30.10.2007
Pourquoi j’ai refusé une invitation à un séminaire organisé par une firme pharmaceutique
Cette traduction par le Formindep ( collectif pour une formation médicale indépendante au seul bénéfice des professionnels de santé et de leurs patients, www.formindep.org ) d’un article du British Medical Journal paru le 27 octobre 2007 (2007 ;335:887) est le témoignage du Professeur Murad Moosa KHAN, médecin psychiatre pakistanais.
Ce texte bouleversant redit avec le langage du bon sens et de la simple humanité les enjeux universels de ce que le docteur KHAN appelle par son nom : corruption.
J’ai récemment été invité par une firme pharmaceutique à un séminaire dans un hôtel cinq étoiles au Pakistan, le pays où je vis et travaille. Le thème du séminaire portait sur la santé mentale, et la firme avait invité un “intervenant étranger” pour s’exprimer sur le sujet.
J’ai refusé cette invitation. Voici les raisons que j’ai données : « Merci de votre invitation que je suis amené à refuser pour des raisons éthiques. Je considère en effet comme non éthiques toutes les interactions entre les médecins et les firmes pharmaceutiques et sources de graves conflits d’intérêts. Je n’accepte non plus aucun cadeau, grand ou petit, de quelque nature, forme ou taille que ce soit, de la part d’une firme pharmaceutique. Je n’assiste à aucun séminaire sponsorisé par une firme pharmaceutique (tel que celui que vous organisez) et ne participe à aucun “lancement” de médicament, ni n’assiste à des conférences aux frais des firmes pharmaceutiques. Je considère en effet de telles activités comme une forme de corruption des médecins par les firmes pharmaceutiques.
Vous allez dépenser une énorme somme d’argent pour faire venir en avion votre "intervenant étranger" (probablement en classe affaires), l’héberger en hôtel cinq étoiles et lui verser de gros honoraires. Tout cela va coûter combien au total ? Et quel en sera le résultat ? Comment allez-vous récupérer ces dépenses ? Votre motivation est que les psychiatres prescrivent plus de vos médicaments et ainsi d’augmenter vos ventes, et de vous attribuer, à vous et à vos directeurs, des primes colossales.
Et qui va payer ces médicaments ? Les patients et leurs familles bien sûr, puisque la plupart des dépenses de santé au Pakistan viennent directement de leur poche.
Je condamne fermement toutes ces activités dont la raison principale n’est que de promouvoir vos médicaments et d’inciter des praticiens avides à en prescrire davantage. Je dis “avides” car la tentation de déjeuner et dîner dans un hôtel 5 étoiles est quelque chose auquel peu de médecins sauront résister. Pourquoi n’organisez-vous pas ce séminaire sous un “shamiana” (chapiteau) dans un “katchi abadi” (un bidonville ou un endroit défavorisé), là où résident la plupart des patients atteints de dépression et de schizophrénie ?
Et que connaît votre firme des questions de santé mentale au Pakistan ? Que savez-vous de la dépression et de la schizophrénie au Pakistan, et des graves problèmes liés à ces situations, tels que le dénuement, les degrés de pauvreté, la corruption, le manque d’accès à la justice et la condition particulièrement exposée des femmes dans notre société ? Que savez-vous de l’atroce organisation de la santé mentale de ce pays et de la façon dont elle affecte la prise en charge des maladies psychiatriques graves telles que la schizophrénie et la dépression ? Vous rendez-vous compte qu’il n’y a aucun budget pour la santé mentale au Pakistan ? Que de nombreuses familles sont contraintes de garder leur malade schizophrène enchaîné parce qu’elles ne peuvent pas se payer les médicaments de base ? Etes-vous conscients que de nombreux patients doivent parcourir des centaines de kilomètres depuis l’intérieur du pays, dans la chaleur et la poussière, pour consulter un psychiatre en ville ? Et que, à de rares exceptions près, la psychiatrie n’est ni enseignée ni évaluée comme discipline en tant que telle dans aucune école de médecine au Pakistan ? Et que des générations de médecins pakistanais ont accompli leurs études de médecine sans jamais avoir été confrontés aux questions de santé mentale ? »
« Pourquoi n’organisez-vous pas ce séminaire dans un katchi abadi (bidonville) où résident la plupart des patients atteints de dépression et de schizophrénie ? »
Signé : Murad Moosa Khan, professeur de psychiatrie, Aga Khan University, Karachi, Pakistan
12:40 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Big Pharma, corruption, santé, médicament, formindep, dépression, psychiatrie
25.10.2007
Du bon usage de la pauvreté
Les dames patronnesses, les épouses des maîtres de forges, gagnaient jadis leur paradis en distribuant pain rassis et étoles trouées à leurs pauvres. Aujourd’hui, cette rédemption opère de manière plus administrative. J’en veux pour preuve le minime ( très minime) esclandre provoqué en Mai dernier par Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Interrogé sur France-Inter par un auditeur, il déclare son opposition à la franchise sur les soins, avant de se rétracter après 24 heures d’homérique résistance, « pleinement rassuré » par les précisions de Roselyne Bachelot et de Xavier Bertrand : en effet, la mesure « sera accompagnée des exonérations nécessaires pour tenir compte des situations sociales très dégradées ».
Logique très particulière du sarkozysme en action, préférant à la justice sociale la charité, qui fait le tri entre les « très pauvres » et les « un peu moins pauvres que les plus pauvres », au risque, on le voit hélas trop souvent, de favoriser une lutte des classes interne, désignant aux ménages modestes comme premiers coupables de leurs difficultés les bénéficiaires de la CMU « qui eux, Docteur, peuvent se soigner les dents gratis ! » Rien ne se perd, tout se recycle, même la charité, qui sert ainsi à conforter l’idée d’un Autre coupable, responsable de tous les maux.
Comment, d’ailleurs, ne pas faire le parallèle avec un phénomène troublant, qui eût du attirer l’attention de Martin Hirsch : les refus croissants opposés par certains professionnels de santé aux patients en CMU. Au-delà des réelles difficultés administratives de paiement que peuvent rencontrer certains praticiens, c’est bien le discours de dénonciation constante de l’assuré irresponsable qui a permis ce lent glissement, car il est plus facile d’envoyer paître un patient démuni ( « Allez à l’hôpital public, on ne prend pas les gens comme vous ici ») si l’on peut voir en lui la source de tous les maux du système.
Nous voici en Octobre, cinq mois plus tard. Les franchises sur les soins arrivent en discussion au Parlement, et Roselyne Bachelot a beau jeu de déclarer que les franchises « ne priveront pas de soins les plus vulnérables », puisque « les plus démunis (les bénéficiaires de la CMU) en seront exonérés ».
Pour mémoire, rappelons que le plafond de la CMU est à 606 euros par mois, et le seuil de pauvreté en France à 817 euros. Qu’un handicapé, qu’un malade incapable de travailler, touche une allocation adulte handicapé à peine supérieure au plafond de la CMU, et devra donc payer les franchises, qui s’ajouteront aux forfaits déjà existants sur les consultations médicales, au forfait hospitalier journalier qui dissuade déjà certaines personnes en affection longue durée de recourir à l’hospitalisation.
Ne crachez pas sur les pauvres.
Pour le pouvoir, ils ont leur utilité.
Les ministres d’ouverture aussi.
( publié le 25 Octobre 2007 dans Témoignage Chrétien)
10:14 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : franchises, santé, Martin Hirsch, Nicolas Sarkozy, CMU, pauvreté, Roselyne Bachelot
23.10.2007
Dealers d'opinion
Je devrais avoir honte.Franchement.
Voici un mois et demi que j’ai débuté cette chronique, et j’ai omis de me conformer à la loi.
La loi dite « loi Kouchner » sur les droits des malades.
Alors voilà, après ce rapide mea-culpa, je me lance : « Je n’ai aucun lien avec aucune firme qui commercialise des médicaments, ni avec leurs entreprises de conseil ».Comme tout professionnel de santé, je suis censé faire cette déclaration d’absence (ou d’existence ) de conflit d’intérêt, avant toute adresse au public sur des thèmes pouvant toucher au médicament. Votée en mars 2002, cette loi n’a pas été appliquée pendant cinq ans. Et il a fallu un recours en Conseil d’Etat d’une association, le FORMINDEP*, « Pour une formation indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients », pour qu’enfin, bien tardivement, paraisse au Journal Officiel le décret d’application de cet « article 26 » de la loi du 4 mars 2002.
Son but : éviter ce que nous avons tous vu, lu, entendu, subi, trop longtemps : des avis d’experts bardés de leur seule intime conviction, retransmis dans les médias comme parole d’Evangile.
C’est ainsi qu’au début de la décennie, le Vioxx, un anti-inflammatoire réputé révolutionnaire, était vanté par nombre de rhumatologues dans les médias pour sa bonne tolérance… alors que les premières études mettant au jour les effets indésirables cardio-vasculaires de ce médicament étaient mises en doute par ces mêmes spécialistes… jusqu’ au jour où la firme retira le médicament du commerce, devant l’évidence grandissante d’un plus grand nombre de morts d’origine cardiaque chez les patients sous Vioxx.
Et à chaque fois, lorsque la parole des experts subit ce type de revers, la stratégie est la même : l’évitement, la fuite. Ceux qui hier vantaient les mérites du produits, vilipendaient les hésitants, conspuaient les résultats d’études indépendantes n’allant pas dans leur sens… disparaissent des écrans radar. Il n’y a jamais ni responsables, ni coupables. Le simple fait de reconnaître une erreur semble au-dessus de leur force. L’article 26 vient à point nommé pour enfin clarifier la raison de cette incapacité à reconnaître une erreur médicale.
Désormais, nous devrions être mieux informés, lorsqu’un expert parle d’un médicament dans les médias, sur les rapports financiers qu’il entretient avec l’industrie pharmaceutique. Si par la suite le médicament vanté était brutalement retiré du commerce, nous saurons s’il s’agissait d’une simple erreur d’appréciation, ou d’autre chose… Après tout, quelqu’un dans la salle croit-il vraiment que Bernard Laporte vante le Jambon Madrange par simple préférence gastronomique?
*www.formindep.org . L'association FORMINDEP accueille professionnels de santé et patients.
(publié dans Témoignage Chrétien en Septembre 2007)
22:25 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médicament, Big Pharma, Vioxx, loi Kouchner, droits des malades, santé, formindep
18.10.2007
Feuille de route
Je suis un idéologue.
L’accusation portée à la suite d’une chronique sur les arrêts de travail, par un(e) représentant(e) du patronat, m’a fait sourire.
Car le MEDEF s’enorgueillit, comme la droite bling-bling Sarkozy, de ne pas se soucier d’idéologie, mais d’oeuvrer les deux pieds dans la glaise, avec un épais bon sens, loin de prises de tête forcément bolchévico-marxistes.
C’est le Président, avant un long discours devant les Journalistes de l’Information Sociale, martelant : « Je ne suis pas un idéologue ».
C’est sa ministre de l’Economie enfonçant le clou : « La France est un pays qui pense. J’aimerais vous dire: assez pensé maintenant, retroussons nos manches ».
C’est Brice Hortefeux, fidèle zélateur de l’Identité Nationale et caution du vote FN, qui entonne : « J’écoute d’abord le peuple, pas les élites ».
Ils brossent ainsi, chacun à leur manière, le portrait de rudes travailleurs, proches du terrain, bien loin d’arrières pensées idéologiques malsaines.
Pour les avoir combattus dans le domaine que je connais le mieux, celui de la santé, pour m’être longtemps posé, devant le désastre sanitaire qu’ils ont contribué à mettre en place, la terrible question de l’intentionnalité ( en clair, étaient-ils, selon la formule désormais célèbre d’Arnaud Lagardère, malhonnêtes, incompétents, ou, au choix, les deux ?), j’ai été amené à conclure, dans le livre que j’ai consacré à cette question, « Les Fossoyeurs », que la droite UMP était victime d’une réelle schizophrénie, tiraillée entre son adhésion aux règles d’un marché libre et sans contraintes, et le souvenir toujours vivace du socle du pacte républicain né du Conseil national de la Résistance en 1945.
Imaginez donc ma surprise en découvrant récemment, dans les colonnes du magazine Challenges, sous la plume de Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF, ancien directeur général d’AXA, la feuille de route que la droite Sarkozy planque sous la table depuis des années.
Sous le titre « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde », l’idéologue du patronat financier, totalement décomplexé, salue la « profonde unité du programme ambitieux » de Nicolas Sarkozy qui consiste « à défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. » Programme qui instaurait une sécurité sociale, un droit du travail, la libération de la presse des intérêts financiers…
On se frotte les yeux, on croit rêver. Mais non, c’est bien là, devant nos yeux, ces lignes méphitiques qui tirent un trait sur l’héritage de la Résistance, ces lignes qui arracheraient des larmes au gouvernement de Vichy. Et on comprend mieux pourquoi l’appel des résistants aux jeunes, co-signé par Lucie et Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Germaine Tillion et bien d’autres, eut si peu d’écho en 2004 dans des média majoritairement aux mains de ces « Fossoyeurs ».
(publié dans Témoignage Chrétien le 18 Octobre 2007)
15:15 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Denis Kessler, MEDEF, Conseil national de la resistance, AXA
17.10.2007
Nicolas Sarkozy aurait "matérialisé sa séparation"
17:15 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Cecilia Sarkozy, divorce
16.10.2007
Les larmes aux yeux
« Qui va oser venir me dire que face aux défis que représentent l’Alzheimer, les soins palliatifs et la lutte contre le cancer, on ne peut pas donner 4 € par mois ? »
Nicolas Sarkozy, ce mardi 31 juillet, était sur son terrain de prédilection, celui du bon sens et de l’émotion. Avant de s’envoler vers les États-Unis pour des vacances destinées à tenir le bon peuple en haleine, le président de la République, accompagné d’une ministre de la Santé étrangement muette, avait concocté un petit déplacement à Dax, dans un centre d’accueil de jour en gériatrie, puis dans une maison de retraite médicalisée. Et entouré de la caution médiatique que représentaient ces patients âgés dépendants, l’homme de la rupture nous resservait sa franchise sur les remboursements de soins, celle-là même que, d’après les sondages qui semblaient plébisciter l’action du gouvernement, plus de six Français sur dix refusaient.
« On a voté pour lui, docteur…, m’avait dit cette retraitée de 72 ans, peu après l’élection présidentielle, on a voté pour lui, mais pas pour ça ! » Hélas, avais-je répondu, avec Sarkozy, si une chose est sûre, c’est qu’il fait ce qu’il dit, et sa franchise, ça fait longtemps qu’il en parle. Ce n’est pas juste une lubie passagère, mais bien un des fondements idéologiques de son action. Dès 2001, dans Libre, il écrivait : « Je crois utile qu’un système de franchise soit mis en place comme pour tout processus d’assurance. Ainsi, les 500 premiers francs [76,22 €] de dépenses de santé annuelles des assurés sociaux ne seraient pas remboursés, afin de responsabiliser ceux-ci. »
Nulle question ici de financer la recherche sur l’Alzheimer ou d’améliorer la prise en charge de la fin de vie, la franchise est un mécanisme comptable basé sur l’idéologie selon laquelle le patient est un consommateur irresponsable, qu’il faut frapper au porte-monnaie.
En 2006, il va plus loin : « Si les dépenses augmentent, et donc le déficit, on pourrait alors augmenter le montant de la franchise », signifiant bien que cette dernière est considérée par son concepteur comme un pur artifice d’ajustement des dépenses, basé sur la culpabilisation des assurés.
Mais confronté au réel, et au rejet de ce grignotage permanent de l’assurance-maladie solidaire, il faut aujourd’hui aux spin doctors du Président faire passer la pilule du recul de la prise en charge des soins avec un peu de compassion sirupeuse. Dans Le Figaro, Roselyne Bachelot s’en charge : « Je vous assure que quand nous sommes allés à Zuydcoote avec le président de la République, c’était terriblement émouvant. Lui et moi avions les larmes aux yeux devant la dignité de ces familles et des personnels soignants. »
Pas au point d’expliquer aux patients visités à Dax que demain, grâce à la franchise qu’escompte mettre en place le gouvernement, ce seront eux qui paieront, à hauteur de 50 € annuels, la franchise de 0,50 € sur chaque boîte de médicament, sur chaque acte d’infirmier ou de kinésithérapeute, et 2 € par transport sanitaire. Aux uns les cadeaux fiscaux, aux autres la « responsabilisation ».
(publié dans Témoignage Chrétien le 30 Août 2007)
21:15 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, santé, franchise, Roselyne Bachelot, Alzheimer
14.10.2007
Lèse-talonnette
Mauvaise semaine pour le jambon Madrange
La PropagandaStaffel de TF1 nous avait habitués à de longs plans-séquence sur la tribune présidentielle, à chaque victoire de l'équipe de France de rugby.
Hier, défaite en demi-finale. Pas même un plan de coupe rapide sur le Président.
On imagine probablement en haut lieu à TF1 que le peuple français a si peu de temps de cerveau disponible qu'il ne reniflera pas la manip, qui voudrait que ce soit un crime de lèse-talonnette d'associer "Sarkozy" et "défaite".
Au point que sur AOL un journaliste soit amené à demander à Bernard Laporte:
Vous avez souvent évoqué la présence du Président de la République auprès de vous, était-il aussi là dans la défaite ?
"Il était là comme il l'a toujours été. Il doit accompagner l'équipe qu'elle gagne ou qu'elle perde. Je suis content qu'il soit là mais ça n'enlève en rien la déception." répond le vendeur de maillots dédicacés.
Quand à Roselyne Bachelot-Narquin, je serais surpris de l'entendre encore glousser le nom de son "cher Bernard" dans les semaines qui viennent...
13:35 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Roselyne Bachelot, Bernard Laporte, jambon, Madrange, TF1, rugby
13.10.2007
Dégage, Chabal...
Xavier Bertrand force le respect.
En écoutant l’ex-Ministre de la Santé, cheville ouvrière de la réforme dite Douste-Blazy, aujourd’hui Ministre du Travail, légitimer l’introduction de la franchise sarkozyste ( cessons de parler, s’il vous plaît, de franchises médicales, elles n’ont rien de « médical », ce sont des franchises sur les soins, point-barre), je ne pouvais m’empêcher de penser que cet homme de talent est bien mal utilisé. A l’heure où l’équipe de France de rubgy craint de ne pas fouler le gazon de la finale, se priver d’un type qui promène de telles « cojones » de toro est une erreur stratégique lourde, qui devrait renvoyer Bernard Laporte exercer ses talents chez les minimes de l’ASPTT de Peyrehorade. Car enfin, il en faut, lorsqu’on a mis en place la fausse réforme du médecin-traitant en prétextant que « c’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer », lorsqu’on a promis un Dossier Médical personnel à tous les français en 2007, lorsqu’on a juré ses grands dieux qu’on obtiendrait grâce au forfait de 1 euro sur les consultations et à la traque aux arrêts de travail l’équilibre des comptes la même année… pour venir annoncer que les comptes sociaux sont toujours aussi gravement déficitaires, et que l’organisation du système de santé est à revoir.
Pour les généralistes qui, comme moi, s’étaient engagés depuis 1997 dans le système du médecin-référent, un système incitatif, non pénalisant pour les patients, économiquement efficient, les mesures proposées ont un arrière-goût amer. Car annoncer aujourd’hui qu’il existe en France un problème de sur-prescription médicamenteuse, lorsqu’on a laminé ceux parmi les généralistes qui s’étaient le plus impliqués dans une formation indépendante des firmes, annoncer aujourd’hui qu’il faudrait mettre en place des expérimentations de paiement forfaitaire et de sortie du seul paiement à l’acte, lorsqu’on a sacrifié 8000 généralistes qui s’y étaient investis, et dont certains depuis, mis en difficulté financière, ont dévissé leur plaque, dans le contexte de pénurie médicale qu’on connaît, c’est vraiment imaginer que l’ensemble de la population française est frappée d’Alzheimer. Mais si l’option référent a été vilipendée, saccagée, trahie, c’était à la demande expresse des syndicats libéraux les plus conservateurs, les plus proches du pouvoir politique.
Qu’importait alors la cohérence des dispositifs mis en place ? Il s’agissait de s’assurer, en vue des élections présidentielles à venir, les bonnes grâces de ceux qui exigeaient une extension du droit au dépassement d’honoraires hors-parcours de soins, et méprisaient ces généralistes pelés, ces galeux, coupables de pratiquer le tiers-payant à leurs patients et de se méfier des représentants commerciaux des firmes.
Il y a un prix à payer pour ces petits arrangements entre amis. La franchise.
(publié dans l'Humanité le 28 Septembre 2007)
22:35 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Xavier Bertrand, rugby, Bernard Laporte, Sébastien Chabal, franchise, santé
12.10.2007
N'en jetez plus
Le Président de la République veut du chiffre.
Son fidèle Ministre de l’Identité Nationale s’y emploie.
C’est une politique. Qui a sa cohérence.
Il y est question de fichage ADN, de quotas, d’immigration choisie sur pied.
A lire les compte-rendus de séances de l’Assemblée, la bataille menée par les parlementaires de gauche, les lazzis de la droite (Nadine Morano récusant le généticien et spécialiste des questions éthiques Axel Kahn parce qu’à la différence sans doute de Doc Gyneco, de Steevy et d’Arno Klarsfeld, « il n’a aucune légitimité politique »), à lire ces compte-rendus, on imagine la France que Nicolas Sarkozy nous prépare, la France qu’il rêve, éveillé.
Qu’une femme se défenestre, qu’un enfant tombe du quatrième étage, et un moment l’espace médiatique éclaire ce qui se met en place, et accompagne les auditeurs, les spectateurs, dans le versement d’une larme compassionnelle. Puis se remet au service des puissants, les laissant dérouler sur les ondes leur discours patelin sans les interrompre, ou alors juste pour le principe. Combien de temps, encore ?
Combien de temps, encore ? C’est la question que se posait Léon Werth, écrivain antimilitariste, juif, ami de Saint-Exupéry, qui lui dédia « Le Petit Prince ». Réfugié dans un petit village des Vosges pendant l’Occupation, il a noté au jour le jour dans son « Journal de guerre 1940-1944 », reparu récemment au Seuil sous le titre « Déposition », ses pensées, ses espoirs, et son effarement devant la vacuité de la propagande qui dégouline d’en haut sur la tête du peuple de France.
« Le Maréchal a dit que désormais l’argent serait la récompense du travail », « Le Maréchal veut restaurer la mystique, la chevalerie du travail » et « abattre les frontières entre l’école et la vie », note t’il en 1941, ajoutant : « Quelle puanteur, ce monde de clichés et de cadavres !... C’est à cette poésie du passé, à cette poésie pour échotiers et à un moralisme flou que la bêtise s’accroche ».
Et plus tard, un été 42, apprenant ce qui s’est déroulé au Vel d’Hiv, ceci : « Je me sens coupable, comme si j’étais moi-même l’un des bourreaux…L’indignation, c’est presque encore un sentiment de Pharisien. On s’indigne, on a une belle âme, par l’indignation, on se lave de toute complicité avec le crime... Le vrai sentiment révolutionnaire, ce n’est pas la pitié, c’est la honte. »
N’en jetez plus, messieurs. Pour la honte, nous sommes servis.
(publié dans l'Humanité le 27 Septembre 2007)
12:50 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, ADN, Maréchal Pétain, Vel d'Hiv, Saint-Exupéry, Léon Werth
11.10.2007
Je vous demande de vous arrêter
Il faut que la presse cesse d’insinuer que notre Ministre de l’Economie, brillante habituée des conseils d’administration, se serait discréditée auprès du Président en annonçant, il y a quelques semaines, un « plan de rigueur » pour la fonction publique.
Apparemment le terme a été jugé trop polémique.
Moi, avec le recul, je la trouve plutôt soft, Christine Lagarde.
Qualifier de simple « plan de rigueur » une stratégie de casse sociale comme le pays n’en a jamais connu, c’était plutôt habile.
Mais le Président n’aurait pas apprécié.
Pourtant, à part Rachida « J’en abats 7 d’un coup » Dati, je ne vois nulle Ministre qui porte mieux la parole sarkozienne que Christine L : « La France est un pays qui pense. J’aimerais vous dire: assez pensé maintenant, retroussons nos manches ».
« Pourquoi penser ? » dit le Président. Tout le sarkozysme est là, cette insistance sur le fait que l’on n’est pas des idéologues, mais des gens simples, pleins de lourd bon sens, qui font fi des écoles de pensée et appliquent « ce qui marche », c’est-à-dire les lois du marché, lois naturelles.
Ainsi, quoi de plus sarkozyste que cet hommage émouvant à Phillipe Jaffré, ex-patron d’Elf-Aquitaine bordé de stock-options ayant choisi la Belgique pour éviter les assommantes paperasses du fisc : « Le parcours de Philippe Jaffré s’est inscrit dans la tradition des grands serviteurs de l’Etat. Major de l’ENA, Inspecteur des Finances, habitué des cabinets ministériels, il a notamment contribué à mener à bien les privatisations des années 1986-1988. Sa disparition prématurée prive la France d’un industriel de grand talent, doublé d’un homme fin et chaleureux, honnête et profondément humain. »
La dernière fois que j’ai entendu Philippe Jaffré, c’était en Octobre 2006 sur RMC. Il était venu expliquer que la France allait faire faillite si on n’améliorait pas la productivité afin de combler les déficits. Déficits dûs aux avantages acquis des Français, bien sûr, tous ces feignants qui rechignent à travailler plus pour gagner plus, pendant que d'autres engrangent les stock-options. D'ailleurs, avait-il poursuivi, il ne faut pas légiférer sur ce dernier sujet, mais faire confiance aux conseils d'administration des grandes firmes, qui vivent très mal d'être pointés du doigt dans les journaux. Puis il se moqua longuement d’un jeune auditeur, patron et citoyen, intervenu à l’antenne pour expliquer que, gagnant très correctement sa vie, il payait des impôts pour le bien de la collectivité sans rechigner.
Décidément, si Christine L. n’existait pas, il faudrait l’inventer.
(publié dans l'Humanité le 26 Septembre 2007)
21:30 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, Philippe Jaffré, MEDEF, stock-options, Rachida Dati





















