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23/10/2007

Dealers d'opinion


 

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Je devrais avoir honte.Franchement.

 

Voici un mois et demi que j’ai débuté cette chronique, et j’ai omis de me conformer à la loi.

 

La loi dite « loi Kouchner » sur les droits des malades.

 

Alors voilà, après ce rapide mea-culpa, je me lance : « Je n’ai aucun lien avec aucune firme qui commercialise des médicaments, ni avec leurs entreprises de conseil ».Comme tout professionnel de santé, je suis censé faire cette déclaration d’absence (ou d’existence ) de conflit d’intérêt, avant toute adresse au public sur des thèmes pouvant toucher au médicament. Votée en mars 2002, cette loi n’a pas été appliquée pendant cinq ans. Et il a fallu un recours en Conseil d’Etat d’une association, le FORMINDEP*, « Pour une formation indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients », pour qu’enfin, bien tardivement, paraisse au Journal Officiel le décret d’application de cet « article 26 » de la loi du 4 mars 2002.

 

Son but : éviter ce que nous avons tous vu, lu, entendu, subi, trop longtemps : des avis d’experts bardés de leur seule intime conviction, retransmis dans les médias comme parole d’Evangile.

 

C’est ainsi qu’au début de la décennie, le Vioxx, un anti-inflammatoire réputé révolutionnaire, était vanté par nombre de rhumatologues dans les médias pour sa bonne tolérance… alors que les premières études mettant au jour les effets indésirables cardio-vasculaires de ce médicament étaient mises en doute par ces mêmes spécialistes… jusqu’ au jour où la firme retira le médicament du commerce, devant l’évidence grandissante d’un plus grand nombre de morts d’origine cardiaque chez les patients sous Vioxx.

 

Et à chaque fois, lorsque la parole des experts subit ce type de revers, la stratégie est la même : l’évitement, la fuite. Ceux qui hier vantaient les mérites du produits, vilipendaient les hésitants, conspuaient les résultats d’études indépendantes n’allant pas dans leur sens… disparaissent des écrans radar. Il n’y a jamais ni responsables, ni coupables. Le simple fait de reconnaître une erreur semble au-dessus de leur force. L’article 26 vient à point nommé pour enfin clarifier la raison de cette incapacité à reconnaître une erreur médicale.

 

Désormais, nous devrions être mieux informés, lorsqu’un expert parle d’un médicament dans les médias, sur les rapports financiers qu’il entretient avec l’industrie pharmaceutique. Si par la suite le médicament vanté était brutalement retiré du commerce, nous saurons s’il s’agissait d’une simple erreur d’appréciation, ou d’autre chose… Après tout, quelqu’un dans la salle croit-il vraiment que Bernard Laporte vante le Jambon Madrange par simple préférence gastronomique?

 

*www.formindep.org . L'association FORMINDEP accueille professionnels de santé et patients.

 

(publié dans Témoignage Chrétien en Septembre 2007) 

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