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23/10/2008

Ouvre les yeux, camarade

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Cela doit faire à peu près un mois que je me suis sevré de la lecture quotidienne de Libération. Un mois Joffrin-free.

Un mois sans lire, vaguement nauséeux, des éditoriaux poussifs à la gloire du marché autorégulé, des exhortations à la gauche à "changer de logiciel", à "ouvrir les yeux" afin d'accepter enfin, béatement, les joies du libéralisme.

 

( "Ouvrez les yeux, camarades" était d'ailleurs le titre d'un article du Nouvel Observateur dans lequel, se rêvant présidentiable, le sarkocompatible Bernard Kouchner tentait en 2006de ramener les socialistes à la raison, celle dont Jean-Marc Sylvestre longtemps se fit le chantre.)

Oh j'ai sûrement raté quelques comiques péripéties, et d'autres plus obscènes, comme le fait de traiter du cas de Marina Petrella sous l'angle "Carla S******-B****, dame patronnesse", mais qu'attend-on d'un quotidien autrefois "authentiquement de gauche", qui fit figurer en Juin la sus-dite première dame en tête de gondole sous l'étiquette "épidermiquement de gauche"...?

Apparemment, Le Monde se demande si le Président ne serait pas "socialiste", ce qui en dit long sur l'état de déshérence du dit parti...

Enfin, un mois sans Libération, deux mois sans France-Inter, ça commence à faire du bien...

Je n'en aurais pas parlé si pendant que mon fils se faisait couper les cheveux hier, je ne m'étais laissé aller par désoeuvrement à feuilleter deux exemplaires récents de Paris-Match, pour constater de visu que cet hebdomadaire du groupe Lagardère atteignait des sommets dans la flagornerie accessibles à peu de mortels, fussent-ils équipés d'une carte de presse, de protège-genoux et d'une langue chargée d'épaisse salive. Pour mémoire, un "sujet" pathétique sur une virée new-yorkaise récente de l'omniprésident, et, plus cocasse encore, un panégyrique à la gloire de Carlos Ghosn, quelques semaines avant que la position de celui qui se définit lui-même comme un cost-killer soit fragilisée chez Renault. Cela me rappela les serviles articles à la gloire de Jean-Marie Messier dans les mêmes tabloïds il y a quelques années. Le collector, c'est la photo double page où l'on voit Ghosn souriant à la caméra pendant qu'une partie de son staff, légèrement en retrait pour bien indiquer la déférence que le salarié doit à son patron de droit divin, fait semblant de courir sur place.

10/10/2008

Entre mes bras trop maigres

 

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Dire d'abord que le temps a passé, qu'on n'est probablement plus l'inconditionnel admirateur qu'on était à quinze ans, dire que certaines des premières chansons de l'époque curé avec guitare aux trois baudets nous laissent aujourd'hui dubitatifs. Ceci engrangé, mis de côté, passer à l'essentiel: on ne l'a pas oublié, on ne l'oubliera jamais, on n'oubliera pas le choc que ce fut, dans le bus vers midi, après des années d'attente, d'entendre à nouveau sa voix après des années de silence. Le petit transistor collé à l'oreille dans ce 95 bondé faisant route vers Montparnasse, entouré d'étudiants en médecine bruyants, les premières notes de " La ville s'endormait" enfin libérées de l'embargo sonore que Barclay avait fait peser jusqu'à la veille de la sortie dans les bacs. Le miracle que c'était. Et le lendemain, devant la Fnac Montparnasse, la foule silencieuse des fidèles, qui s'était déversée dans le magasin dès l'ouverture des portes pour arracher les premiers albums de ce disque bleu avec nuages, le dernier qu'on achètera de lui. On n'oubliera pas, non plus, ce matin d'octobre où il est mort, le choc que ça a été, d'ailleurs la preuve qu'on n'oublie pas c'est qu'à écrire ces quelques mots les larmes viennent aux yeux, qu'on croyait aguerris. Certes, il avait tout bien fait comme il faut, il ne nous avait pas pris en traître, il nous avait si longtemps préparé à la mort, la mort des autres, la sienne, la nôtre. Tous ces moribonds, ces hommes debout qui hantent son répertoire, et de colline en banquet, les doigts agiles et les bras tout allongés sur le noir de la scène gesticulent leur courage et leur dignité. Tous ces hommes qui nous ont appris à mourir sans renifler, Jef. Et les femmes, aussi, l'amour qu'on n'espérait même pas atteindre à quinze ans, jamais une femme ne voudra de moi, je suis maigre comme un clou, laid à faire peur, quelqu'un m'a même dit que je ressemblais à Brel et ça n'avait pas l'air d'un compliment. Et cette phrase, dans "Au suivant", cette phrase pleine de terrible ironie mais qui renfermait un espoir fou, un espoir jusque là secret: "et depuis chaque femme, à l'heure de succomber, entre mes bras trop maigres, semble me murmurer: Au suivant… au suivant…" C'était triste, pitoyable, pathétique à entendre, pour un adulte revenu de tout. Mais pour un adolescent aux bras trop maigres, qui se croyait secrètement laid, c'était cette affirmation insensée qu'un jour des femmes me désireraient quand même, moi aussi, et viendraient se lover, entre mes bras trop maigres. Et grâce à toi, Jacques, j'étais plus tout seul.

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02/10/2008

Je suis pas chien

Je suis pas chien.

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En cette période de disette sur mon blog, je vous invite à aller visiter celui du copain Sébastien Fontenelle, qui courageusement continue à chroniquer la montée des eaux sur le pont du Titanic, quand moi j'ai un peu perdu la force, à dire vrai.

http://www.bakchich.info/rubrique103.html

( Ce type a des cojones de toro, il lit même LE POINT pour y dénicher quelques perles d'ultralibéralisme et de foutage de gueule puissance quatre particulièrement savoureuses, quand des gens comme moi rechignent déjà à aller jusqu'au bout des éditoriaux de Philippe Val ou Laurent Joffrin). A ce propos, j'ai cessé d'acheter Libé hier, après plus de 25 ans de bons et loyaux services. Décision délicate, j'ai espéré contre toute attente que le journal reste celui que j'avais connu ( naïveté suprême) et qu'au moins ceux qui le rédigeaient, dans leur majorité, auraient l'occasion d'éviter que la double patte du matamoresque actionnaire principal et du barbichu éditorialiste complaisant ne rendent Libération illisible. J'ai espéré, j'ai continué à lire Pierre Marcelle, m'étonnant simplement... ;-) que l'échange de mail éclairant paru entre ce chroniqueur et son nouveau patron dans Le Plan B n'ait été repris nulle part.

Et puis à l'impossible nul n'est tenu. Les récentes pages de publi-reportage à la gloire de la Française des jeux, où s'illustrent dans la flagornerie des pointures comme Pascal Brückner, le teasing sur la prochaine sortie du sensationnel ouvrage Houellebecq-BHL ( Claire Devarrieux vantant la "splendide volonté guerrière" de l'ex-conseiller de Ségolène Royal)... le Libération que j'ai lu avec passion, dans lequel j'ai écrit parfois, ce Libération-là est mort. Dont acte.

A propos. Les commentaires sont fermés ici, comme sur le blog de Seb Font. Considérez qu'il s'agit d'un carnet de notes, probablement peu fréquentes, et n'appelant pas forcément une réponse. Le genre de choses qu'on retrouve, ou pas, dans un canot de sauvetage.

 
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