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29/06/2009

Le cirque H1N1 continue

Sur le front de H1N1, le cirque continue.

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Soyons clairs: gérer une pandémie est extrêmement compliqué, car les scientifiques et les politiques doivent agir dans l'incertitude du moment, face à une pandémie dont l'évolution n'est pas prévisible. Si la contagiosité d'un virus semble ne pas varier, sa virulence, sa "dangerosité" peut évoluer au fil du temps, et les parades imaginées, les stratégies médicales et sociétales mises en place, sont par nature destinées à évoluer en fonction du risque perçu et de l'évolution imprévisible.


Je n'ai donc pas hurlé quand les gouvernements, l'OMS et les média ont lancé l'alerte sur H1N1... Depuis  le temps que j'attends la grippe avaire...

J'ai pointé quelques incohérences journalistiques ( du style: soyons rassuré, la mortalité de cette grippe au Mexique ne dépasserait pas 70%... -sic-), et la volatilité des dits médias. Une semaine après son arrivée sur le marché, H1N1 n'était plus tendance, pas assez de morts...

Ce qui se passe actuellement en France est complexe... Tout d'abord, nous sommes censés avoir un plan pandémique, destiné à affronter H5N1- la grippe dite "aviaire", dont, pour l'instant, la mortalité était bien plus forte que celle dûe à H1N1 - la grippe dite "porcine". Dans un certain sens, nous avons pour l'instant la "chance" d'essuyer les plâtres du plan pandémie avec un virus moins agressif que prévu. Cela pose certes problème, car les tactiques prévues pour H5N1 étaient drastiques et que le gouvernement est en train de les revoir à la baisse. Mais cela a l'intérêt de pointer certaines erreurs basiques visibles depuis longtemps par la majorité des acteurs de terrain.

Les témoignages envoyés par des confrères ou amis, pointent, outre la désorganisation des services, deux choses: l'incohérence des mesures adoptées, dès qu'il faut sortir du cadre strict pré-défini, et le mépris total des gouvernants et de nombreuses instances scientifiques et hospitalières pour les médecins généralistes ( et leurs patients)

Si vous avez suivi le film ;-) vous vous souviendrez que je notais ici-même, il y a un mois:

"Quelques petits généralistes de base, loin des centre de décision, s'étonnent cependant, dans leur quotidien, du surcroît apparent de cas de viroses saisonnières, de rhumes fébriles traînants, de rhinobronchites. Sur Internet, ils émettent, en mauvais Français, l'hypothèse que, peut-être, peut-être, le virus serait présent sur le territoire, bien plus qu'il n'est rapporté par organismes habilités et médias.

Certains font même le lien avec un article récent du New Scientist ( Royaume-Uni) qui explique qu'en Europe, on ne teste pour H1N1 que les patients présentant des symptômes grippaux ET venant des pays considérés comme "à risque" ( Mexique et USA) selon une définition de cas possibles totalement dépassée maintenant que l'épidémie s'étend sur le globe, et qu'un patient français peut aussi bien avoir été en contact avec une personne infectée au Japon que dans le métro londonien. "Europe may be blind to swine flu cases", "l'Europe pourrait être aveugle aux cas d'infection à H1N1" titre le New Scientist. Et effectivement, en France, un médecin généraliste appelant un centre de prise en charge grippale se verra refuser un test pour le patient si celui-ci n'a pas séjourné au Mexique ou aux Etats-Unis."

( Je reviendrai ultérieurement sur cette incapacité du système à dépister les cas peu sévères de H1n1, qui explique évidemment les brutales apparitions de H1N1 dans des environnements particuliers, les écoles, etc... alors que "personne ne s'est rendu au Mexique", grâce au témoignage d'une internaute)

Quelque temps plus tard, des médecins hospitaliers se plaignaient de l'hospitalisation systématique des patients atteints ou suspects de l'être, et dénonçaient l'évidence: cette mesure posait problème en empêchant le traitement des autres malades qui pouvaient nécessiter des lits d'hospitalisation voire de réanimation ( à ce sujet cette révélation que je n'a jamais vue reprise dans la presse, faite lors d'un mémorable et hallucinant congrès "ethique et grippe aviaire" en 2005 ou 2006, à savoir que la France avait fermé en 10 ans 10 à 15% de ses lits de réanimation... pour satisfaire au paradigme de la gestion libérale: diminuer les dépenses en se basant sur les besoins actuels, sans garder de marge de manoeuvre...).

Il y a là un enseignement évident à tirer: les gouvernants et les experts minimisent constamment, sans peut-être même en avoir conscience, le fait que la maladie existe même quand elle n'est pas médiatique, et que les médecins n'attendent pas l'arme au pied depuis des années une éventuelle future épidémie, comme dans "Le désert des Tartares" de Buzzati, mais soignent au quotidien des malades. Si je le signale à propos de l'hôpital, c'est que les plans pandémie ont sciemment et constamment fait l'impasse sur cette donnée vitale pour ce qui est de la médecine générale: on a imaginé sans consulter les médecins généralistes ( ou si peu ) des tas de mesures modifiant leur mode d'exercice, leur rémunération, en cas de pandémie, sans jamais garder en mémoire qu'au-delà d'une pandémie virale elle-même, les professionnels de santé devraient gérer leur travail habituel, les maladies bénignes ou plus graves qui sont leur quotidien.

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Je l'écris en GRAS pour que Roselyne Bachelot comprenne, si un de ses assistants le lui stabylote en rose: "EH! ROSELYNE! C'EST PAS PARCE QUE T'AS BASE TON PLAN MEDIA ET COM SUR LA GRIPPE PORCINE QUE PENDANT CE TEMPS LA IL NE NOUS FAUDRA PAS SOIGNER DES COLIQUES NEPHRETIQUES, DES POUSSEES TENSIONNELLES ET DES ENTORSES DE CHEVILLE, DES DEPRESSIONS ET DES CANCERS EN CHIMIOTHERAPIE, DES INSUFFISANTS CARDIAQUES ET DES OTITES!"

Demain cela démange Roselyne et ses sbires de réquisitionner les médecins généralistes, même si elle n'a absolument pas idée de la manière dont elle nous "utiliserait". C'est probablement la première fois, confrontés au réel, que ses experts se posent la question de notre assurance en cas d'incapacité ou de décès, de nos horaires de travail, de la protection de nos familles, de la manière de concilier la gestion de la pandémie et notre travail quotidien. Face à une pandémie "qui ne prend pas de vacances", la Ministre va donc recevoir jeudi les représentants des médecins libéraux, dont ceux des médecins généralistes qu'elle suffoque en général de son mépris lorsqu'il s'agit de leurs conditions de travail ou de leur rémunération "ils ne sont pas malheureux" ( Ils sont si heureux que le nombre de médecins installés en libéral diminue de 4000 chaque année)*, et dont on va redécouvrir demain, comme en temps de canicule, que ces salauds, après 11 mois de boulot à des moyennes de 56 heures par semaine, PRENNENT DES VACANCES!

Or on voit à tous les stades de la machine à gérer la pandémie, depuis le début, le mépris profond des structures gouvernementales et des experts pour les larbins que nous sommes... comme le démontre un peu plus clairement le témoignages qui suit:

 

Une histoire vécue de la vraie vie d'un médecin généraliste de terrain et en première ligne, dans une France qui rechute dans le syndrome de Tchernobyl qui s'arrête aux frontières :

 

Vendredi 26 juin 2009, une compagnie d'assistance qui relaie une compagnie d'assurances d'Amérique du sud appelle mon secrétariat téléphonique pour une consultation d'un homme de 38 ans pour fièvre et toux (pas d'autre info) : on lui donne un RV à 16h40.

Je le trouve en fin d'après midi dans la salle d'attente parmi d'autres patients, un peu écroulé et je le prends tout de suite.  Il ne parle pas français, je me rends compte qu'il a un accent sud-américain : Uruguayen donc on continue en espagnol... Il a atterri trois jours auparavant de Buenos Aires via Madrid à Nice et le lendemain de son atterrissage en France déclenche une fièvre élevée et toux, ne passant pas au paracetamol et antitussifs.

Après examen rapide pour éliminer une infection bactérienne, je suspecte immédiatement une virose compatible avec une grippe A, j'appelle le Samu qui me dit de le renvoyer chez lui qu'ils vont venir le chercher mais il est mal, hypotendu avec malaise et ne peut pas rentrer à pied chez lui, le Samu convient que l'appel à un taxi serait mal venu : ils viennent donc en cosmonautes et l'embarquent pour le CHU où il aura sa prise de sang : j'aurai le résultat le lendemain matin : positif "grippe mexicaine"

En attendant, il a possiblement contaminé ma salle d'attente, j'avais pris toutes les coordonnées de tout le monde pour gérer ça de chez moi samedi soir. Nous avions convenu avec le régulateur du Samu que s''il était  positif, les sujets contact devraient aller à la pharmacie hospitalière chercher leur Tamiflu, et moi avec.

Je me suis rendu samedi en personne au service des maladies infectieuses du CHU, j'ai passé la barrière d'une interne absolument pas concernée, limite désagréable et j'ai pu parler au médecin référent grippe A qui m'a expliqué que des textes tombaient régulièrement de la DDASS, que tout changeait lundi, qu'on ne donnait plus, pour l'économiser, de Tamiflu aux sujets contacts (sauf fragilité), ni aux patients atteints (sauf gravité)... J'ai donc pu négocier de repartir avec un traitement préventif pour mon patient fragile et il m'a été refusé pour moi. Pas d'état d'âme pour un confrère. Aux ordres des autorités, normal.

Je rappelle que la veille  http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-s... le discours du ministère était :" Comme prévu dans le plan de préparation de l’OMS et dans notre plan pandémie, les professionnels de santé libéraux feront partie des populations prioritaires pour la vaccination comme d’autres populations cibles sensibles"... Samedi, c'est circulez, y a rien à voir, débrouillez vous, revenez si vous êtes contaminés pour vous faire prélever !!!

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TOTAL : Après avoir subi une mauvaise régulation médicale d'une équipe d'une société d'assistance, après avoir constaté que mon secrétariat téléphonique n'avait pas eu le réflexe minimum de me contacter lors de l'appel d'un étranger fébrile, je gère comme je peux en isolant immédiatement le patient et en appliquant la procédure Samu. Puis j'ai la désagréable surprise de me voir renvoyer sans aucune considération, moi le fantassin de première ligne. Aucune consigne de la DDASS qui le lendemain n'avait même pas comptabilisé le cas (!). J'ai bien sûr appliqué les consignes que me dictaient ma conscience professionnelle en informant les patients contacts, je rapporte moi-même au patient fragile sa boite de Tamiflu, je ferme mon cabinet une semaine le temps de l'incubation possible, j'envoie à l'écart respirer un air plus pur mes enfants, dont un passe l'oral du bac de français trois jours plus tard, et je me désole de ce que la France ose se dire la mieux préparée...

Quelle image désastreuse est donc proposée à ces milliers de généralistes qu'on va découvrir compétents comme toujours au dernier moment pour faire face sans aucune équipement et aucune protection ni considération à cette épidémie de grippe A !!! Quand je pense qu'en Belgique les généralistes sont équipés de kits de détection...  Quelle déception pour nous généralistes français... On sous-utilise 100 (200?) équipes de Samu sans recourrir au maillage disponible des 50.000 généralistes de terrain !!!  Qui va maintenant aller diagnostiquer, traiter des patients grippés confinés chez eux, et rentrer le soir contaminer les siens, le devoir accompli ???  Quelle protection, quelle assurance en cas de pépin, voire plus grave ???  On peut savoir ce qui est proposé aux autres effecteurs actifs (pompiers, personnel hospitalier, employés de mairie et autres salariés) ???"

 

*: à propos de la désertification médicale, juste pour enfoncer le clou, ces courbes révélant l'effondrement des installations en libéral en ville ces dernières années et la fuite vers les emplois salariés:

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