Ceux qui ont lu "1984" de George Orwell savent comment l'utilisation du vocabulaire, et la manipulation du sens des mots permettent de diffuser l'oppression, de distiller le suc totalitaire afin de maintenir la terreur nécessaire à l'asservissement. Cela s'appelle dans le livre d'Orwell la Novlangue. Ainsi par le miracle de la Novlangue propagande se dit vérité, esclavage se dit liberté, chômage se dit travail, guerre se dit paix etc. "Arbeit macht frei", lisaient à l'entrée d'Auschwitz ceux qui n'allaient jamais en sortir. Novlangue.

Eh bien les aminches, j'ai pu découvrir que notre sécurité sociale s'essaye non sans quelque efficacité à la pratique de la Novlangue avec le relais complice de leurs agents de terrains, j'ai nommé les medcons (traduction novlangue de contrôleurs médicaux), où dans cet univers "désaccord" veut dire "accord".

Voilà l'histoire.

Par une belle journée de consultations banales s'il en est, je reçois en mon humble cabinet ce patient, que je ne connaissais précédemment ni des lèvres ni des dents, qui vient me faire part de sa souffrance, qualifiée de douleur.

Chauffeur de car de son état sur les routes départementales défoncées d'un département rural laissé à l'abandon par son Conseil Général préoccupé essentiellement de maintenir ses prébendes politico-syndicales, notre homme souffre de sciatique. Le diagnostic n'est pas compliqué, dans la mesure où l'intéressé lui-même avance le diagnostic, qu'il prétend avoir déjà ressenti dans sa chair à une date antérieure, à l'inverse de sa présente douleur ressentie comme postérieure, elle. L'examen clinique, appliqué comme vous l'imaginez, me permet d'écrire en une calligraphie médicale dans son dossier du même nom : Lasègue gauche : 30°, Lasègue droit : 40°. L'homme déguste donc.

Le traitement s'impose. Une vie est à sauver. Bardé des nécessaires antalgiques, ma longue expérience de la prise en charge globale me faisant intégrer, par un réflexe quasi pavlovien la dimension environnementale dans la décision médicale, m'amène proposer un arrêt de travail au douloureux impétrant. Une satisfaction béate se dessine alors sur son visage, puisqu'il m'expliquait souffrir depuis plusieurs jours le martyr sur le fauteuil défoncé du car déglingué que lui confie son employeur, qui roule en Porsche Cayenne lui.

C'est donc pénétré à mon tour de la non moins béate satisfaction d'avoir répondu de manière adaptée à la demande du patient, qu'après avoir trempé ma plume d'oie dans l'encrier, je remplis en tirant la langue le formulaire idoine et en trois exemplaires sensé lui accorder le strict repos nécessaire pour lui permettre de reprendre, rétabli, le volant de la mission véhiculaire dont il est investi auprès de citoyens voyageurs qui ressentent pour des raisons qui ne regardent qu'eux le besoin d'être déplacés.

Neuf jours d'arrêt, c'est pas du vol mon bon monsieur et si ça va pas mieux à la fin n'hésitez pas à me revoir. Si tout va bien vous reprendrez le 27 avril. La date a son importance, vous l'allez constater.

Je ne le revis point ce brave assujetti social. Mais j'eus de ces nouvelles par le truchement de ce courrier déposé avec empressement par le préposé des postes dans le casier ferré qui me tient lieu de boîte à lettres.

"Service Médical de la Meurthe-et-Garonne - confidentiel médical" s'affiche en entête de la présente enveloppe sur laquelle s'inscrit également en une calligraphie douteuse mais non moins administrative mon nom titré et l'adresse de mon cabinet. Pas de doute, c'est pour ma pomme.

Je ne sais pas pour vous, mais même après vingt ans de pratique médicale irréprochable fondée sur les données de la science et dans les normes d'une rigueur éthique que d'aucuns qualifient de rigide, l'intrusion dans votre boîte aux lettres d'une missive sécuritaire sociale non attendue et dont vous ne pouvez pas avoir immédiatement à sa présentation une idée précise du contenu, déclenche immédiatement ce petit battement cardiaque, que mes études médicales pourtant peu attentives sur cette question physiologique permettent de rapporter à une libération de catécholamines.

Bref. Y a stress.

"Kesskimmveulencorecékons ?" est la formule habituellement orale qui exprime le mieux ce stress chez moi, et qui s'ensuit assez rapidement de l'ouverture de la dite enveloppe et de l'extraction de la feuille qui s'y trouve enserrée, afin de procéder à la lecture du dit parchemin.

Je vous laisse en découvrir le contenu, dont j'ai bien évidemment fait disparaître tout signe permettant d'en identifier les acteurs.

Vous lisez bien : "Désaccord cencernant la prescription d'arrêt de travail pour votre patient(e)". Ma consoeure et néanmoins médecin conseil de la caisse primitive d'assurance maladie de Châtillon-sur-Prézeure, riante préfecture de Meurthe-et-Garonne, m'exprime donc son désaccord administratif et confraternel.

Ainsi donc j'aurais failli. Pour la première fois.

Se bousculent alors au milieu de mes neurones sidérés les échos des procès inquisitoriaux que rapportent des syndicats médicaux aussi corporatistes que mauvais français, voire anti-gouvernementaux si ça se trouve, qui prétendent défendre indument les intérêts de crapules qui se trouvent légitimement traînés devant les commissions sécuritaires sociales et arbitraires pour répondre de leurs ignominies. Serais je ravalé au rang de ces infamies de la médecine ?

Je lève les yeux et aperçois alors une des poutres qui étayent le plafond de mon cabinet et j'y imagine l'espace d'un fugace instant une corde terminée par un noeud coulant en train de s'y balancer mollement, tandis que je place à sa verticale le marche-pied de ma table d'examens que je repousserai ensuite brutalement après l'avoir gravi et passé autour de mon cou le noeud de la corde suscitée.

Mais non ! il y a peut être encore un espoir. On ne balaie pas ainsi 20 années d'intégrité médicale. Il faut se battre. Et je me lance, ma main gauche tentant vainement d'apaiser le tremblement de ma main droite qui tient la lettre d'infamie, dans la lecture de la missive.

"Suite à l'examen de votre patient(e) Monsieur XXX le 23/04/2009 dans le cadre d'une prescription d'arrêt de travail, je vous informe que j'ai émis un avis défavorable d'ordre médical à compter du 27/04/2009 pour la raison suivante :

Apte à reprendre une activité professionnelle.

La Caisse d'Assurance Maladie notifiera cette décision à votre patient(e), qui pourra en cas de désaccord, contester cet avis selon les voies de recours réglementaires qui lui seront indiquées.


Je reste à votre disposition et vous prie de croire, Cher Confrère, à l'assurance de mes meilleures salutations.


Docteur YYY

Praticien Conseil
"

Encore sous le choc, titubant, je me traîne jusqu'au fichier médical (mort aux dossiers électroniques !) pour y extraire la fiche du patient, et reprendre l'observation suspecte qui me vaut le désaccord de ma pourtant bienveillante tutelle. J'y découvre que le patient semblait souffrir etc., je vous refais pas le baratin du début, et que l'arrêt de travail incriminé s'arrête au 26 avril 2009 et que le patient devrait reprendre son labeur le 27 avril, date précise de rentrée en vigueur du confraternel désaccord sécuritaire.

Aaah, aaah !!, m'exclamé-je in petto, il y a donc matière à rentrer en dialogue confraternel pour comprendre les motifs de ce désaccord et, de nouveau, le petit battement de coeur qui signe la libération de catécholamines etc.

Y a stress. Encore. Mais surtout y a maintenant motif à faire chier les cons, et là le battement de coeur se complète généralement d'un léger afflux sanguin par les artères honteuses jusqu'à mon corps caverneux, tel celui de Cro-Magnon.

Je m'apprête donc à décrocher mon téléphone pour composer le numéro du contact SM indiquée en haut de la lettre. Contact SM. Eh oui ! Ils l'auraient fait exprès ils auraient pas fait mieux. Il doit s'agir d'un contact très particulier, une ligne hot, surtaxée. Ca promet d'être torride.

Auparavant, l'altruisme débridé dont vous savez maintenant que je suis affublé, m'aura instinctivement fait penser à ce pauvre assujetti social qui, tel Sam Lowry, le héros du film Brazil de Terry Gilliam, se voit chargé de la missive informant de la déviance sociale d'Archibald Tuttle chauffagiste. Lui et son médecin complice d'un jour plongés dans la même opprobre de la boue concupiscente d'une tentative de pwofitassion de l'argent public, pour gagner plus tout en travaillant moins. Crime de lèse-sarkozysme, s'il en est.

Non, cela ne peut pas être. Il faut réagir

Entretien avec le SM (service médical)
C'est donc moralement vécu de la panoplie de Zorro médical que je compose le numéro de téléphone du Contact SM suscité, tout en prenant soin de respecter les heures de disponibilité des agents : 10 h 30 - 11 h00 et 15 h 30 - 16 h 00 du mardi au vendredi sauf le mercredi toute la journée et le vendredi après -midi.
A l'issue des 15 sonneries règlementaires, la voix qui me répond semble assez peu correspondre à ce que j'imagine être une voix de contact SM au numéro surtaxé. Il s'agirait donc davantage de sévice médical que de sado-masochisme. Quoique.

- Le Dr Machin est en entretien confraternel justement avec un de vos confrères, me répond la voix. Je ne peux donc la déranger. Elle peut vous rappeler ?"

- Bien sûr, répondis-je, je suis à mon cabinet au moins jusqu'à 19 heures
, ajouté-je fielleusement.

Mais en même temps, intérieurement, je n'en menais pas large, car surgissait alors à mon esprit les images de l'entretien confraternel dont au sujet duquel l'agente de la SS faisait allusion. Le confrère en train d'être entretenu (s'agissait-il d'un entretien ordinaire avec simples brodequins et pesons testiculaires, ou d'un entretien extraordinaire, avec fer rouge et pal ? Je ne le saurai pas) l'était-il suite à une missive comme celle dont j'avais été le destinataire ? Avait-il, lui aussi, tout comme moi, été l'objet d'un désaccord sécuritaire et confraternel ? Je frémissais.

Je vous épargne la façon dont se sont déroulées mes consultations de l'après-midi en attendant le rappel de la consoeur. J'expédiai de la façon la plus vive ceux qui se présentaient comme des malades, mais qui n'étaient en fait que des simulateurs, profiteurs, abuseurs irresponsables. Le gouvernement et l'UMP ont bien raison. C'est juste une question de regard. Vus avec les yeux des puissants tous les faibles deviennent coupables, naturellement.

Puis vient le coup de fil du medcon. 17 h 15. Plus de deux heures après mon appel ! L'entretien confraternel devait donc être du genre extraordinaire. Je faillis demander où je pouvais récupérer les restes du confrère entretenu. Mais blague à part.

- Bonjour, merci de me rappeler. Je vous ai contacté à propos du courrier de désaccord avec ma prescription d'arrêt de travail que j'ai reçu de votre part concernant Monsieur XXX. que j'avais vu à ma consultation pour une sciatique...

- Il ne s'agit pas d'un désaccord mais d'un avis défavorable.

- Il me semble que l'objet de votre lettre s'intitule : "désaccord". Je disais donc que le sujet de votre lettre m'a mis mal à l'aise, puisqu'en près de 20 ans d'exercice c'est la première fois que la sécu m'exprime son désaccord sur une de mes décisions médicales. Et que l'on entend tout de suite derrière ce mot de désaccord ou d'avis défavorable d'ordre médical le fait que l'on pourrait être soupçonné de la rédaction d'un arrêt de travail de complaisance.
Sans compter ce que ressent le patient qui reçoit ce courrier.
Je vous précise que ce patient avait un Lasègue bilatéral à 30 et à 40 ° lorsque je l'ai vu, il était absolument en incapacité de travailler d'autant plus qu'il est chauffeur de car.


- Ah oui, il était donc bien malade, s'étonne le medcon.
Je comprends bien ce que ce courrier peut avoir d'inquiétant dans sa formulation mais ce n'est pas cela du tout. j'ai reçu ce patient le 23 avril dernier, soit 6 jours après que vous l'ayez vu, il allait beaucoup mieux, il le reconnaissait lui-même et il se disait prêt à reprendre son travail le 27 avril comme prévu. j'ai donc émis un avis défavorable à ce que son arrêt de travail ne s'arrête pas le 26.


- Donc si je comprends bien, le patient était prêt pour reprendre le travail comme prévu. De mon coté, j'apprends que l'arrêt de travail lui a été bénéfique. Vous, de votre coté, vous constatez qu'il pourra reprendre son travail effectivement le 27, comme prévu. Bref, nous sommes tous d'accord, vous, le patient et moi, et cela s'exprime par un courrier négatif de désaccord de votre part laissant entendre que le patient et son médecin auraient abusé.
Est ce qu'il n'y a pas un problème là ?


- Oui, oui, je comprends bien, mais nous sommes tenus de faire ce courrier.

- Et qu'est ce qui vous empêche de le formuler positivement plutôt que de façon culpabilisante, dans la mesure où tous les acteurs sont d'accord pour faire le même constat, comme vous l'écrivez vous-même : "apte à reprendre une activité professionnelle" à la fin de son arrêt de travail ?

L'Ordinateur Central de la Sécu
- Mais ce sont des lettres types qui sont formatées de cette façon dans notre logiciel et que nous ne pouvons pas modifier. Seules les parties que vous voyez en gras sont modifiables de notre propre initiative.

Je laisse passer le silence consterné qui convient puis j'ose :

- Puis je vous poser la question qui me vient à l'esprit et que je résume sous la forme d'une caricature : cela signifie-t-il que vous auriez des quotas d'avis défavorable et de désaccord à rendre à vos supérieurs ? Comme la police qui doit réaliser un minimum de gardes à vue et de contraventions pour montrer qu'elle lutte contre la délinquance ?

- On ne peut pas dire ça comme ça...

- C'est bien pour cela que je parle de caricature.

- Mais nous avons des consignes pour contrôler les arrêts maladie de courte durée.

- Je l'avais compris.

- Et ces lettres types nous sont fournies directement dans le cadre de ces campagnes.

- Très bien. Et pour répondre à l'inquiétude du patient, qui n'aura lui sûrement pas la possibilité de vous poser ces questions et d'accéder à ces informations, que dois-je lui répondre si, par exemple, sa sciatique récidive, et qu'il doit bénéficier d'un nouvel arrêt pour la même raison. Aura-t-il le droit d'être de nouveau en arrêt pour ce motif ?

- Oui, bien sûr, évidemment.

- Merci pour lui. Vous comprenez que son inquiétude puisse être légitime en recevant de tels courriers et qu'il puisse être amené à s'interroger sur son droit à être de nouveau malade sur ce problème particulier.

- Oui, je comprends. Ca peut-être inquiétant, évidemment.

- Et vous en tant que médecin, vous n'avez pas la possibilité de faire remonter aux responsables rédacteurs de ce type de courrier le risque qu'il y a pour les relations entre prescripteurs, assurés sociaux et sécu d'être dans une communication négative et suspicieuse, alors que tout le monde est en fait d'accord ?

- Non, je ne peux rien faire. Nos logiciels sont programmés ainsi.

- Eh bien moi si vous le permettez je vais faire remonter cette information avec mes faibles moyens.

Vous allez encore me dire que j'exagère, chers lecteurs du carnet de Julien Bezolles, et que c'est peu de choses, mais franchement ça me fait froid dans le dos que les technocrates de la sécu élaborent délibérément, sans possibilité qui plus est d'y sursoir de la part de l'agent exécuteur qu'est le medcon, cette forme de communication permettant de maintenir l'oppression.

J'imagine, pour ma part aisément, la propagande dont saura se saisir la sécu, sa direction et son Miniver (le ministère de la Vérité de George Orwell ) pour expliquer, chiffres à l'appui, que lors de sa campagne de contrôle des arrêts de travail de courte durée, les échelons locaux auront émis 80 % de désaccords et d'avis défavorables. Ce qui démontrera à quels points les assurés et les médecins généralistes creusent le trou de la sécu de façon irresponsable, et permettre à l'industrie pharmaceutique de continuer à le faire vraiment, elle. Et de prévoir la mise en place de nouvelles sanctions ou mesures de responsabilisation : une franchise sur les arrêts de travail, pourquoi pas ?

Notification d'avis défavorable à un assujetti social
Ainsi je témoigne par le petit bout de la lorgnette du terrain de la mise en place des outils totalitaires par les bureaucrates d'une structure qui a été créée autrefois pour le service de la population. Et comme d'habitude, les relais complices et complaisants sont là pour dire : "Ah ben, moi, j'obéis aux ordres, hein, je fais ce qu'on me dit."

J'arrête là, parce qu'il y a tout d'un coup trop de colère qui me prend et il faut que j'aille souffler un peu.

A bientôt.

 

 

 

 

http://julienbezolles.blogspot.com/

 

 

10/06/2009

Arrêts de travail: le foutage de gueule continue

Ca faisait un petit moment qu'on n'avait pas ré-entendu ce cri d'orfraie des néolibéraux: il y a trop d'arrêts de travail! Trop de patients malhonnêtes et de médecins corrompus qui dans le secret glauque des officines grèvent le budget de la Sécu et oeuvrent secrètement pour empêcher le redressement du pays entamé par le Conducator Sarkozy, le Speedy Gonzalez de la réforme...

Sarkozy s'était servi pendant sa campagne des chiffres gonflés aux hormones que lui refilaient amicalement les services de la CNAM, laquelle depuis 2004 est dirigée par Fréderic Van Roekeghem, brillant ancien de chez AXA placé à la tête de ce qui fut votre SECURITE SOCIALE et qui se réduit en peau de chagrin sous le nom d'ASSURANCE-maladie, tandis que dans l'ombre les complémentaires aiguisent leur appétit en attendant que la bête soit morte.

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J'ai décrypté ce dogme libéral de l'arrêt de travail factice dans "Les Fossoyeurs", en ai démonté certains des rouages, aidé en cela par quelques taupes à l'intérieur de l'Assurance-Maladie ( salut Seb! ) qui dans "Les Fossoyeurs" puis dans "Le Plan B" avaient expliqué comment les services de la caisse pouvaient comptabiliser comme injustifiés des arrêts qui... n'avaient même pas été demandés par le médecin, en considérant fictivement qu'un arrêt de huit jours serait "injustifié" au neuvième jour, à la suite d'un contrôle exécuté au huitième jour. Je sais, c'est délirant, mais ce n'est que le sommet de l'iceberg. Je passe sur le juteux marché des médecins-contrôleurs d'officines privées...

Quelques semaines après le ballon d'essai de Frederic Lefebvre, Danube de la Pensée Sarkozyste, Grand Prix d'Humanité au festival de Salzbourg, et Membre Emerite de la M.E.N.S.A., sur la possibilité pour les grognasses encloquées et les salariés fainéants de bosser volontairement sans nulle contrainte médeffienne sur leur lit de douleur, la CNAM sort ses chiffres, d'où il apparaît que 10 à 13% des arrêts de travail seraient jugés injustifiés par le médecin-conseil. La Tribune, de l'Excellent Alain Weill, les publie.

Imaginez les gros titres que cela pourrait générer dans une presse un tant soit peu éveillée: "90% des arrêts de travail sont justifiés!" Quel corps de métier s'enorgueillit d'une telle statistique, franchement? Christine Lagarde et Eric Woerth ont-ils atteint de tels sommets ces dernières années, si l'on compare leurs martiales promesses et leurs pathétiques résultats?

A longueur de journée, nous avons croulé sous les communiqués consternés, peu de journalistes utilisant le conditionnel ou remarquant simplement que ce que signalait la CNAM, c'est un taux de litige de 10 à 13% entre deux interprétations d'une situation médicale, l'une faite par un praticien confronté chaque jour à des patients, l'autre faite par un praticien-conseil sans activité de soins statuant à posteriori sur une décision médicale prise en son absence. Que certains confrères aient la main lourde, que certains Français cherchent à profiter d'un arrêt, pourquoi pas? Qu'en sais-je? Ce n'est pas en faisant des micro-trottoirs en caméra-cachée qu'on prouvera quoi que ce soit, mais peut-être en s'intéressant à ce serpent de mer dont tout le monde parle mais que personne n'aborde de front, la souffrance au travail, qui en ce moment me semble être à son comble dans certains secteurs, en particulier le secteur bancaire où les salariés sont soumis à des pressions psychologiques et de cadence de travail très préoccupantes...

La grosse cerise sur le gâteau, ce sera sans doute cette phrase tirée de l'article de la Tribune, expliquant que le souci de l'ASSURANCE-maladie était "d'éviter la désinsertion professionnelle". Putain, c'est beau comme de l'antique! C'est larmoyant comme il faut, faux-cul comme pas deux.... Ne croyez surtout pas qu'il s'agisse d'apurer les comptes ou de renvoyer au travail des malades chroniques, mais de leur éviter ( snif snif...) le spectre de la "désinsertion professionnelle". Putain, même au temps des Maîtres des Forges on n'aurait pas osé...

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Comme par hasard, le lendemain, on nous annonce un déficit record prévu pour l'Assurance-maladie en 2009. Tous les commentateurs  murmureront à voix basse que cela est évidemment dû avant tout à la situation économique du pays et à la chute des recettes, mais cela n'empêchera pas d'avoir inculqué au grand public l'idée que décidément, ce système solidaire n'est plus viable, à cause des patients ( les autres)  et des médecins ( ceux des autres) qu'il faut res-pon-sa-bi-li-ser. Heureusement, Sarkozy, qui annonçait la semaine dernière vouloir "confier aux complémentaires" de plus grandes tâches, aux côtés d'un Jean-Pierre Davant, de la Mutualité Française, ravi, a un plan de route. Et la chance de pouvoir s'entourer de "mutualistes" plus photogéniques que ne le sont les sbires des assurances privées. C'est sûr que faire la même annonce au côté de Claude Bébéar, ou de son frère Guillaume( de chez Médéric) aurait pu faire tousser.

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Allez, la Sécu, regardez la bien. Elle aura vécu plus d'un demi-siècle. Créée par le Conseil national de la Résistance, sabordée consciencieusement par les libéraux pendant des années, de renoncement en renoncement, sans que personne hormis une poignée de vigies inutiles ne saisisse ce qui se joue.

 

 

04/06/2009

Les bugs prévisibles du plan antigrippal H1N1

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J'ai déjà écrit, ici et ailleurs, à quel point le plan "pandémie grippale" ou "grippe aviaire" ( c'est selon ) concoté par nos élites et sans cesse vanté comme l'un des plus sûrs et mieux ficelés de la planète voire de l'univers connu, est une pantalonnade.
La mésaventure survenue il y a quelques jours à un médecin généraliste français, dont je respecterai l'anonymat, en est une preuve supplémentaire: ( je retranscris ici un mail d'un autre confrère)

Le généraliste voit cet étudiant américain, revenant de Dallas il y a 6 jours, séjournant dans un gîte avec plus de 25 copains pour un syndrome grippal franc, après avoir eu un contact avec un autre "grippé" en France il y a 5 jours, débarquer dans sa salle d'attente en milieu d'après midi.
Compte tenu du contexte, il téléphone au 15 qui est arrivé en 30 minutes en tenue de cosmonaute et a embarqué l'étudiant américain au CHU en isolement.


DDASS et INVS sur les dents (surtout avec la venue d'OBAMA pour la commémoration du 6 Juin) bref tout le monde du gîte est embarqué au CHU, prélèvement pour tous)

Trois heures plus tard, jackpot, H1N1 positif pour le premier étudiant, alors isolement renforcé Tamiflu pour tout le monde
Pendant ce temps là, notre collègue finit sa consultation, après avoir consciencieusement nettoyé et aeré sa salle d'attente, laissé les patients attendre dehors (il faisait super beau) désinfecté tout son matériel et commencé a stresser: et si j'étais contaminé ?  Pas de masques FFP2, la DDASS refuse toujours de livrer les médecins, ceux qui n'en ont pas  doivent venir les chercher à Caen, on imagine comme c'est facile pour un gars du fin fond du Calvados, c'est bien connu, on a que cela à faire !

Jusque là,donc, à part ce problème de moyens de protection, pas de fausse note, tout se déroule bien, sauf que personne, mais vraiment personne n'a pensé à prévenir ce gueux de généraliste rural que son patient était bien infecté par le H1N1

Alors, en fin de journée, il téléphone au laboratoire du CHU pour connaitre le résultat et.......se fait jeter au pretexte que ce n'est pas lui qui a prescrit le test

Il finit par appeler les urgences et surtout l'URML dans la soirée  car il a fait la formation grippe aviaire il y a 18 mois que nous avions organisée, et a parlé pendant de longues minutes pour dire à quel point il était désemparé: devait il rentrer chez lui, au risque éventuel de contaminer ses propres enfants ? Il était très stressé par cette situation et avait pris la mesure du vide sidéral qui existe entre les propos des institutionnels sur le mode "tout est prêt, on assure" et l'inexistence absolue de prise en charge des professionnel de santé libéraux, pourtant  fantassins de première ligne, sous équipés et tenus pour quantité négligeable par les autorités sanitaires ( alors qu'au CHU, à l'arrivée du patient contaminé, tout le service jusqu'au dernier des brancardiers était équipé des pieds à la tête  (et à peut-être reçu du Tamiflu ??)

 

Je n'ai pas eu l'occasion de joindre les principaux intéressés, n'ai pu que contacter des confrères en périphérie de cet incident, mais, s'il se révèle relaté ici de manière véridique ( ce dont hélas je ne doute guère ) , il servira utilement de rappel lorsque la pandémie s'étendra. Les insuffisances des institutionnels et leur mépris total pour la piétaille généraliste sur le terrain sont évidents de longue date.

Si j'étais simple quidam, patient "lambda", je m'en inquiéterais...



 

 
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