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27/12/2007

Parce que vous le valez bien

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C’est à vous que je m’adresse. Oui, vous. Quand le rédacteur en chef m’a expliqué le concept de ce numéro spécial, j’ai tout de suite pensé à vous. Vous qui êtes passés entre les gouttes depuis maintenant plus de six mois. Vous qui espérez  probablement continuer à vous faire oublier encore quelque temps. Vous qui espérez qu’on finisse par s’habituer à la situation. Situation « dégueulasse » comme le dit Fadela Amara de l’instrumentalisation de l’immigration en France, mais pas « insupportable » au point de démissionner. Parce que pour Fadela Amara, vous l’aurez compris, dégueuler n’est pas insupportable. Doivent avoir des stocks de Primpéran® au Ministère, je ne vois pas d’autre explication. Revenons à vous, n’espérez pas que je vais vous lâcher et partir sur une tangente à propos de tel ou tel membre du gouvernement ( excusez-moi, un renvoi, ça va passer…). Vous, oui, vous qui nous avez mis dans cette situation dégueulasse ET insupportable.

 

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Je me demande d’ailleurs comment vous avez échappé à vos responsabilités si longtemps. Lorsque Georges Walker Bush a été réélu, il n’a pas fallu vingt-quatre heures pour que les Américains qui n’avaient pas voté pour lui mettent en ligne sur Internet le site « Sorry Everybody » sur lequel des milliers de leurs concitoyens s’affichaient en photo avec un petit texte adressé au reste du monde, s’excusant à l’avance des dégâts qu’allait continuer à causer l’homme au QI d’huître qui siège à la Maison Blanche.

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En France, rien de tel. Je pense que nous étions tellement sonnés que pendant longtemps nous n’y avons simplement pas cru. Pas cru que vous nous aviez mis dans cette panade. Moi, je l’avoue, j’ai hésité pendant quatre mois avant d’écrire un mot sur la situation politique et morale inédite dans laquelle nous nous trouvions. Je me suis dit : « Garde-toi en dehors de tout ça. Tu es romancier, tu as des livres à écrire. Réfugie-toi derrière le paravent confortable de la fiction. Laisse passer. Tu fais partie du clan des nantis. Laisse tomber. ». Mais ce n’était pas possible. Simplement pas possible. Le matin, je me glissais dans le bain, et ma main s’immobilisait à quelques centimètres du bouton de la radio perchée sur le rebord de la baignoire. Parce que je ne suis pas Fadela Amara, moi, je n’ai pas une muqueuse gastrique en Teflon®. Et chaque jour nous amenait sa nouvelle couche. Chaque jour. A cause de vous. Vous en voulez une, juste une, là, pour bien vous faire remonter la dinde derrière les gencives ? Allez, juste une, parce que c’est Noël : « On n'est pas prêtre à moitié, on l'est dans toutes les dimensions de la vie. Croyez bien qu'on n'est pas non plus président à moitié… Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j'ai faits pour réaliser la mienne ». Voilà. Faut-il vous l’emballer ? Non, désolé, je n’ai pas l’adresse de la pharmacie de garde, et de toute façon, il y a rupture de stock.

Nous n’avons rien dit. Peut-être parce que nous attendions que vous ouvriez les yeux. « Le jour où la France sarkozyste s’éveillera… », ce genre, vous voyez. Mais apparemment il va vous en falloir beaucoup, parce que là, déjà, nous, on suffoque, et vous, vous êtes toujours branchés sur Pernaut et PPDA et tout passe, Guy Môquet, Poutine, Khadafi, y’a rien qui coince. Tout fait ventre. Allez, bonne année 2008, bonnes franchises sur les soins. Vous avez raison, va. Il était temps de responsabiliser les cancéreux et les dialysés.

Christian Lehmann

 

( publié dans Témoignage Chrétien le 27 Décembre 2007) 

25/12/2007

Being dead

 

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Des dunes à perte de vue. Dunes balayées par le vent et les embruns, sur une pointe rocheuse éloignée de tout. Bientôt un groupement immobilier va ériger là un projet pharaonique, sorte de marina retranchée pour millionnaires paranoïaques. Alors Joseph et Celice, tous deux professeurs en zoologie à l'université locale, décident ce matin-là d'aller faire un tour, comme ça, sur le lieu où ils se sont aimés la première fois. Celice acquiesce à cette proposition pour faire plaisir à son mari, qui l'agace un peu comme dans tous les vieux couples. Joseph, lui, est ému: il cherche à partager avec sa femme la ridicule et irrésistible envie de faire l'amour qui l'a saisi au réveil. Ce pourrait être un vaudeville, ce sera un drame, et bien plus encore. Un drame, parce que Joseph et Celice, sur cette plage déserte en semaine, vont croiser la mort, sous les traits d'un agresseur violent et schizophrène. Et une fois qu'ils seront morts, alors seulement le livre pourra commencer. "Being dead", titre autrement plus évocateur que le titre français, est le livre le plus réussi d'un prodige anglais de 55 ans, Jim Crace.

A priori, quelle gageure que de commencer un roman avec deux cadavres étendus sur une plage... Et pourtant tout au long de son roman, Crace réussira ce tour de force de ramener Joseph et Celice à la vie, et de nous faire apprivoiser la mort, notre mort. Tandis que le sang coagule dans les plaies, que les yeux se couvrent d'un film vitreux, que les petits insectes des sables découvrent un festin inespéré, Crace ramène le magnétoscope en arrière, et retrace la dernière journée du couple, ces petits riens qui sont nos vies, et que nous accomplirons tous un jour pour la dernière fois sans le savoir. Tandis que la peau se tend sous le soleil, que les piles du portable de Celice, à demi-enfoui dans le sable, s'épuisent à sonner, l'auteur déroule lentement le fil de l'enquête qui se met en place, d'abord au sein de l'université, puis auprès de la fille du couple, pour tenter de savoir où ont disparu les deux zoologistes que personne ne pourrait imaginer, à leur âge avancé et compte-tenu de leur respectabilité, avoir choisi l'école buissonnière pour une sieste crapuleuse sur le sable.

Roman tendre, apaisant et élégiaque, "L'étreinte du poisson", magnifiquement traduit malgré l'incongruité de son titre français, est un chef-d'oeuvre comme même un lecteur émérite n'en croise que rarement, un livre de vie, qui nous réconcilie avec notre propre mortalité.

 

 

PS: Being Dead est publié en édition de poche en Février 2008, toujours chez Rivages. Ce fut pour moi l'un des plus grands chocs littéraires de ces dix dernières années.

17/12/2007

Trahir plus pour gagner plus

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Selon la célèbre formule de Michel Audiard :« Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît ».

 


Nul risque donc pour Hervé Morin de passer inaperçu. Chef du Nouveau Centre, l’homme qui a trahi François Bayrou est sur tous les fronts. Et pour oser, il ose.

 

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C’est à lui qu’incombe la lourde tâche, nous explique le Figaro, d’éviter le lent déclin du rayonnement de la patrie des droits de l’homme à l’étranger : « Contrat en principe «imperdable» perdu au Maroc dans les avions de combat, recul de la France passée au quatrième rang mondial des exportateurs d’armement au profit de la Russie, «pressing» d’Israël qui pourrait à son tour dépasser les Français… La part relative de la France dans les ventes de matériels militaires tend à se dégrader dans le monde, alors que le marché est pourtant globalement en expansion. En 2006, les ventes d’armes ont atteint 65 milliards de dollars contre 55 milliards pendant des années. »

 

Et oui, triste constat, la France risque de se faire doubler au palmarès des marchands de mort. Mais Hervé « Pour trente deniers t’as plus rien » Morin veille.

 

Mieux encore, le Ministre étudie les possibilités d’aider encore et toujours plus au développement de ces petits entreprises innovantes et écologiques : « Les pays clients ne se contentent plus d’acheter des armes, ils s’offrent un package qui comporte des «off-set» ou compensations industrielles (implantation d’usines, transfert de technologie...) ou financières. Hervé Morin lance à cet égard l’idée de la création d’un fonds de soutien aux volets connexes des contrats d’armement. L’industrie d’armement, rappelle-t-il, a un effet d’entraînement dans de nombreux domaines civils. Et la relance des exportations est non seulement indispensable pour aider en 2009 à passer une «marche budgétaire» de 3 milliards d’euros mais encore à alimenter la recherche et développement, à faire tourner les usines en France et à maintenir l’emploi. »

 

Allez, sèche tes larmes, Serge Dassault, c’est pas demain la veille qu’on verra un Dassaulthon sur France 2 à Noël. Et c’est à Hervé Morin que tu le dois.

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Cet homme est partout, et sur tous les fronts il ose. Ainsi, pour récupérer un financement de l’Etat alors que son parti, le Nouveau Centre, ne répond pas aux critères nécessaires, Morin contourne la loi en s’alliant à un parti polynésien afin de bénéficier d’une disposition dérogatoire, qui va lui voir empocher chaque année 950.000 euros.

Soucieux des deniers publics, le ministre Morin, après avoir ravi à Philippe Douste-Blazy, tenant du titre, la casaque du félon politique de l'année, devra mettre les bouchées doubles et aider à la pacification de nombreuses régions du globe pour permettre à la République de rentrer dans ses frais.

Nul doute qu'il y mettra toute la puissance de son talent.

 

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15/12/2007

Un caillou dans la chaussure barbichue

 

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Quotidienne 2004-2006

Pierre Marcelle, ed. Fayard, 575 pages, 22 euros

 

Chaque jour, pendant des années, Pierre Marcelle a gratifié les lecteurs de Libération de sa chronique quotidienne. Ses billets d’humeur  sont regroupés pour la troisième et dernière fois dans un gros volume : « Quotidienne 2004-2006 », publié chez Fayard. Dernière fois, dis-je, parce que la nouvelle gouvernance de Libération a mis fin à cet espace de liberté, et que Pierre Marcelle est aujourd’hui retranché dans une chronique hebdomadaire que la rédaction ampute parfois. C’est que l’homme, l’écrivain, ne fait rien pour plaire, en tout cas rien pour plaire aux puissants. Pas de journalisme de connivence ici, pas de renvois d’ascenseur, pas même le minimum minimorum, la soumission décomplexée à la dictature du marché et les exhortations, largement partagées de Bernard Kouchner à BHL en passant par Laurent Joffrin, à ouvrir les yeux, dépasser les clivages, et reconstruire une vraie gauche de centre-droit. En lieu et place de ces habituels travers de la presse dominante, un homme seul, bien seul, qui creuse son sillon, décrypte le monde, traque le mensonge et la bêtise. Pour aggraver encore son cas, Marcelle use d’une langue chantournée, cisèle ses phrases, et on le voit, à plusieurs reprises, plus désolé d’une faute de français, d’un mésusage, que du coup de dague qu’il vient d’enfoncer ni vu ni connu dans le flanc de l’adversaire. Chaque tribune retranscrite ici ( la recension n’est pas exhaustive) est suivie d’un texte inédit dans lequel Marcelle commente et met en perspective, avec le recul, sa « quotidienne ». Dans un monde orwellien où beaucoup, et pour cause, ont tout intérêt à effacer leurs traces, le chroniqueur anachronique de Libération persiste et signe. On notera, en fin d’ouvrage, le gros chapitre consacré à la crise de Libération, vue de l’intérieur. Pierre Marcelle y livre les clefs des combats de chefferie interne, qui verront l’actionnaire majoritaire repousser l’arrivée d’Edwy Plenel, et le projet d’un journal de combat, pour un quotidien plus consensuel. Aux dernières nouvelles, Pierre Marcelle était toujours à Libé, comme un caillou dans une chaussure. Ou une plume dans la plaie.

 

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14/12/2007

Dol

 

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Très loin de « La face karchée de Sarkozy », best-seller acide mené à la hache par Philippe Cohen et Riss, « Dol », de Philippe Squarzoni, explore la politique de ces cinq dernières années en substituant à la caricature une approche complexe, où la colère froide, l’analyse politique, le lyrisme, sont servis par un dessin de grande qualité, qui ne s’interdit pas de détourner les codes de la culture populaire, de faire intervenir au détour d’une case Charlie Chaplin ou les héros de l’Ouest Américain. Déconstruction lumineuse des méfaits du néo-libéralisme financier, décryptage des mensonges démagogiques de l’ère Chirac, cette bande dessinée grave, drôle, digne, met en scène un Président Chirac élu face à Jean-Marie Le Pen, et qui va en profiter pour déconstruire un peu plus les acquis de la Résistance, un Jean-Pierre Raffarin qui cache bien son jeu antisocial, et un Nicolas Sarkozy météorique Ministre de l’Intérieur alignant mensonges et approximations pour se hisser au sommet du pouvoir. Publié initialement en Octobre 2006, « Dol » est réédité avec une post-face inédite de seize pages retraçant la conquête de l’Elysée par son actuel locataire. Seize pages d’analyse politique dense, où tout est dit, d’ « une campagne réduite à une primaire entre deux candidats agréés par la classe dirigeante ». Un ouvrage remarquable, d’une acuité sans commune mesure avec les petits pensums et autre règlements de compte entre prétendants qui envahissant actuellement les étals des libraires.

 

304 pages, 30 euros, éditions Les Requins Marteaux 

 

(publié le 13/12/2007 dans Témoignage Chrétien) 

 
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